ÉTAT DE CHOC

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ÉTAT DE CHOC

La société canadienne et l’environnement

Duncan M. Taylor

CENTRE DE RECHERCHES POUR LE DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL
• Ottawa • Dakar • Johannesburg • Le Caire • Montevideo • Nairobi• New Delhi • Singapour

 

 

Table des matières

Avant-propos

vii

Remerciements

ix

Chapitre premier
La nécessité d’agir : les mesures qui s’imposent

1

Chapitre 2
Le Canada dans un contexte mondial

7

Chapitre 3
La vulnérabilité du Canada

21

Chapitre 4
L’incurie du Canada à l’égard de son patrimoine naturel

31

Chapitre 5
Sur la voie de la viabilité

45

Chapitre 6
Principes du développement durable

59

Chapitre 7
La transition vers une société canadienne viable

71

Chapitre 8
Le Canada, société organique

95

Bibliographie

119

Index

127

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Avant-propos

Le concept de « progrès » a longtemps intrigué les hommes et les femmes qui cherchaient à la fois à se comprendre euxmêmes et à comprendre les sociétés au sein desquelles ils vivaient. Cette notion de progrès a souvent été liée à la quête d’un monde meilleur, plus juste et plus équitable, où la souffrance et les difficultés vont en s’amenuisant alors que la santé, l’éducation et le niveau de vie s’améliorent sans cesse. Cette vision d’une « belle vie » s’est parfois traduite dans les modèles de société idéale imaginés par Platon, Thomas More et Francis Bacon.

À la suite des révolutions scientifique et industrielle des deux derniers siècles, les sociétés avancées ont sensiblement amélioré leur niveau de vie. Il est donc compréhensible que le « progrès » soit graduellement devenu synonyme de possession d’un nombre sans cesse croissant de biens et de services. Or, si ces sociétés ont pu continuer à s’enrichir et à consommer de plus en plus, cela fut surtout attribuable au fait qu’elles avaient accès aux ressources du reste de l’humanité, lequel reste est demeuré dans un état de dénuement. Par conséquent, par cette grande division des peuples, les riches ont continué à s’enrichir et les pauvres à procréer ; la séparation est demeurée totale entre ces deux « humanités » hormis certains contacts qui s’inscrivaient dans une dynamique de maîtres à serviteurs.

Mais des changements profonds et irréversibles se sont opérés au cours de notre siècle. Les auteurs ne nous livrent plus des utopies mais des « dystopies » comme l’ouvrage de Huxley, Le meilleur des mondes et celui d’Orwell, 1984. Derrière le dicton chinois « Puisses-tu vivre une époque intéressante » se cache une malédiction. C’est bien notre cas : les riches pays industriels du Nord, comme pour ne pas être laissés en reste par les pays du Sud avec leur cortège de misère humaine, ont appauvri et altéré leurs propres environnements en vivant de façon extravagante, se jouant des ressources que leur offre le patrimoine naturel. Ce qui est

devenu une crise de l’environnement — un véritable scandale — a pris des proportions mondiales.

Cette vulnérabilité réciproque du Nord et du Sud — dont les problèmes et les défis respectifs ont au cours de notre siècle convergé pour envelopper la planète — a poussé le Centre de recherches pour le développement international ( CRDI ) à se lancer dans un projet d’envergure majeure. Plusieurs études ont porté sur l’impact qu’a eu, au Canada, la dynamique du changement dans les pays du Sud. Le présent ouvrage adopte cependant une approche différente mais connexe : examiner la manière dont un pays hautement développé du Nord est devenu progressivement vulnérable à la suite de l’accélération, à l’échelle mondiale, de l’interaction sociale et des transformations réciproques.

Cette étude n’entend toutefois pas se contenter de dresser un sombre pronostic. Elle a pour objectif d’explorer toutes les options pour sortir notre planète de la situation critique dans laquelle elle se trouve. Autrement dit, on cherche à opérer un virage à 180 degrés dans les relations Sud–Nord afin que, de cette vulnérabilité réciproque, nous puissions évoluer vers une viabilité réciproque. Nous posons la question pour le Canada : comment parler de façon réaliste de viabilité et de bonification de l’environnement et de la société ? En d’autres mots, comment pouvons-nous rétablir l’équilibre entre la société canadienne et son environnement naturel ? Le présent ouvrage propose quelques réflexions.

 

Duncan M. Taylor
Victoria ( C.-B. ), Canada

Remerciements

Ma participation à ce projet a été extrêmement stimulante et je suis heureux de mentionner les personnes qui ont droit à ma gratitude et que je désire remercier. Je commencerai par Ivan Head, ancien président du CRDI, à qui revient le mérite d’avoir lancé le projet, et Paz Buttedahl, dont la responsabilité était de veiller à ce que cette oeuvre à plusieurs mains ne déraille pas. J’ai également apprécié l’excellent travail de l’équipe éditoriale du Centre, particulièrement les efforts de Bill Carman.

J’aimerais également exprimer mes remerciements à Theodora Carrol-Foster qui a lu et relu le manuscrit, offrant des critiques pertinentes destinées à renforcer et à améliorer la portée globale de la thèse. J’apprécie en outre l’aimable permission accordée par Robert Gibson, directeur de rédaction d’Alternatives : Perspectives on Society, Technology and Environment, de faire usage de matières déjà publiées dans sa revue et portant sur la genèse de l’expansionnisme et de l’écologisme dans le monde.

La section sur les forêts de la Colombie-Britannique a bénéficié des apports constructifs et de la riche analyse de Jeremy Wilson du département de Sciences politiques de l’Université de Victoria. Ma gratitude va aussi à Paul Senez et à Lesley Hall pour ce qui a trait aux données sur l’agriculture canadienne. Enfin, la dernière personne que je mentionnerai, et non la moindre, Tracey Tanaka, que je remercie pour les nombreuses heures qu’elle a consacrées au manuscrit et aux graphiques.

Chapitre premier

La nécessité d’agir : les mesures qui s’imposent

Au-delà du contrat moral qui nous lie à Dieu, au-delà du contrat social conclu avec les hommes, nous devons à présent conclure un contrat éthique et politique avec la nature, avec la Terre à laquelle nous devons notre existence et qui nous donne la vie. Pour les Anciens [ . . . ] la nature était le domaine où demeuraient des divinités qui avaient imparti à la forêt, au désert et aux montagnes une personnalité qui imposait l’adoration et le respect. La Terre avait une âme. Retrouver cette âme, lui insuffler une nouvelle vie, c’est cela l’essence de ce que nous attendons de Rio.

— Boutros Boutros-Ghali

Au Sud, les pays en développement se retrouvent de plus en plus exposés aux conséquences d’un enchevêtrement de problèmes environnementaux, économiques, sociaux et politiques. Au Nord, les pays industriellement et technologiquement avancés deviennent de plus en plus vulnérables à ces mêmes problèmes, parfois avec des conséquences différentes. Le présent ouvrage discute de l’altération croissante de la trame environnementale et sociale au Canada, l’un des pays les plus avancés du Nord et membre du Groupe des Sept ( G-7 ).

Le présent ouvrage a été complété après le Sommet de la Terre tenu à Rio en 1992 dont le programme, les succès et même les occasions manquées donnent une vue d’ensemble saisissante de l’état précaire de notre environnement planétaire. Il devient de plus en plus flagrant, au fil des jours, que les pays du Nord comme du Sud sont maintenant dans un état de vulnérabilité réciproque face à toutes les formes de développement planétaire. On a presque l’impression d’être précipités dans une spirale d’éventuels

cataclysmes qui nous guettent au détour du prochain siècle. . . à moins de prendre immédiatement les mesures radicales qui s’imposent à l’échelle mondiale pour remédier à la situation. De toute évidence, c’est une action pour laquelle le Canada doit prendre fait et cause.

C’est cette « vulnérabilité réciproque » qui est au coeur de cette étude. Dans son récent ouvrage, On a Hinge of History, Ivan Head signale « l’extraordinaire déséquilibre qui s’est développé entre Nord et Sud » ( Head, 1991, p. 20–21 ). Les termes qu’il utilise sont en quelque sorte une forme de notation sténographique pour faire la distinction entre les pays industriels, qui constituent le « Nord », et les sociétés en développement du « Sud ». Cette distinction peut également s’exprimer en termes plus ou moins géographiques ( Roche, 1993, p. 77 ) :

Il y a une ligne de démarcation qui part de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, qui traverse l’Atlantique et la Méditerranée, passe au nord de l’Afghanistan, de la Mongolie et de la Chine et descend au sud du Japon avant de s’étendre dans l’océan Pacifique. Cette ceinture planétaire représente la division fondamentale entre le Nord et le Sud. Au nord, la population dépasse à peine le milliard ; au sud, elle est de plus de 4 milliards d’habitants.

Selon Head, les conséquences les plus manifestes de ce déséquilibre croissant sont l’altération du milieu ambiant, l’incertitude économique, l’agitation sociale et l’instabilité politique. Or, écrit-il, il y aurait à la base de ces problèmes un défi moral majeur à relever, les maux planétaires ne pouvant pas être classés selon un ordre administratif ou technologique. En fait, ils mettent au jour une profonde crise culturelle tant au niveau de nos valeurs actuelles que de nos façons de penser.

Cette crise a des origines diverses, notamment la croissance exponentielle et sans précédent qui s’est produite durant la période contemporaine dans nos environnements physique et social. Cela débouche sur la situation suivante :

Au cours du XXe siècle, la croissance de l’économie mondiale s’est multipliée par 20, la consommation des combustibles fossiles a augmenté d’un facteur de 30 et la production industrielle, d’un facteur de 50. Qui plus est, la majeure partie de cette croissance ne remonte qu’à 1950 ( MacNeill, 1990, p. 1 ). Cette augmentation ne peut se poursuivre indéfiniment et ce pour au moins deux raisons :

Ces déséquilibres mondiaux doivent nous inciter à dépasser nos nationalismes étroits et à étendre la portée de notre conscience morale pour qu’elle recouvre progressivement les autres peuples, les autres espèces, bref toute forme de vie. Cette déstabilisation nous fournit aussi l’occasion d’éprouver de l’empathie à l’égard des autres cultures et des diverses régions du monde et, du même coup, de revenir sur notre volonté arrêtée d’indépendance et d’accepter la réalité de l’interdépendance écologique et sociale. En somme, nous voilà de plus en plus confrontés aux limites et aux inadéquations de la vision du monde prépondérante aujourd’hui et à l’urgente nécessité d’adopter une échelle de valeurs et des postulats fondamentaux très différents. Ces valeurs doivent correspondre davantage aux impératifs sociaux et écologiques en pleine évolution.

La dégradation du milieu nous force donc à remettre en question les principes mêmes de notre modernité fondée sur la morale de croissance du Nord. Les pays industrialisés se sont depuis longtemps emprisonnés dans cette morale de croissance, croyant que les ressources de la planète étaient illimitées et qu’on pouvait les exploiter en toute impunité. Qui plus est, le Nord s’est arrogé le droit de puiser à sa guise dans les ressources du Sud — tant que cela demeurait profitable, bien sûr.

Précisons que le Nord n’a plus le monopole de cette pratique. Certaines économies du Sud adoptent aujourd’hui un rythme sans précédent. Dans le bassin asiatique du Pacifique, la croissance économique est à présent la plus forte au monde grâce aux pays que les médias appellent les « dragons » et les « tigres ». Cette

métamorphose spectaculaire pourrait modifier dans le siècle qui vient l’actuelle ligne de démarcation entre Nord et Sud. La partie méridionale de la Chine serait un « dragon », mais aux dimensions potentielles extrêmement vastes ; Hong Kong, Singapour, la Corée du Sud et Taiwan donnent chaque jour la pleine mesure de leur valeur comme « tigres ». En outre, l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande font des efforts considérables pour accéder à cette nouvelle confrérie économique du « Nord-dans-le-Sud ». Ce phénomène, que finance et contrôle une élite des grandes entreprises du Nord, repose sur l’importation des technologies les plus récentes ; il est animé par une classe de gestionnaires formés dans les meilleures écoles qui souscrivent fermement à la morale de croissance du Nord, à son système de valeurs, à ses comportements et à ses modèles de consommation.

Pourtant, ce « mythe de la surabondance » a fait son temps ; il est rapidement en train de devenir écologiquement insoutenable. Par conséquent, les pays du Nord, ainsi que leurs contreparties du « Nord-dans-le-Sud », devront céder le pas aux nouvelles valeurs de demain qui redéfinissent les concepts du développement et dont l’élément central est la viabilité environnementale. Le Canada, pour sa part, ne peut se bercer d’illusions et se tenir à l’écart de cette problématique, ne serait-ce que parce qu’il est assujetti lui aussi à l’écologie planétaire par ses liens organiques avec la grande famille humaine.

Ce concept crucial de « viabilité » ( ou de « pérennité », de « durabilité » ) nous mène directement à la thèse et aux lignes de force du Rapport Brundtland, Notre avenir à tous, publié par la Commission mondiale de l’environnement et du développement ( CMED, 1987 ). Hélas ! comme de véritables caméléons, les termes « viabilité » et « développement » en sont venus à signifier bien des choses. L’expression « développement durable » est ainsi souvent utilisée pour renforcer certains des pires aspects de la vision expansionniste du monde qui, dans sa forme actuelle, est insoutenable : ni viable, ni durable.

Le présent ouvrage se déploie de la manière suivante :

Pour conclure, on aborde quelques problèmes précis concernant la responsabilité internationale du Canada face à l’environnement et le besoin pressant de modifier la relation Sud–Nord pour passer de l’état actuel de « vulnérabilité réciproque » à celui de « viabilité réciproque ».

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Chapitre 2

Le Canada dans un contexte mondial

La Terre est « une » mais le monde ne l’est pas. Nous dépendons tous d’une seule biosphère pour notre survie. Et pourtant, chaque communauté humaine, chaque pays lutte pour la survie et la prospérité sans grand égard pour l’impact que cela peut avoir sur les autres. Certains consomment les ressources de la Terre à un rythme qui ne laissera pas grand-chose aux futures générations. D’autres, beaucoup plus nombreux, consomment bien trop peu et vivent dans la hantise du lendemain — la faim, un milieu sordide, la maladie et une mort précoce.

Notre avenir à tous ( CMED, 1987 )

Nombre de voies qui ont mené au développement des pays industrialisés du Nord ne sont pas viables. Les gouvernements du Sud seraient avisés de se poser des questions quant à la sagesse de suivre ces mêmes voies, surtout s’ils souhaitent éviter le piège des pires modèles de développement exportés par le Nord. Il serait bon que les décideurs du Nord et du Sud conjuguent leurs efforts pour contrer les phénomènes planétaires que sont l’explosion démographique et la détérioration du milieu physique. En somme, nous devons immédiatement commencer à suivre une voie qui mène au développement durable.

Toutefois, les économies du Sud devront continuer à prendre de l’expansion pour combler en partie l’écart inacceptable avec le Nord et pour compenser l’érosion économique qui résulte du rapide accroissement de la population mondiale. Pour que cette expansion ne puisse nuire de façon irréversible à l’écologie de la planète, le Nord devra réduire de façon draconienne ses niveaux actuels de consommation.

Un problème nouveau, dont l’ampleur ne cesse de croître, ébranle les sociétés du Sud : l’accélération indisciplinée de la consommation, tant au niveau des attitudes, des attentes, des exigences que du volume, plus particulièrement au sein de la classe moyenne et de la grande bourgeoisie dont les rangs augmentent sans cesse. En Inde, par exemple, ces deux catégories sociales comptent pour 250 millions d’habitants. Elles éprouvent les mêmes appétits que leurs contreparties du Nord. Malheureusement, comme le confirment les résultats du Sommet de Rio, nous n’avons pas encore choisi de faire face aux changements radicaux, à la fois politiques et économiques, qui seuls amèneront le Canada et d’autres pays à réduire leur consommation. En considérant le problème dans la seule perspective des relations Nord-Sud, on a tendance à masquer certains des phénomènes tout autant destructeurs qui se manifestent au sein même de ces pays aussi bien qu’entre différentes régions du Sud.

Trouver des solutions pratiques qui placent l’humanité sur la voie du développement durable, voilà ce qu’était le but premier du Sommet de Rio. Vingt ans plus tôt, la Conférence de Stockholm avait reconnu que le système bien établi des États-nations demeurait un obstacle majeur à une action mondiale concertée. Mais les signataires de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement ont refusé de bouger d’un centimètre sur ce sujet ; on a plutôt convenu que les États « disposeront souverainement du droit d’exploiter leurs propres ressources » ( CNUED, 1992, « Principe 2 » ).

La déception suscitée par le refus de débattre d’un certain nombre de ces problèmes majeurs se reflétait dans les propos du Canadien Maurice Strong, secrétaire général du Sommet. Ses remarques lors de la séance de clôture ( Rusk et Vincent, 1992, p. A10 ) font allusion à l’échec de la Conférence de Stockholm : « La seule différence est qu’à présent nous ne disposons plus d’une autre vingtaine d’années à gaspiller. » Des leaders du Sud aussi bien que du Nord ne proclamaient-ils pas encore les vertus de la croissance économique ? Il est significatif qu’une conférence des pays du G-7, qui a eu lieu à Munich moins d’un mois plus tard, se soit surtout préoccupée de la croissance économique, non pas de la viabilité environnementale. À Rio, la première ministre de Norvège,

Gro Harlem Brundtland, avertissait les délégués ( Rusk et Vincent, 1992, p. A1 ) :

Il n’est plus possible de rester aveugles face à la réalité : nous nous dirigeons vers une crise aux dimensions incontrôlables, à moins d’adopter une nouvelle voie. Le Nord, ainsi que les riches dans le Sud, devront changer de modèles de consommation et de production.

Jim MacNeill est l’un de ceux qui, de concert avec Maurice Strong, a apporté une contribution significative au Rapport Brundtland de 1987. Il estime que l’un des échecs majeurs du Sommet de la Terre a été d’isoler les concepts de « durabilité » et de « développement », polarisant le débat et faisant de la protection environnementale et du développement économique des antithèses ( Rusk et Vincent, 1992, p. A10 ). Il n’est donc pas surprenant que le clivage se soit manifesté en termes des différences traditionnelles Sud–Nord, le premier réclamant un développement économique massif et le second arguant en faveur d’une protection environnementale plus poussée selon un modèle dominant de croissance économique.

Depuis Notre avenir à tous, l’expression « développement durable » a été adoptée par des groupes dont les intérêts et les valeurs sont carrément en conflit. Ces groupes vont des « préservateurs » et des « écologistes radicaux » ( dans le camp des environnementalistes ) aux partisans d’une intensification du développement des ressources et d’une intervention accrue de l’État et aux apologistes du néoconservatisme et de la nouvelle tendance internationale que représente l’économie de marché intégrale. Étonnant tout ce qu’on peut faire dire à l’expression « développement durable » !

Derrière cette confusion se dessine un conflit larvé entre deux visions du monde qui sont fondamentalement aux antipodes l’une de l’autre ( Capra, 1986 ). Chacune d’elle comporte ses hypothèses, ses connaissances, ses valeurs, sa perception de ce que doit être la relation entre l’être humain et son milieu. On peut désigner ces deux visions du monde, extrêmement opposées, de « vision expansionniste » et de « vision écologique » ; si la première est le modèle prépondérant, la seconde ne fait qu’émerger et n’est pas encore au point. Notre ouvrage s’arrête sur chacune d’entre elles pour mieux éclairer l’expression « développement durable » et l’usage qui en est fait sur les tribunes nationales et internationales.

Comment a-t-on fini dans cette galère ?

Depuis le début de la Révolution industrielle, la population mondiale a augmenté en même temps que l’industrialisation a progressé de façon exponentielle, tout comme la pollution et la dégradation environnementale. De leur côté, les mécanismes de survie et les ressources planétaires aptes à supporter une telle croissance démographique et économique disparaissent à un rythme alarmant. L’humanité, a-t-on dit, est à la fois « agent et victime du changement planétaire », ce qui soulève une question de fond :

Historiquement, il y a eu trois « poussées » démographiques : la première remonte au paléolithique ( l’âge de pierre, avant 8 000 av. J.-C. ) ; la deuxième a commencé avec l’agriculture au néolithique ( vers 8 000 av. J.-C. ) ; la troisième date de la période moderne. On estime que la population totale de la planète avant l’avènement de l’agriculture était de cinq millions d’habitants. Aujourd’hui, elle est d’environ 5,6 milliards et elle atteindra 6,2 milliards en l’an 2000 ; elle sera d’au moins 10 milliards en 2050 ( figure 1 ).

Il a fallu 1 500 ans pour que la population mondiale double et passe à 500 millions en 1650. Mais il n’aura fallu que 200 ans pour que la population de la planète atteigne le milliard en 1850, que 80 ans pour que ce chiffre double et passe à 2 milliards, que 40 ans pour qu’il double encore à 4 milliards en 1970. À la fin des années 1990, la croissance annuelle nette sera en moyenne de près de 92 millions — soit trois fois la population du Canada. Au cours du siècle qui vient, la population mondiale continuera à augmenter, mais à un rythme plus lent ; les projections indiquent 8,4 milliards en 2025 et 10 milliards en 2050.

Malgré ce ralentissement, le monde pourrait avoir, à la fin du prochain siècle, une population de 11,3 milliards dont 1,3 milliard dans le Nord et 10 milliards dans le Sud ( Banque mondiale, 1991, p. xvii–xx ).

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Figure 1. Croissance de la population mondiale de 1650 à 2050.
Source : Banque mondiale 1991.

Ces poussées démographiques ont toujours été accompagnées d’une extension du contrôle que nous exerçons, grâce aux percées technologiques, sur les trois couches qui constituent la surface du globe : la terre ferme ( lithosphère ), l’eau ( hydrosphère ) et l’air ( atmosphère ). La vitesse à laquelle ces changements se sont produits a également augmenté. Cette dynamique évolutionniste a été massive car elle a bousculé la relation originelle que notre espèce entretenait avec son habitat planétaire.

Tout comme chez les autres espèces, l’évolution humaine s’est d’abord opérée dans une relative adaptation symbiotique à l’environnement, mais avec au moins une différence majeure : l’aptitude de l’homme à fabriquer des outils et sa capacité croissante à modifier l’environnement naturel. Voilà l’origine d’une exploitation accélérée de notre milieu physique. Nos ancêtres du paléolithique étaient si peu nombreux et possédaient des outils si rudimentaires que, pendant des dizaines de millénaires, ils n’ont fait que vivre du fruit de ce capital qu’est l’environnement mondial. Selon la théorie des systèmes, comme l’évolution de la géosphère et de la biosphère qui se caractérise par une capacité à l’autosuffisance — soit une rétroaction négative — les sociétés de l’âge de pierre ont

été marquées par des modèles de comportement qui reposaient sur l’entretien d’un équilibre global avec l’environnement.

Nos systèmes socio-économiques et technologiques, conçus au cours des derniers siècles et animés par des processus de rétroaction positive — donc par la dynamique de croissance — ont progressivement grugé le patrimoine inorganique et organique de la planète. Ce comportement se justifie selon une vision expansionniste du monde qui considère que la croissance des biens matériels est indispensable à notre « quête du bonheur ». Son absence, nous avertissent les tenants de ce paradigme, ne peut déboucher que sur la perte de toute incitation, sur la stagnation et sur le chômage généralisé. Un tel modèle de croissance continue ( mesuré quantitativement par le PNB d’une société ) suppose qu’il y aura toujours un approvisionnement indéfectible en ressources. Cette hypothèse est rejetée par de nombreux écologistes qui la taxent de « mythe de la surabondance ».

Le développement « durable » est-il « viable » ?

En 1983, l’Assemblée générale des Nations Unies a créé la Commission mondiale de l’environnement et du développement pour qu’elle formule « un programme mondial pour le changement » et propose « des stratégies environnementales à long terme pour parvenir au développement durable en l’an 2000 et au-delà » ( CMED, 1987, p. ix ). La contribution sans doute la plus positive du rapport final de la CMED en 1987, Notre avenir à tous, a été de « marier » écologie et économie à l’échelle planétaire et de se concentrer sur les problèmes majeurs qui découlent de cette association. Le rapport a mis en relief le fait que « l’appauvrissement écologique se répercutera de plus en plus sur l’économie pour en arriver à freiner la production, à moins qu’on opère un changement significatif dans la pratique économique » ( Clow, 1990, p. 6 ). Poursuivant implacablement sa logique irréfutable, le document met en rapport le lien entre environnement et développement, d’une part, et la crise de pauvreté endémique qui afflige le Sud, de l’autre.

Cependant, le rapport omet de définir ce qu’on attend du patrimoine de ressources de la géosphère et de la biosphère, alors que l’activité économique devrait s’accroître dans l’hypothèse d’une expansion du développement dans le Sud, simultanément à la

croissance continue dans le Nord. Quelle assurance avons-nous que la biosphère pourra indéfiniment supporter les méfaits écologiques d’une activité économique accrue avec ce que cela comporte de déchets et de matières toxiques ? La perte alarmante d’ozone atmosphérique, qui fait suite à l’utilisation généralisée des chlorofluorocarbones ( CFC ), a provoqué l’inquiétude des scientifiques devant les effets à long terme de la radiation solaire accrue sur la photosynthèse des végétaux terrestres et des plantes aquatiques. Un changement dans la photosynthèse aurait des répercussions sur le phytoplancton marin et sa capacité à se reproduire, donc à demeurer la principale source d’oxygène planétaire, source essentielle de nutriments aquatiques et puits de dioxyde de carbone de premier plan.

Notre avenir à tous compte également sur l’aménagement des ressources pour obtenir un « rendement équilibré maximal », bien qu’il puisse y avoir de grands risques à vouloir obtenir un rendement équilibré « maximal » plutôt qu’« optimal ». Mises à part les difficultés qu’il y aurait à quantifier l’équilibre « maximal », l’expérience enseigne que de tels rendements sont illusoires, comme le démontre Clow ( 1990, p. 7 ) :

[ Ces rendements ] sont tellement déformés par ce qu’on a bien envie de croire ainsi que par les pressions qu’exercent les grandes entreprises, enfin tout simplement par l’ignorance, qu’ils sont ordinairement élevés d’un facteur de plusieurs multiples. L’estimation des ressources halieutiques et des contingents de capture du Canada atlantique en est une preuve concrète.

L’année 1994 marque peut-être l’effondrement permanent des pêches de l’Atlantique jusqu’à maintenant considérées comme une ressource renouvelable.

Notre avenir à tous défend une thèse centrale : la société mondiale doit parvenir à un « développement durable » qui « satisfera les besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins » ( CMED, 1987, p. 43 ). Que se passera-t-il si chaque génération successive considère qu’il est de son droit le plus strict de consommer autant ou même plus que la génération précédente. Car le « développement durable » est devenu une vache sacrée. Qui peut s’y opposer ? On pourrait dire que cette expression est un oxymoron par rapport à la vision du monde qui prédomine aujourd’hui et des axiomes économiques courants. Pour dire les choses autrement, nos

économies s’articulent sur la nécessité de la croissance continue, alors que les écosystèmes au sein desquels elles opèrent ne le sont pas. Par conséquent, comme l’affirme William Rees ( 1990a, p. 9 ), la « consommation des ressources écologiques a commencé à dépasser, un peu partout, le rythme de viabilité de la production biologique ». Au Canada, comme on le démontrera, on abat des forêts de la Colombie-Britannique à un taux qui dépasse de loin les niveaux viables de rendement à long terme.

Les impératifs qui sous-tendent les économies orientées sur la croissance sont en totale opposition avec la réalité des systèmes écologiques. Une dramatique illustration de cette situation est fournie par la notion de production primaire nette ( PPN ), définie comme le taux de production, par les plantes, d’éléments nutritifs utilisables ou d’énergie chimique. Jusqu’à 40 % de la PPN terrestre ( issue de la photosynthèse ) a déjà été épuisée, estime-t-on, par suite de la modification et de la destruction, par les êtres humains, des écosystèmes planétaires. L’Homo sapiens ne représentant qu’une seule espèce parmi des millions d’autres, un doublement de la population humaine — accompagné d’une augmentation par un facteur de 5 à 10 de l’activité économique — ne laisserait rien de la PPN pour les autres espèces, sans lesquelles les humains ne peuvent pas survivre ( Vitousek et al., 1986, p. 368–374 ).

Les écologistes nous avertissent qu’on ne peut continuer à s’approprier indéfiniment la PPN, mais Notre avenir à tous adopte une approche différente ( CMED, 1987, p. 254–255 ) :

Compte tenu de l’accroissement escompté de la population, on peut s’attendre à ce que la production industrielle augmente de cinq à dix fois d’ici le moment où la population du globe se sera stabilisé au cours du siècle prochain.

Quels sont les effets d’une telle situation dans le secteur de l’énergie dont dépend nécessairement tout développement futur ? Nulle source d’énergie ne satisfait aujourd’hui les critères de fiabilité, de sécurité et de bon sens écologique. En utilisant le térawattannée ( TWA ) comme unité d’énergie équivalant à environ un milliard de tonnes de charbon, le Rapport estime que la consommation mondiale d’énergie s’est chiffrée à quelque 10 TWA en 1980. Si l’utilisation par habitant devait rester au même niveau, une population mondiale de 8,4 milliards aurait besoin, d’ici à 2025, de près de 14 TWA ( plus de 4 TWA dans les pays du Sud et plus de 9 TWA dans les pays du Nord ), soit une augmentation de 40 % par

rapport à 1980. Citons de nouveau Notre avenir à tous ( CMED, 1987, p. 169–170 ) :

Si la consommation d’énergie par habitant devenait uniforme à l’échelle mondiale et aux niveaux courants des pays industrialisés, d’ici à 2025 la même population mondiale aurait besoin d’environ 55 [ TWA ].

Que peut-on déduire de ces chiffres ?

Cependant, comme le souligne le Rapport, ni le « plancher » ni le « plafond » des besoins en énergie ne semblent réalistes : « On n’a pas encore trouvé de cheminement généralement acceptable vers un avenir énergétique sûr et viable » ( CMED, 1987, p. 169 ).

Que suggère d’autre cette prévision d’une augmentation par un facteur de 5 à 10 de l’activité économique mondiale ? Lors de la publication du Rapport en 1987, l’activité économique avait atteint les 13 billions de dollars américains. Or, la majeure partie de ce montant était contrôlée par environ un cinquième de la population mondiale. Rien que pour permettre au Sud d’atteindre le même niveau d’utilisation des ressources que le Nord et le même PNB, cela nécessiterait une multiplication par cinq de l’activité économique mondiale, laquelle atteindrait alors quelque 65 billions de dollars. Mais si le Nord venait à doubler sa propre croissance entre-temps — estimation modeste si on considère que la production industrielle « s’est multipliée par 50 au cours du siècle écoulé », les quatre cinquièmes de cette croissance débutant en 1950 ( CMED, 1987, p. 4 ) — on en arrive à la multiplication par 10 que le Rapport prend pour hypothèse, ce qui amène l’activité économique mondiale à 130 billions de dollars. Quels que soient les chiffres qu’on retienne, cela ne peut qu’exacerber l’actuelle

crise environnementale : la multiplication soit par 5, soit par 10 de l’activité économique est nettement au-delà des capacités de la planète.

Il y a quelques années l’expression « poussée démographique inertielle » a fait son apparition pour désigner l’élan de l’explosion démographique actuelle. Cette poussée est analogue à un super-pétrolier qui se déplace à pleine charge. Même après avoir coupé les turbines, il parcourt bien des kilomètres avant de s’immobiliser à moins de renverser la vapeur pour accélérer le ralentissement. Sachant le « plein de vapeur » des économies et des technologies industrielles, vers quoi pourra-t-on se tourner pour surmonter l’élan de la « force d’inertie sociale » afin de parvenir au développement durable ? Faudra-t-il renverser la vapeur des locomotives de la croissance économique et démographique pour sauver l’environnement ?

À la Conférence de Stockholm de 1972 et, dans une moindre mesure, au Sommet de Rio de 1992, de nombreux pays du Sud, appuyés par le Vatican, ont repoussé la thèse d’une limitation de la croissance, affirmant qu’il s’agissait d’un nouvel avatar, extrêmement sophistiqué, du néocolonialisme. Ils se sont dit prêts à accepter la pollution environnementale ( maladie des pays riches ) pour s’industrialiser et faire grimper leurs niveaux de vie. Il faut dire qu’en préconisant un accroissement substantiel du développement dans le Sud, le Rapport Brundtland néglige de soulever la question symétrique :

D’une vulnérabilité réciproque à la viabilité réciproque

Le Rapport Brundtland affirme avec vigueur que la croissance doit se produire dans le Sud afin de satisfaire les besoins fondamentaux de survie quotidienne et de qualité de vie, ceci pour parvenir à l’équité sociale et à l’autodétermination et pour sauvegarder l’intégrité écologique ( Gardner et Roseland, 1989, p. 36–48 ). Il devient de plus en plus évident que ces transformations majeures ne pourront être réalisées qu’à l’aide d’une stratégie critique. En somme, le Nord, qui a la part du lion — où on assiste à l’augmentation par un facteur de 40 de la production industrielle depuis

1950 — doit relâcher son monopole sur les ressources mondiales et réduire radicalement sa consommation afin que le Sud puisse survivre.

Actuellement, 26 % de la population du monde consomme entre 80 et 86 % des ressources non renouvelables de la planète et entre 34 et 53 % des produits alimentaires ( CMED, 1987, p. 33 ). Or, au milieu du prochain siècle, le Nord pourrait bien ne plus représenter que 10 % de l’humanité. Peut-il donc continuer à consommer autant ? Serait-il réaliste de s’attendre à ce que le Sud, avec 90 % de la population en 2050, se contente d’une part minime des ressources mondiales ?

Le Rapport faisait également mention des liens étroits qui existent entre indigence matérielle, absence de justice sociale et dégradation de l’environnement. Ainsi, 75 % de la flore et de la faune de la Terre vivent entre 20° de latitude nord et 20° de latitude sud, là même où se manifeste le besoin le plus pressant d’un investissement énorme pour réhabiliter l’environnement et protéger des sites terrestres et aquatiques précis. Par conséquent, soucieux de notre propre viabilité à long terme, de notre propre intérêt « éclairé », sans parler de la survie même du Sud, le Nord devra transférer au Sud l’énorme quantité de ses ressources matérielles, financières et technologiques.

Une telle tâche doit engendrer une nouvelle réflexion, ingénieuse, sur la théorie économique. De plus en plus, nous serons confrontés à un dilemme : la croissance même qui appauvrit actuellement notre environnement pourrait bien s’avérer nécessaire pour générer les vastes sommes qui seront requises pour réhabiliter l’environnement sur les plans national et international. En outre, la dette fédérale du Canada atteignait, au début de 1994, 500 milliards de dollars et augmentait régulièrement. Or, en période de difficultés économiques croissantes et de compressions fiscales, les Canadiens ne sont-ils pas moins disposés à consacrer leurs ressources financières pour faire face à des préoccupations nationales et internationales de nature sociale et environnementale ?

Il ne fait pas de doute que le Sud se développera et, pour notre survie réciproque, il doit se développer. Une question se pose à nous tous : de quelle manière ? Voilà la monnaie d’échange des pays du Sud ! À moins que le Canada et d’autres pays privilégiés du Nord ne réduisent de beaucoup leur consommation d’énergie et de ressources et les déchets qui en résultent, ils peuvent

difficilement exiger des pays du Sud des formes de développement écologiquement viables.

Les stratégies de développement qui sont viables tant pour l’écologie que pour la société remettent en question le concept de « développement » promulgué par le Nord dans le cadre de sa vision expansionniste du monde. Les stratégies technologiques et de développement ont jusqu’ici omis de tenir compte des besoins des cultures spécifiques et des effets à long terme sur les écosystèmes ; le « développement » est devenu le « maldéveloppement » lorsque des programmes inopportuns en provenance du Nord ont été mis en oeuvre incorrectement par des gouvernements du Sud ( Shiva, 1989, p. 14–37 ). On a ainsi détruit les valeurs culturelles et spirituelles des peuples indigènes, leur retirant le savoir et les talents requis pour protéger et réhabiliter des écosystèmes spécifiques. Ces critiques sont tout aussi valides pour les projets de développement dans le nord du Canada qu’en Amazonie et à Bornéo.

Juger qu’une culture ou une société est « sous-développée » implique qu’il n’existe qu’une seule voie acceptable d’évolution sociale, celle des pays industrialisés. Les régions « en développement » sont donc étiquetées comme étant inférieures jusqu’à ce qu’elles parviennent à un certain degré de parité scientifique et technologique avec le Nord. Définir le « développement » à partir de l’industrialisation du Nord revient à souscrire sans discernement à une vision expansionniste du monde et aux stratégies connexes qui sèment la dévastation au sein d’une bonne part des processus autorégulateurs de la planète.

Le reflet d’une crise culturelle

Méprisant le Rapport Brundtland qui souligne la nécessité d’opérer une intégration des politiques économiques et des exigences environnementales, les gouvernements fédéral et provinciaux du Canada seraient coupables, aux yeux des groupes environnementaux, de n’adhérer à ce concept que du bout des lèvres. Les tables rondes provinciales, créées pour formuler des stratégies de développement durable, sont remises en question pour la manière dont leurs membres ont été recrutés et pour la tendance qu’elles manifestent à accorder un traitement préférentiel aux groupes d’intérêts spéciaux — surtout le monde des affaires ( Howlett, 1990,

p. 580-601 ). Même si ces tables rondes font avancer les choses, elles sont confrontées à l’inertie chronique des gouvernements et à l’antagonisme du secteur privé. En effet, pour l’essentiel, le « développement durable » continue à être interprété par Ottawa et les provinces en fonction de la vision expansionniste du monde ; il fait ainsi courir le risque de perpétuer nombre des pires aspects du statu quo. L’absence de préoccupations écologiques réelles chez nos politiciens n’était que trop apparente durant l’élection fédérale de 1993, le lien nécessaire entre la vigueur de l’économie et la viabilité de l’environnement ayant été complètement évacué du débat.

Au moment de préparer la voie d’une société viable, il y a une chose qui doit être parfaitement claire : le maintien du statu quo ne peut suffire en aucun cas. Sans doute plus que jamais auparavant, les Canadiens sont agités par une série de crises — constitu-tionnelle et politique, économique et environnementale — qui minent sans exception les politiques et les institutions traditionnelles. En outre, dans la mesure où la viabilité sociale et environnementale à long terme du Canada est inextricablement liée au bien-être du reste de la planète, toute discussion relative au développement durable doit s’articuler autour d’une restructuration du dialogue Sud-Nord. S’il est acquis que la production économique mondiale ne puisse s’accroître d’un facteur de 5 à 10 sans nuire de façon irréversible à l’écologie planétaire, le Nord devra donc réduire l’usage qu’il fait des ressources afin que le Sud puisse vivre. Cela nécessite, bien sûr, de profondes et dramatiques modifications de notre pensée politique et de nos préceptes économiques actuels. Et pour cela, il nous faut admettre que la crise que nous traversons est loin d’être uniquement environnementale. Il faut entreprendre une réflexion totalement nouvelle sur la pertinence et la validité de nombre d’éléments majeurs de la culture occidentale contemporaine ainsi que sur les axiomes et les croyances qui caractérisent la vision expansionniste du monde.

Chapitre 3

La vulnérabilité du Canada

Chaque homme est enfermé dans un système qui l’oblige à accroître son troupeau de façon illimitée — et ce dans un monde qui est limité. La dévastation est donc la destination vers laquelle se précipitent tous les hommes, chacun agissant strictement dans son propre intérêt à l’intérieur d’un contexte social où chacun croit fermement à la liberté d’accès aux ressources communes. Cette liberté signifie la dévastation pour tous.

— Hardin ( 1977, p. 20 )

La vision expansionniste du monde : la course au développement

Cela fait plus de deux décennies que le « drame des ressources communes » constitue le puissant thème autour duquel se rallient les environnementalistes du monde entier. Notion popularisée par le biologiste Garrett Hardin à la fin des années 1960, sa force réside bien moins dans sa fidélité à l’histoire que dans le sort qui, analogiquement, attend la société moderne. Ce « drame » met en lumière les conséquences inévitables qui découlent de l’exploitation débridée d’un environnement limité par des individus ou par des États mus par leur intérêt le plus immédiat. Selon Hardin, les trois conditions suivantes doivent être satisfaites pour qu’éclate le drame des ressources communes :

La récente disparition des stocks canadiens de morue, accompagnée de la perte de quelque 40 000 emplois dans l’industrie de la pêche à Terre-Neuve, illustre bien ce thème à plusieurs égards.

Au cours des 450 dernières années, le monde occidental s’est arrangé pour éviter bon nombre des problèmes normalement associés à l’état de pénurie. La découverte du Nouveau Monde et la capacité croissante de la technologie à exploiter l’environnement naturel illustrent une période sans précédent d’apparente abondance. Nombre des valeurs sous-jacentes de la société industrielle occidentale, notamment la croyance dans les vertus de la démocratie libérale, d’un capitalisme de laisser-faire, de la liberté et de l’individualisme, étaient articulées sur l’hypothèse de l’abondance des ressources ( Ophuls, 1977, p. 143–145 ). Par conséquent, les théoriciens politiques et économiques des XVIIe et XVIIIe siècles, tels que John Locke ( 1632–1704 ) et Adam Smith ( 1723–1790 ), envisageaient l’avènement d’une période de prospérité matérielle et s’attendaient à la disparition des institutions politiques autoritaires qui étaient jusque-là le propre des époques de pénurie.

De la même façon, Frederick Jackson Turner, dans sa fameuse thèse sur « la frontière [ américaine ] » rédigée dans les années 1890, voyait dans les terres de l’ouest des États-Unis et chez ceux qui avaient l’ambition et la force de s’en emparer, une explication de l’individualisme et de la démocratie en Amérique. Walter Prescott Webb a étendu la portée de cette thèse de façon à couvrir les deux côtés de l’Atlantique, de sorte que l’exploration outre-mer créait une « Grande Frontière » à la fois géographique, politique, économique et culturelle qui assurait à l’Occident une hégémonie mondiale. Le territoire continental sur lequel l’Europe étendait son contrôle est passé des 8,6 millions à 52 millions de kilomètres carrés en annexant des territoires outre-mer, qu’ils soient africains, asiatiques, australiens, nord-américiains ou sud-américains. Cela devait engendrer une période d’expansion économique ininterrompue de 1500 à 1914. En même temps que se déroulaient les révolutions commerciale et industrielle, de nouveaux empires coloniaux donnaient accès aux matières premières des pays outre-mer et le premier marché véritablement mondial était créé. Cette période d’expansion a été marquée par une croissance sans précédent et par une extension du pouvoir des nations occidentales par des moyens militaires, politiques et économiques.

Webb nous permet de poser les questions suivantes : Qu’arrivera-t-il lorsque se terminera l’exploration de la « Grande Frontière » et qu’aura pris fin la période d’expansion économique ? Comment nos institutions occidentales, façonnées au cours d’une époque de croissance géographique sans précédent, s’ajusteront-elles à la disparition de cette terra incognita ?

Le théoricien politique William Ophuls estime que nos valeurs libérales sont foncièrement mésadaptées à l’actuelle période de rareté croissante des ressources. Ophuls ( 1977, p. 147–165 ) craint que, pour protéger les ressources environnementales communes, l’individualisme omniprésent ne soit remplacé par une forme de « communalisme » et que le libéralisme, à son tour, finisse par céder le pas à des institutions politiques autoritaires assurant de façon musclée les besoins d’une société de conservation et à « équilibre stationnaire ».

D’autre part, est-il raisonnable de compter aveuglément sur la « planche de salut technologique » pour perpétuer un état d’abondance des ressources ? C’est certainement ce qu’espèrent de très nombreuses personnes. Récemment, l’annonce de la découverte de la « fusion froide » a fait miroiter l’espoir d’une source illimitée d’énergie, ce qui s’est avéré extrêmement prématuré. Entre-temps, la guerre avec l’Iraq a contribué à souligner à quel point notre société industrielle est vulnérable devant un possible déclin des stocks de combustibles fossiles. Les partisans de la fameuse planche de salut estiment que ce n’est qu’une question de temps avant que nous soyons en mesure d’exploiter les ressources des environnements extraterrestres. Mais d’ici là, nous devons nous préoccuper de la rapide diminution des richesses et reconnaître que, à toutes fins utiles, nous en sommes arrivés à la disparition de la « frontière » planétaire.

Par conséquent, il faut se poser la question suivante : Comment notre écosystème planétaire, avec ses limites et ses ressources restreintes, pourra-t-il supporter le double impact de la technologie industrielle et d’une population mondiale qui augmentera encore pendant plusieurs décennies au cours du XXIe siècle ? Pendant combien de temps encore pourra-t-il continuer à agir comme un « puits » qui absorbe nos déchets et notre pollution ? Cela est rapidement en train de devenir un problème majeur qui vient s’ajouter à celui de l’exploitation des ressources. En outre, nous allons devoir nous attaquer à une série de problèmes

imminents : malnutrition massive et même décès pour cause de famine dans les pays en développement et dans certaines parties du Nord urbanisé ; érosion du sol et désertification ; destruction des forêts pluviales tropicales et tempérées en Amazonie, à Clayoquot Sound et ailleurs ; pollution de l’air et de l’eau, y compris les pluies acides ; incessante disparition de milliers d’espèces végétales et animales ; avis terrifiants des scientifiques concernant le trou dans la couche d’ozone et « l’effet de serre », qui vont en s’accroissant. Nous avons à peine commencé à tenir compte des montagnes de matières toxiques et autres déchets qui s’amoncellent et des effets sournois et à long terme de la chimisation sur la santé et sur la survie des êtres humains et des millions d’autres espèces vivantes.

La vision expansionniste du monde émane du concept de la croissance continue, projeté avec optimisme dans un avenir apparemment sans limites. Ses racines philosophiques sont variées : la méthode inductive de Francis Bacon pour maîtriser la nature aux fins de l’homme ; les visions cartésienne et newtonienne de l’univers comme une « grande mécanique » assujettie à des méthodologies qui reposent sur le réductionnisme, la quantification et la séparation des faits et des valeurs ; la foi rationaliste du Siècle des lumières dans l’union de la science et de la technologie, pour asservir les ressources de la nature et mettre ainsi un terme aux pénuries et aux souffrances humaines ; les percées technologiques de la première révolution industrielle qui ont dramatiquement contribué à faire l’équation entre « progrès » et satisfaction des besoins matériels, créant une société orientée sur la consommation.

Dans la vision expansionniste du monde, la nature est perçue comme un énorme réservoir de ressources à exploiter pour satisfaire les besoins matériels toujours croissants d’une population humaine en expansion numérique continue. Mais une telle approche néglige presque complètement l’indispensable rôle biophysique de la nature qui est d’agir comme un « puits » pour recycler et transformer les déchets et maintenir des fonctions écologiques. En outre, on confond croissance matérielle et développement, celui-ci apparaissant dorénavant comme une condition préalable au bonheur de l’être humain et à sa prospérité. De plus, ses partisans affirment que tout recul dans le taux de croissance doit inévitablement conduire à la stagnation, au chômage

massif et à la détresse généralisée. Repoussant l’objectif d’une société « à équilibre stationnaire » dans laquelle les activités économiques doivent être soumises aux contraintes imposées par les écosystèmes naturels, ses tenants font valoir qu’on peut se fier au progrès technologique pour relever les niveaux de vie dans le monde, maîtriser et exploiter des sources d’énergie renouvelables et plus « écologiques » et accroître la production vivrière ainsi que la disponibilité d’autres produits biologiques grâce à des percées en biotechnologie. Dans cette perspective, on compte sur de nouvelles technologies plus efficaces pour résoudre les problèmes créés par celles-là mêmes qui ont précédé, pour élaborer des substituts aux ressources épuisées et reconstituer les milieux ravagés. La position expansionniste rejette donc les implications de la doctrine d’une pénurie croissante des ressources naturelles ( soit la nécessité de réduire radicalement dans le Nord la consommation et l’exploitation des ressources ) sous prétexte qu’on peut compter sur la technologie pour invalider cette thèse.

L’application de cette logique à la politique canadienne des ressources conduirait à exploiter les ressources nationales dans leur pleine mesure afin d’en tirer aujourd’hui le maximum de profit puisque nombre d’entre elles deviendront sans doute désuètes ou considérablement moins pertinentes au cours des années à venir. Sous le gouvernement Trudeau, le ministre du Commerce Jean-Luc Pépin a bien résumé cette position alors qu’il défendait la décision du gouvernement de vendre du gaz naturel aux États-Unis ( Burton, 1977, p. 17 ) :

Il serait absurde de couver ces ressources. Il est possible que d’ici 25 à 50 ans nous nous donnions des coups de pied dans le derrière pour ne pas avoir profité de ce que nous avions à l’époque où le gaz naturel et le pétrole étaient des denrées commerciales de consommation courante.

La vision expansionniste du monde a coïncidé avec l’avènement du capitalisme. Au cours du présent siècle, toutefois, tant les pays socialistes que les pays capitalistes ont appliqué les axiomes essentiels de la position expansionniste. En effet, ceux-ci demeurent le paradigme social prépondérant ( Milbrath, 1989, p. 115–134 ). Il n’est pas sans intérêt de noter que les socialistes ont d’abord adopté une attitude critique, surtout sur les abus sociaux, et que nombre de leurs ouvrages attaquaient la vision étroite qu’on avait des êtres humains comme individus possessifs et

comme cellules économiques. Karl Marx, tout comme Adam Smith, était un enfant spirituel du Siècle des lumières par sa foi dans le progrès technologique et matériel.

L’un des axiomes fondamentaux de la période récente affirme que le meilleur moyen de satisfaire les besoins et les désirs de l’Homme passe par une croissance économique ininterrompue. Dans une économie mondiale dominée par le marché, l’expansion presque sans limites est considérée comme essentielle tant pour stimuler que pour satisfaire ces besoins et ces désirs qui, dans une époque laïque, sont jugés réalisables sur le plan matériel. L’aspect séduisant de cette vision transparaît dans l’enthousiasme dont a fait preuve l’Europe de l’Est en adoptant l’éthique capitaliste après l’effondrement du socialisme d’État. Les critiques de l’expansionnisme font toutefois valoir que cela est aussi futile que de réorganiser la disposition des chaises-longues sur le pont du Titanic : on pourra tant qu’on voudra déplacer les meubles de gauche à droite et passer de la propriété d’État à la propriété privée, cela ne réglera nullement le problème essentiel qui est que l’État industriel est une galère qui risque de sombrer et que ce dont nous aurions peut-être besoin, ce serait d’un nouveau vaisseau pour nous porter.

L’élan de cette morale expansionniste découlerait pour l’essentiel du triomphe géopolitique de l’Occident. Même si les frontières physiques ont été progressivement repoussées jusqu’à ce que, à la fin du siècle dernier, il ne demeure presque plus de régions encore inexplorées, l’expansionnisme est demeuré partie intégrante de notre modèle industriel. Aujourd’hui, le fardeau de la preuve revient à ses partisans lorsqu’ils persistent à affirmer que le modèle en question peut effectivement résister à la nécessité d’imposer des limites à la croissance. Ainsi, nous nous retrouvons à la croisée des chemins, de plus en plus confrontés à la nécessité de limiter notre croissance ; simultanément, les pays industriels se sont dotés d’infrastructures dont le fonctionnement exige la poursuite d’une telle croissance pour assurer leur stabilité économique et sociale. Au Sommet de Rio, le président américain George Bush a réaffirmé l’engagement de son pays à l’égard de l’expansionnisme en repoussant la demande du Sud en faveur d’une réduction de la consommation dans le Nord ( Rusk et Vincent, 1992, p. A1–A2 ) :

[ La croissance économique est ] le moteur du changement et l’alliée de l’environnement [ . . . ] Nous croyons fermement que la voie vers Rio doit nous orienter à la fois vers la protection de

l’environnement et la croissance économique — l’écologie et le développement. Il est devenu manifeste que, pour appuyer le développement durable, nous devons protéger l’environnement et que, pour protéger l’environnement, nous devons soutenir le développement durable.

Par la suite, les États-Unis devaient refuser de signer tout traité sur la biodiversité qui risquerait de limiter la portée future des brevets américains en biotechnologie. Depuis lors, cependant, le président Clinton a renversé cette décision et créé le President’s Council on Sustainable Development. L’argument en faveur de la conservation environnementale dictée par le modèle expansionniste du monde n’est pas nouveau ; le paradoxe apparent requiert cependant une explication.

La « conservation à gestion judicieuse » ou comment respecter le système

Avec l’avènement du mouvement contemporain pour la conservation de la nature à la fin du siècle dernier, tant aux États-Unis qu’au Canada, ses partisans n’allaient pas tarder à devenir les alliés de la position expansionniste. En effet, l’école de pensée de la « gestion judicieuse » de Gifford Pinchot, aux États-Unis, et de Clifford Sifton, au Canada, a assimilé l’objectif de la conservation à celui de l’« exploitation durable ». Pinchot et Sifton estimaient tous les deux que la conservation agissait contre le gaspillage et les excès préjudiciables pour l’environnement d’une société en développement, mais non pas contre le développement en soi. Ils ont clairement énoncé qu’il ne fallait pas confondre la conservation avec la préservation ni laisser la nature dans son état original. Idéalement, la conservation signifierait qu’on aurait recours à des procédures de « gestion scientifique judicieuse » pour exploiter toutes les ressources naturelles : forêts, sols, eau et faune. En outre, dans la mesure du possible, ces ressources seraient prélevées de manière à permettre leur renouvellement pour que la nature puisse être simultanément « exploitée » et « sauvegardée ».

Dès les premières années du XXe siècle, la « gestion judicieuse » l’a emporté comme principal porte-parole du mouvement de conservation en Amérique du Nord ; ce succès est attribuable, à bien des égards, à son allégeance pragmatique aux valeurs économiques sous-jacentes de l’époque. Jusqu’à une période relativement récente, les arguments en faveur de la conservation ont presque

exclusivement reposé sur la thèse de la rentabilité. En situant la conservation dans le camp du « progrès » économique, les partisans de cette approche ont été en mesure de parvenir à un niveau d’influence jamais atteint par les tenants de la « préservation ».

Compte tenu de ce contexte de la montée de la pensée néoconservatrice durant les années 1980 au Canada et dans tout l’Occident, il est compréhensible que la réaction du gouvernement fédéral canadien face à la stratégie de développement durable du Rapport Brundtland se soit inscrite dans la vision expansionniste du monde. Cette position a été réitérée au Sommet de la Terre de 1992 par une majorité des pays du Nord et du Sud. Le rapport du Groupe de travail national du gouvernement canadien ( Conseil canadien des ministres des Ressources et de l’Environnement, 1987 ) parle du « développement économique durable » et de la nécessité de maintenir la « croissance économique » dans la mesure où « la croissance économique et la prospérité nous offrent la possibilité de soutenir la gestion judicieuse des ressources et de protéger la qualité de l’environnement ». Le Rapport ajoute ( Conseil canadien des ministres des Ressources et de l’Environnement, 1987, p. 3 ) :

Le développement durable est la condition qui nous dicte que les pratiques courantes ne doivent en rien restreindre l’option de préserver ou d’améliorer les niveaux de vie à l’avenir. [ . . . ] le développement durable ne requiert pas la préservation de nos richesses naturelles dans leur état présent pas plus qu’une sorte de formule mixte de ressources humaines, physiques et naturelles. Il n’impose pas non plus de limites artificielles à la croissance économique, à condition que cette croissance soit économiquement et environnementalement durable.

Il n’est pas difficile de voir pourquoi les milieux d’affaires canadiens ont appuyé le Rapport. Quant aux critiques des liens actuels entre les habitants de la planète et l’environnement, ils avaient moins de raisons de se réjouir.

Pour eux, le développement en cours ne peut pas être durable. En fait, la crise actuelle de l’environnement mondial aurait ses racines dans le paradigme expansionniste qui nous enferme. William Rees ( 1988, p. 135 ), écologiste des ressources à l’Université de la Colombie-Britannique, souligne toutefois ceci :

Le Groupe de travail est réticent à admettre la possibilité que les niveaux de vie de certains pourraient être réduits afin que

d’autres puissent tout simplement survivre. Il élude complètement la question.

De telles critiques ne peuvent que nous amener à conclure que l’expression « développement durable » est en train d’être détournée par les pouvoirs en place et qu’on en abuse pour promouvoir des mécanismes scientifiques et administratifs purement provisoires qui masquent la nécessité des modifications structurelles qui s’imposent sur les plans politique et économique. Les changements requis pour s’attaquer aux problèmes nationaux et internationaux exigent le respect de l’intégrité écologique ainsi que la satisfaction des besoins essentiels en matière d’autodétermination des collectivités et de justice sociale.

Chapitre 4

L’incurie du Canada à l’égard de son patrimoine naturel

Pendant quatre décennies, la politique de bas prix alimentaires a semé la pagaille en agriculture et a encouragé des pratiques irrationnelles ; tout cela pour que je puisse me procurer du pain pour un dollar.

— Gayton ( 1990, p. 144 )

On commence à se rendre compte que les choses ne seront plus jamais comme avant en ce qui concerne l’agriculture canadienne. Pour que notre industrie agro-alimentaire puisse continuer à supporter la concurrence sur les marchés mondiaux — tout en tenant compte des préoccupations environnementales — de modestes accommodations ne suffiront pas.

— Conseil des sciences du Canada ( 1992 )

 

L’agriculture en crise

Le rapport d’où est extrait la déclaration du Conseil des sciences du Canada affirme que l’industrie agro-alimentaire canadienne est en état de crise. On y dit aussi que le statu quo n’est plus viable dans la mesure où « il y a de plus en plus d’indices qui montrent que la viabilité économique est handicapée par le laisser-faire qui règne en ce qui a trait aux ressources physiques et biologiques dont dépend l’agriculture » ( Conseil des sciences du Canada, 1992, p. 13 ).

L’industrie agricole demeure l’une des pierres angulaires de l’économie canadienne et se chiffre à 50 milliards de dollars canadiens par an. Elle donne du travail, directement et indirectement,

à 14 % de la population active du pays, contribuant également à hauteur d’un tiers environ de l’excédent commercial du Canada. Pourtant, seul 5 % du territoire canadien est disponible pour les cultures vivrières et la totalité de cette superficie est en train d’être exploitée, laissant peu de place à une expansion de la production alimentaire.

Toutes les civilisations sont tributaires de la « disponibilité écologique » de leur base agricole comme le révèle clairement l’archéologie environnementale des anciennes civilisations. La culture industrielle expansionniste de l’Occident, dont l’agriculture est une grosse consommatrice de pétrole et de ressources, ne s’écarte de cette situation que par la dimension mondiale de ses opérations. Si on ne tire pas les leçons du passé, son effondrement sera, lui aussi, d’envergure mondiale ( Weiskal, 1989 ).

Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’agriculture nord-américaine était devenue synonyme d’efficacité technologique et de productivité, avec une dépendance accrue à l’égard des monocultures. En cours de route, toutefois, les exploitations agricoles canadiennes et américaines, fortement mécanisées, en sont venues à dépendre de plus en plus de combustibles fossiles, d’engrais et de pesticides chimiques et de capitaux empruntés. En dépit de cela, ces mêmes exploitations connaissent aujourd’hui un déclin de productivité des sols, une augmentation de l’endettement et un recul des profits. En outre, la dépendance accrue à l’égard de produits chimiques en agriculture a fait apparaître un nombre sans précédent de dangers qui menacent la santé des animaux aussi bien que des êtres humains ( Reganold et al., 1990, p. 112 ). De plus, à cause de la mécanisation croissante de la production alimentaire, ce qui était jadis un processus biologique est à présent considéré comme une activité industrielle ( Drengson, 1986, p. 137 ).

La monoculture soulève, quant à elle, la difficile question de la sécurité alimentaire. Tant au Canada que dans les pays du Sud, l’économie agricole a graduellement emprunté la voie de la mécanisation et de la spécialisation des récoltes. Un pourcentage croissant de ces cultures proviennent de banques de semences appartenant à la grande entreprise et requièrent un recours constant à des engrais et à des pesticides conçus spécifiquement pour elles. Cela augmente la vulnérabilité des plantes aux changements

climatiques et aux nouvelles maladies et réduit la souplesse d’adaptation à long terme que permet la diversité génétique.

La sécurité de notre approvisionnement alimentaire, et donc celle de l’économie agricole du Canada, est mise de plus en plus en péril. En outre, la dépendance du Canada à l’égard de quelques cultures d’exportation majeures — huile de colza ( canola ) et blé dur — a déjà exposé nos marchés d’exportation au protectionnisme étranger. ( Paradoxalement, les cultivateurs américains se sont fait promettre une protection contre les produits canadiens afin de promouvoir le libre-échange avec le Mexique. ) Les Canadiens qui réduisent leurs propres options agricoles doivent compter de plus en plus sur des importations. Or, il s’agit souvent d’aliments qui peuvent être produits au Canada. En fait, il est possible que le Sud, dans la mesure où il réussit à préserver une vigoureuse agriculture de subsistance, puisse un jour manifester plus de souplesse que certains pays du Nord comme le Canada.

La pratique agricole contemporaine du Canada soulève plusieurs questions de nature environnementale quant à la conservation des sols et au maintien de sa productivité pour les générations futures. En 1987, les effets conjugués de l’érosion, de l’acidification, de la compaction et de la salinisation des sols ( attribuables aux pratiques courantes de labour, d’épandage d’engrais et d’irrigation ) auraient coûté aux cultivateurs canadiens près de 1,4 milliard de dollars à la suite de rendements réduits et de coûts de production accrus ( Environnement Canada, 1987, p. 25 ).

Quant à l’utilisation de la chimie en agriculture et aux dépôts de tourbe qui en résultent dans les caniveaux, ruisseaux et rivières, ils ont occasionné une sédimentation préjudiciable pour les lacs enclavés et les voies navigables, des pertes importantes au niveau de la pêche récréative et des coûts accrus de dragage et de traitement de l’eau. La contamination des eaux de surface et des eaux souterraines par les pesticides ainsi que la perte des terres humides et autres habitats fauniques constituent également des sujets à préoccupation de plus en plus tangibles ( Environnement Canada, 1987, p. 25 ).

En 1984, le Comité sénatorial permanent de l’agriculture, des pêches et des forêts émettait un rapport sur le déclin de la qualité des sols canadiens. Le document de 129 pages, intitulé Nos sols dégradés. Le Canada compromet son avenir, soutient que la dégradation du sol fait perdre aux agriculteurs canadiens au moins

un milliard de dollars par an. Or, la mauvaise qualité des sols menace les terres agricoles dans toutes les provinces. Bien que cette dégradation se manifeste sous des formes très diverses au pays, les résultats sont les mêmes : la tourbe riche en nutriments disparaît et les récoltes donnent des rendements plus faibles. Dans certaines régions des Prairies, la culture excessive et le recours abusif aux herbicides ont fait fléchir la productivité d’environ 75 %.

L’agriculture contemporaine soulève également plusieurs problèmes de nature sociale :

Les difficultés économiques qu’affrontent aujourd’hui les exploitants agricoles menacent de faillite un plus grand nombre d’entre eux qu’à n’importe quel autre moment depuis la Grande Crise ( Brown, 1987, p. 122 ). Le concept de nourriture comme denrée commerciale ainsi que les politiques connexes d’encouragement à l’expansion, la production accrue et les apports en capitaux toujours plus importants ont contribué à la crise financière qui sévit chez les agriculteurs canadiens ( Nikiforuk, 1988, p. 36–47 ).

La dette de nos cultivateurs s’élève à 20,7 milliards de dollars. En 1987, la dette agricole totale des Prairies était de 13 milliards de dollars, soit 88 000 $ par exploitation ( Penner, 1988 ) ; en Colombie-Britannique, les agriculteurs ont accumulé une dette de 1,2 milliard de dollars ( Drengson, 1986, p. 135 ). Selon les estimations, 44 000 exploitations canadiennes, soit près du sixième du total, sont déjà insolvables en dépit des subventions accrues du gouvernement qui sont passées de 1,1 milliard de dollars en 1981 à 3,8 milliards de dollars en 1988 ( Conseil des sciences du Canada, 1992, p. 14 ), pour un total de près de 17 milliards de dollars au cours de la décennie écoulée ( Mahood, 1991 ). Durant la dernière décennie, 4 258 cultivateurs ont fait faillite ; au cours de la même période, l’endettement agricole total a dépassé la valeur annuelle des recettes en espèces ( Conseil des sciences du Canada, 1992,

p. 14 ). À la suite de la guerre des subventions qui fait rage sur la scène internationale et qui a réduit le prix des denrées et fait culbuter les cours du blé jusqu’à 2 $ le boisseau ( un plancher jamais atteint depuis 20 ans ), on peut prévoir que la situation, déjà catastrophique, n’empire. Alors que le cours des céréales s’effondre, le coût du carburant, des machines, des semences et des engrais — tout ce qui est nécessaire pour cultiver — ne cesse de grimper.

De 1981 à 1986, plus de 55 000 hectares de terres rurales ont été sacrifiés à l’urbanisation dans 70 villes canadiennes de plus de 25 000 habitants. En outre, les terres arables de première qualité comptent pour près de 60 % des terrains convertis à des usages urbains ( Warren et al., 1989 ). Ainsi, en Colombie-Britannique, 80 % des terres humides du delta du fleuve Fraser ont été retirées à l’agriculture ( Environnement Canada, 1986 ). Une fois qu’une terre est modifiée à des fins urbaines, elle devient inutilisable à des fins agricoles.

L’agriculture canadienne consomme d’importantes quantités d’eau douce, de carburant et de produits pétrochimiques ( herbicides, pesticides et engrais ). Elle consomme également une masse énorme de produits pharmaceutiques sous forme d’antibiotiques et d’hormones ( Drengson, 1986, p. 136 ). Tout au long de la deuxième moitié de ce siècle, l’agriculture a été soumise à des pressions : on voulait accroître les dimensions de l’exploitation agricole moyenne ainsi que la production de chaque agriculteur dans une vaine tentative de sauvegarder la marge de profit toujours plus maigre qui permettrait à l’exploitant d’obtenir un rendement équitable par rapport à l’investissement demandé et au temps alloué. Cela a poussé l’agriculteur à laisser tomber les techniques culturales plus complexes telles que l’assolement et l’agriculture diversifiée en faveur de monocultures spécialisées, chimiquement traitées et à grande échelle. De plus en plus, les cultivateurs, tout comme les forestiers, se sont convertis à l’approche industrielle.

L’agriculture moderne requiert par conséquent des intrants considérables d’origine industrielle pour atteindre des niveaux de production élevés. Depuis 1941, par exemple, le nombre d’exploitants canadiens a diminué de 60 % et la production a augmenté de 175 % ( Conseil des sciences du Canada, 1992, p. 14 ). Pourtant, le prix des intrants a augmenté de façon vertigineuse au cours de la dernière décennie. Cette augmentation se conjugue aux faibles prix des produits agricoles et contribue à une détresse financière

généralisée. La production des aliments est devenue presque totalement tributaire du pétrole et du gaz naturel, non seulement pour fabriquer les produits chimiques et les machines, mais aussi pour transformer et distribuer les produits. Si, de plus, on prend en compte les activités secondaires du système agricole comme le transport, la transformation, le conditionnement et la distribution des aliments, alors le rapport entre les intrants et les extrants énergétiques devient encore plus déséquilibré ( Gever et al., 1989, p. 281 ).

On se fait de plus en plus de souci face aux effets des pesticides et à la dégradation des sols, surtout parce qu’on ne connaît pas encore très bien les conséquences à long terme de la chimie agricole sur les sols, l’environnement et la santé humaine. Au cours de la dernière décennie, un nombre croissant de cultivateurs « traditionnels » ont mené des expériences avec des méthodes et des techniques différentes mettant l’accent sur la viabilité sociale et financière à long terme. La raison en est simple. Le coût élevé des intrants pour l’exploitation traditionnelle ainsi qu’à l’incertitude des prix des denrées ont laissé de nombreux cultivateurs dans un grave embarras financier. En outre, les intrants chimiques semblent perdre graduellement de leur efficacité tout en posant une menace potentielle à la santé de ceux qui les manipulent ( Wilde, 1984, p. 183 ). Certains agriculteurs sont intéressés par une série d’avantages personnels : « une plus grande indépendance » ; « la sécurité et la satisfaction personnelles » ( Robinson, 1986, p. 9 ) ; la popularité croissante des produits alimentaires « organiques » ; un aménagement à long terme des sols au profit des générations futures.

Depuis un siècle, la tendance en agriculture — qui a été de créer des exploitations plus grandes et moins diversifiées et d’avoir recours à davantage d’intrants chimiques — a laissé des traces : une accélération de la dégradation du milieu, l’endettement croissant des cultivateurs, le déclin de l’exploitation agricole familiale et des communautés rurales. De 1971 à 1991, la proportion des exploitations de plus de 647 hectares est passée de 3,2 à 10,1 % au Manitoba, de 9,1 à 19,3 % en Saskatchewan et de 8,6 à 13 % en Alberta.

Bien que les technologies conventionnelles aient permis d’augmenter fabuleusement la production alimentaire à court terme, elles l’ont fait à un coût social et environnemental à long terme qu’on n’a pas encore fini d’évaluer : dégradation du sol, perte de

terres arables, utilisation d’un nombre de plus en plus contrôlé et sélectif de souches végétales, dépendance accrue à l’égard de produits chimiques. Cette tendance a été encouragée par des chercheurs du gouvernement et de l’industrie qui ont prôné l’adoption de méthodes qui augmentent la production au détriment de la diversité au lieu d’encourager l’agriculture à s’adapter aux caractères hétérogènes de l’écosystème naturel. Il en résulte que le cultivateur traditionnel « est devenu l’émule du gérant d’usine en standardisant les procédures et la technologie pour obtenir des résultats uniformes et des quantités massives » ( Bidwell, 1986, p. 318 ).

Par conséquent, un certain nombre de critiques préconisent l’adoption de méthodes agricoles différentes et plus viables qui tendent à préserver le caractère renouvelable des ressources agricoles et à résoudre les problèmes inhérents à l’agriculture conventionnelle. Ces techniques qui font appel à moins de capitaux suscitent ordinairement le dédain de nombreux spécialistes en agrologie parce qu’elles paraissent technologiquement arriérées et semblent être un défi lancé à une tradition professionnelle. En effet, les critiques du modèle agricole prépondérant sont perçus par ses partisans comme « s’opposant à la technologie, politiquement radicaux et un peu “vasouillards” » ( Wilde, 1984, p. 184 ). On se rend de plus en plus compte néanmoins que le statu quo n’est pas viable et donc que des solutions nouvelles s’imposent.

La foresterie en Colombie-Britannique : une industrie en crise

Les forêts de cette province couvrent une superficie totale d’environ 51,2 millions d’hectares, soit plus de 50 % du territoire ( Forêts Canada, 1990, p. 75 ). Toutefois, on estime que seule la moitié environ de cette surface est à la fois accessible et commercialement viable. Près de la moitié du volume total des produits forestiers canadiens provient de Colombie-Britannique où on retrouve aussi le tiers des emplois directement générés par l’industrie forestière au Canada. C’est en 1979 que les emplois directement générés par cette industrie en Colombie-Britannique ont atteint un plafond à 95 000 avant de tomber à 75 000 durant la récession de 1982. En 1990, il y avait environ 85 000 emplois directs dans cette industrie où les salaires s’élevaient à quelque trois milliards de dollars par

an. En fait, la foresterie est responsable d’un quart environ du produit intérieur brut ( PIB ) de la province, direct, indirect et dérivé ( Travers, 1990 ).

Dès le début des années 1990, l’économie forestière provinciale était confrontée à une crise sérieuse. Les pertes d’emplois ont été nombreuses à cause du cours élevé du dollar canadien, de la récession en Amérique du Nord et d’une rapide diminution des peuplements vieux qui donnent du bois d’oeuvre de bonne qualité. Par conséquent, dans une tentative de préserver la position concurrentielle de la province dans le monde, de vastes quantités de bois d’oeuvre étaient vendues à l’étranger à des prix que les observateurs affirment être bien au-dessous de sa valeur marchande réelle. Quant aux compagnies forestières de la province, elles ont essayé de réduire leurs coûts en fermant les scieries non rentables et en accroissant le degré de mécanisation, deux mesures qui avaient pour effet de réduire la main-d’oeuvre. En 1950, par exemple, la production de 1 000 mètres cubes de bois d’oeuvre générait deux emplois ; en 1989, elle n’en générait plus qu’un seul. L’emploi dans l’industrie du bois de la Colombie-Britannique chute donc à un rythme d’environ 2 000 par an. Par contraste, en 1984, la production de 1 000 mètres cubes générait 11 fois ce nombre d’emplois en Suisse, 5 fois en Nouvelle-Zélande et 3,5 fois aux États-Unis ( Hammond, 1991, p. 78–80 ).

Ces disparités se poursuivent en dépit de la nette augmentation du niveau des quantités enlevées. Depuis 1911, la Colombie-Britannique a procédé à l’abattage de quelque 2,5 milliards de mètres cubes de bois d’oeuvre ; la moitié de cet abattage ne remonte qu’à 1977. En 1990, l’abattage annuel a été de 74,3 millions de mètres cubes sur les terres publiques, soit bien au-dessus du rendement viable à long terme du gouvernement lui-même qui était estimé à 59 millions de mètres cubes par an ( Travers, 1992, p. 39 ). De plus, non seulement ce chiffre grimpe subitement à 89 millions si on tient compte du bois coupé sur des terres privées, mais il ne concerne que le bois qui a été comptabilisé et ne prend pas en considération l’énorme quantité de bois endommagé, laissé sur place durant la récolte et pour lequel le gouvernement ne possède pas de chiffres.

Selon un rapport fédéral récent sur l’état de l’environnement, il n’y aurait plus, sur la côte de la Colombie-Britannique — région forestière la plus productive — que l’équivalent de 16 ans de

peuplements vieux accessibles, à cause des taux d’abattage pratiqués par l’industrie ( Environnement Canada, 1992 ). Ses représentants se sont dépêchés de contester ce chiffre, affirmant qu’Environnement Canada obtenait une bonne partie de ses données du Sierra Club of Western Canada. Cependant, la liquidation continue des anciennes forêts pluviales tempérées ainsi que l’actuelle tentative de les remplacer par des monocultures, dans le cadre de « fermes sylvicoles » gérées par l’Homme, ont intensifié le conflit de plus en plus prononcé qui existe entre divers groupes aux intérêts divergents : environnementalistes, bûcherons, compagnies forestières et Autochtones. Par conséquent, aux yeux d’un nombre croissant de citoyens de Colombie-Britannique, les pratiques forestières qui ont cours sont à la fois :

La transition vers l’exploitation du bois de deuxième venue, plus jeune, qu’on désigne sous le vocable d’« effet de dévolu », posera de gigantesques problèmes à la principale industrie de la province. Tant qu’il en existe encore, les peuplements vieux de Colombie-Britannique, caractérisés par des cernes serrés et par une relative absence de noeuds, offrent un bois d’oeuvre plus solide et plus fiable que le bois de deuxième venue, mais cette qualité a son prix.

Pour une bonne part, ces peuplements vieux, qui sont situés en montagne et dans d’autres lieux difficilement accessibles, en plus d’être extrêmement fragiles écologiquement, représentent des régions de loisirs en milieu sauvage. Cela fait que les coûts d’exploitation sont parmi les plus élevés au monde. Par contraste, des

États américains comme la Géorgie et l’Alabama exploitent de plus en plus des plantations pour faire pousser des arbres comme le pin méridional. Ce bois est comparable au Douglas taxifolié de deuxième venue et prend à peu près un tiers du temps pour pousser. En outre, ces États américains du sud possèdent l’avantage, d’une part, d’avoir des coûts d’exploitation et de main-d’oeuvre beaucoup moins élevés que ceux de la Colombie-Britannique et, d’autre part, de se trouver relativement à peu de distance des États densément peuplés du nord-est. Qui plus est, l’industrie des pâtes et papier de la Colombie-Britannique est en plein bouleversement en partie à cause des récentes réglementations environnementales de la province qui prévoient une forte réduction des effluents organochlorés tolérés. Pour compliquer les choses, les marchés européens sont tenus de cesser progressivement d’utiliser le papier blanchi au chlore et les produits forestiers qui proviennent de coupes à blanc. Quant aux quotidiens nord-américains, ils utilisent des proportions de plus en plus élevées de papier journal recyclé.

Distinguer entre capital écologique et « produit »

L’expression « croissance économique durable » est un oxymoron si on y voit les valeurs et les buts de la vision expansionniste du monde. Si on met sur le même plan le développement durable et la croissance soutenue, la capacité de l’environnement à rester viable s’avérera de plus en plus difficile ; au-delà de certaines limites, cela sera carrément impossible. La meilleure façon d’exposer cette thèse serait d’emprunter la théorie des systèmes et son application.

Pendant des centaines de millions d’années, le système planétaire s’est autoréglé lui-même grâce aux processus naturels d’innombrables sous-systèmes biotiques et abiotiques en interaction. Les écosystèmes de la planète se sont maintenus dans un état relatif d’« équilibre stable » ou de tension dynamique. Cela résulte de l’action de mécanismes d’autorégulation ( ou de « rétroaction négative » ) qui corrigent les déviations par rapport à un état normal donné.

Par contraste, les systèmes économiques contemporains, qu’il s’agisse de l’économie de marché ou de l’économie à planification centrale, sont dominés par des mécanismes conçus pour accroître

les dimensions et le rayonnement d’une économie, autrement dit par des « rétroactions positives » qui amplifient les déviations à partir de conditions existantes, d’où l’importance accordée à la croissance du PNB national. C’est sur ce point que les deux systèmes sont entrés en collision.

Un peu partout, les systèmes économiques continuent à grandir, alors que les écosystèmes dans lesquels ils s’inscrivent sont stables. Il en résulte que la consommation des ressources écologiques risque plus que jamais de dépasser les taux viables de production biologique. Cela se produit évidemment alors que nous continuons à piller, à un rythme accéléré, les ressources non renouvelables de la Terre. De plus, il importe absolument de se rendre compte que la production, dans le contexte économique, s’articule typiquement et traditionnellement sur la production du « capital » naturel dans l’écosphère. Car la croissance continue du PNB a toujours été liée à la capacité d’exploiter et de consommer de vastes quantités de capital biophysique.

En somme, le modèle économique expansionniste a pour moteur l’exploitation accélérée et appauvrissante des ressources écologiques ainsi que leur conversion à des fins de consommation. Ce système continue à mettre en péril les possibilités pour les générations futures de vivre du « produit » naturel des forêts, des sols agricoles et des pêches. De plus, la surexploitation est aggravée par la pollution et par les sous-produits de l’activité économique qui handicapent la productivité potentiele de tous les écosystèmes de la planète.

Cette situation est illustrée dans la figure 2 qui met l’accent sur les flux d’énergie et de ressources à travers un système de société. Cette figure décrit une société unidirectionnelle ou société du « jetable » comme on en retrouve dans la plupart des économies industrialisées, soit une société qui se fonde sur la maximisation des flux d’énergie et de matière. Ce processus a pour effet de convertir rapidement l’énergie et les produits de l’écosystème en entropie : gaspillage de chaleur, déchets et pollution. Ce type de société peut durer indéfiniment, mais seulement si elle dispose de réserves essentiellement infinies de ressources naturelles et d’énergie et si l’environnement a une capacité infinie d’absorber la chaleur qui en résulte ainsi que les déchets produits. Mais étant donné que ni l’une ni l’autre de ces conditions « infinies » n’existe, la société du jetable ne peut pas se perpétuer indéfiniment.

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Figure 2. Flux d’énergie et de ressources dans une société du « jetable » ( adapté de Miller, 1988 ). N.B. Flèches creuses : énergie ; flèches pleines : ressources.

Comme tous les autres pays, le Canada possède des ressources qui ne sont pas infinies et une capacité d’absorption des déchets qui est limitée. Par conséquent, il est impossible d’en arriver à un développement durable ou à une croissance soutenue sur la base des modèles actuels d’exploitation des ressources à des fins de consommation. La figure 3 décrit de son côté la manière dont l’énergie et les ressources peuvent être utilisées pour créer une société plus viable.

Comme le fait valoir William Rees ( 1992 ), deux concepts clés sont requis pour en arriver au développement durable :

Une société durable se fonde sur la réutilisation et le recyclage de ressources naturelles renouvelables. Elle n’exploite pas de ressources renouvelables plus rapidement que leur capacité à se régénérer par des processus naturels ; de plus, elle conserve l’énergie. En outre, ce type de société contrôle davantage la pollution. Elle fait des efforts délibérés pour faire baisser le taux d’utilisation des ressources matérielles et énergétiques de façon à ce que l’environnement ne soit pas surchargé et que les ressources ne soient pas épuisées. C’est uniquement par ces moyens que des systèmes socio-économiques peuvent demeurer viables à long terme et, par voie de conséquence, qu’ils permettent un développement à la fois qualitatif et durable.

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Figure 3. Flux d’énergie et de ressources dans une société viable ( adapté de Miller, 1988 ). N.B. Flèches creuses : énergie ; flèches pleines : ressources.

La limite de la Terre, plus ou moins constante, est déterminée par des facteurs comme la disponibilité de nutriments et l’efficience photosynthétique par laquelle les végétaux convertissent la lumière du soleil en énergie utilisable. Par conséquent, du moment qu’on hausse les niveaux de consommation, on réduit du même coup la capacité de la planète à supporter d’autres espèces vivantes. Et c’est dans cette mesure que la capacité de l’environnement à supporter la vie humaine en vient à être réduite. Cette simple vérité est au coeur de notre crise environnementale : non seulement avons-nous vécu du « produit » écologique, mais nous sommes également en train d’en grignoter le capital à un rythme qui augmente d’année en année. Comme nous l’avons vu, la démonstration en est flagrante au Canada dans le cas des pratiques forestières en Colombie-Britannique et dans celui de la perte de sols productifs et de terres arables. C’est aussi le cas de l’appauvrissement exceptionnel des ressources halieutiques dans les océans Atlantique et Pacifique.

Pour préserver leur relative prospérité, les Canadiens ne se sont pas contentés de s’approprier les capacités de tolérance-limite des écosystèmes de leur propre territoire, mais ils se sont également tournés vers d’autres écosystèmes dans le monde. Comment cela s’explique-t-il ?

Par ailleurs, les Canadiens consomment plus de combustibles fossiles par habitant que tout autre pays au monde. Comme le signale Rees ( 1992 ), « Nous sommes parmi les pires contrevenants en termes de “grignotage” du capital naturel de la planète ». En effet, la prospérité du Canada s’explique du fait que nous n’avons pas arrêté de convertir notre capital naturel en capital financier. En outre, nous avons montré beaucoup de réticence à réinvestir notre richesse pour préserver les ressources naturelles dont nous aurons besoin pour parvenir à la viabilité ( Rees, 1992 ).

Chapitre 5

Sur la voie de la viabilité

Une économie en pleine croissance est une économie qui prend du volume ; une économie qui se développe est une économie qui s’améliore. Par conséquent, une économie peut se développer sans croissance ou croître sans se développer.

— Herman Daly

Une vision écologique du monde

Le but du développement durable est fondamental pour l’adhésion traditionnelle du Nord au concept de « croissance ». L’élément sous-jacent demeure l’hypothèse d’une « surabondance » sans fin. Cependant, l’économie orientée vers la croissance ne peut se poursuivre sans entrer en collision avec les réalités des systèmes écologiques.

L’évolution de la planète et de ses ressources s’est poursuivie pendant des millions d’années. Les écosystèmes planétaires ont toujours fonctionné en vertu de la prépondérance de mécanismes de rétroaction négative et de facteurs autolimitatifs, préservant ainsi l’équilibre dynamique des processus biologiques et des ressources physiques. À l’opposé, la vision expansionniste du monde fonctionne sur la base d’une rétroaction positive et d’un comportement auto-amplificateur. Cela a eu pour effet d’épuiser le patrimoine naturel de la planète ainsi que la capacité des systèmes biologiques à se renouveler adéquatement. Les activités humaines associées à une telle perspective et à un tel comportement ont abouti à des formes de « développement » qui, pour trois raisons au moins, ont cessé d’être viables :

Or, une vision écologique du monde se fonde sur une conception de la planète comme myriade de systèmes enchevêtrés et de processus en interaction. Les activités humaines et les stratégies de développement devront tenir compte de cette perception nouvelle. Au Canada non moins que partout ailleurs dans le Nord, le développement continue malheureusement à s’articuler autour d’une morale de la croissance. Cela engendre des processus de rétroaction positive au sein même de notre économie et de ses technologies sophistiquées, processus qui sèment continuellement le désordre dans les systèmes écologiques homéostatiques où ils s’inscrivent.

Ce sera de plus en plus à nos risques et périls que nous continuerons à perpétuer ce déséquilibre de rétroaction. Les systèmes écologiques doivent être considérés en premier ; l’économie devra s’adapter. Tous comprendront que celle-ci doit justement s’inscrire dans l’environnement dont elle fait partie et non pas l’inverse. À toutes fins utiles, et hormis l’énergie solaire, la Terre est un système clos. Cela signifie que la production économique est à présent synonyme de consommation de ressources et d’un accroissement net global de l’entropie et du désordre dans le monde naturel. Alors que les écosystèmes ont pour caractéristique inhérente de s’automaintenir et de s’auto-organiser en fonction des niveaux de nutriments et des capacités photosynthétiques, notre activité économique a commencé un peu partout à dépasser les capacités biologiques de viabilité ( Rees, 1990b ).

En définitive, nos systèmes sociopolitiques sont des sous-systèmes de l’environnement naturel global et la viabilité à longue haleine de nos systèmes humains dépend de notre disposition à vivre dans les limites de la capacité des écosystèmes terrestres à se refaire eux-mêmes et à se reproduire. En somme, cela nécessitera d’abord une restructuration radicale de nos priorités économiques telles que nous les connaissons aujourd’hui, puis un changement

fondamental d’attitude à l’égard des besoins et des valeurs de la société. Nulle part ce besoin n’est-il plus criant que dans les politiques et les pratiques du Canada à l’égard de ses propres ressources naturelles.

L’écologie de subversion

L’écologie a été taxée de « science subversive » et même parfois utilisée effectivement pour subvertir ( Evernden, 1985, p. 5 ). L’étude de l’écologie dans les milieux universitaires est entre les mains de spécialistes qui s’intéressent aux approches statistiques et aux techniques réductionnistes ( Goldsmith, 1988, p. 64–74 ). L’écologie a également servi de forum pour critiquer nombre des axiomes sous-jacents de la condition moderne. Il n’y a rien de nouveau à se fonder sur l’étude de la nature pour justifier diverses valeurs qui sont en contradiction avec les idées reçues ; l’écologie, dans sa forme la plus radicale, n’est que l’exemple le plus récent de ce type de comportement.

Dans la documentation occidentale des deux derniers siècles sur l’environnement et notre relation avec lui, les descriptions du monde naturel ont eu tendance à refléter les valeurs et les préjugés de chaque période. En effet, nos perceptions de la nature et de la manière dont elle fonctionne nous en disent souvent moins long sur ce qui est effectivement « là » dans le paysage, mais beaucoup plus sur des types de topographie mentale, de parti pris et de projections qui existent dans nos propres têtes. Néanmoins, l’étude de la nature et du « naturel » a fréquemment été mise à contribution pour s’attaquer aux valeurs de l’orthodoxie du jour ( Taylor, 1990, p. 174–176 ).

L’étude de l’écologie et de l’environnement accompagne désormais la remise en question de nombreuses hypothèses répandues au sujet de nous-mêmes et de la situation de nos systèmes politiques et économiques. Les théories relatives aux propriétés des écosystèmes et à leur vulnérabilité face à l’interférence humaine sont régulièrement invoquées pour mettre en cause les façons dont nous envisageons nos interactions individuelles et sociales ainsi que le monde qui nous entoure. Par exemple, la notion d’« interrelation » ainsi que l’idée selon laquelle il n’existe pas d’entités discrètes ou isolées vont carrément à l’encontre des théories atomistes traditionnelles. Ces notions représentent autant

de défis et de tentatives de subversion à l’égard des dualismes associés à la notion selon laquelle les humains seraient supposément distincts du monde naturel qui les entoure, et qui veut que les institutions politiques et économiques puissent impunément traiter l’environnement naturel comme s’il s’agissait d’un facteur externe ou d’un élément secondaire.

Le mouvement environnemental moderne incorpore et englobe les valeurs et les croyances qui forment la vision écologique du monde. Dans leurs attaques contre les postulats fondamentaux de la vision conventionnelle du monde, divers membres de ce mouvement se sont tournés vers des sources à la fois occidentales et non occidentales pour y prélever des antécédents historiques et philosophiques. Ils ont trouvé des sources d’inspiration en Inde et en Chine où certains concepts insistent sur l’unité essentielle de la vie humaine avec le reste de la nature. Ils ont également été inspirés par la croyance des Autochtones d’Amérique du Nord en la primauté de l’harmonie et du lien avec toute forme de vie et avec la Terre comme mère et nourricière universelle ( Fox, 1988 ). D’autres ont perçu des éléments communs dans certaines des traditions européennes prémodernes, y compris nombre des croyances animistes qui caractérisaient la période primitive des sociétés celtiques, germaniques et nordiques ; dans les traditions mystiques du soufisme et du hassidisme ; dans le mysticisme chrétien de maître Eckhart, de Thérèse d’Avila et d’Hildegard de Bingen. Mais on a également dit que la vision écologique du monde est étroitement liée à la tradition non dualiste de l’harmonie de Leibniz, de Hegel et de Whitehead, aussi bien qu’à une bonne partie de la pensée antirationaliste et romantique des XVIIIe et XIXe siècles.

L’influence de la pensée antirationaliste sur le mouvement environnemental moderne n’a pas encore été pleinement appréciée. Même s’il est vrai que cette pensée résisterait à une tentative de définition simpliste, il demeure que l’avènement en Occident de la pensée newtonienne et des postulats du rationalisme du siècle des Lumières a suscité une série de réactions chez ceux qui s’élevaient contre une vision du monde qui tentait d’expliquer de façon rationnelle et mécaniste la place de l’être humain aussi bien que de la nature dans un univers globalement perçu comme une sorte de « grande mécanique ». L’impact de la science newtonienne sur le développement de notre vision moderne ( expansionniste ) du

monde a été énorme. Bien que cette science ait voulu fondre — certainement dans l’esprit de Newton lui-même — l’ordre spirituel et l’ordre naturel, elle a certainement suscité une vision du monde qui s’est progressivement séparée de la spiritualité et des valeurs intrinsèques.

Dès la fin du XVIIIe siècle, les valeurs et les postulats sous-jacents de la mécanique newtonienne gagnaient du terrain parmi les plus grands intellectuels occidentaux ( Cassirer, 1951, p. 3–36 ). Avec la séparation du sujet connaissant de l’objet connu et la distinction entre faits et valeurs, on en est venu à ne plus avoir grand-chose à dire sur quoi que ce soit qui ne fût physiquement mesurable. C’était un monde où les quantités plutôt que les qualités avaient une réelle importance. Ainsi, valeurs, instincts, émotions et tout ce qui ne pouvait être mesuré ou clairement scruté à la lumière de la raison étaient relégués à un rang secondaire.

La pensée antirationaliste et romantique

Les partisans de la pensée antirationaliste se sont opposés aux doctrines du rationalisme ( Berlin, 1982 ). Le romantisme, qui faisait partie du courant dissident de la pensée antirationaliste et dont l’avènement s’est produit à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, a contesté l’orthodoxie intellectuelle de l’époque qui, pour certains, semblait être une camisole de force enfermant la vie dans les limites étroites de la raison et de la géométrie. S’opposant à la primauté accordée à la raison et à la science, les romantiques ont insisté sur l’importance du non-rationnel, de l’émotif et de l’instinctuel. Même si la tendance globale dans la société occidentale était axée sur l’urbain et le technologique, les romantiques ont réagi en célébrant le monde de la nature et tout ce qui semblait naturel et non artificiel.

Dès la fin du XVIIIe siècle, le courant principal de la pensée moderne avait tendance à détacher l’observateur de l’observé, l’esprit de la matière, Dieu de la nature. Mais les romantiques ont cherché à unifier ces dualismes apparents, ordinairement à travers une vision organiciste du monde et une négation des tendances atomistiques et réductionnistes inhérentes à la pensée newtonienne et au rationalisme. Si, dans la perspective de la science mécaniste, la nature avait perdu toute valeur spirituelle et intrinsèque, les auteurs romantiques ont essayé pour leur part de

contrer cette perte métaphysique en affirmant l’unité essentielle du surnaturel et du naturel.

Durant le XIXe siècle, certains tenants américains du transcendantalisme, comme Thoreau et Emerson, ont poursuivi ce thème général en affirmant que les individus appréhendaient les vérités universelles à la lumière interne de leur intuition et grâce à leur communion empathique avec la nature. Ils estimaient que l’État, avec ses formes d’autorité institutionnalisées, faisait obstacle à ces vérités. De bien des façons, le Walden de Thoreau était un exercice d’anarchie politique qui permettait à son auteur de se servir de la « nature » comme d’une estrade permettant de se tenir au-dessus de la mêlée et de critiquer ainsi la « cité » ( ou polis ) telle qu’elle existait, y compris bon nombre de ses valeurs connexes, par exemple le statut de l’autorité civile, les notions de possession, de propriété et de pénurie exposées par Locke, et la conformité et la servitude de la société à l’égard de besoins artificiels. Pour Thoreau, tout comme pour les autres auteurs du transcendantalisme, l’appréciation de la nature était inextricablement liée à une attaque idéologique contre le statu quo.

À contre-courant : « la conservation par la gestion vertueuse »

Profondément influencé par les écrits d’Emerson et des tenants du transcendantalisme, John Muir ( 1838–1914 ) a mené une série d’attaques contre les excès et les vulgarités de la vision expansionniste du monde qui caractérisait la modernité et qui s’opposait dans son esprit au caractère sacré de la nature qu’il a décrite à un moment donné comme « un miroir qui reflète le Créateur ». Laissant présager l’oeuvre ultérieure d’Aldo Leopold, Muir réclamait l’adoption d’une éthique de l’environnement terrestre qui reconnaîtrait à tous les objets naturels et à tous les êtres vivants la dignité d’exister comme fin en soi. De la sorte, il rejetait l’un des axiomes fondamentaux de la modernité qui en venait à considérer la nature primordialement en termes utilitaires et économiques. Cette perspective devait le mettre de plus en plus en opposition avec son contemporain Gifford Pinchot ainsi qu’avec les valeurs prédominantes de la société nord-américaine au tournant du siècle. En plus d’être l’un des fondateurs du Sierra Club en 1892, John Muir avait également jeté les fondations de ce qui serait plus tard connu sous

le nom d’école de conservation « préservationniste » ou de « gestion vertueuse » de l’environnement ( Devall et Sessions, 1985 ; Turner, 1987 ).

L’avènement du mouvement de conservation était en réaction contre l’excès et le gaspillage d’une société industrielle en pleine expansion. Toutefois, dès le tournant du siècle, les conservationnistes envisageaient le problème à partir de deux visions du monde fort différentes. Ainsi, le fossé idéologique entre Muir et Pinchot reflétait le schisme entre la pensée antirationaliste et romantique, d’une part, et la tradition plus pragmatique du rationalisme, d’autre part. Nous avons déjà donné un aperçu des antécédents antirationalistes et romantiques de certains des précurseurs du mouvement de conservation. Sa position caractéristique sur le monde naturel fait partie intégrante de la vision écologique :

Les solutions vertes

Ces dernières années, la vision écologique a été formulée avec plus de précision dans les écrits des « écologistes radicaux », des « écoféministes » et des « écologistes sociaux », lesquels ont tous fait de l’« écologie » la tribune d’une critique des valeurs dominantes et des postulats sous-jacents de la société moderne. Ces critiques allaient devenir le fondement de la politique des « verts » qui ont surgi un peu partout en Europe et en Amérique du Nord.

Fidèles à la perspective antirationaliste et romantique, certains écologistes radicaux comme Arne Naess ont proposé deux principes fondamentaux : la réalisation de soi et l’égalité biocentrique.

La réalisation de soi, dans ce contexte, va au-delà de l’individualisme égocentrique typique de la culture occidentale. Elle prend conscience du fait qu’on est ultimement inséparables du monde non humain et qu’on fait organiquement partie d’un tout. Dès lors s’impose la reconnaissance du fait que tous les organismes et toutes les entités qui existent dans l’écosphère sont dotés d’une valeur intrinsèque et font partie de la trame de l’existence ( Devall et Sessions, 1985 ).

L’écoféminisme, comme l’écologie radicale, plonge ses racines dans une perspective organique du monde naturel. Mais il cherche également à dresser un réquisitoire contre les relations hiérarchiques ou de domination qu’il décrit comme propres au patriarcat et dont l’émanation ainsi que la perpétuation sont attribuables aux dogmes religieux, surtout en Occident. Sur ce plan, l’écoféminisme sort du cadre de la pensée antirationaliste et se situe davantage dans la tradition du socialisme égalitaire et antiautoritaire. En effet, l’écoféminisme place sur le même plan la domination continuellement exercée sur la nature et celle qui est continuellement exercée sur les femmes, faisant valoir que les deux phénomènes sont systémiquement reliés ( Salleh, 1984, p. 339–345 ).

De façon analogue, des écologistes sociaux, comme Murray Bookchin, ont soutenu que le sexisme, le racisme, le militarisme et l’« âgéisme » ( ou mise à l’écart des personnes âgées ) — en fait, toutes les formes de domination humaine — sont intimement reliés aux problèmes de l’écologie. Selon Bookchin, tant que les divers modes de hiérarchie et de domination se perpétueront dans la

société humaine, « l’ambition de dominer la nature continuera elle aussi à exister et conduira inévitablement notre planète à l’extinction écologique » ( Bookchin, 1980, p. 76 ). Le modèle de Bookchin pour une « écologie sociale » s’enracine, par exemple, dans les écrits anarchistes de Peter Kropotkin et l’utopie de Charles Fourier. Critiquant la modernité en dehors de la perspective antirationaliste, ce modèle prescrit un ordre social qui serait égalitaire, décentralisé et communalisant dans son orientation. Il critique le concept de « domination de la nature par l’Homme » qu’il estime pouvoir éliminer en mettant fin à « la domination de l’Homme par l’Homme » ( Bookchin, 1980, p. 77 ).

Dans un registre un peu similaire, une tendance dissidente du décentralisme et de l’égalitarisme politiques, s’appuyant sur une tradition socialiste, s’incarne dans les écrits de William Morris à la fin du XIXe siècle. Son ouvrage utopiste, News from Nowhere, prône une philosophie qui pourrait avoir pour slogan « Honneur à ce qui est petit ! ». En vertu de cette pensée, l’humanité est envisagée comme faisant partie intégrante de la nature avec laquelle elle entretient une relation active mais aimante, où la technologie est subordonnée aux valeurs de fraternité et de beauté. En effet, les critiques que Morris adresse à la modernité établissent un lien entre le désir de dominer la nature et un système social qui encourage la domination de l’Homme par l’Homme.

Progressivement, les partisans d’une nouvelle vision écologique du monde ont trouvé un appui dans la théorie générale des systèmes. Cette approche, née durant la première moitié du XXe siècle, s’inspire de l’étude de la biologie et de la cybernétique. Elle rejette le réductionnisme inhérent à la science mécaniste. Étudiant les divers moyens par lesquels les systèmes physiques, biologiques et sociaux réussissent à se maintenir et à se transformer en tant que « structures dissipatives dites éloignées de l’état d’équilibre », l’approche des systèmes envisage l’univers comme une hiérarchie systémique, ou « holarchie », c’est-à-dire comme une manifestation de la complexité organisée sous forme d’une myriade d’ensembles dans des ensembles, tous en interrelation et en interaction ( Prigogine et Stengers, 1984 ; Laszlo, 1987 ). Au cours de la dernière décennie, cette perspective s’est également manifestée sous forme de l’hypothèse « Gaïa », qui cherche à expliquer la Terre et ses organismes vivants en termes d’un seul et même processus indivisible et autorégulé ( Lovelock, 1988 ). En fait, cette

théorie a ajouté un élément d’urgence à la conviction que les perturbations causées par l’Homme et que justifie une vision expansionniste du monde menacent collectivement la santé de Gaïa et de toute la vie qu’elle porte.

La vision écologique du monde : image symétrique

La faille évidente de la vision écologique du monde telle qu’elle a réussi à se définir jusqu’à présent est que — comme les traditions antirationaliste et romantique dont elle s’inspire dans une grande mesure mais non pas exclusivement — elle a tendance à être l’« image symétrique » de la vision expansionniste. Dans ce sens, elle possède également sa propre forme de pensée dualiste tout comme elle reste assujettie aux contradictions et aux inadéquations de la vision à laquelle elle s’oppose. Cette tendance est illustrée par Stephen Cotgrove et Andrew Duff qui essaient de contraster le « paradigme social dominant » avec ce qu’ils considèrent comme étant les attributs d’un « paradigme environnemental nouveau » ( tableau 1 ).

Les listes de ce type, qui énumèrent les valeurs opposées et contrastantes de la vision écologique et de la vision expansionniste, sont maintenant assez répandues. En se plaçant en opposition aux valeurs sous-jacentes de la société industrielle, le mouvement environnemental a déjà franchi le premier pas qui s’imposait. Pour contribuer à l’émergence d’une nouvelle vision du monde, un plus grand nombre de ses promoteurs devront à présent faire les efforts voulus pour cerner, clarifier et évaluer les hypothèses sous-jacentes de la vision du monde qui prédomine actuellement. Faute de quoi, leur mouvement risque d’être récupéré par les valeurs du modèle plus ancien.

Le besoin se fait sentir aujourd’hui de remettre en question la position expansionniste dominante et de se distancer d’elle. À bien des égards, ceux d’entre les protagonistes du mouvement environnemental qui ont adopté les traditions antirationaliste et romantique peuvent se réfugier dans la « nature » et évaluer de façon critique la « civilisation » à partir d’une autre perspective. Ils affirment en outre que la technologie doit être repensée de façon à ce qu’elle promeuve des valeurs humaines et se conforme aux limites culturelles et environnementales acceptables. La notion même de

Tableau 1. Paradigmes sociaux opposés.

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Source : Cotgrove et Duff ( 1980, p. 341 ).

technologie dite « appropriée » ou « adéquate » évoque automatiquement l’inadéquation de certaines valeurs technologiques, notamment celle des solutions miracles dans lesquelles baigne à présent le monde moderne ( Winner, 1986 ).

Bien que le fait de « se régler sur la nature » puisse constituer un premier pas nécessaire dans une vision du monde différente, cela ne représente pas une option viable pour l’avenir. En réagissant aux axiomes rationalistes d’une vision expansionniste, l’anti-rationalisme a eu tendance à se définir tout simplement en opposition à ces mêmes axiomes. Dans la mesure où la vision écologique, autour de laquelle se constitue le mouvement

environnemental, est une extension de cette tradition historique, elle demeure une perspective incomplète. Quand elle viendra à maturité, la vision écologique devrait avoir incorporé les contributions d’autres traditions sociales, surtout celle de la gauche communalisante. Ce qui est déterminant ici, ce sont les théories d’égalité sociale ainsi que les possibilités libérantes d’une technologie respectueuse du milieu ambiant. Cependant, étant donné qu’une certaine droite politique, de Malthus à Hitler, a également préconisé le « retour à la nature », les partisans du paradigme écologique auraient intérêt à être sur leurs gardes et à demeurer vigilants et critiques.

La grande force de la vision écologique réside dans sa capacité à critiquer les valeurs dominantes et les hypothèses sous-jacentes de la société occidentale moderne. Cela est d’une importance particulière à présent que nous sommes confrontés à des problèmes environnementaux de plus en plus graves sur le plan national et international et que nous n’avons trouvé rien de mieux que le développement durable.

Développement durable : concept difficile à cerner

Qu’est-ce que le développement durable ? On a fait valoir qu’il a été récupéré par deux visions du monde opposées : l’expansionniste et l’écologique. Le développement durable devient un mythe, une métaphore, une métamorphose et une menace.

Maurice Strong, l’un des deux représentants du Canada à la Commission Brundtland, affirmait, songeur, que le développement durable risquait de devenir la feuille de vigne derrière laquelle se cacherait avec pudeur la grande entreprise et, pourrait-on ajouter, les gouvernements et les particuliers. Il est certain que telle est l’impression que de nombreux observateurs ont conservée du Sommet de la Terre. Bien que cette réunion ait été considérée comme la meilleure chance de placer notre planète sur la voie du développement durable, il a lamentablement échoué en ne dépassant pas le niveau de la rhétorique, ne parvenant pas à appliquer de véritables solutions concrètes.

Dans les faits, les représentants des pays du Nord ont ignoré les problèmes de justice sociale et d’équité et ils ne se sont pas montrés disposés à faire face aux types de changements sociopolitiques fondamentaux qui seront sans doute nécessaires à toute transition vers un monde viable. En outre, le Sommet de la Terre n’a pas su reconnaître que, pour bien des gens, la crise environnementale actuelle est une crise culturelle. En effet, l’idée que se faisaient les représentants des ONG du développement durable était dans la plupart des cas en parfaite contradiction avec celle des délégués qui représentaient le monde des affaires et les gouvernements. Cela n’a servi qu’à mettre en évidence la thèse qui veut que les gens aient tendance à se parler en adversaires, souvent à partir de perspectives qui sont incompatibles et conflictuelles.

Le développement durable est difficile à définir avec précision. Comme l’horizon, il a tendance à reculer dès qu’on essaie de sonder ses limites. Pourtant, de plus en plus de gens au Canada et ailleurs sentent que les discussions sur le développement durable sont devenues une plate-forme pour exposer une vision du monde différente et pour poursuivre la critique des politiques et des

valeurs nationales et internationales actuelles qui déterminent la viabilité à long terme du système social et de l’ordre naturel. Préconiser le développement durable est une position morale utile que le public peut utiliser pour pousser les politiciens à accepter les changements structurels fondamentaux qui seraient des préalables à notre survie collective au cours du prochain siècle. Entre-temps, une compréhension historique des différences essentielles entre le paradigme expansionniste et le nouveau paradigme écologique rendrait mieux compte du problème qui est au coeur du débat : comment sauvegarder la viabilité environnementale tout en assurant la pérennité sociale ?

Chapitre 6

Principes du développement durable

Le développement est à prendre comme un tout ; il s’agit d’un processus culturel, totalement subjectif et intégral ; il englobe et incorpore l’environnement naturel, les relations sociales, l’éducation, la production, la consommation et le bien-être.

— Fondation Dag Hammarskjöld

Le développement durable ne sera possible à l’avenir que si nous sommes prêts à sauvegarder le capital de notre patrimoine naturel. Comme Canadiens, il serait bon de nous souvenir que notre prospérité sociale n’a été obtenue qu’au prix de l’appauvrissement de ce même patrimoine naturel. Nous n’avons pas su utiliser cette richesse pour créer des niveaux adéquats d’industries secondaires ou tertiaires qui nous permettraient de préserver un certain niveau de prospérité tout en réorientant des ressources pour le maintien de notre base de richesses naturelles. À la place de quoi, nous sommes de plus en plus poussés à dilapider notre patrimoine naturel au nom des économies d’échelle et d’un engagement du gouvernement fédéral à l’égard du libre-échange et de la concurrence mondiale.

On a fait remarquer que le développement durable demeurait un concept difficile à cerner, comme une vision qui serait destinée à transformer notre système socio-économique, orienté sur la croissance, en un système qui s’articulerait autour d’une nouvelle vision écologique du monde visant la viabilité environnementale et la justice sociale. En tant que tel, il demeure un idéal. On retrouve de plus en plus d’analystes qui s’entendent sur un vaste ensemble de principes de viabilité qui pourraient nous guider vers ces buts. Par exemple, on est graduellement en train de prendre conscience du

fait que nos institutions politiques et économiques devront être envisagées comme des sous-systèmes de l’écologie de la planète et agir en fonction de ses limites et de ses conditions. Voici donc quelques éléments spécifiques de la nouvelle vision écologique du monde qui sous-tendent ces principes ( Bailey, 1990 ) :

De plus, il est généralement convenu que la viabilité environnementale doit se bâtir sur la viabilité économique et sociale à long terme. Ces principes sont résumés dans le présent chapitre ( voir aussi Colombie-Britannique, 1992, p. 14–18 ).

Environnement viable

Un environnement sain est le fondement sur lequel reposent une économie et une société saines. Le rôle essentiel que jouent les écosystèmes pour servir de support à notre société équivaut à un impératif environnemental qui doit être respecté dans toute décision concernant le sol, les ressources et l’économie. Notre priorité doit être de maintenir les systèmes naturels pour notre propre génération et pour les suivantes.

Il pourrait s’agir là des critères les plus exigeants pour ce qui est de la viabilité écologique autant que sociale. Il y a en effet de quoi réfléchir lorsqu’on pense que, au cours du siècle qui s’achève, la population planétaire a quadruplé par rapport au nombre qu’a atteint notre espèce au cours des trois millions d’années précédentes. Dans une cinquantaine d’années seulement, elle aura

augmenté d’un facteur de six. Cela est particulièrement préoccupant lorsqu’on considère l’argument selon lequel l’impact humain sur les écosystèmes de la planète est le produit du nombre de personnes multiplié par la quantité d’énergie et de matières premières que chaque personne et chaque groupe social utilisent et gaspillent.

Il est certain qu’un impact excessif peut être causé par un petit nombre de personnes qui consomment beaucoup ou par un grand nombre de personnes qui consomment peu. Par conséquent, même si la capacité de la Terre à se renouveler et à absorber les déchets peut être améliorée grâce à une gestion judicieuse, il y a quand même des limites. Dans ces conditions, quel est donc le nombre maximum de personnes que la planète peut supporter ? Quel serait leur niveau de vie ? Quel en serait le nombre optimal pour que les sociétés humaines, sur chaque continent, puissent non seulement satisfaire leurs besoins essentiels, mais aussi jouir d’une qualité de vie adéquate, quelle que soit la manière dont cela sera défini au cours des décennies futures ? Avons-nous déjà dépassé le niveau optimal de viabilité sociale et le niveau maximal de viabilité environnementale à long terme ?

Bien qu’il nous reste encore à établir ces limites avec précision, de plus en plus d’indicateurs nous signalent déjà ce qui peut être fait et ce qui ne le peut pas, et nous font savoir à quel stade la société humaine est rendue. Or, ces indicateurs ne sont pas tous encourageants.

Viabilité économique

Notre capacité à préserver un environnement de qualité dépend de notre aptitude à encourager une économie qui serait à la fois forte et viable. Une telle économie serait plus efficace et tirerait de plus grands avantages, pour la société, d’une exploitation réduite des ressources environnementales. En outre, une économie viable peut fournir les moyens nécessaires à une amélioration de la protection et de la conservation de l’environnement, tout en offrant des modèles de société différents pour remplacer l’actuelle exploitation injustifiée des richesses naturelles.

Le concept de la capacité-limite est souvent défini en ces termes : « le maximum de population qui puisse se maintenir dans un habitat donné sans nuire de façon permanente à l’écosystème » ( Rees, 1990b ). Cependant, en ce qui concerne l’Homme, la question de la « qualité de vie » doit également être prise en compte ( figure 4 ). La définition qu’en donneront les individus et les collectivités déterminera leur impact sur l’environnement global.

Par exemple, si une collectivité choisit un style de vie riche et luxueux, la capacité-limite de l’environnement diminue. Par conséquent, la définition ci-dessus pourrait avoir à être modifiée pour

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Figure 4. Capacité limite et qualité de vie ( adapté de Mabbutt, 1985 ).

substituer la notion de « population optimale » à celle de « population maximale ». En termes de systèmes humains, la capacité-limite peut donc être plus précisément définie comme suit ( Mabbutt, 1985 ) :

Le niveau d’activité humaine ( y compris la dynamique de population et l’activité économique ) qu’une région peut supporter ( en prenant également en considération l’importation et l’exportation de ressources et les résidus de déchets ) à des niveaux de « qualité de vie » acceptables, à perpétuité.

C’est en revenant à la théorie de la hiérarchie des besoins de Maslow ( figure 5 ) qu’on trouvera une base utile pour définir la « qualité de vie ». Ainsi, la « qualité de vie » individuelle peut être caractérisée par la réponse à la question suivante : « Dans quelle mesure un individu ou une collectivité réussit à satisfaire le spectre hiérarchique des besoins ? » Or, ce spectre s’étend des besoins physiques les plus rudimentaires aux besoins sociaux, des besoins du moi et de l’estime de soi ( d’ordre psychique ) aux besoins culturels et à la réalisation de soi ( d’ordre spirituel ).

Il va sans dire que des contraintes écologiques et périécologiques accrues obligeront les Canadiens à passer graduellement d’une société de consommation à une société axée sur la conservation. La redéfinition de certains termes comme « croissance » et « progrès » deviendra alors nécessaire. Cette redéfinition devra incorporer le concept de qualité de vie, laquelle sera déterminée par les limites qu’impose un écosystème donné.

La figure 5 soulève une question connexe : à partir de quel moment est-ce que les « besoins » se transforment en « désirs » ou

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Figure 5. Théorie de la hiérarchie des besoins de Maslow ( adapté de Mabbutt, 1985 ).

en « exigences » ? Bien que les modèles de comportement varient d’une société à l’autre, la réponse à cette question sera finalement déterminée par la capacité-limite de l’environnement biophysique.

Viabilité sociale

La protection et la bonification de l’environnement sont inextricablement liées à la promotion de la justice sociale et de l’équité. La justice sociale exige le respect des préoccupations de l’individu et de la collectivité dans le cadre d’un équilibre entre les besoins environnementaux et économiques.

Selon le Rapport Brundtland, le développement durable doit « satisfaire les besoins de la présente génération sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins ». Il reste à établir, néanmoins, ce qui constitue « les besoins essentiels ». On a fait valoir que la planète a des ressources limitées et qu’on ne peut pas s’attendre à ce qu’elle suffise à satisfaire toutes nos attentes ou nos désirs. Le Rapport énumère les neuf besoins essentiels suivants ( CMED, 1987, p. 43–56 ) : emploi ; sécurité alimentaire et qualité du ravitaillement ; vêtement ; énergie ; logement ; approvisionnement en eau et salubrité ; santé publique, y compris des services de planning familial ; éducation ; un revenu qui se situe à un niveau qui permettra à un particulier ou à un ménage de satisfaire, régulièrement, ses besoins.

Michael Prince, de la faculté du développement social et humain de l’Université de Victoria, propose de chercher à savoir, dans le contexte canadien, dans quelle mesure les besoins

essentiels des citoyens ne seraient pas satisfaits. Poursuivant son propos, il ajoute qu’il faudra explorer les aspirations des gens — au-delà de leurs besoins essentiels — à « une qualité de vie améliorée » ( Prince, 1992 ).

On pourrait se tourner ensuite vers les études de spécialistes comme Abraham Maslow ( 1968 ), bien connu à cause de sa théorie sur la hiérarchie des besoins. On pourrait certes contester certains aspects du modèle de Maslow, mais il est intéressant de noter que le sentiment de satisfaction chez l’être humain va souvent bien au-delà de la satisfaction des besoins essentiels énumérés dans le Rapport Brundtland. Dans une société de consommation, la réalisation des « métabesoins », comme les valeurs spirituelles, est souvent inhibée par un engagement subtil à l’égard de valeurs secondaires ou même carrément fausses qui sont liées à la consommation et à des besoins perçus comme tels. Par conséquent, cette « consommation comme besoin existentiel » contribue non seulement à épuiser l’environnement naturel, mais aussi à appauvrir nombre d’entre nous par la privation de l’expérience enrichissante que procurent les valeurs psychologiques et spirituelles profondes. L’écart entre nos jungles urbaines de béton et de pollution et la nature ne fait qu’accentuer cette situation.

Les buts à long terme de la vision écologique du monde

Le Rapport Brundtland a exposé avec éloquence les raisons pour lesquelles nous devons renverser l’actuelle tendance à altérer le milieu de vie. Cette tendance, qui « n’était perçue à l’origine que comme un problème des pays riches et comme l’un des épiphénomènes de la richesse industrielle [ . . . ] est devenue une question de survie pour les pays en développement » ( CMED, 1987, p. xi ). Le Rapport souligne le lien qui existe entre les problèmes et les perspectives de l’environnement planétaire et ceux des sociétés humaines — riches et pauvres. Mais il faut se souvenir que le Rapport était également un document politique et que, à ce titre, il devait trouver un compromis acceptable entre les inquiétudes du Nord face à l’explosion démographique mondiale et à la rapide détérioration de l’environnement, et l’insistance du Sud pour qu’on accorde au développement économique et aux

possibilités sociales une plus grande priorité qu’à la protection environnementale.

Mais il nous faut du même coup reconnaître que, dans ses objectifs et dans ses lignes de force, Notre avenir à tous est également un document anthropocentrique. Il situe notre espèce au centre du processus de l’évolution et, par conséquent, il perçoit et évalue l’écologie de la planète en fonction des besoins et des valeurs de l’humain. De plus en plus d’auteurs environnementaux trouvent non seulement que cette perception est inutilement étroite mais aussi, à plus long terme, qu’elle est semée d’embûches. Ils préconisent un « avenir pour tous » qui soit écocentrique et accorde une valeur et une importance égales à toutes les espèces sans exception. Pour nombre d’entre eux, le paradigme écologique doit comporter les normes ou les objectifs suivants :

Se diriger vers cette position écocentrique constitue, selon les écologistes radicaux comme Arne Naess, un « impératif à long terme ». Il ne serait pas trop tôt de commencer la transition qui doit nous mener de nos valeurs et de nos buts environnementaux actuels ( exemplifiés par la vision expansionniste du monde ) vers une perspective plus écologique ( Naess, dans Devall et Sessions, 1985, p. 70 ). Dans la mesure où l’atmosphère, la lithosphère et l’hydrosphère de la planète ne peuvent demeurer viables que grâce à l’interactivité de la vie partout, nous devons comprendre la signification profonde de toutes les autres formes de vie, et vivre avec elles la coexistence indispensable et le partage planétaire.

Chapitre 7

La transition vers une société canadienne viable

N’en doutez pas, Monsieur, lorsqu’un homme sait qu’il doit pendre au bout d’une corde dans la quinzaine, son esprit se découvre de merveilleuses aptitudes à la concentration.

— Samuel Johnson ( XVIIIe siècle )

Réussir la transition de la croissance soutenue au développement durable est un préalable essentiel à la viabilité continue de notre société. La vision expansionniste du monde et son acceptation aveugle de la croissance illimitée aux dépens des ressources physiques devront céder le pas à une stratégie paradigmatique qui se pliera aux capacités-limites de l’environnement dont il faut tenir compte pour bâtir une société qui serait indéfiniment viable. Non seulement l’environnement doit-il être viable, mais aussi l’économie, la démographie et la politique.

Implications économiques d’un environnement biologique viable

Les présentes difficultés structurelles de l’économie de marché ou de l’économie à planification centrale soulèvent des doutes quant à leur aptitude à parvenir à un développement économique durable. La triade formée par le déficit, la dette et l’inflation continue à empoisonner une économie mondiale qui fonctionne strictement selon les termes de la vision expansionniste du monde. Cette triade envenime les choses partout dans le Sud et menace même les perspectives à long terme du Canada. D’un point de vue systémique, il s’agit là d’une manifestation des perturbations croissantes qui affligent le système mondial ; l’infernale triade fait intervenir les processus synergiques de rétroaction positive qui sont en train d’accélérer la déstabilisation des économies nationales un peu

partout. La situation ne fera qu’empirer au moment où l’environnement lui-même souffrira à son tour du même syndrome.

Étant donné nos activités destructrices face aux ressources du Canada, nous allons devoir « réparer » les dommages massifs infligés à la nature en nous engageant dans des activités de restauration des forêts, de l’agriculture et des pêches. « Restaurer » signifie restituer à ces secteurs, autant que faire se peut, les éléments qui leur permettraient de retrouver leur état biosphérique originel en termes de productivité biologique, de biodiversité et de capacité à absorber et à recycler les déchets. Ottawa et les provinces doivent lancer des programmes en bonne intelligence avec les collectivités et les particuliers en vue de restructurer les industries qui exploitent les ressources ; c’est ainsi que sera préservé et bonifié le capital naturel de ces secteurs.

Une nouvelle stratégie canadienne qui aurait pour objet de favoriser la viabilité économique devra promouvoir beaucoup plus résolument l’autosuffisance régionale et locale. Une telle approche pourrait susciter des activités économiques plus conformes aux paramètres de viabilité écologique d’une région donnée. Les projets de développement devraient amplifier et stabiliser la population active locale en créant des emplois sur place et accroître le niveau de participation de la collectivité concernée à la prise de décisions. Pour que l’argent dépensé ne quitte pas le milieu, la transformation des ressources régionales devrait se faire localement au lieu d’exporter cette activité ( comme cela se passe si souvent pour divers produits forestiers et agricoles ). Une stratégie de promotion de l’autosuffisance régionale tiendrait compte et bénéficierait de la riche diversité des grandes régions environnementales de ce pays, dont chacune possède sa propre diversité géosphérique et biosphérique.

L’économie canadienne est handicapée par un endettement extrêmement élevé et qui ne cesse de croître, tant au niveau provincial que fédéral. Par exemple, début 1994, la dette fédérale dépassait déjà 640 milliards de dollars, dont quelque 300 milliards en effets financiers détenus par des étrangers. En dépit de tentatives de réduction des dépenses pour les paiements de péréquation ( transferts aux provinces ) et autres services, les déficits annuels dépassent 30 milliards de dollars. En effet, au cours des dernières décennies, ces dettes ont augmenté davantage en raison de l’engagement de ne pas entraver la croissance. Le

gouvernement Mulroney avait pour politique d’encourager massivement les investissements étrangers au Canada et de tolérer les prises de contrôle d’entreprises majeures par des intérêts étrangers. Cette stratégie expansionniste n’a pas généré suffisamment de recettes pour alléger le fardeau de la dette qui ne cesse de grimper dans les secteurs privé et public.

Malheureusement, la marge de manoeuvre dont dispose le ministre fédéral des Finances est bien restreinte. La pression exercée sur le gouvernement fédéral pour qu’il augmente les impôts et réduise les dépenses ne cesse de s’intensifier. Néanmoins, une augmentation de l’impôt sur le revenu personnel et des taxes sur les biens de consommation, accompagnée de compressions budgétaires ( que ce soit par la privatisation de sociétés d’État ou par la réduction des crédits de l’assurance-chômage et d’autres services sociaux ), ne réussira sans doute qu’à réduire quelque peu le déficit annuel, mais probablement pas à l’éliminer. Entre-temps, la dette fédérale continuera de grimper, ce qui aura sans doute les effets suivants : ralentir la croissance économique à court et à long terme ; augmenter la dette extérieure et réduire la capacité de la payer ; réduire les budgets de nos programmes sociaux actuels ou des programmes d’environnement qui ont désespérément besoin de ces crédits, sans parler de l’impossibilité de consentir de nouveaux investissements dans ce domaine, même durant les périodes de prospérité.

Mais ni le ministre des Finances ni son gouvernement ne peuvent espérer trouver le moyen de trancher ; ces questions, déchirantes, ont une portée socio-économique à long terme. Il est de plus en plus clair que des choix de société devront être faits et que des décisions relatives à la viabilité sociale devront être prises en conformité avec l’obligation supérieure d’oeuvrer dans le sens de la viabilité de l’environnement biophysique du Canada et de la planète. Plus on différera les décisions, plus les exigences écologiques deviendront onéreuses et incontournables. En corollaire, nos options économiques et politiques diminueront plus vite encore.

En février 1989, les scientifiques révélaient que la couche d’ozone, déjà amincie au-dessus de l’Antarctique, menaçait maintenant de s’épuiser au-dessus de l’hémisphère nord. Le gouvernement de l’Ontario interdisait alors la fabrication des CFC et des halons. Cette décision était applaudie par les amis de

l’environnement, mais seulement comme un tout petit premier pas. Les écologistes avaient affirmé précédemment que, dès sa ratification, le Protocole de Montréal était déjà dépassé par les événements. Ils ont donc continué à préconiser l’adoption rapide par la communauté internationale de mesures beaucoup plus radicales afin d’éviter que la crise ne dégénère en véritable catastrophe. Dans ce cas bien précis, l’importance de l’environnement était implicitement admise aussi bien par les environnementalistes que par les politiciens de l’Ontario où cette décision a eu des conséquences politiques, technologiques et économiques.

Cet événement doit sans doute nous donner un avant-goût des choses à venir : à mesure que des crises environnementales se déclareront, le secteur économique sera obligé d’adopter de nouvelles méthodes technologiques et de reconnaître la nécessité de s’imposer des lignes de conduite qui obéissent aux impératifs socio-écologiques. Le nombre croissant des produits commercialisés sous l’étiquette « produit vert » ou « produit écologique » témoignent d’une prise de conscience progressive : la poursuite traditionnelle et aveugle de la « croissance » en soi n’est ni écologiquement durable ni moralement crédible, surtout pas dans l’esprit de ceux qui vivront au XXIe siècle. La perspective d’une catastrophe environnementale que nous subirions tous ne peut qu’accélérer la transition d’une vision expansionniste vers une vision écologique du monde ( comme s’en était déjà rendu compte Samuel Johnson au XVIIIe siècle ! ).

Toute tentative de créer une économie nationale viable nécessitera également sa restructuration. À cette fin, le Canada doit s’écarter de sa dépendance à l’égard des exportations d’énergie et de matières premières et diversifier son économie en fabriquant davantage de produits à valeur ajoutée. Les secteurs public et privé du Canada devront collaborer dans leurs efforts de recherche et développer des technologies qui obéissent aux impératifs environnementaux et sociaux qui sont rapidement en train de faire leur apparition sur la scène nationale et internationale. Deux facteurs méritent d’être mis en lumière :

L’avenir est aux forêts durables : pour un contrôle local des forêts

Les critiques de l’industrie forestière font valoir que les méthodes de foresterie actuelles ne sont pas viables et qu’il faut une approche systémique à la gestion des forêts. Ainsi, certains groupes environnementaux comme le Sierra Club of Western Canada, la Valhalla Society et le Western Canada Wilderness Committee militent en faveur d’un contrôle plus serré des collectivités locales sur les forêts. Ils justifient cette position en expliquant que les regroupements locaux se montreraient plus sensibles aux besoins à long terme des gens sur place et seraient plus conscients des bénéfices sociaux et environnementaux à tirer d’une prudente gestion de la gamme complète des ressources de la forêt. Ils estiment qu’une stratégie forestière viable doit reconnaître que les écosystèmes forestiers sont extrêmement complexes et que chaque élément est essentiel à la bonne santé globale d’une forêt et à sa possibilité de récupération. Par conséquent, tous les

éléments doivent être comptabilisés pour que soit réunies le plus large éventail de valeurs touchant la forêt.

Par exemple, les forêts constituent des habitats fauniques, des régulateurs climatiques et des lieux récréatifs tout en évoquant des valeurs spirituelles ; elles préservent la qualité de l’air et de l’eau ; elles assurent des emplois et livrent des matières précieuses. Ainsi, une approche systémique permettrait de protéger toutes les fonctions et tous les éléments de la forêt. Pour ce qui est du bois, une stratégie viable préconise des méthodes d’abattage et d’enlèvement de la récolte qui soient les moins préjudiciables au sol et réduisent au minimum le choc infligé à l’écosystème forestier. En somme, une telle stratégie de gestion serait fondée sur des décisions locales et créerait de nombreux emplois.

Les partisans de la gestion locale des forêts font valoir qu’une stratégie forestière viable préconise des formes de gestion qui épousent autant que possible les processus naturels de la forêt elle-même. Cela suppose qu’il est nécessaire de préserver la diversification des groupes d’arbres, ce qui englobe par conséquent toutes les étapes naturelles successives ainsi que la diversité des espèces, en conformité avec l’écosystème d’une forêt donnée. Avec l’incertitude croissante concernant la capacité des forêts tempérées du Canada à résister aux effets du changement climatique mondial, ils affirment qu’il importe plus que jamais de préserver la diversité naturelle des espèces végétales et animales afin d’optimiser la capacité d’adaptation globale de l’écosystème. La préservation de la diversité globale de l’écosystème forestier est souvent citée comme condition essentielle aussi bien de la stabilité de la forêt que de la stabilité sociale des collectivités humaines qui en sont tributaires. Le défi d’une stratégie forestière viable serait manifestement de créer des solutions de rechange qui soient viables tant pour l’environnement que pour l’économie.

Certes, toute transition vers une approche viable à la gestion des forêts de la Colombie-Britannique sera l’occasion d’une certaine dislocation économique et aura un impact sur la vie des gens. Pourtant, les instances gouvernementales, les travailleurs forestiers et, bien entendu, les environnementalistes se rendent de plus en plus compte que le statu quo provoquera des perturbations sociales, économiques et environnementales encore plus graves.

Herb Hammond ( 1991, p. 197-252 ), critique de l’industrie de la Colombie-Britannique et lui-même forestier de profession, a

proposé un « zonage » des forêts qui déterminerait ponctuellement les activités possibles, bassin forestier par bassin forestier. Dans tout plan de gestion forestière viable, l’extraction du bois serait considérée comme l’une des utilisations possibles de la forêt et serait envisagée par rapport à son effet systémique potentiel sur la croissance des arbres ainsi que sur les autres ressources forestières, notamment les habitats fauniques et le tourisme.

Hammond recommande qu’on abandonne progressivement les méthodes « dures » comme la coupe à blanc, le brûlage des rémanents, l’utilisation des pesticides et la pratique de l’écrémage ( l’enlèvement du « meilleur » bois seulement ). Là où l’extraction du bois serait jugée acceptable, des méthodes sélectives d’abattage seraient alors préconisées et le bois serait transformé dans des localités avoisinantes. D’importants secteurs de la forêt — souvent même des bassins entiers — seraient préservés en vertu d’une reconnaissance des valeurs intrinsèques de la nature, tant culturelles que spirituelles. On prendrait également en ligne de compte les utilisations qui n’ont rien à voir avec l’industrie forestière, notamment la protection de la vie sauvage, l’approvisionnement en eau, le tourisme, les besoins du poisson et des autres espèces fauniques, les puits de carbone et la protection du sol. La décision concernant la manière dont une forêt serait exploitée bénéficierait de l’apport des collectivités locales et du public au niveau du processus de planification et s’inscrirait dans le cadre d’une stratégie plus globale d’utilisation des terres en Colombie-Britannique ( tableau 2 ).

Outre la viabilité environnementale, il est nécessaire de penser également en termes de viabilité sociale et économique. Selon M’Gonigle ( 1987 ) :

L’habilitation des collectivités locales est le préalable à tout autre changement. Le modèle existant de surexploitation des ressources a évolué et s’est maintenu du fait que les collectivités locales ont été quasiment privées du contrôle de leurs propres ressources.

La pensée économique conventionnelle qui prévaut en Colombie-Britannique a longtemps défendu la position selon laquelle ce sont les grandes entreprises qui sont le plus en mesure de servir les besoins de la province en matière de stabilité économique à long terme. Il y aurait deux raisons pour cela : l’utilisation efficace des ressources et les économies d’échelle. Au cours des années, les petites compagnies d’extraction du bois et les exploitants indépendants ont été avalés par les grosses sociétés. En

Tableau 2. Deux approches à la foresterie.

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Source : Ecoforestry Institute, 1993.

fait, dès 1976, près de 60 % des droits d’abattage dans la province étaient détenus par dix d’entre elles ; pire encore, en 1988, quatre conglomérats seulement contrôlaient plus de 90 % de l’abattage dans la province. De plus, une enquête récente des caisses de crédit de la Colombie-Britannique signale que près de 70 % de l’industrie forestière de la province est contrôlée de l’extérieur de la province, dont plus de 40 % par des intérêts non canadiens ( Hopwood, 1992, p. 20–21 ).

Tant la mondialisation de l’économie que la réduction des barrières commerciales ont permis aux entreprises de faire pression sur les gouvernements successifs de la Colombie-Britannique aussi bien que sur leurs propres employés pour qu’ils acceptent des mises à pied, des normes environnementales minimes et un niveau élevé d’abattage annuel autorisé afin de demeurer compétitives internationalement ( figure 6 ). Étant donné que près de la moitié de la balance commerciale nette du Canada est dérivée des produits forestiers, l’influence politique qu’exerce cette industrie est considérable. En effet, les compagnies ont menacé de suspendre

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Figure 6. Volume de l’abattage annuel en regard des emplois directs dans
l’industrie forestière de 1961 à 1989 en Colombie-Britannique.
Source : Statistique Canada, Rapports annuels du ministère des Forêts.

ou de freiner les opérations et de se relocaliser ailleurs si un climat économique favorable n’était pas maintenu. Récemment, MacMillan Bloedel a informé ses travailleurs que les exigences croissantes pour la préservation des peuplements vieux et pour l’adhésion à des normes de pollution avaient créé une situation en vertu de laquelle l’entreprise Produits forestiers Noranda n’investirait plus de nouveaux capitaux dans la région de Port Alberni.

Avec relativement peu de valeur ajoutée à leur bois, les compagnies forestières de la Colombie-Britannique ont surtout procédé à l’exportation hors de la province de vastes quantités du produit de l’abattage. La viabilité à long terme des agglomérations qui dépendent de la forêt est devenue de plus en plus précaire à

mesure que la base de ressources s’érode. En outre, les compagnies ont été réticentes à investir directement dans la diversification des économies locales ; elles ont plutôt préféré rapatrier les recettes excédentaires à la compagnie-mère ou encore réorienter les revenus vers des régions industrialisées plus rentables, notamment au Canada central et aux États-Unis. De son côté, la concurrence de sociétés basées à l’étranger oblige les entreprises qui fonctionnent en Colombie-Britannique à reluquer des possibilités d’investissement dans des pays en développement où les charges salariales et fiscales ainsi que les exigences environnementales sont plus faibles.

Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses collectivités qui dépendent de la forêt en Colombie-Britannique sentent à présent qu’elles sont à la merci de forces commerciales externes et des marchés internationaux. En réaction à cet état de choses, de plus en plus de gens réclament une restructuration majeure des dispositions politiques et institutionnelles afin de permettre une plus grande participation locale dans la planification et la gestion des ressources forestières et un contrôle plus déterminant des collectivités sur ces régions. En effet, l’une des définitions du contrôle de la collectivité locale sur la forêt est la suivante : « La gestion intensive des terres forestières adjacentes aux limites municipales, de façon à mieux répondre aux besoins sociaux et économiques des gens qui vivent dans cette agglomération » ( Lay et Phillips, 1988, p. 1 ). Mentionnons quelques arguments en faveur d’un contrôle exercé par la collectivité :

Au-delà de la viabilité environnementale, sociale et économique, un consensus au sein de la collectivité est essentiel. Mais il n’est pas toujours aisé d’avoir, à la fois, un consensus au sein de la communauté et puis entre différentes communautés. Des

tendances territoriales ou « tribales » peuvent se manifester ; de plus, les gouvernements locaux ne reflètent pas nécessairement toujours les sentiments de la communauté locale. Une autre difficulté majeure surgit lorsqu’on essaie de réaliser et de préserver le consensus : l’absence de ressources, financières et autres, qui peuvent être nécessaires pour mener à terme des luttes prolongées avec les grosses entreprises et autres puissants intérêts.

Néanmoins, un certain nombre de coalitions se sont formées auxquelles participent syndicalistes, environnementalistes, Autochtones et gens d’affaires de diverses localités qui dépendent de la foresterie. Des alliances pour le moins inattendues se sont formées chez ceux qui n’acceptaient plus l’apparente incapacité du gouvernement provincial à faire face aux conflits autour de la question des ressources, conflits répandus dans toute la Colombie-Britannique.

L’Accord du Conseil des ressources communautaires de la vallée de la rivière Bulkley, en 1991 ( Bulkley Valley, 1992 ), expose les principes dorénavant adoptés à l’initiative des conseils communautaires dans toute la province :

Le Conseil des ressources communautaires de la vallée de la rivière Bulkley est composé de 12 personnes qui habitent la vallée. Chacune reflète une ou plusieurs des 16 perspectives ou valeurs

particulières que revêtent ces ressources : depuis la perspective qui « attache une valeur particulière à la production du bois au-dessus de toute autre considération » à celle qui « attache une valeur particulière à la production du bois par de petits exploitants », jusqu’à celle qui « attache une valeur particulière à la préservation de grandes étendues à l’état sauvage, avec un accès limité » ( Bulkley Valley, 1992, p. 7–10 ).

Bien que des groupes comme le Conseil des ressources communautaires de la vallée de la rivière Bulkley, le Cadre structurel de Hazelton pour la gérance des bassins hydrographiques, le Comité des forêts de l’Île de Cortes et l’Alliance pour les bassins de la vallée de la rivière Slocan se soient en fait constitués en réaction aux frustrations croissantes engendrées par les conflits sur les ressources, ils offrent, du moins en partie, une réponse communautaire au Rapport Brundtland qui préconise l’apport des collectivités locales dans les stratégies du développement durable. La création de tels conseils communautaires a de quoi engendrer un optimisme prudent dans la mesure où ces regroupements représentent une tentative des gens de la base de reprendre le contrôle de leurs propres vies et de leurs ressources. Cependant, la fragilité de telles alliances laisse présager un avenir hésitant et incertain.

L’objectif de viabilité communautaire est manifestement louable. Néanmoins, tel qu’indiqué plus haut, le concept du développement durable englobe des positions qui sont parfois opposées :

Dans les débats qui ont actuellement cours au sujet des stratégies de développement durable, le contraste entre ces deux positions est on ne peut plus frappant. Nulle part n’était-il plus flagrant que lors des débats acrimonieux qui ont eu lieu entre les environnementalistes, le Syndicat international des travailleurs unis du bois d’Amérique ( SITUBA ) et les représentants de l’industrie forestière dans le cadre du Groupe de travail pour le développement durable à Clayoquot Sound. En définitive, le Groupe a été incapable de négocier un consensus et ses efforts se sont traduits par un échec. Les parties se sont rabattues sur des perspectives traditionnelles et sur des positions tranchées, les termes de l’alternative étant « arbres ou emplois ». En outre, les environnementalistes avaient le sentiment que le processus était entravé au départ par un ordre du jour imposé par la province et qui se résumait à ceci : « poursuivre l’exploitation forestière tout en dialoguant » ( Darling, 1991 ).

La difficulté de parvenir à une entente consensuelle reflète souvent les inégalités qui existent entre les parties intéressées aux pouvoirs politique et économique. Il est rare qu’on soit disposé à abandonner une situation privilégiée. Il n’est donc pas surprenant que les milieux environnementaux soient tellement portés à appuyer une plus grande dévolution du pouvoir politique et du contrôle sur les ressources aux collectivités. À bien des égards, cette position est en réaction à l’image que les gouvernements successifs en Colombie-Britannique et ailleurs ont donnée d’eux-mêmes : ils ont fait preuve d’une grave incurie dans la gestion de l’environnement et ils ont régulièrement servi les intérêts de la puissante industrie forestière.

Sur le plan historique, les traditions antirationaliste et romantique ont été le reflet symétrique du statu quo. Réagissant à la création de grosses bureaucraties et à la centralisation politique et économique, leurs partisans ont toujours accordé leur faveur à diverses formes de décentralisation et de contrôle local. En

réaction aux diverses formes d’universalisme, ils ont préféré le pluralisme ; en réaction à la technologie « dure » d’un monde industrialisé, ils ont prôné des formes de technologie « douces » ou « appropriées ». Dans la mesure où cette nouvelle vision écologique se rattache encore à ces catégories traditionnelles, ses partisans continueront à s’opposer au statu quo.

Au cours des dernières années, toutefois, certains environnementalistes ont insisté sur la nécessité de normes régionales plus efficaces et de législations plus musclées. Cette volte-face est en partie attribuable à la relative absence de réglementation provinciale sérieuse en matière de foresterie et d’environnement ; il s’agit également d’une réaction à la sourde opposition de certains groupes de bûcherons à l’« intrusion » d’environnementalistes des villes dans leurs chantiers d’abattage.

Cette hostilité met en relief la faiblesse chronique de la position environnementaliste classique. Il y aurait lieu de critiquer les groupes environnementaux nord-américains pour ne pas avoir su convenablement évaluer les dimensions socio-économiques et politiques des problèmes relatifs aux ressources et à la nature sauvage, pas plus qu’ils n’ont véritablement compris dans quelle mesure l’altération du milieu est le produit des structures politiques et économiques en place ( Thrupp, 1989 ). Ainsi, ils prêtent facilement le flanc à la critique des populations locales qui se sentent soumises et marginalisées, qu’il s’agisse des habitants d’Ucluelet, sur l’île de Vancouver, ou de ceux des pays en développement. Tant qu’il ne formulera pas une critique adéquate des structures socio-économiques existantes et qu’il ne proposera pas des solutions de rechange viables aux communautés qui dépendent des ressources, le mouvement environnemental demeurera une cible facile pour tous ceux dont les intérêts sont liés au statu quo.

En effet, l’avènement de coalitions « communautaires » anti-écologistes, sous la bannière de groupes « participatifs » ou « de gestion judicieuse » démontre que la position environnementale peut être perçue comme s’opposant à la stabilité économique et sociale que réclame le public ( Emery, 1991 ). Les problèmes d’environnement figuraient en bonne place sur la liste des préoccupations publiques à la fin des années 1980 et au début des années 1990 lorsque la récession a remis à l’avant-scène, au Canada, les problèmes économiques et le chômage. Ainsi, lors de l’élection fédérale de 1993, les électeurs ont estimé que la nécessité de sortir

de la récession et de créer des emplois l’emportait sur les préoccupations environnementales antérieures. Une impression se dégage nettement : les Canadiens ne sont pas adéquatement informés en ce qui concerne la protection de l’environnement ; on n’a pas su leur expliquer que la bonification du milieu est une question de « bon sens économique » et qu’elle favoriserait de « bonnes affaires » dont ils pourraient bénéficier eux-mêmes ainsi que leurs communautés.

Gouvernements, milieux d’affaires et organisations environnementales ont souvent ignoré à quel point les questions de justice sociale et d’équité sont au coeur de l’interprétation que fait le Rapport Brundtland des stratégies de développement durable. Le Rapport contient par exemple l’énoncé suivant ( CMED, 1987, p. 38, 43 ) :

La viabilité physique ne peut être assurée que si les politiques du développement tiennent compte de considérations telles que des changements dans l’accès aux ressources et dans la distribution des coûts et des bénéfices. Même la notion étroite de viabilité physique implique un souci d’équité sociale entre les générations, donc une préoccupation qui doit logiquement s’étendre à l’équité contemporaine pour chaque génération.

De nouvelles approches devront proposer des programmes de développement social, surtout en vue d’améliorer la situation de la femme dans la société, de protéger les groupes vulnérables et de promouvoir la participation locale dans la prise de décisions.

Récemment, ces préoccupations au sujet de l’avenir des collectivités de la Colombie-Britannique étaient reconnues par la Table ronde sur l’environnement et l’économie de Colombie-Britannique ( 1991, p. 7 ) :

Si le but est de parvenir à la justice sociale et à l’équité, garantissant ainsi la viabilité de la société, il faudra veiller à ce que les gens participent aux décisions qui détermineront la viabilité de leur communauté, qu’ils aient des chances égales en matière d’éducation et de formation, qu’ils disposent d’installations récréatives adéquates, de programmes de santé publique, de services sociaux et de soutien et de possibilités de logement, qu’ils jouissent d’un environnement de qualité, et qu’ils aient la possibilité de gagner leur vie.

De tels propos montrent qu’on se rend de plus en plus compte que les dimensions environnementale, socio-économique et politique doivent toutes s’inscrire dans les discussions sur la survie des collectivités et que les questions relatives au bien-être des

populations ne doivent pas être absentes des stratégies pour la protection de l’environnement ( Prince, 1992 ). On soulève aussi une autre question : comment les politiques commerciales actuelles, à la fois libérales et globales, ainsi que le marché économique nord-américain mettent-ils les communautés industrielles au défi de survivre ?

Ces préoccupations ont été abordées à la première Conférence de Tin Wis, au sud de Tofino, en 1989, et puis de nouveau à Port Alberni en 1990. La Coalition de Tin Wis chapeaute un certain nombre de groupes de travailleurs de l’industrie forestière, d’environnementalistes, de gens d’affaires et d’Autochtones. La position adoptée par la Coalition est surtout remarquable en ce que l’organisation est convaincue que, pour être significatif, l’objectif de viabilité environnementale doit être directement lié à une analyse du contrôle exercé par les grosses entreprises et du processus actuel de prise de décisions politiques et économiques. Cholette ( 1992, p. 12 ) commente ainsi le sujet :

Tout en prêtant une oreille attentive à tous ceux qui oeuvrent pour mettre immédiatement un terme à la destruction environnementale, la Coalition de Tin Wis et d’autres groupes analogues ont pour objectif direct non pas tant d’agir pour protéger divers aspects de l’environnement, mais plutôt de participer au grand projet écologique qui est de créer des changements culturels, économiques et politiques fondamentaux qui contribueront à la viabilité du monde naturel.

Définir l’agriculture viable

Le ministre fédéral de l’Agriculture et ses homologues provinciaux ont récemment offert une définition provisoire de ce qu’est l’agriculture viable ( Canada, 1991, p. 9 ) :

Les systèmes agro-alimentaires viables sont ceux qui, en plus d’être économiquement viables, satisfont le besoin de la société qui est d’obtenir une nourriture salubre et nutritive, tout en conservant et en bonifiant les ressources naturelles du Canada et la qualité de l’environnement pour les générations futures.

Le rapport intitulé Agriculture durable : priorité à la recherche ( Conseil des sciences du Canada, 1992, p. 15–16 ) propose que la définition de l’agriculture viable comprenne les principes suivants :

De leur côté, Dover et Talbot ( 1987, p. 63 ) énumèrent neuf conditions nécessaires à un système agricole durable :

Cette énumération montre clairement que l’agriculture viable ne se limite pas à une série de techniques et de méthodes. Le raisonnement sous-tend que les collectivités et les économies agricoles sont des sous-ensembles des systèmes écologiques dont elles dépendent. C’est ainsi que les buts d’une telle agriculture sont fondamentalement différents de ceux des pratiques conventionnelles,

car elle cherche à parvenir à une « stabilité à long terme des rendements avec un impact minimal sur l’environnement — plutôt que de se concentrer sur des buts à court terme tels que des rendements maximaux » ( Stinner et Blair, 1990, p. 138 ).

L’agriculture viable cherche également à améliorer la qualité de la nourriture qu’elle produit, ainsi que les conditions sociales et économiques des collectivités agricoles et rurales ( Parr et al., 1990, p. 50–67 ). À cet égard, les critiques de l’agriculture conventionnelle font valoir que la viabilité à long terme des collectivités comporte nécessairement une participation aux décisions qui touchent le milieu rural. On est à formuler un raisonnement semblable en ce qui a trait à la stabilité à long terme des collectivités qui ont des attaches forestières.

Tout comme la foresterie viable, l’agriculture viable est l’application concrète d’une réflexion systémique : l’agriculture doit être considérée comme étant plus que la somme de ses parties. Il s’agit d’un système complexe, défini par les interrelations et les interactions qui opèrent en elle ( Edwards, 1990, p. 249–264 ). On ne peut pas véritablement comprendre ce qu’est une exploitation agricole à moins de prendre en considération l’ensemble social dont elle fait partie, la production de nourriture et les systèmes économiques et écologiques dont elle est une composante.

Une approche systémique de l’agriculture doit se concentrer sur les relations et les processus qui font partie d’un système, tout autant que sur les flux et les cycles d’énergie et de matière. Ainsi, une approche systémique appliquée à la conception qu’on se fait de l’agriculture doit examiner les interactions qui animent les composantes et les processus, par contraste avec l’approche conventionnelle qui a tendance à se concentrer sur la maximalisation d’un seul volet, par exemple la production ou les rendements.

Tous les systèmes sont caractérisés par des processus d’autosuffisance ou par des boucles de rétroaction négative. Dans un écosystème naturel, la propagation excessive des insectes qui peuvent représenter des nuisances dans un agro-écosystème est tenue en échec par des déprédateurs et par des parasites. Des processus de rétroaction négative de ce genre doivent être incorporés dans la conception des agro-écosystèmes afin de promouvoir leur stabilité et leur adaptabilité globales.

Le système écologique de l’exploitation agricole doit être géré en termes de ses relations biologiques : les relations bénéfiques

sont encouragées et les nuisibles, réduites au minimum. Les principales caractéristiques des écosystèmes naturels devraient être intégrées dans l’agro-écosystème, notamment la complexité, le cycle des nutriments et enfin le soleil en sa qualité de principale source d’énergie du système. La tâche principale de l’agriculteur est de trouver l’équilibre entre le besoin d’obtenir des rendements élevés à partir d’un petit nombre de composantes systémiques et la nécessité d’assurer la stabilité à long terme du système comme un tout. Naturellement, l’aptitude d’un exploitant ou d’un gestionnaire à assumer un tel rôle « dépend d’une bonne compréhension des processus qui gouvernent la chimie et la biologie du sol, la nutrition des plantes et les forces qui tiennent en échec la propagation excessive des insectes, des organismes pathogènes et des mauvaises herbes » ( Dover et Talbot, 1987, p. 6 ).

La tableau 3 illustre les contrastes dramatiques entre l’approche des systèmes écologiques et le modèle conventionnel de l’agro-industrie. Bien que l’agriculture conventionnelle soit en mesure d’obtenir de forts rendements en se servant de vastes quantités d’intrants chimiques et énergétiques, ces résultats sont obtenus de plus en plus au détriment de la viabilité à long terme de l’écosystème et au détriment de la stabilité des communautés agricoles.

Préserver la santé de l’environnement agricole est indissociablement lié à la préservation de la viabilité des communautés agricoles. Un système agricole viable doit être en mesure de générer suffisamment de revenus pour assurer aux producteurs primaires la stabilité et la solidité des communautés agricoles. Ou, comme un critique de l’agro-industrie le suggère, un système agricole viable « requiert la régénération et la préservation du milieu agricole, qui repose sur la tradition, ainsi que le soutien et l’engagement de générations d’exploitants » ( Drengson, 1986, p. 134 ).

Évaluation et recommandations

Beaucoup d’indices laissent entrevoir une crise potentielle de l’agriculture canadienne : endettement croissant des exploitants agricoles, nécessité d’un soutien à l’agriculture de la part des gouvernements fédéral et provinciaux, déclin de la population agricole ( figure 7 ), subsides accordés à l’agriculture à l’étranger et guerres commerciales à propos des produits alimentaires, perte de productivité des sols, perte de terres arables de premier ordre qui sont

Tableau 3. Deux approches à l’exploitation agricole.

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Source : Dover et Talbot, 1987.

victimes de promoteurs immobiliers et de l’érosion, et recours croissant aux engrais, à la biotechnologie et aux intrants chimiques. De la même façon que les intérêts forestiers canadiens se sont concentrés sur le modèle industriel et ont eu tendance à négliger la préservation du processus écologique, la tendance de l’agriculture canadienne a, elle aussi, consisté à se concentrer sur des économies d’échelle, avec ce que cela comporte de dommages à l’environnement. Les communautés agricoles ou celles qui dépendent de la forêt sont confrontées à des difficultés financières croissantes et à une diminution progressive de leurs nombres.

Dans une étude effectuée en 1986 pour le compte d’Agriculture Canada, Paul Robinson ( 1986, p. 6–7 ) a réussi à cerner 35 obstacles distincts d’origine gouvernementale. Obstacle primordial, la politique qui fait fi de l’agriculture viable et met l’accent sur le recours à des intrants chimiques. En réalité, les données de Robinson ont révélé que de nombreux exploitants sont convaincus de l’existence d’une politique formelle, à tous les niveaux du gouvernement, qui a pour objet d’ignorer l’agriculture viable.

Le deuxième obstacle majeur a été de permettre à l’industrie de la chimie agricole d’exercer une influence excessive sur le gouvernement. Là encore, de nombreux exploitants estiment qu’il y a une trop grande connivence entre les différents ministères de l’agriculture et l’industrie chimique. Les ministères font la

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Figure 7. Le déclin de la population agricole au Canada. Source : Recensement Canada 1992.

promotion des intrants chimiques et étouffent tout effort destiné à examiner d’autres options. L’agriculture conventionnelle prend souvent pour point de départ que les intrants chimiques règlent tout.

Nombre des concepts de l’agriculture viable représentent un défi aux traditions agricoles ; certains concepts transcendent même parfois la théorie scientifique courante. Les agents de terrain, les chercheurs et les organismes gouvernementaux sont mal informés sur l’agriculture viable. Pour évaluer convenablement ce type d’agriculture, les ministères fédéral et provinciaux doivent s’informer davantage et appuyer les initiatives agricoles viables.

Plus que jamais, il est nécessaire d’élaborer des politiques qui se dotent d’une approche systémique et qui intègrent les besoins socio-économiques des collectivités aux besoins biophysiques du sol. Une plus grande participation de la collectivité est nécessaire au niveau de la formulation des politiques qui touchent la vie rurale. Les cycles de nutriments ainsi que l’intégrité et l’adaptabilité des systèmes écologiques doivent être sauvegardés. L’agriculture conventionnelle doit progressivement abandonner la monoculture. Il serait nécessaire d’entreprendre des recherches portant sur la

polyculture et sur l’exploitation agricole à petite échelle. Les techniques agricoles basées sur la diversité des espèces, bien qu’elles nécessitent davantage de main-d’oeuvre, sont plus productives en termes de rendement végétal global et ont tendance à être moins tributaires des engrais, des herbicides et de diverses formes de machines coûteuses. La lutte biologique contre les prédateurs et les maladies qui s’attaquent aux plantes mérite de faire l’objet de recherches, tout comme diverses autres formes innovatrices de lutte contre les prédateurs.

L’agriculture viable dépend beaucoup de la préservation des meilleures terres agricoles. Le pays ne peut pas se permettre de livrer ses meilleures terres aux effets potentiellement dévastateurs du « libre marché ». Pourtant, les municipalités négligent trop souvent de préserver leurs terres! Un enchevêtrement de juridictions fait souvent pencher la balance du côté des surfaces de béton, au détriment du terreau. Par conséquent, des soutiens au plus haut niveau doivent être accordés au concept de réserves de terres agricoles, celles surtout qui sont à proximité des centres urbains comme la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique, et la région de l’escarpement du Niagara, en Ontario.

Grâce à des crédits fiscaux et à d’autres incitatifs financiers, on pourrait encourager les exploitants à cultiver des produits organiques. L’industrie des aliments organiques gagne rapidement la faveur du public à mesure que le souci de l’environnement et de la santé humaine prend de l’ampleur ( Tisdall, 1992 ).

Enfin, l’agriculture viable a des objectifs à long terme, qu’illustre par exemple le principe d’« intendance » des terres pour les générations futures. Un système viable de production alimentaire doit se fonder sur quelque chose d’autre que sur une planification financière à court terme.

Chapitre 8

Le Canada, société organique

Plus nous approchons du troisième millénaire, plus le monde se révèle interdépendant et plus nos choix semblent critiques. Jamais auparavant avons-nous eu, en tant qu’espèce et en tant qu’individus, une telle possibilité de donner forme à notre avenir à tous.

— DeFries et Malone ( 1989, p. v )

Si on tient à assurer la viabilité économique du Canada, la prise de décisions ainsi que la production devront être dévolues au niveau de chaque région et de chaque collectivité. Il serait capital de garantir la sécurité alimentaire de notre pays pour le présent et pour l’avenir. Comme dans le cas des conseils communautaires des forêts, une telle dévolution se justifierait parfaitement dans la mesure où elle conduirait à une meilleure gestion des ressources du pays et à une économie plus diversifiée et autosuffisante. Étant donné l’histoire et les dimensions du Canada, la question qui se pose toujours est de savoir à quel niveau les décisions doivent être prises.

Comment fait-on pour résoudre le dilemme fondamental qui se pose entre, d’une part, l’organisation à grande échelle, la rationalisation, la coordination et la planification nationale et, d’autre part, le « localisme », les contrôles exercés par la collectivité, la diversité, l’écoute attentive des besoins et la participation au niveau populaire ? Il serait opportun de rappeler ici le point de vue du philosophe politique canadien J.A. Corry ( 1981, p. 233–234 ) :

Les grosses bureaucraties du gouvernement central exercent à présent une influence soutenue et persuasive sur les législatures et sur les conseils des ministres, et elles portent des oeillères qui concentrent leur vision sur l’amplification du pouvoir et de la portée de leurs actions administratives. La première condition pour que les choses changent suppose l’éveil de l’opinion publique pour qu’elle donne un coup de semonce aux partis politiques et les avertisse que leur légitimité ainsi que les pouvoirs pertinents dont ils disposent actuellement sont en jeu. Il faudra bien que la

démocratie finisse par se racheter, elle qui a historiquement affirmé que le peuple a en son pouvoir de déterminer d’importants aspects de son propre destin. S’il s’avère impossible de surmonter l’impression qu’ont de plus en plus les citoyens d’être « gérés » et manipulés, la foi en la démocratie finira par disparaître. Et cette foi génératrice d’inspiration finira par être remplacée par la force brute.

Selon Corry, le désir des provinces et des régions d’en arriver à moins de centralisation et de disposer de plus de possibilités de gérer leurs propres affaires se fonde sur l’argument suivant : plus une administration gouvernementale est proche de ses commettants, plus elle sera visible et mieux elle pourra répondre aux besoins des gens. Selon Corry, nous devrions être à la recherche de moyens pour garantir aux organisations populaires qu’elles peuvent de nouveau assumer un plus grand contrôle sur les questions qui touchent intimement les populations aux niveaux local et régional.

Charles Taylor, de l’Université McGill, a préconisé le « communalisme » comme moyen dont pourraient se servir les collectivités et les groupes minoritaires pour défendre des valeurs culturelles et des buts collectifs. Il fait la distinction entre cette solution et l’adhésion des Américains au « libéralisme procédurier » en ce que « les droits individuels doivent toujours primer et toujours avoir la priorité sur les buts collectifs, à condition d’être accompagnés de dispositions de non-discrimination » ( Taylor, 1992, p. 56 ).

Taylor décrit le débat du Lac Meech comme ayant été un match entre les Canadiens qui croient à l’universalité fondamentale des droits individuels telle qu’énoncée dans la Charte canadienne des droits et des libertés, et ceux qui croient que, dans certains cas ( comme lorsqu’il est question d’accorder au Québec le statut de société distincte ), certains droits collectifs méritent également d’être reconnus. Il y en a qui estiment en effet que l’adoption de la Charte a fortement accéléré l’intégration du Canada à la culture politique américaine. Par conséquent, accorder un statut spécial au Québec ou à des groupes autochtones, sous forme d’autonomie administrative, est interprété par de nombreux Canadiens anglophones comme un rejet de l’universalité de ce modèle, dans la mesure où cela serait enchâssé dans la Charte. Comme le fait remarquer Taylor ( 1992, p. 60 ) :

Pour le Québec, toute tentative d’accorder la priorité à la Charte lui imposerait une forme de société libérale qui lui est étrangère

et à laquelle il ne pourrait jamais se plier sans abandonner son identité.

Taylor ( 1977, p. 67 ) estime que la division du Canada en plusieurs provinces représente, dans la plupart des cas, une importante réalité sociologique qui incarne des histoires et des cultures distinctes.

Il est réaliste de les considérer comme des unités de planification autonome — en fait, il ne serait pas très vraisemblable d’envisager notre avenir d’une autre manière ; le Canada est un pays qui résiste à toute centralisation [ . . . ]. En définitive, il serait très sain pour nos régions de commencer à rompre avec l’homogénéisation galopante de leurs modes de vie qui se poursuit sans discontinuer depuis quelques décennies.

Même si on peut convenir sur l’essentiel des arguments de Corry et de Taylor, il serait utile de concevoir les termes de l’alternative entre centralisation et décentralisation non pas uniquement en fonction d’une simple dichotomie. Car, comme le fait remarquer Charles Taylor, il faudra répondre à une question capitale : est-il possible de conjuguer la décentralisation avec un devenir commun ?

Les débats constitutionnels canadiens ont offert un bel exemple de cette façon dichotomique de penser. On a demandé aux Canadiens de choisir entre l’universalité des droits individuels et la protection des minorités culturelles, entre un Canada centralisé dans ses pouvoirs fondamentaux et un Canada décentralisé. Accepter cette alternative à deux termes nous conduit directement dans le piège de la dichotomie. En tant que Canadiens, on nous demande souvent de poser un choix portant sur nos communautés d’appartenance. Du fait que nous appartenions effectivement à un certain nombre de « communautés » — municipale, provinciale, régionale, nationale, ethnique et internationale — nos concitoyens requièrent non plus l’approche traditionnelle à deux termes, mais plutôt une approche multirelationnelle ou systémique.

Tout d’abord, toutes les communautés canadiennes peuvent être reconnues comme des composantes systémiques qui font intégralement partie de la société canadienne, de sorte que toute discrimination contre l’une d’entre elles porte préjudice à toutes les autres. Deuxièmement, le mouvement à l’intérieur de ce système de société ne peut plus être perçu comme strictement unidirectionnel. Une initiative peut avoir son origine dans l’une ou

l’autre de nos communautés et son impact sur les autres produira à son tour, dans un mouvement de ressac, d’autres impacts — ou rétroactions — à la source même.

Quelle signification cela a-t-il pour ce qui est de l’alternative centralisation-décentralisation qui continue à agiter la politique canadienne ? Nous ne devrions pas avoir à poser un choix entre la centralisation de certains pouvoirs et ce goût pour le « localisme », la participation au niveau populaire et la diversité. Nous avons le loisir d’accepter et d’appuyer la diversité tant qu’il existe des garanties adéquates pour les droits fondamentaux. Rien ne nous empêche d’être simultanément en faveur de la centralisation et de la décentralisation, avec des boucles de rétroaction qui procèdent dans les deux directions à la fois. La société canadienne comporte un certain nombre de communautés — « une communauté des communautés » — et chacune peut avoir pour mandat d’exécuter des fonctions particulières.

À partir d’une perspective systémique, on pourrait faire valoir que, plus la portée géopolitique d’un palier de gouvernement s’étendra, plus étendue et plus globale sera aussi la portée de sa planification. Par exemple, le gouvernement fédéral doit disposer de moyens qui lui permettront d’entreprendre des activités comportant des normes nationales pour la protection des droits de la personne et de l’environnement, ainsi que des pouvoirs fiscaux qui lui permettront de prélever des recettes et de dépenser d’une manière équitable et à l’échelle nationale. De la sorte, il nous est possible d’accepter la logique de confier au gouvernement fédéral des pouvoirs juridictionnels dans des domaines comme la défense nationale, la protection de l’espace et des ressources de l’Arctique et la redistribution des recettes en utilisant des véhicules comme les paiements de péréquation et les programmes de bien-être social. À l’inverse, plus est restreinte la portée géopolitique de la juridiction de nos communautés canadiennes, plus est proportionnellement grande la possibilité d’avoir des initiatives locales, une participation au niveau populaire et une diversité fonctionnelle dans la planification et l’utilisation des ressources.

Si on se reporte maintenant à la théorie des systèmes, nous dirons que le tout est plus grand que la somme de ses parties. Cela est effectivement vrai car tout système, qu’il s’agisse d’une forêt pluviale tempérée de peuplement ancien ou d’un État national, ne peut être le simple résultat d’une addition de ses parties distinctes

mais également le produit de leurs relations constitutives et de leurs interactions subséquentes.

Il en est ainsi du Canada. Il est à la fois la totalité de ses systèmes biophysiques et de ses communautés humaines, comme de tout ce que ces relations créent. Pierre Trudeau a demandé un jour : « Qui parle pour le Canada ? » Il s’agit des mêmes personnes qui parlent également pour l’Île-du-Prince-Édouard et pour le Québec, pour Winnipeg et pour Whitehorse. Charles Taylor ( 1977, p. 67–70 ) affirme que nous disposons du potentiel social et environnemental pour créer « un sentiment d’identité et de devenir canadien ». Cependant, pour que cela soit possible, des citoyens de tous les niveaux communautaires devront poursuivre un dialogue permanent sur les problèmes communs ainsi que sur les options et les objectifs sociaux particuliers.

Viabiliser nos objectifs

Du fait de la position géographique du Canada, les États-Unis représenteront toujours un facteur dominant dans nos choix en matière d’échanges commerciaux. Cependant, cela ne signifie pas que le Canada doit inévitablement évoluer dans le sens de l’intégration continentale et de sa propre absorption par les États-Unis. Si les Canadiens rejettent le continentalisme, ont-ils nécessairement pour seul recours de se cantonner dans une sorte de protectionnisme ou d’isolationnisme ? Puisque le Canada est tributaire du commerce international, une telle attitude ne représenterait jamais une stratégie crédible. Le jour où les Canadiens cesseront d’être accrochés à l’axe commercial Sud-Nord et qu’ils se rendront compte de l’importance économique et politique de l’Europe et des pays du Pacifique, ils pourraient échapper aux problèmes potentiels d’une association trop intime au bloc commercial nord-américain. Le Canada aurait peut-être intérêt à commencer à se donner des stratégies économiques et politiques à l’échelle mondiale.

À cause de son environnement en voie de détérioration, le Canada devra réévaluer ses politiques en matière de ressources, tout en formulant une nouvelle stratégie économicoenviron-nementale afin de démentir le syndrome des « bûcherons et porteurs d’eau ». À Washington, le nouveau gouvernement Clinton est confronté à une économie américaine en déclin sur le marché

mondial. Par conséquent, les Canadiens devront reconsidérer leurs liens avec un empire capitaliste américain qui perd du souffle.

Le Sud, où vit la majorité de la population mondiale, est progressivement en train d’acquérir une conscience politique et de s’émanciper du colonialisme économique. Le Canada devrait tourner son regard vers cette nouvelle réalité mondiale tant sur le plan social qu’économique et environnemental pour se rebâtir une économie made in Canada. Une telle stratégie s’inspirerait des principes de la viabilité de la société, de l’économie et de l’environnement tant à l’échelle nationale qu’internationale ; elle soumettrait aussi les politiques sur les échanges commerciaux et sur le développement à des normes environnementales strictes et au respect rigoureux des droits de la personne. De la sorte, le Canada peut, pour ainsi dire, faire sien le slogan du Parti Québécois — Maîtres chez nous — dans la sphère de l’économie politique et, de cette façon, conforter son propre sentiment d’identité nationale.

Blagueur, George Bernard Shaw avait dit un jour que les Britanniques et les Américains étaient séparés par une langue commune. Chaque nationalité se sent en sécurité avec ses propres racines historiques, ses valeurs et son style de vie ; chacune est facilement reconnaissable pour le reste du monde. Pourtant, sauf peut-être pour ce qui est du Québec, le Canada est en train de ressembler de plus en plus à son voisin du sud. Cette tendance, qui inquiète énormément les groupes pro-Canada comme le Conseil des Canadiens, est attribuable avant tout à la technologie moderne qui intègre certains aspects de la culture canadienne et américaine et qui rend assez floue la frontière internationale. On en prendra pour exemple le nouveau logo de CP Rail, qui fusionne les drapeaux canadien et américain.

Pour que les Canadiens subsistent comme un peuple distinct au sein de la communauté des nations, avec des caractéristiques facilement identifiables à leurs propres yeux et aux yeux du monde, ils ne devront ni imiter ni rejeter les valeurs et les comportements américains. Pour survivre, la société canadienne devra être courageuse, visionnaire et pleine d’initiative pour jouer son propre rôle constructif dans la nouvelle réalité sociopolitique et environnementale du XXIe siècle.

Pour jouer ce rôle, les Canadiens devront réévaluer leur identité ainsi que les principes fondamentaux de leur société. Il existe

deux scénarios possibles en ce qui a trait à notre avenir : le pire et le meilleur.

Le premier scénario pourrait s’inspirer du titre d’une oeuvre de George Grant, Lament for a Nations qui s’appuie sur la perspective énoncée par Jacques Ellul, célèbre critique français des valeurs technologiques. Celui-ci maintient que la technologie est aujourd’hui la force d’homogénéisation prédominante et qu’elle est inextricablement liée au capitalisme et au libéralisme industriels qu’on est porté à considérer comme des synonymes de « progrès ». Puisque science et technologie ont tendance à s’universaliser, la civilisation moderne finit par rendre anachroniques toutes les cultures locales.

Si on applique cet argument au Canada, on constate que c’est en hésitant que notre culture est entrée dans l’âge du progrès. L’argument qui veut que le Canada doit disparaître en tant que culture « locale » peut, par conséquent, être développé en trois étapes ( Grant, 1980, p. 54 ) :

Ce libéralisme est historiquement relié à la technologie et au « progrès », ce dernier insistant particulièrement sur l’« efficacité » et la standardisation. La tradition libérale au Canada a souscrit, quant à elle, au capitalisme du laisser-faire et à l’individualisme, croyant que les terres sont une ressource à exploiter pour le « progrès » de l’humanité ; enfin, elle prône le « continentalisme », idéal selon lequel le Canada ferait partie d’un grand empire industriel nord-américain. C’est ainsi que Laurier, Goldwin Smith et Mackenzie

King voyaient les choses. À ce groupe il conviendrait d’ajouter certains néoconservateurs comme Brian Mulroney.

Le libéralisme classique vise toujours au cosmopolitisme — principe majeur du rationalisme — et opère au détriment des loyautés particulières et locales. Il s’agit d’une célébration de la raison qui doit l’emporter sur l’émotion, de la liberté humaine dégagée de toute contrainte, et de l’individualisme au sein de la société. Compte tenu des valeurs technocratiques d’« efficacité » et d’« économies d’échelle », le libéralisme se prête à la centralisation du pouvoir aux mains de grosses bureaucraties et de grandes administrations gouvernementales très concentrées. Pris ensemble, ces principes et cette dynamique comportementale ont amené Grant à douter de la capacité du Canada — société pluraliste et multiculturelle — à résister aux forces de l’américanisation et de l’assimilation culturelle. En somme, cela a débouché sur l’intégration continue du Canada aux valeurs du rationalisme et à la vision expansionniste.

Quant au scénario qui représente sans doute la meilleure option possible pour ce pays, il se fonde sur ses propres antécédents culturels : Grant ( 1980 ) utilise l’expression de « conservatisme organique ». Une société organique, selon Grant, se fonde sur le principe des obligations mutuelles : reconnaître la diversité et les variables potentielles des individus, mais reconnaître aussi que ceux-ci sont tous d’égale valeur. Puisque la société organique se fonde sur les obligations mutuelles que doivent assumer tous les groupes et toutes les classes, elle incorpore les principes de justice sociale et d’équité, deux principes fondamentaux du développement durable. Une telle société est perçue comme étant enracinée dans le changement organique et la croissance naturelle. Trois notions clés à cet égard sont la tolérance, le courtoisie et le compromis.

Traditionnellement, le conservatisme organique canadien a toujours rejeté l’homogénéité et tenu en suspicion le « progrès » qui semble être synonyme de consommation frénétique. D’ailleurs, il ne présume pas que toutes les technologies sont bonnes. Il demeure nécessaire de favoriser la qualité de vie, même s’il faut pour cela s’opposer aux forces conformistes et déshumanisantes de l’État technologique libéral pour célébrer la diversité des régions et de l’existence humaine. Cette notion rejette également le nationalisme s’il est interprété comme signifiant : « Nous autres c’est nous

autres, eux autres c’est eux autres ». Elle plonge ses racines dans le patriotisme, l’amour de la terre et un sentiment d’appartenance à un territoire. Ce n’est que lorsqu’on éprouve fierté et respect pour ses propres racines et sa propre communauté qu’on est pleinement en mesure d’apprécier une autre culture et une autre patrie ( Taylor, 1926 ). Les idéaux de cette tradition sont liés à l’éthique conservatrice-conservationniste qui reconnaît la nécessité d’en arriver à un compromis entre l’évolution de la société et la continuité écologique, et de préserver un équilibre viable entre les besoins de la communauté et ceux de la nature.

Les Canadiens croient qu’ils ont un sens de la communauté et de l’ordre, et un respect pour les droits de la personne et pour la diversité humaine. En effet, nombre d’institutions et de programmes sociaux canadiens reflètent en quelque sorte ce mélange de conservatisme et de radicalisme qui les singularise sur ce continent. Northrop Frye fait remarquer que, ayant combattu à plusieurs occasions contre les États-Unis pour préserver leur indépendance, les Canadiens abritent dans leur inconscient collectif une forte suspicion à l’égard du mercantilisme à la Whig qui l’a emporté au terme de la Révolution américaine et qui a donné naissance aux forces contemporaines de l’idéologie libérale classique et néoconservatrice. « Le point de vue canadien est à la fois plus conservateur et plus radical que chez les Whig, plus proche de l’aristocratie et de la démocratie que de l’oligarchie » ( Frye, dans Taylor, 1982, p. 213 ).

Voilà trop longtemps que les Canadiens se contentent de réagir aux initiatives étrangères. Il serait temps qu’ils prennent les devants et qu’ils adoptent une position nettement plus proactive sur les deux fronts connexes de la stratégie environnementale et de la stratégie sociale. Les Canadiens sont choyés par la nature en termes de ressources physiques, mais ils devront remédier aux problèmes écologiques. Ils ont le potentiel de restaurer et de protéger leur environnement, mais à condition de passer immédiatement à l’action. Ils sont également dotés des ressources sociales voulues, mais il reste à savoir s’ils ont la volonté politique et la constance qu’il faut.

Comme l’indique le Rapport Brundtland, les différents pays du monde seront de plus en plus tenus de reconnaître que les secteurs économique et social devront un jour correspondre à l’ordre naturel des choses. En somme, la vision expansionniste

contemporaine de croissance et d’exploitation débridées devra finir par composer avec les problèmes critiques, et souvent irréversibles, de l’environnement. Il importe à présent pour le Canada de se libérer des conséquences écologiques non viables du programme économique néoconservateur et du colonialisme persistant des sociétés transnationales.

Les Canadiens ont des traditions qui sont inhérentes à une société « organique ». On peut même faire valoir qu’ils sont mieux équipés pour tenter d’atteindre un tel objectif que leurs voisins américains dont la culture est si profondément enracinée dans des valeurs qui remontent à Locke et au rationalisme.

La nécessité d’une action engagée

La sensibilisation et le souci croissants à l’égard de l’écologie planétaire sont d’une telle magnitude qu’on a parlé d’une « deuxième révolution copernicienne ». La théorie héliocentrique de Copernic a privé la Terre de sa place centrale dans l’univers et l’actuelle révolution environnementale affirme aujourd’hui que l’humanité s’illusionne quand elle estime être au centre de la biosphère ; elle est plutôt un sous-système qui en dépend profondément et lui est inextricablement relié ( Hall et Hanson, 1992, p. 11 ). Les notions traditionnelles de sécurité qui s’enracinent dans la logique westphalienne du système des États-nations méritent une réévaluation complète à la lumière des impératifs de l’écologie planétaire. Par conséquent, il faut abandonner les discussions habituelles qui s’inspirent de l’idéologie occidentale bien connue concernant la domination et le contrôle sur la nature ainsi que les États territoriaux ; il faut des approches qui favorisent le consensus et la coopération ( Dalby, 1992, p. 117–119 ). La viabilité de l’écologie planétaire exige un effort immédiat de reformulation des actuelles dispositions économiques internationales ; elle nous force à aborder la question de la redistribution des richesses. Cela pose une question : l’adhésion du capitalisme occidental contemporain à l’économie de marché et aux valeurs de la consommation est-elle appropriée ?

Durant les années 1980, les valeurs tory, ou du « conservatisme organique », pourtant traditionnelles au Canada, se sont graduellement désintégrées pour céder la place à un programme libéral, donc néoconservateur. Les structures politiques et économiques du

Canada se sont affublées d’un certain nombre des attributs qui caractérisent notre voisin du sud : glorification des droits individuels et foi dans les vertus de l’économie de marché comme une des forces majeures pour déterminer les structures et l’organisation de la société. Paradoxalement, alors que de nombreux Canadiens redécouvrent leurs traditions politiques et culturelles et évoluent vers une société de conservation, leurs responsables politiques et leurs décideurs se dirigent dans la direction opposée.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les sondages d’opinion révélaient que les Canadiens étaient très préoccupés par l’état de l’environnement. Réagissant aux conclusions du Rapport Brundtland de 1987, le gouvernement fédéral était l’hôte de plusieurs conférences mondiales majeures sur l’environnement, dont celle de 1987 qui devait déboucher sur le Protocole de Montréal relatif à l’appauvrissement de la couche d’ozone et celle de Toronto, en 1989, sur les changements atmosphériques. À la suite du rapport du Groupe de travail du gouvernement fédéral, ont eu lieu un certain nombre de tables rondes nationales, provinciales et territoriales qui ont élaboré des stratégies pour le développement durable.

À la fin des années 1980, la rhétorique environnementale était omniprésente. Dès le début des années 1990, la volonté gouvernementale et les ressources économiques que requiert l’application soutenue de politiques économiques respectueuses de la viabilité environnementale ont rapidement commencé à s’estomper. Le problème était partiellement de nature idéologique. En dépit de la rhétorique concernant le développement durable et du principe qui veut qu’une saine économie requiert un environnement sain, le gouvernement fédéral s’était profondément engagé à l’égard d’une économie expansionniste. Avec l’arrivée de la récession au Canada, les sondages ont indiqué que les Canadiens se souciaient davantage de leur portefeuille que de la nature. Ce rapide renversement des engagements à l’égard de l’action environnementale n’est nulle part plus évident que dans le Plan vert dont s’est doté le Canada.

Dans le premier document du Plan soumis au débat public — L’environnement à l’heure de la concertation — le ministre de l’Environnement, M. Lucien Bouchard ( 1990 ), écrivait que le gouvernement du Canada s’était engagé « à faire du Canada, d’ici à l’an 2000, le pays le plus écologique du monde industrialisé ». Et

pourtant, lors de la publication du document final, sous l’égide d’un nouveau ministre de l’Environnement, cet énoncé avait été soustrait. De son côté, le Plan eut tôt fait de s’attirer les foudres des écologistes qui ont critiqué le manque de ressources financières et de courage politique, ce qui condamnait à l’échec l’objectif affiché de lancer le Canada sur la voie de la viabilité économique et écologique.

Comme l’a remarqué une autorité internationale sur les questions d’environnement, Arthur Hanson, président-directeur général de l’Institut international du développement durable, à Winnipeg, les trois milliards de dollars canadiens dont on a doté le Plan vert sur cinq ans doivent être mis en regard de l’engagement persistant du gouvernement fédéral à l’égard d’autres projets ; la décision d’acheter pour 4,4 milliards de dollars d’hélicoptères HE-101 de lutte anti-sous-marine et celle de continuer à engloutir des milliards de dollars dans l’exploitation pétrolière ( le projet Hibernia ) au large de nos côtes ( Hall et Hanson, 1992, p. 306 ). ( Le gouvernement Chrétien a annulé le programme des hélicoptères, mais il maintient son engagement à l’égard d’Hibernia. ) Ni le gouvernement fédéral ni les gouvernements provinciaux n’ont consacré beaucoup d’argent à la recherche dans des domaines comme les techniques forestières de rechange, l’agriculture organique ou les sources renouvelables d’énergie. Le gouvernement du Québec a abandonné le projet ( 13 milliards de dollars ) d’Hydro-Québec à Grande Baleine, les analystes jugeant qu’il s’agissait là, peut-être, d’une catastrophe environnementale et d’un désastre culturel pour les Cris de la région.

Le Sommet de la Terre

Le Rapport Brundtland a incité les Nations Unies à organiser une autre grande réunion mondiale. La Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement ( CNUED ) a eu lieu à Rio de Janeiro du 3 au 14 juin 1992 à l’occasion du 20e anniver-saire de la conférence de Stockholm sur l’environnement. La CNUED, mieux connue sous le nom de Sommet de la Terre, a rassemblé le plus grand nombre de leaders du monde de toute l’histoire de l’humanité.

À l’ouverture du Sommet, Maurice Strong, qui avait également dirigé la conférence de Stockholm, a mentionné le fait que durant

les 20 années qui séparaient les deux conférences, la population mondiale avait augmenté de 1,7 milliard, soit l’équivalent de la population totale du globe au début du XXe siècle. Sur ce nombre, 1,5 milliard de personnes vivent dans les pays du Sud, c’est-à-dire dans les pays en développement qui sont le moins en mesure d’assurer leur bien-être. Durant la même période de deux décennies, le PNB mondial a augmenté de 20 billions de dollars américains, dont 15 % seulement dans les pays du Sud. Un tel modèle de croissance, avec tout ce que cela implique comme tendances de production et de consommation, « ne peut pas être viable pour les riches, pas plus qu’il ne peut être imité par les pauvres. Poursuivre sur cette voie pourrait conduire à la fin de notre civilisation » ( Strong, 1992 ).

La conférence avait suscité de grands espoirs dans le public et pendant 12 jours la rhétorique et les négociations se sont poursuivies sans discontinuer ( Roche, 1993 ). Le Sommet a produit cinq documents :

Le Sommet a eu droit à de vives critiques, principalement pour ses omissions :

Le résultat de tout cela a été décrit comme « un ensemble de principes qui confortent les droits souverains des pays à exploiter leurs forêts, légitimant ainsi les politiques déjà appliquées dans ces pays et qui menacent à présent les forêts de la planète » ( Chiras, 1994, p. 563 ).

Les critiques confirment : on ne peut vraiment appeler le Sommet de la Terre un grand succès même s’il ne s’agit pas d’un échec complet. Selon l’expression populaire, « il y avait du bon, il y avait du moins bon ». Mais comme le fait remarquer Roche ( 1993, p. 93–94 ), il a mis en branle un nouveau processus de gestion planétaire :

Le Sommet de la Terre a réussi à placer l’environnement et le développement dans la catégorie même que les priorités militaires occupaient naguère toutes seules. Il a également permis de manifester publiquement la futilité des solutions ponctuelles ainsi que la vanité de ceux qui croient que l’argent ou le contrôle des naissances peuvent, seuls, résoudre la crise environnementale [ . . . ]. Le fait que le Sommet de la Terre ne soit pas parvenu à présenter la solution globale exigée par la gravité des problèmes ne doit pas jouer contre lui. Cela signale plutôt l’étendue du travail qu’il reste

encore à faire pour surmonter les égoïsmes financiers et politiques avant qu’un nouvel ordre mondial puisse prendre forme.

En somme, les peuples du monde auront désormais à exiger que leurs gouvernements mettent en pratique la théorie et les principes de Rio de façon à ce que la rhétorique débouche sur des résultats.

Au cours de la dernière décennie, le Canada a paraphé un certain nombre de documents internationaux sur l’environnement. L’action internationale s’est souvent révélée vaine au niveau national dès qu’il s’est agi de la mise en application des principes et de la stricte adhésion à ceux-ci. Si seulement le Canada appliquait chez lui toutes les conventions internationales qu’il a ratifiées, on pourrait certainement affirmer qu’il est en train de devenir « le pays industrialisé le plus écologique au monde ». En effet, les principes environnementaux déjà établis dans le cadre des diverses conventions internationales, s’ils étaient appliqués, donneraient une dimension plus concrète aux divers points soulevés ci-dessus concernant les critères du développement durable. Le tableau 4, qui offre un bref aperçu de certains de ces accords, illustre bien ce point.

La mission : de nouvelles initiatives canadiennes

Le Canada est à la croisée des chemins. La théorie des systèmes parle de « point de bifurcation » pour décrire la période de crise extrême qui surgit lorsque le système existant n’est plus en mesure de demeurer stable. Par conséquent, le système peut soit s’effondrer en étant réduit à ses parties constituantes, soit se réorganiser selon un nouveau plan d’intégration systémique et d’équilibre dynamique avec son environnement global. Les mêmes arguments utilisés pour la description des secteurs forestier et agricole peuvent être utilisés pour celle du secteur canadien de l’énergie. D’importantes ressources financières devront être réservées pour stimuler la formulation de programmes énergétiques de rechange qui font tellement défaut. Plus on retarde, plus on rate les occasions.

Les systèmes ont recours à des mécanismes de rétroaction négative pour réduire les perturbations, pour préserver leur structure existante et pour prévenir toute réorganisation, transformation et modification qu’il serait pourtant grand temps d’apporter. Pour

Tableau 4. Quelques principes tirés d’accords internationaux dont le Canada est signataire.


Charte mondiale de la nature ( 1982 )

Les activités qui risquent d’avoir d’importantes répercussions néfastes sur la nature doivent faire l’objet d’un examen approfondi avant d’être mises en oeuvre ; leurs promoteurs doivent prouver que les avantages prévus dépassent les risques, et les activités ne doivent pas être entreprises lorsque leurs effets néfastes possibles ne sont pas pleinement compris ( 11.b ). Il faut éviter toute activité qui causera des dommages irréversibles à la nature ( 11.a )

Ces principes de sauvegarde doivent s’appliquer à tous les éléments de la nature qu’ils soient terrestres ou marins ; les endroits uniques, les échantillons représentatifs des différents écosystèmes et les habitats d’espèces rares et menacées doivent bénéficier d’une protection spéciale ( 3 ).

Toute forme de vie est unique et mérite le respect peu importe sa valeur pour les êtres humains, et pour ce faire les êtres humains ont besoin d’un code moral d’action ( a ).

La connaissance de la nature doit être largement répandue par tous les moyens possibles, particulièrement en en faisant une partie intégrante des programmes d’enseignement ( 20 ).

Action 21 ( 1992 )

L’augmentation de la population et de la production mondiales, combinée à des modes de consommation qui ne peuvent être soutenus à terme, met à rude épreuve la capacité de charge de notre planète ( 5.2 ). Les modes de production et de consommation non viables accroissent à un rythme sans précédent la quantité et la diversité des déchets ayant des effets persistants sur l’environnement ( 21.7 ) Toutes les forêts sont menacées par leur dégradation incontrôlée et par le développement incontrôlé d’autres types d’utilisation des sols [ . . . ] une mauvaise gestion de l’environnement englobant [ . . . ] l’abattage à des fins commerciales, insoutenable à terme [ . . . ]. L’appauvrissement et le dépérissement des forêts ont pour conséquences l’érosion des sols, la perte de diversité biologique, les dommages causés à l’habitat de la faune et de la flore et la dégradation des bassins hydrographiques. ( 11.12 )

Ces problèmes résultent en bonne part d’un modèle de développement nuisible pour l’environnement et d’un manque de moyens pour le protéger ( 18.45 ). Il est très important de souligner également, à cet égard, que les États ont le droit souverain d’exploiter leurs propres ressources biologiques conformément à leurs propres politiques environnementales ainsi que la responsabilité de préserver ces ressources et d’en assurer l’utilisation durable et d’assurer que les activités qui relèvent de leur juridiction ou de leur contrôle ne causent pas de préjudice à la diversité biologique d’autres États ou de zones situées au-delà des limites de leur juridiction nationale ( 15.3 )

Une gestion écologique des déchets doit aller au-delà de la simple élimination ou récupération des déchets produits et chercher à s’attaquer à la cause première du problème en essayant de changer les modes de production et de consommation qui ne sont pas viables ( 17.23 ). Une prévention efficace exige des mesures concrètes revêtant la forme d’une surveillance soutenue, de l’application stricte des lois et de l’imposition de sanctions appropriées ( 20.20 ). L’application équitable du principe pollueur-payeur ( 20.39 ).

( suite )

Tableau 4. ( conclusion ).


Déclaration de Rio ( 1992 )

Pour protéger l’environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les États selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement ( Principe 15 ).


preuve, il suffit de voir ce qui se passe au niveau des politiques forestières qui ont cours en Colombie-Britannique.

L’épuisement des ressources, l’incertitude politique et constitutionnelle ( y compris l’aliénation ressentie au Québec et dans l’Ouest, et les revendications des Autochtones et des minorités ), une crise économique nationale qui ne cesse de croître et, enfin, l’évolution accélérée des impératifs politiques, économiques et environnementaux à l’échelle internationale, tout cela entraîne des perturbations. Pour parvenir à la viabilité sociale, économique et environnementale, des changements structurels majeurs sont absolument nécessaires. La prospérité du Canada a été acquise au prix de la dégradation de ses ressources naturelles et il va falloir que les choses changent. Les Canadiens vont être confrontés à un choix : veulent-ils assister, impuissants, à l’effondrement politique et économique de leur pays ou bien vont-ils saisir l’occasion, puisque le Canada semble être à la croisée des chemins, d’adopter un nouveau programme social et écologique ?

Le modèle canadien de société et l’environnement sont entrés en collision et il est urgent d’agir immédiatement pour remédier à la situation. Cependant, on ne peut amorcer de changement qu’en reconnaissant d’abord que les institutions sociales et économiques sont des sous-systèmes de l’environnement biophysique canadien et planétaire et non pas un sous-système de l’économie. Le défi est énorme, mais nous n’avons plus le choix si nous voulons assurer notre propre survie à longue haleine et celle des autres espèces dont nous dépendons et avec lesquelles nous partageons la planète.

En termes généraux, les principes pour une stratégie de viabilité aux niveaux environnemental, économique et social ont déjà été énoncés, mais il y aurait sans doute lieu de formuler un certain

nombre de recommandations précises concernant le Canada ( voir Comité permanent de l’environnement, 1993 ) :

 

Viabilité environnementale — La viabilité des institutions sociales, économiques et politiques canadiennes dépendra de la viabilité de nos ressources biophysiques. Les gouvernements devraient adopter de nouveaux systèmes de comptes nationaux qui comporteraient des postes « économie-écologie » afin de suivre à la trace ce qu’il advient de la biosphère. Les nouveaux indicateurs pourraient comporter un indice qu’on appellerait le Produit national ajusté ( PNA ), soit le PNB moins les coûts sociaux et environnementaux. D’autres comptes seraient établis pour surveiller, sur une base permanente, l’état des systèmes biologiques : préservation des sols, absorption de la pollution, régulation atmosphérique et production primaire ou photosynthèse ( Rees, 1990b ). Par exemple, les Canadiens liquident depuis un certain temps leurs forêts sans se tenir au courant de la gamme complète des espèces et de la diversité génétique qui existent ni de ce qu’il faudrait faire pour que les forêts aient la capacité de se perpétuer sur une longue période de temps. À cet égard, n’oublions pas que la morue du Nord a peut-être déjà atteint le point de non-retour en matière de viabilité de l’espèce.

Le Comité permanent de l’environnement ( 1993, p. 24 ) a recommandé que, pour respecter nos obligations en vertu de la Convention sur la biodiversité, soit définie une stratégie nationale sur la biodiversité, dont un élément serait un inventaire national de la diversité biologique au Canada. Cette action sera entreprise par le gouvernement fédéral, mais elle devrait être mise à exécution en coordination avec les gouvernements provinciaux et territoriaux. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement ( PNUE ) devra prendre de l’ampleur et recevoir les crédits nécessaires pour devenir la principale source internationale de données environnementales, d’évaluation écologique et de production de rapports ; il devrait également être habilité à suivre de près les changements majeurs qui s’imposeraient au niveau des divers États.

Il serait également crucial de protéger les espèces et la biodiversité, les habitats et les écosystèmes. À cet égard, il serait primordial de préserver les écozones ainsi que les régions représentatives. Certes, tant la Convention que le Plan vert préconisent que la superficie des terres protégées au Canada soit

élevée à 12 % de l’ensemble du territoire ( 3 à 4 % actuellement ) ; cela est sans doute encore trop bas. Par ailleurs, il serait bon de protéger autant d’écosystèmes que possible d’ici à l’an 2000 dans la mesure où on ne sait pas grand-chose quant à la superficie et au type de régions qu’il est nécessaire de protéger pour assurer la survie à long terme de bien des espèces.

Près des deux tiers des 177 écorégions identifiées par Environnement Canada bénéficient d’une quelconque forme de protection, mais nombre d’entre elles risquent, malheureusement, d’être trop exiguës pour prévenir la perte de la biodiversité. Par conséquent, nous devrions nous lancer dans une sorte de programme d’action national qui assurerait la protection de la diversité biologique non seulement dans les parcs, les réserves écologiques et les autres espaces protégés, mais aussi dans des zones aménagées et dans les 88 % qui restent du territoire du Canada ( Comité permanent de l’environnement, 1993, p. 27 ). Une transition doit s’opérer pour passer de la foresterie et de l’agriculture industrielles à des formes d’« écoforesterie » et à des méthodes agricoles « organiques » qui constituent les meilleurs moyens de préserver une gamme étendue d’espèces et de diversité biologique.

Les gouvernements fédéral et provinciaux devront élaborer des indicateurs de viabilité qui permettront de surveiller les niveaux de santé écologique de l’environnement. Il nous faut des normes environnementales claires, exécutoires et d’application intégrée aux niveaux fédéral et provincial. L’importance de cette universalité d’approche se précisera à mesure qu’on se dirigera vers une dévolution accrue de la prise de décisions vers les collectivités et les régions.

Viabilité économique — Du point de vue écologique, l’un des aspects les plus négatifs de notre économie actuelle est que nous négligeons son impact sur les écosystèmes naturels. Il est rare que les prix qui ont cours sur le marché tiennent compte des coûts sociaux ou environnementaux que comporte tel produit ou procédé de fabrication. Le Canada devra se hâter d’adopter une forme de comptabilité du coût complet qui intègre dans le prix de revient d’un produit tous les coûts humains et environnementaux.

Par exemple, on pourrait faire valoir que la raison pour laquelle les produits forestiers de MacMillan Bloedel peuvent être

vendus à si bon marché aux États-Unis est qu’ils ne tiennent aucunement compte des coûts immédiats et à long terme de la coupe à blanc pour l’environnement. De même, la transformation de ces produits ne comptabilise pas les coûts sociaux qui résultent de la constante adoption de technologies destinées à réduire la main-d’oeuvre, ni des occasions perdues en termes de nouvelles options économiques et sociales pour la présente génération et pour les générations futures. En effet, si de tels facteurs étaient calculés dans le prix des produits, les biens forestiers dérivés de l’exploitation plus douce des forêts ( l’écoforesterie ) seraient considérablement moins chers. Car s’il en était ainsi, on pourrait utiliser le marché pour encourager la transition vers des formes plus viables de commerce. Des principes analogues de comptabilité du coût entier pourraient également s’appliquer aux produits de l’agriculture et de bien d’autres activités humaines.

Au Canada, nous vivons depuis longtemps bien au-delà de nos moyens économiques et environnementaux. Nous sommes devenus un pays riche parce que nous avons dilapidé notre patrimoine naturel en le convertissant en espèces sonnantes et trébuchantes. En outre, nous avons mis la main sur le patrimoine écologique de plusieurs pays autour du monde — surtout dans le Sud — et ce à leur grand détriment en termes environnementaux et sociaux. Pour parvenir à une société et à une économie viable, les Canadiens devront réduire radicalement leur niveau de consommation de ressources et d’énergie.

Pour respecter l’équité à l’échelle mondiale, le Sud fera valoir que le Canada et les autres pays du Nord devraient réduire l’usage global qu’ils font de l’énergie et des ressources de quelque 80 %, de sorte que cela corresponde à la place qu’ils occupent sur la planète, soit 20 % de la population mondiale. Cela signifie qu’il faudrait produire des biens et des marchandises qui dureront deux fois plus longtemps, tout en utilisant la moitié de l’énergie et des ressources dépensées actuellement pour leur production. Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient offrir des incitatifs ainsi que des capitaux de lancement pour encourager la recherche portant sur des technologies et des méthodes de fabrication plus écologiques. La pollution et les déchets devront être pris en compte dans des méthodes de production, hautement efficaces, de toute démarche intégrale d’utilisation des ressources.

Les Canadiens, confrontés aujourd’hui à un endettement fédéral et provincial massif, doivent se donner autant que possible des modalités d’autosuffisance grâce à la diversification économique et à l’utilisation croissante des ressources renouvelables. Les divers paliers gouvernementaux canadiens devront lier toutes les ententes commerciales qu’ils passeront avec des pays étrangers à des normes sociales et environnementales élevées.

Viabilité sociale — Le Canada ne peut pas espérer atteindre la viabilité s’il n’est pas disposé à s’attaquer à la crise de l’emploi et à ses conséquences économiques et sociales. Les gouvernements, en concertation avec le secteur privé, doivent créer des possibilités d’emploi significatives et viables qui auront des effets bénéfiques sur l’économie, sur la société et sur les systèmes biophysiques. Il faut trouver les moyens de réhabiliter les écosystèmes que nous avons endommagés et d’en tirer toute une gamme de produits et de biens à valeur ajoutée, tout en assurant la protection et l’utilisation délicate des écosystèmes, notamment les forêts. En outre, il nous faudra sérieusement envisager des méthodes de partage des postes de travail ainsi que l’instauration d’une semaine de travail réduite afin de permettre à d’autres de se joindre à la population active, selon des modalités qui permettent non seulement de ne pas handicaper les besoins de consommation mais, possiblement, d’améliorer la qualité de vie de l’ensemble de la société canadienne.

Voilà trop longtemps qu’on a tendance à s’imaginer que la protection de l’environnement est une entrave au bien-être économique. Ordinairement, c’est plutôt le contraire qui a été prouvé. Ce sont les industries soucieuses d’éviter les coûts élevés de l’élimination des déchets qui, le plus souvent, ont pu restructurer leurs procédés de fabrication et qui, par conséquent, ont gagné en efficacité et en rentabilité grâce à d’importantes économies en ce domaine ( Myer, 1992, p. 42 ).

Le Canada doit donner à sa stratégie nationale de viabilité une dimension internationale. Nous devons nous préparer à respecter l’objectif prévu, dans Action 21, d’accorder 0,7 % du PNB à l’aide publique au développement ( APD ) d’ici à l’an 2000 au plus tard. Par conséquent, le Canada doit être disposé à participer aux transferts de données et de technologies qui pourraient aider d’autres

pays, tant dans le Nord que dans le Sud, à atteindre leurs propres formes de viabilité.

Le Canada devrait aussi s’engager à reformuler les politiques de sécurité nationale et internationale. À cet égard, il faut commencer par reconnaître que la sécurité mutuelle dans le monde doit reposer sur le désarmement mondial ainsi que sur des stratégies qui permettent au Sud d’atteindre la viabilité économique et de contribuer à la protection de l’environnement.

La constitution canadienne devrait être modifiée de façon à incorporer ce qui suit :

Nous devons établir clairement nos priorités. La géosphère et la biosphère ont existé pendant des milliards d’années avant que notre espèce ne fasse son apparition : la planète peut très bien se passer de nous, mais non pas le contraire ! Pour assurer leur survie, les Canadiens, de concert avec les autres membres de la grande famille humaine, n’ont d’autre choix que d’adapter leur comportement et leurs institutions aux impératifs de l’« intendance » environnementale et de la viabilité écologique.

Il nous est sans doute possible d’être d’accord avec le Rapport Brundtland en ce qui concerne sa conclusion majeure : il sera extrêmement difficile d’opérer la transition nécessaire pour sauver l’environnement planétaire et pour atteindre la parité entre le Sud et le Nord ; tous ces efforts nécessiteront, par la force des choses, une « volonté politique » sans précédent.

La question est de savoir si nous avons cette volonté.

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Index

abattage

bois d’oeuvre endommagé 38, 77

comptabilisé 38

exploitants indépendants, C.-B. 77

méthodes sélectives 77

petites compagnies, C.-B 77

peuplements anciens, endroits 38

terres privées 38

Accord de libre-échange nordaméricain ( ALENA ) 75

acidification, effets sur l’agriculture canadienne 33

Action 21 108, 109–110, 112, 117

aéroports, agriculture contemporaine et 34

affaires 57–58, 81, 87

âgéisme et écologie 52

agitation sociale 2

agriculteurs 37

agriculture viable 87

approche industrielle 35–36, 90–91

extrants 36

faillites 34

motivation pour une agriculture différente 35–36

traditionnels, essais de nouvelles techniques agricoles 36, 90

agriculture

à petite échelle, besoin en recherche 53, 93

approche systémique 76, 89–91

contemporaine, questions sociales 34

déclin de la population, Canada 90, 92

de subsistance 33

écologique, approche systémique 89, 91

en crise 5, 31–37, 91

intrants 23, 35, 88, 91

méthodes différentes 36, 37, 93

modèle agro–industriel 37

modèle dominant 37

monocultures 32, 35, 39, 93

niveaux de production 88

obstacles gouvernementaux 91

organique 36, 58, 93, 106, 115

pétrole et ressources, consommatrice 32

polyculture 93

ressources consommées 35

restauration 72

spécialisée, traitement chimique, monocultures à grande échelle 91

systémique, agriculture viable 91

tendance au Canada 36, 91

traditionnelle 37, 89, 92

viable 87–92

Agriculture Canada, étude 87, 91

agriculture différente, expériences 36–37, 92–93

agro-écosystèmes 89–90

agro-industrie 85

agrologistes et méthodes agricoles différentes 37

aide publique au développement ( APD ), objectif d’Action 21 117

Alabama 40

Alberta 36

aliments 66

denrée 34–35

emballage 88

aliments ( suite )

guerres commerciales 90

industrie biologique 36, 93

produits biologiques, demandes 36, 74

qualité 89

source ultime 61

transformation 36, 88

alliances, localités tributaires de la foresterie 82–83

Amazonie 24

américanisation, Canada 102, 105

anarchisme politique 50, 91

animistes, croyances 48

anti-écologistes, coalitions « communautaires » 85

antibiotiques, consommation agricole 35–36

antirationaliste, pensée 51, 52, 54, 83

écoféminisme 52

influence sur le mouvement environnemental moderne 48

appauvrissement 12, 17

approvisionnement en eau 77

Arabie saoudite 110

arbres 51, 77

contre emplois 84

diversification 76

fermes 39–40

produits vendus hors de la C.-B. 79

assimilation culturelle, Canada 102, 105

Atlantique, pêches 13, 43

atmosphère 69, 105

attitude, changement 47

économie viable 62, 63, 74

Autochtones 39, 48, 82, 87, 96, 113

autosuffisance régionale, stratégie de développement 72, 95

 

Bacon, Francis 24

Bailey, S. 60

Banque mondiale 10

barrières commerciales, réduction 78

Berlin, I. 49

besoins humains vitaux 62, 64, 68

besoins sociaux 65

Bidwell, O. 37

biocentrique, égalité 52

biodiversité 61, 72

Convention 104, 107, 108

restauration 72

traité 27

biosphère 12, 13,

grands changements 114

l’humanité n’est plus au centre 68, 104, 118

biotechnologie 25, 27, 91

biotiques, sous-systèmes 40, 60, 61

Blair, J. 89

blé, prix 35

bois d’oeuvre

de deuxième venue 39

droits 77–78

endommagé 38

extraction 77

peuplements vieux 38, 39

production, gamme de valeurs 82–83

recettes 80–81

valeur ajoutée 44, 79

Bookchin, Murray 52, 53

Bouchard, Lucien 105

Boutros-Ghali, Boutros 1

brevets, Convention sur la biodiversité 107

Brown, L.R. 34

Brundtland, Commission 57, Voir aussi Commission mondiale de l’environnement et du développement ( CMED )

Brundtland, Gro Harlem 9

Brundtland, Rapport 4, 9, 15, 16, 18, 118, Voir aussi Notre avenir à tous

développement durable 67, 68, 85–87

document politique 67

effets sur les Nations Unies 106

réaction du gouvernement canadien 28, 105

réponse communautaire 83

bûcherons, groupes d’intérêt divergents 39, 85

Burton, T.L. 25

Bush, George 26, 107

 

Canada

balance commerciale nette 78

conservatisme organique 101

conventions internationales 111

crise agricole 90

défis pour de nouvelles initiatives 95, 111

Europe et le 52, 99

fardeau de la dette 73

gouvernement 18

groupes pro-Canada 100

identité 99

institutions, mélange conservatisme et radicalisme 103

libéral, programme néoconservateur 104–105

Pacifique 43, 99

population agricole en déclin 90, 92

programme économique néoconservateur 104–105

signataires de 107, 112

stratégie économique– environnementale 74

stratégie en biodiversité 72

terres protégées 114

valeurs, érosion 75, 105

Canadiens, auto-perception 102–103

capital 75

biophysique 41, 65

écologique 40

emprunté 32

environnemental 57

financier 44, 116

intrants, agriculture canadienne 35

mondialisation 75

« naturel » 72

capital planétaire, difficultés 74–75

capitalisme

États-Unis, empire en déclin 100

industriel 101

laisser-faire 101

vision expansionniste du monde 40

Capra, F. 9

carburant

consommation agricole 35

coût 35

Énoncé des principes sur les forêts 108, 109

cartésienne, vision 24

Cassirer, E. 49

Celtes, croyances animistes des 48

centralisation 95

dichotomie 97

libéralisme et 95, 102

opposition accrue, provinces régions 96

politique et économique 84

CFC Voir chlorofluorocarbones

Charte canadienne des droits et libertés 96, 118

Charte de la Terre 109

Charte mondiale de la nature 112

Charte universelle des droits environnementaux 118

chimiques, produits 36, 37

agriculture traditionnelle 90, 92

engrais 32

fermes 33

intrants 35, 36, 88

production alimentaire 32, 36

société moderne et 24

Chine 4, 48

Chiras, D.D. 109

chlorofluorocarbones 13

Cholette, K. 87

chômage 12, 85

Clayoquot Sound 24, 84

climat 60

changement planétaire 76–77

Convention sur le réchauffement de la planète 107–108

Clow, M.J.L. 12, 13

coalitions

anti-environnementalistes 85

collectivités tributaires des forêts 82

Tin Wis 87

collectivités

agricoles 77

besoins socio-économiques 92

canadiennes 103

coalitions anti-environnementalistes 85

communalisme et 23, 52, 55, 96

consensus essentiels 80

de survivance 87

fermes, conditions sociales et économiques 89, 91

gens sur place 75

habilitation 77

prise de décisions 61, 66, 72, 76

rurales 36, 76, 77

tributaires des forêts en Colombie-Britannique 76

viables 86–87

Colombie-Britannique

dette agricole 34

foresterie, une industrie en crise 37–40, 43, 111

forêts 14, 76

gouvernement 60, 84

pensée économique conventionnelle 77

stratégie d’utilisation des terres 77

Table ronde sur l’environnement et l’économie 86

terres sacrifiées à l’urbanisation 35

travailleurs forestiers 76

vallée Fraser, réserves de terres agricoles 93

colonialisme 100, 104

colza, huile 33

combustibles fossiles 3, 23, 32, 44

Comité permanent de l’environnement, recommandation, Canada 114–115

Comité permanent du Sénat sur l’agriculture, les pêches et les forêts, rapport Nos sols dégradés. Le Canada compromet son avenir 33

commerce

balance nette, Canada 78

étranger, Canada 99–100

excédentaire 31

normes sociales et environnementales 74

politiques 74

tendances, Canada 99–100

Commission mondiale de l’environnement et du développement ( CMED ) 4, 7, 12–16, 66, Voir aussi Brundtland, Commission

communalisante, société 55, 96

communalisme 23, 52

communes environnementales, ressources 23

communes, tragédie 21

compaction, effets sur l’agriculture canadienne 33

compagnies forestières, groupes d’intérêt divergents 39

compétition, industrie forestière internationale et de la C.-B. 78–80

comportement, changement économie viable 62, 63, 74

Conférence de Stockholm 8, 16, 106

Conférence de Toronto, sur le changement atmosphérique 105

Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement ( CNUED ) 8, 106–111, Voir aussi Sommet de la Terre

connaissance

nouveau paradigme environnemental 55, 58

paradigme social dominant 54, 55

Conseil canadien des ministres des ressources et de l’environnement 28

Conseil des Canadiens, inquiétudes 100

Conseil des sciences du Canada 31, 34, 35, 85

consensus

approches nécessaires 104

communautaire 81–82

Énoncé des principes sur les forêts 108, 109

consensus ( suite )

négociation 84

conservation 51

à contre-courant « gestion vertueuse » 50–51

agriculture viable et 87

environnementale 33, 61–62

éthique conservatrice 103

gestion judicieuse 27, 51, 61, 75

conservation des sols 31, 75–76, 87–88

conservatisme 101, 103

éthique de la conservation 50

consommation 7, 8, 13, 17, 67

besoin de réduire 64

énergie et ressources 17, 46

énergie, mondiale 15, 116

pays en développement 74

ressources écologiques 41

société axée sur 64, 67

viabilité sociale 36, 61, 62

Constitution canadienne 118

contamination

au-delà des fermes 88

eaux de surface et eaux souterraines 33

continentalisme 101

Canada et États-Unis 99

contrôle étranger, industrie forestière, C.-B. 78–79

conventions

Action 21 108, 110

biodiversité 107

charte mondiale de la nature 112

réchauffement de la planète 107, 108

copernicienne, révolution 104

Corée du Sud 4

Corry, J.A. 95, 96

Cotgrove, S. 54

couche d’ozone 73, 105

coupe à blanc, méthodes « dures » 77

cours d’eau, et utilisation des produits chimiques 33

coûts 61

coupe forestière 116

distribution 65, 86

responsabilité 61, 115–116

traitement de l’eau et dragage 33

crédits d’impôts, incitatifs financiers pour les agriculteurs organiques 93

cris, Indiens 106

crise 74

agriculture en 90

économique 74

environnementale 16, 19, 43, 74

financière, communautés agricoles du Canada 34

pauvreté endémique 12

secteur forestier de la C.-B. 38

croissance 59

éthique 74

géographique 22–23

modèle non viable 62, 74

non entravée 72

poursuite aveugle 74

redéfinition 62, 64, 71

soutenue 75

croissance économique 8, 10, 15, 62–63

effet de la dette fédérale 73

limites 62–63

modèle dominant 9, 37

viable 74

culture excessive, effets 34

culturelle, crise 2, 18, 19

Canada 100–101

culturels, besoins 64

cultures humaines

canadienne et américaine semblables 100

épanouissement 68

 

Dag Hammarskjöld, Fondation 59

Dalby, S. 104

Daly, Herman 45

Darling, C.R. 84

décentralisation 66, 84

contrôle local et 72, 75, 95

problème 96

déchets 117

économie viable et 62, 63

matière 42–43

déchets ( suite )

produits dérivés, absorption 64, 72

déchets produits 41

décideurs, Canada 98, 105

Déclaration sur l’environnement et le développement 108, 109

déficits 72

DeFries, R.S. 95

dégradation des sols 36

dégradation environnementale 2, 3, 10, 17, 34, 36, 46

critiques de groupes environnementaux 75

tendance agricole 36, 91

un changement s’impose 67–68

démocratie 22, 95–96

démographique

croissance 10, 11, 16

poussée inertielle 16

viabilité 71

désastre environnemental 74, 106

désertification 24

Devall, B. 51, 52, 69

développement 9, 18

concept 4, 59

conservation et 27–28

course au 21–26

croissance matérielle et 55, 74

économie viable et 62, 67, 68, 74

formes non viables 45–46

nord du Canada 18

pertes de terres arabes 91

politiques 86, 99–100

projets, dans une société canadienne viable 72

qualitatif 42–43

stratégies 99

transition 71, 74–75

voies 7

développement durable 4, 7, 9, 12–16, 41

concept flou 56, 59

concepts clés nécessaires 42–43

contrôle de la population 64, 68

engagement, Canada 74–75

et croissance soutenue 40, 71, 75

expression détournée 29

Groupe de travail, Clayoquot Sound 84

principes 59

principes juridiques 108

questions politiques 68

Rapport Brundtland 66, 67, 68, 83, 85

rhétorique 105

société organique 103

stratégies 18

développement économique 9, 62

Sud 67

viable 62–63

développement social, et viabilité physique 85

développement urbain, et agriculture contemporaine 33–34

dioxyde de carbone, émissions 107–109

discrimination, et société canadienne 97

distribution 36, 65

activités secondaires 36

alimentaire, pratiques 88

diversification 80

économique 63, 74

diversité biologique 60

action nationale, Canada 115

préservation 82, 83

sauvegarde, gènes espèces et écosystèmes 60–61

diversité biosphérique 72

dogme, et écoféminisme 52

dominant, modèle agricole 37

dominant, paradigme social 55

Dover, M. 88, 90

dragage, coûts 33

dragons et tigres 3

Drengson, A. 32, 34, 35, 90

droits

Charte canadienne des droits et libertés 96, 118

collectifs 96

individuels 96

droits ( suite )

Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels 118

propriété intellectuelle 107

droits de propriété intellectuelle 107

droits humains 96, 103

Canadiens 97

normes respectueuses 100

protection du gouvernement fédéral 97, 98

dualisme, vision écologique mondiale 47, 49, 51, 54, 60

Duff, A. 54

Dunster, J. 81

 

eau

conservation 85

contamination de surface et souterraine 33

débit de régulation 60

entreposage, production de l’énergie 44

et consommation agricole 35

gestion judicieuse 28–29

nettoyage 60

pollution 23

qualité 75–76

traitement, coûts 33

écocentrisme 68, 69

écoféminisme 52

écoforesterie 116

écologie 12

domination humaine et 52, 53

planétaire 60

politiques des « verts » et 52, 68

science subversive 47

sociale 53

écologie sociale 53

modèle de Bookchin 52, 53

perspective sur formes de domination humaine 52, 53

vision écologique 45, 60

écologique, vision 9

buts à long terme 67

catégories traditionnelles 84

éléments écologiques 60

émergence 54

facteurs d’accélération 74–75

force 55–56

image symétrique 54–56

mouvement de conservation et 50

mouvement environnemental moderne et 48

politique des « verts » et 52, 53, 68

théorie générale des systèmes et 53

tradition non dualiste et 48, 51

vision mondiale expansionniste et 57–58

écologiques, processus 38–39, 46, 60

écologiques, ressources 41

écologiques, systèmes 45–46, 89, 92–93

écologistes radicaux 9, 52, 69

économie 12, 55, 62 68

agricole 33

diversification, un besoin au Canada 74

diversifiée et autosuffisante 80, 95

locale, industrie forestière 75, 81

« made in Canada » 100

mondialisation 75

nouveau paradigme environnemental 55, 58, 68

paradigme social dominant 54, 55

priorités, restructuration en profondeur 46, 80, 118

production articulée sur « capital » naturel 41

viable 62–64, 68, 74

vision expansionniste 40, 74

économie mondiale 2, 3

dominée par le marché 71

triade : déficit, dette inflation continue 71

économie politique, Canada, but national 99–100

économies industrielles 16

écosphère 41, 52

écosystèmes 37, 41, 46, 47, 60

activité économique, limites 63, 64

comportement autoamplificateur 45

conservation, diversité biologique 60, 61

dégradation 2, 36, 60

facteurs autolimitatifs 45

forestiers 75, 76

optimiser capacité d’adaptation 76

« rétroaction négative » 40, 45, 111

« rétroaction positive » 41, 45, 46, 71

société 60

systèmes économiques en collision 41

éducation 66, 86

Edwards, C. 89

effet de serre 24, 109

effluents organochlorés 40

égalitarisme 52, 55

égalité sociale, théories 55

éléments toxiques 88

Ellul, Jacques 101

Emerson, R. W. 50

Emery, C. 85

émotions, rationalisme contre romantisme 49, 102

emplois 76

création 72

industrie forestière 37, 79

inquiétudes des électeurs, élection fédérale de 1993 85

opposés aux arbres 84

partage 117

pertes 38

endettement 36

Action 21 110

agricole 34

agriculture contemporaine 34

économie planétaire 71–72

étranger 73

fardeau, économie canadienne 72, 73

fédéral 17, 18

financier, hausse 117

provincial et fédéral 117

tendances agricoles 90

endroits sauvages et abattage de bois 76

énergie 15

Action 21 108

agriculture viable 87

besoins essentiels 66

consommation 17

exportations, Canada 74

extrants 36

flux à travers système de société 38–39

intrants 35, 36, 88

nouveaux programmes 111

ressources renouvelables 42, 63

ressources, société viable 43

sans limites 23

secteur, Canada 111–112

solaire 46

sources 24

engrais 32, 91

environnement

auteurs 68

Comité permanent 114

Conférence de Stockholm 106

Constitution canadienne 118

croissance, industrie des aliments « organiques » 36

dégradation cumulative 46

destruction 3, 72

détérioration 67

développement, lien 12

documents internationaux, participation du Canada 108, 111

effets des produits chimiques 36

groupes nord-américains, critiques 75

intendance 91, 93, 118

législation 84

possibilités, restauration et protection 68, 72

problèmes 56

programmes, effets de la dette fédérale 73

qualité 51, 66

environnement ( suite )

questions politiques 68, 85

restauration 17, 72

sensibilité accrue 103–104

sondages d’opinion, Canada 105

viabilité 58, 59, 60, 62

viabilité sociale 36, 61, 62

viable 57, 60

Environnement Canada 33, 35, 39, 105, 115

environnementalistes 74

Coalition Tin Wis 87

couche d’ozone 73, 105

forêts, C.-B. 76, 82

Groupe de travail pour le développement durable à Clayoquot Sound 84

groupes d’intérêt divers 39, 66, 85

Plan vert 105, 114

position de faiblesse chronique 85

urbains 85

équité 57, 65, 85

mondiale 116

société organique 95

équité sociale 16, 57

érosion des sols 33, 88, 91

Escarpement du Niagara, réserves des terres agricoles 93

espèces 46

aliments et habitat 60

animales 87–88

« avenir commun » pour tous 67–68, 95

biologique 60

diversité 46, 60, 61

en danger 107

extinction 46, 61

flore et faune 77

limite de la Terre 43

maintien de la diversité 61, 76

santé et survie des 61, 85

tributaires des forêts 39, 76

état entropique 41, 46

état sauvage

et groupes environnementaux 85

étalon de la société humaine 51

lieux récréatifs et abattage 76

préservation 77

États-Unis

Action 21 110

brevets en biotechnologie 27

compagnies parentes, investissement de l’industrie forestière 79

cultures canadienne et américaine, semblables 100

économie en déclin 100

emplois, industrie du bois d’oeuvre 38

facteur dans la position géographique du Canada et des échanges commerciaux 99

niveaux d’émissions 108

vente de gaz naturel aux 25

êtres humains 68

activité, limites écologiques 62

bien-être 86–87

capacité de tolérance-limite 43

compréhension de la nature 91

domination 52, 53

effets des activités associées avec la perspective expansionniste du monde 45–46

épanouissement 68

interférence dans le monde non humain 51, 68

pas le droit de réduire la diversité des êtres vivants 68

pensée antirationaliste et romantique 48, 52, 54, 83

progrès 101

rapports avec le monde naturel 45, 51–52

santé et survivance 66

sociétés et environnement plané- taire, liens 67–68

systèmes 61, 64

valeur intrinsèque 49, 51, 52, 61, 68, 84

vision écologique mondiale 45, 55, 60

vision étroite attaquée 25

Europe

niveaux d’émissions 107–108

Europe ( suite )

politiques des « verts » 52

signification économique et politique 99

Europe de l’Est, éthique capitaliste 26

Evernden 47

exploitants indépendants, bois d’oeuvre, C.-B. 77

exploitation 62

débridée 104

injustifiée 62

pétrolière 106

ressources extraterrestres 23

ressources naturelles 47, 55

viable 27–28, 62

exportation 64, 74, 79

récoltes, dépendance 32

ressource unique 79–80

extinction écologique 46

extrants

énergie 36

hausse, production agricole 36

prix 36

société du « jetable » 41

société écologique 42

 

faillites agricoles 34

famine 23

faune

besoins 76–77

Convention sur la biodiversité 109

gestion judicieuse 27

habitats 33, 60

femmes, domination des 52

ferme familiale 34, 36

fermes

canadiennes 35–36

dettes 36

dimensions accrues, Prairies 36–37

gestion 87–88

prix des denrées 36

foresterie

à petite échelle 81

approche écoforestière 76, 116

approche industrielle 78

collectivités locales 75, 77

Comité sénatorial permanent de l’agriculture des pêches et des forêts 33

crise 5

deux approches 78

différente 76, 77

emplois 76, 79

en Colombie-Britannique, une industrie en crise 37–40

établie dans la collectivité 81

« exploiter . . . tout en « dialoguant » 84

non viable, environnement 39

non viable, société 39

pratiques courantes 74

provinces, réglementation environnementale 85

ressources, utilisation multiple 65

restauration 72

« zonage » 77

foresterie communautaire 75–87

définition 79–80

points pour 79–80

foresterie viable 89

Action 21 110

foresterie communautaire 75–87

stratégie 76–77

forêts

besoins de 75

collectivités 76, 77

Colombie-Britannique 14, 76

conseils communautaires 75–76, 95

écosystèmes 61, 75–76

employés, C.-B. 78–79

Énoncé des principes sur les forêts 108, 109

gestion 75, 76

gestion judicieuse 27, 83

liquidation, Canada 14

peuplement ancien 38, 39, 79, 95

position diversifiée 39, 85

pratiques, Colombie- Britannique 39

« produit » naturel 37

produits 40, 78–79

ressources 77

forêts ( suite )

tempérées, Canada 76

utilisation autre que le bois d’oeuvre 72

valeurs 76

Forêts Canada 37

forêts pluviales 24, 39

Fourier, Charles 53

Fox, M. 52

Fraser, réserve de terres agricole 93

Frye, Northrop 103

 

G7 Voir Groupe des Sept ( G7 ) Gaïa 53

Gardner, J. 16

gaspillage, société industrielle 51

Gayton, D. 31

gaz, production des aliments tributaire 36

générations, équité sociale 86–87

générations futures 41, 60, 63, 66

intendance des terres 93

modèle économique expansionniste 41

Rapport Brundtland 66, 68

ressources non renouvelables 45, 63

génétique

diversité 33, 60

gènes, maintien de la diversité biologique 60

potentiel 88

géopolitique, juridiction fédérale et collectivités canadiennes 98

Géorgie, pratiques forestières 40

géosphère 11, 12

gestion environnementale 65, 75

Gever, J. 36

Goldsmith, E. 47

gouvernement 37

agriculture viable, niveau de connaissance 91–92

aide aux agriculteurs 34

besoin d’appui agricole 90–91

C.-B. et industrie forestière 78–79, 82

comptes nationaux, poste

« économie–écologie » 114

développement durable 56–58

fédéral 73, 87, 90, 92

géopolitique 98

gestion de l’environnement 62

industrie, produits chimiques, influences 92–93

local, consensus communautaire 75, 82

objectif de rendement soutenu, abattage, Colombie- Britannique 37–39

obstacles à l’agriculture 91

politiques, et agriculture contemporaine 32–35, 91

Québec, développement non durable 106

restructuration d’industries à base de ressources, fédérale et provinciale 92

gouvernement Chrétien, programme des hélicoptères et projet Hibernia 106

gouvernement Clinton 27, 99, 107

gouvernement Mulroney 73, 102

Grande Baleine, projet d’Hydro-Québec 106

Grant, George 101, 102

Groupe des Sept ( G7 ) 1, 8

groupes de travail

Conseil canadien des ministres des ressources et de l’environnement ( 1987 ) 78

Groupe de travail sur le développement durable de Clayoquot Sound 84

rapport du Groupe de travail du gouvernement fédéral 105

guerres commerciales 90

 

habilitation communautaire 77

habitation 66–68, 86–87

habitats 60, 63

fauniques 33, 76, 81, 88

Hall, J. 104, 106

halons, interdits par le gouvernement de l’Ontario 73

Hammond, Herb 38, 76, 77

Hanson, Arthur 104, 106

Hardin, Garett 21

hassidisme, tradition mystique 48

Hazelton, Cadre structurel de 80

Head, Ivan L. 2

Hegel 48

hélicoptères, projet anti-sous-marin HE-101 106

herbicides 33–35

Hibernia, projet pétrolier 106

hiérarchie 52

des besoins 64, 65, 67

systémique dans l’univers 51

Hildegard de Bingen, mystique chrétienne 48

Hong Kong 4

Hopewood, D. 78

hormones, consommation agricole 34–35

Howlett, M. 18

humides, terres 34–35

Hydro-Québec 106

hydrosphère 69

 

identité canadienne 99

Île de Vancouver 85

Île de Cortes, Comité des forêts 83

impact environnemental 61, 63

impératifs socio-écologiques, effets sur le secteur économique 74

impôts 73

Inde 8, 48, 109

individualisme égocentrique 52

Indonésie 4

industrie

produits chimiques influences sur le gouvernement 91–93

crise, foresterie en C.-B. 37–40

pâtes et papiers, C.-B. 40

recherche, production alimentaire 36–37

ressources, restructuration 80

seul secteur industriel 39

industrie forestière 37, 81

critiques 76

enquête des caisses de crédit de la C.-B. 78

influence politique 78

intérêts économiques 77–78

investissements 80, 91

représentants, Groupe de travail sur le développement durable de Clayoquot Sound 84

inflation, économie planétaire 71–72

iniquité sociale 17

instincts, rationalisme et romantisme 49

Institut international développement viable 106

« interrelation », interactivité 47, 53, 69, 89

intrants 35, 92

agriculture viable 88

énergie 35–36

produits chimiques 36, 37

société du « jetable » 42

société écologique 43

intuition, Thoreau et Emerson 50

investissements

économie locale 80

industrie forestière 79–80

rendement, agriculteurs 91

investissements étrangers 73, 80

Iraq 23

irrigation, effets sur l’agriculture canadienne 33

isolationnisme, Canada et États-Unis 99

 

Johnson, Samuel 71, 74

jungles urbaines 67

justice sociale 57, 65, 66, 85

 

King, Mackenzie 101

Koweït 110

Kropotkin, Peter 53

 

Lac Meech, débat 96

Laszlo, E. 54

Laurier, Wilfrid 101

Lay, G. 80

Leopold, Aldo 50

libéralisme 101

classique 102

procédurier 95

libre marché 59

systèmes économiques 71

utilisation des terres 93

libre-échange 59

lieux récréatifs 76

lithosphère 69

« localisme » 95, 98

Locke, John 22, 50, 104

Loomis, R. 81

Lovelock, James 53

 

M’Gonigle, R.M. 77, 81

Mabbutt, R. 65

machines 36

MacMillan Bloedel 79, 115

MacNeill, J. 3, 9

Mahood, C. 34

main-d’oeuvre 38, 91, 93

besoins essentiels 66–67

industrie du bois d’oeuvre de la C.-B. 37–38, 78–79

problèmes 85–86

viabilité sociale 61, 62

Maître Eckhart, mystique chrétien 48

maladies 88

Malaisie 4, 109

maldéveloppement 18

malnutrition 23

Malone, T.F. 95

Manitoba, dimension accrue des fermes 36

marchés 71

Marx, Karl 26

Maslow, A. 64, 65, 67

matérialisme, standard de vie 68–69

matière 49, 61

dans une société du « jetable » 41

dans une société viable 42–43

matières premières

exportations, Canada 74

source ultime 61

utilisation et déchets 61

mauvaises herbes, agriculture viable 90

mécanisation, compagnies forestière de la C.-B. 38, 39

méthane, émissions 108–109

Mexique, libre-échange 33

Milbrath, L. 25

militarisme, et écologie 52–53

Miller, G. T. 42–43

modernité

Américains et Canadiens 100–101

écologie sociale 53

tradition socialiste 53

modes de vie 97, 100

monocultures 39

morale 2, 46, 51

Morris, William, décentralisme politique et égalitarisme 53

morue, stocks 114

mouvement environnemental 48

intérêts du statu quo 85, 91

multiculturalisme 102

Myer, S. 117

mysticisme, influence sur le mouvement environnemental moderne 48

 

Naess, Arne 52, 69

nature 55

caractère sacré 77

célébrée par les romantiques 49

Charte de la Terre 109

communion, Thoreau et Emerson 50

domination 52, 53

éloignement 67

nouveau paradigme de l’environnement 55, 58

paradigme social dominant 54, 55

« produit » de la 57

reconnue dans des méthodes d’abattage 76

valeur intrinsèque 49, 51, 52, 61, 68, 77, 84

négociation par consensus, Clayoquot Sound 84

néocolonialisme 16, 104

néoconservateurs 102

newtonienne, vision 48, 51

Nikiforuk, A. 34

non-anthropomorphisme 68

Nord 67

compromis du Rapport Brundtland 67

transfert, données et technologies 117

Sommet de la Terre de Rio, représentants 55, 57

nordique, société, croyances animistes 48

normes 74, Voir aussi normes environnementales

pollution 3

sociales 75, 116

normes environnementales 78, 115

ententes commerciales 116

fédérales et provinciales 92

moins rigoureuses, pays en développement 74

régionales 85

Notre avenir à tous 4, 7, 9, 12–14, 68, Voir aussi Brundtland, Rapport

nouvelle vision du monde 56, 57–58

Nouvelle-Zélande 38

nutriments 34, 43, 60, 90

 

Ontario 73, 74

Ophuls, William 22, 23

opinion publique 95

ordre mondial socio-économique– environnemental 60, 99–100

ordre socio-économique et environnemental de la planète 60

organismes non gouvernementaux ( ONG ) 57

 

Pacifique

bassin asiatique 3

portée économique et politique 99

ressources halieutiques 43

Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels 118

panacée technologique 23

papier journal recyclé 40

paradigme

autres options environnementales 55–56

de croissance soutenue 12, 71, 74

environnemental nouveau 54–55, 58, 68

expansionniste 28, 58, 75

social 56

social dominant 55

paradigmes sociaux opposés 55

parcs industriels, agriculture contemporaine 33–34

Parr, J.F. 89

pâtes et papier, industrie, C.-B. 40

patriarcat, perspective écoféministe 52

patrimoine de ressources 57, 62, 66

patriotisme, conservatisme organique canadien 101

pays en développement 80

Énoncé des principes sur les forêts 108, 109

environnementalistes 85

expansion de la population 74, 107

investissement 80

question de survivance 67–68

Pearse, D. 57

pêche, Atlantique 13, 43

pêche récréative, pertes 33–34

Penner, T.E. 34

Pépin, Jean-Luc 25

pesticides 32, 33–34

pétrochimiques, consommation agricole de produits 35, 36

pétrole, agriculture consommatrice 32

peuplements anciens 38, 39, 95

pharmaceutiques, consommation agricole de produits 36

Philips, B. 80

photosynthèse 13, 14, 46

Pinchot, Gifford 27, 50, 51, 83

Plan vert 105, 114

planète 68

écosystèmes 61

éléments abiotiques et biotiques 60

problèmes critiques 104

planification centrale, systèmes économiques 40–41

planification financière, court terme 93

planning familial 66

plantes

Convention sur la biodiversité 109

vulnérabilité 32

pluies acides 24

pluralisme 85, 102

politiciens 74

politiques économiques 5, 18, 75

politiques, théoriciens 22

politiques vertes, Europe et Amérique du Nord 52

pollution 41

absorption 72

déchets 41, 63, 64

environnementale 16

jungles urbaines 67

lutte 42–43

mondiale 10

normes 79

pays en développement 108

pollution de l’air 23

polycultures, recherches nécessaires 93

population 64, 68

agricole, baisse au Canada 90, 92

capacité limite 63

contrôle 64, 68

croissance 2, 7, 10, 14, 61

explosion 16, 61, 67

locale 72, 85

mondiale 10, 11, 61

Port Alberni 79

pouvoir politique 66

décentralisation 66, 84, 95, 96

Prairies 33–34

prédateurs 88, 93

préjugés 47

préservation

peuplements anciens 79

régions sauvages 76–77

types de régions à protéger 115

President’s Council on Sustainable Development 27

Prigogine, I. 53

Prince, Michael 66, 67, 87

prise de décisions, participation locale 66, 72, 75, 76, 80, 85, 89, 95

prises de contrôle étrangères, grosses entreprises canadiennes 73

prix

denrées 36

intrants agricoles 35–36

produits agricoles, baisse 35–36

prix des grains 34

processus naturels

agriculture viable 87

gestion des forêts 75, 76

irréversibilité thermodynamique 60

production

articulée sur le « capital » naturel 41

biologique 41

coûts 61, 115

industrielle 3, 15, 16

participation locale 72, 76, 80, 89, 95

tendances, non viables 36

production alimentaire

approche mécanique 32

expansion 36

influences des politiques 34–35

principes de l’agriculture viable 87–89

tributaire du pétrole et du gaz naturel 36

production primaire nette ( PPN ) 14

productivité des sols 32, 91

produit

« capital » écologique et 40

écologique 74

naturel 38

produit intérieur brut ( PIB ) foresterie, C.-B. 38

produit national ajusté ( PNA ), nouveaux indicateurs 114

produit national brut ( PNB ) 12, 15, 41

Action 21 110

nouveaux indicateurs 114

mondial 107

produits chimiques 32, 36, 37, 92

Produits forestiers Noranda 79

profitabilité, économique, industrie forestière 37

profits 81, 86

profits, Convention sur la biodiversité 109

programme

économique néoconservateur 104

libéral, néoconservateur 104

social et écologique, Canada 113

« poursuivre l’exploitation . . . dialoguant » 84

Programme des Nations Unies sur l’environnement ( PNUE ) 114

programmes sociaux 73

progrès 24, 25, 101–102

âge du 101, 102

conservatisme organique canadien 101

pensée rationaliste 83

redéfinition 64, 101

propriété, valeurs lockéennes 50

protection des sols 77

protection environnementale 9, 17, 68, 86

bien-être humain 86–87

Canadiens 85–86

économie viable 62, 68

gouvernement fédéral 87, 92, 105

Sud 67

protectionnisme canadien 99

protectionnisme étranger 33

Protocole de Montréal 74

puits de carbone 77

 

qualité de l’air 76

qualité de vie 63, 64, 66, 68

améliorée 63, 67

conservatisme organique canadien 101

développement et 63

viabilité sociale 36, 61, 62

Québec 96, 99, 100

 

racisme, et écologie 52

Raphael, R. 81

rapport du Groupe de travail, gouvernement fédéral 105

rareté, des ressources 23

rationalisme 48, 51

intégration du Canada au 102

réalisation de soi 52, 64, 65

récession 38

recettes

bois d’oeuvre 81

gouvernement fédéral, pouvoir de dépenser 98

nature récréative 81

surplus, industrie forestière 80–81

tourisme 81

réchauffement de la planète, Convention 108

récoltes

abandon des rotations 35–36

déclin de la productivité 32

modèles culturaux et ressources de la terre 88

rendements 33–34, 89–90, 92–93

recyclage 60

réductionnisme 47, 53

Rees, William 14, 28, 42, 44

Reganold, J. 32

régions pauvres 2, 67–68, 107

et régions riches 65–66

réglementation environnementale 85

ressources 21

abondance 22, 23

accès 85

activités 82–83

biologiques 87–88

biophysiques 73

consommation 16, 64, 67

contrôlées localement 72, 74, 76

ressources ( suite )

différends Nord–Sud 109

économie viable 62

épuisement 2

exploitation 62

génétiques 61, 88

gestion prudente 62, 75

perspectives des valeurs 61

physiques 63

rareté 23

renouvelables 63

surexploitation 41, 62, 77

ressources financières, participation du public 66

besoins halieutiques, faune 76–77

ressources naturelles

exploitation injustifiée 62

gestion scientifique vertueuse 51

politiques et pratiques du Canada 47, 91

rareté 23

richesse réinvestie dans la préservation 44

solutions de rechange 76, 85

ressources non renouvelables

besoins des générations à prévoir 41, 60, 63, 66

consommation 17

ressources renouvelables 41, 63

méthodes agricoles différentes 115

utilisation conforme à une viabilité à long terme 60, 65

revenus

agriculture viable 90

besoins essentiels 66

révolution industrielle, avances technologiques 24

riches

modèle de production et de consommation non viable 107

nations et dégradation de l’environnement 113

pays, et pays pauvres 2, 66, 67

richesse 67, 68, 104

Rio, Déclaration de 8, 108, 112, Voir aussi Déclaration sur l’environnement et le développement

rivières, et utilisation des produits chimiques 33

Robinson, J. 66

Robinson, Paul 91

Roche, Douglas 2, 107, 109

romantisme, pensée anti-rationaliste et romantique 49, 102

Roseland, M. 16

Rusk, J. 8, 9, 26

 

salaires 74

salification, effets sur l’agriculture canadienne 33

Salleh, A.K. 52

salubrité, approvisionnement en eau, besoins essentiels 66–67

santé 66, 75, 85

besoin d’indicateurs pour surveiller la santé de l’environnement 115

de Gaïa 53, 54

de l’environnement 90

humaine 66, 93

santé humaine 66, 93

Saskatchewan 36

science

effets universalisants 100

subversive, écologie 47

union avec la technologie 24

science économique

axée sur la croissance 59

économie de marché intégrale 9

pensée traditionnelle, Colombie- Britannique 77–78

problèmes 85–86

théoriciens 22

théorie standard 83

science mécaniste 48, 51, 53

secteur des pêches, stock de morue du Nord canadien 114

secteur privé, et collaboration du privé, Canada 74

secteur public, et collaboration avec le secteur privé, Canada 66, 74

sécurité 36, 55

alimentaire 33, 66, 95

sécurité ( suite )

besoins 64, 65, 66

notions traditionnelles, besoins de réévaluation 106

politiques, reformulation 68, 119

sécurité alimentaire 33, 66, 95

semences 35

Sessions, G. 51, 52, 69

sexisme, et écologie 52

Shaw, Bernard 100

Shiva, V. 18

Sierra Club 39, 50, 75

Sifton, Clifford, « conservation à gestion judicieuse » 27–28

Singapore 3

Smith, Adam 22, 26

Smith, Goldwin 101

socialisme, et écoféminisme 52

socialistes, et vision expansionniste du monde 26

société

canadienne viable, transition 57, 71

de conservation 23, 66, 105

« du jetable » 41

écosystèmes et 60

occidentale 52, 56

organique 95–118

paradigme environnemental différent 54, 55, 58, 68

paradigme social dominant 54, 55

viable 57

Société Valhalla, collectivités forestières 75–76

sociétés, industrie forestière de la C.-B. et 77–79

sociétés transnationales 75, 104

soins de santé 66

sol arable, effets des produits chimiques 57, 91

sols 41, 66

agricoles, « produit » naturel 41

agriculture viable 87–88

effets des produits chimiques 36

formation et régénération 60, 90

gestion judicieuse 27

pertes 42–44

préservation 114

rapport canadien sur la baisse de la qualité 33

utilisation viable assurée à long terme 63

solutions vertes 52, 74

Sommet de la Terre 1, 16, 26, 28, 57, 106, 110, Voir aussi Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement ( CNUED ) sondages d’opinion, Canadiens, environnement 105

soufisme, tradition mystique 48

sous-développement 18

sous-systèmes abiotiques 40, 60, 61

spiritualité 48–49

stabilité économique 76, 77, 80

stabilité sociale, besoins du public 76

statu quo 85

écrivains transcendantalistes 50

foresterie, C.-B. 37

intérêts et le mouvement environnemental 91

non viable 37

non viable en agriculture 36–67

traditions antirationalistes et romantiques 48, 54, 84

Stengers, I. 53

Stinner, B. 89

Stratégie nationale sur la biodiversité 114

Strong, Maurice F. 9, 57, 106

structures politiques, remise en cause 68, 85

structures socio-économiques 12, 42, 59, 85

structures sociopolitiques 46, 68

subventions, soutien 35, 90

Sud 67

dialogue avec le Nord 19

données et transfert technologique 117

émergence d’un ordre socioéconomique–environnemental du monde 99

Sud ( suite )

expansion de la population 107

nations en développement, et environnementalistes 85–86

Rapport Brundtland, compromis 67

Suisse 38

surabondance 4, 13

surnaturelle et naturelle, dimensions 49

Syndicat international des travailleurs unis du bois d’Amérique ( SITUBA ) 84

systèmes économiques

agriculture viable 87

contemporains 40

écosystèmes en collision 41

internationaux, intégration 75

remise en question 47

systèmes naturels 57–58

perspective organique 52–53

pertes 46

reconnaissance 60

respect 61

systèmes technologiques 12

 

Taiwan 4

Talbot, L. 88, 90

taxation, gouvernement fédéral 73, 95

Taylor, Charles 96, 99, 103

Taylor, D.M. 47

Taylor, J. 103

techniques forestières de rechange 76

manque d’intérêt des gouvernements 106

technologie 36, 46, 55, 74

alliance à la science 24

conservatisme organique canadien 101

Convention sur la biodiversité 109

effets universalisants 102

forces homogénéisantes 102

industrielle 16, 85

moderne, effets sur la culture canadienne et américaine 101

recherche et développement selon impératifs sociaux et environnementaux 60

subordonnée aux valeurs de fraternité et de beauté 53

systèmes écologiques homéostatiques 46

traditions antirationalistes et romantiques 48, 54

transfert 117

vue du mouvement environnemental 55

Terre 41, 43, 48, 53, 60, 104

capacité, renouvellement et absorption des déchets 62, 72

limites 43

mère, nourricière universelle 48

système clos 46

Terre-Neuve, pêche 21

terres

aires protégées, Canada 114–115

besoins biophysiques 73

« capital » naturel 41

comme ressources 101–102

éthique environnementale 50

intendance 93

réserves agricoles 93

ressources et tendances culturales 87–88

rurales, pertes dues à l’urbanisation 34

stratégie, C.-B. 44, 77–78

terres agricoles

pertes 34, 35, 42–44, 91

préservation 93, 114

réserves 93

terres publiques, abattage 37–38

Thaïlande 4

théorie atomiste 47, 49, 51

théorie des systèmes 40, 53, 98

Thérèse d’Avila, mystique chrétienne 48

thèse des frontières 22–23

Thoreau, Henry 50

Thrupp, L. 85

Tiers Monde

agriculture de subsistance 33

expansion démographique et économique 75

triade : déficit, dette, inflation continue 71

Tin Wis 87

Tisdall, P. 93

Tofino, Conférence Tin Wis 87

tourisme 77

traités

biodiversité 104, 107–109, 114

réchauffement de la planète 108

transcendantalisme 49–50

transports, activités secondaires 33

Travers, O.R. 38

tribalisme 82

Trudeau, Pierre 25, 95

Turner, F. 51

Turner, Frederick Jackson 22

 

Ucluelet, et environnementalistes 85

universalisme 85

urbanisation, pertes pour 35

Ussery, J.G. 81

utopie, mythe du développement durable 41, 56

 

valeur ajoutée 44

biens 117

bois d’oeuvre 79

produits 74

valeurs 2, 3, 4, 47, 48, 49, 50, 51

américaines, et le Canada 99

besoins, modes de vie 95

changement fondamental d’attitude 47, 63

culturelles 17, 96, 101

de consommation 104

dominantes 52

érosion, Canada 91

fausses, consommation 66–67

fondamentales 55

forêts 38, 75

humaines 68

libérales 102

lockéennes 50

naturelles 61

Newton et rationalisme 48, 49, 51

population locale 64, 85, 95

rationalistes 48, 51, 102

séparation des faits des 51

société industrielle occidentale 56

spirituelles 18, 49, 64, 67, 76

technologiques 101

Tory 104

traditionnelles, perspectives 54

vision écologique du monde 45, 57, 67, 75

vision expansionniste du monde 40, 69, 71, 74

vallée Bulkley, Accord ( 1991 ) du Conseil des ressources communautaires 82–83

vallée Slocan, Alliance pour bassins 83

Vatican 110

viabilité

physique 85–86

réciproque 5, 16, 17

transition 45–58

viabilité économique 60, 62, 72

à long terme 60

Canada 115–116

foresterie, C.-B. 77–78, 80–81

nationale et internationale 99–100

nouvelle stratégie canadienne 72–73

viabilité environnementale 5, 8, 58, 59, 60, 62, 77

Canada 71

Coalition Tin Wis 87

élection fédérale de 1993 19, 85

foresterie 114

nationale et internationale 58

sociale à long terme 60, 72

viabilité économique et viabilité sociale 61, 62

vision écologique du monde en émergence 45, 51, 54, 57, 60, 83

viabilité sociale 36, 61, 62

Canada 116–118

et écologiques, critères 61

viabilité sociale ( suite )

nationale et internationale 58

niveau optimal 62–63

Vincent, I. 8, 9, 26

vision expansionniste 5, 9, 12, 18, 19, 54

croissance économique durable 40, 62, 74

et vision écologique mondiale 45, 54, 60, 83

hypothèse « Gaïa » 53

impact de la science de Newton 48, 49, 51

inquiétudes environnementales 103–104

intégration du Canada à 102

John Muir 50, 51

menace du développement durable 57

par opposition à une vision écologique du monde 57, 74, 83

réflexion nouvelle 19

transition 71, 74–75

vision mondiale prépondérante 3, 13

vision organique du monde 49–50

visions mondiales, concurrentes et incompatibles 57

Vitousek, P. 14

volonté politique 68, 105, 118

vulnérabilité réciproque 5, 16, 17

 

Warren, C.L. 35

Webb, Walter Prescott 22, 23

Weiskal, T. 32

Western Canada Wilderness Committee 75

Whitehead 48

Wilde, K.D. 37

Winner, L. 55

 

Youngberg, I.G. 89

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L’auteur

Duncan M. Taylor a obtenu son doctorat en histoire des idées et études environnementales à l’Université de la Californie à Santa Cruz en 1985. Il est présentement maître assistant des études environnementales à l’Université de Victoria, où il a joué un rôle de premier plan dans la mise en place du programme d’études environnementales interdisciplinaires; il a de plus été cofondateur du Centre de développement viable régional de cette université.

D.M. Taylor s’intéresse de façon particulière aux politiques et aux principes touchant l’environnement, l’éthique environnementale, la théorie des systèmes, ainsi que la théorie et la pratique du développement durable. Il est l’un des fondateurs et administrateurs de la Journée de la Terre au Canada et est l’un des cadres de Ecoforestry Institute Canada ainsi que de la Ecostery Foundation de l’Amérique du Nord.

L’organisation

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) croit en un monde durable et équitable. Le CRDI finance les chercheurs des pays en développement qui aident les peuples du Sud à trouver des solutions adaptées à leurs problèmes. Il maintient des réseaux d’information et d’échange qui permettent aux Canadiens et à leurs partenaires du monde entier de partager leurs connaissances, et d’améliorer ainsi leur destin.

L’éditeur

LES ÉDITIONS DU CRDI publient les résultats de travaux de recherche et des études sur des questions mondiales et régionales intéressant le développement durable et équitable. Spécialisées dans la littérature sur le développement, LES ÉDITIONS DU CRDI enrichissent les connaissances sur ces questions pour favoriser une plus grande compréhension et une plus grande équité dans le monde. Les publications du CRDI sont vendues au siège de l’organisation à Ottawa ( Canada ) et par des agents et des distributeurs en divers points du globe.