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Cités horticoles en sursis ?

L'agriculture urbaine dans les grandes Niayes au Sénégal

sous la direction de Safiétou Touré Fall et Abdou Salam Fall

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Publié par le Centre de recherches pour le développement international
BP 8500, Ottawa ( Ontario ), Canada K1G 3H9

Mars 2001

Dépôt légal: 1er trimestre 2001
Bibliothèque nationale du Canada
ISBN 0-88936-936-4

Les opinions exprimées sont celles de l'auteur ( ou des auteurs ) et ne traduisent pas nécessairement celles du Centre de recherches pour le développement international. Sauf indication contraire, les droits concernant les données utilisées dans le présent rapport appartiennent aux auteurs. Tous les noms de spécialité mentionnés dans la présente publication ne sont donnés qu'à titre d'information et le fait qu'ils soient mentionnés ne signifie pas que le Centre les approuve. Édition microfiche offerte sur demande.

Vous pouvez consulter ce livre et le catalogue des Éditions du CRDI sur notre site Web, à l'adresse: http://www.idrc.ca/booktique/index_f.cfm.

TABLE DES MATIÈRES

Préface

v

Introduction

vii

Safiétou T. Fall

Chapitre 1 Caractéristiques de la zone des Niayes

1

Ibrahima Cissé, Abdou Salam Fall et Safiétou T. Fall

Chapitre 2 Typologie des systèmes de production agricoles urbains

11

Abdou Salam Fall, Safiétou T. Fall, Ibrahima Cissé, Aminata N. Badiane, Maty B. Diao et Cheikh Alassane Fall

Chapitre 3 L'horticulture, une activité agricole majeure

19

Cheikh Alassane Fall et Abdou Salam Fall

Chapitre 4 Interactions horticulture-élevage : potentiel du système et contraintes

33

Safiétou T. Fall et Aminata N. Badiane

Chapitre 5 Impact du système de production horticole sur l'environnement des Niayes

49

Ibrahima Cissé et Safiétou T. Fall

Chapitre 6 Intégration de l'horticulture et de l'élevage: études de cas

61

Abdou Salam Fall, Ibrahima Cissé, Maty B. Diao et Safiétou T. Fall

Conclusion générale Quelle agriculture urbaine pour le Sénégal ?

117

Safiétou T. Fall et Abdou Salam Fall

Annexe 1 Sigles et acronymes

127

Annexe 2 Liste des collaborateurs

129

Annexe 3 Bibliographie

131

PRÉFACE

Autrefois implantée dans les zones rurales, l'agriculture s'installe de plus en plus dans les zones urbaines d'Afrique de l'Ouest à la faveur de conditions bioclimatiques avantageuses et de la présence de marchés garantissant aux consommateurs des produits à prix très incitatifs. Grâce à une production horticole et pastorale diversifiée, l'agriculture urbaine joue désormais un rôle non négligeable dans l'approvisionnement des villes. Sa contribution à la sécurité alimentaire justifie l'amélioration des connaissances du milieu pour découvrir des moyens d'augmenter ses performances.

Le développement des activités agricoles urbaines pose de multiples problèmes qui menacent sa survie. La croissance démographique et l'urbanisation accélérée auxquelles sont soumis les pays d'Afrique de l'Ouest semblent être une tendance irréversible qui ne tolère pas l'extension de surfaces destinées à l'horticulture et à l'élevage, alors que les espaces forestiers se rétrécissent de plus en plus.

Les contraintes du développement de l'agriculture urbaine sont, pour l'essentiel, d'ordre écologique et foncier. L'eau et la salinisation des terres limitent l'étendue des surfaces cultivables. L'agriculture urbaine génère également des nuisances qui déprécient la qualité de la vie. Ces problèmes se posent sur le plan de la gestion de déchets dont la translation, adoptée de nos jours comme solution, ne constitue pas une issue satisfaisante en milieu urbain.

Un diagnostic partagé impliquant les différents acteurs a permis d'explorer l'état des interactions horticulture-élevage, avant de proposer des orientations conciliant le point de vue de différents acteurs. La recherche a proposé des solutions dont l'adaptation au milieu est à parfaire. Il importe d'asseoir des programmes de recherche participatifs devant aboutir à des technologies économes de l'espace et protectrices de l'environnement.

Le Centre de recherches pour le développement international soutient ces actions de recherche et de développement pour évaluer le potentiel du milieu et mettre au point des technologies susceptibles d'améliorer les performances du système.

Cet ouvrage présente les résultats du Programme horticulture-élevage conjointement exécuté par l'Institut sénégalais de recherche agricole ( ISRA ) et l'International Trypanotolerance Center ( ITC ). La première phase exploratoire a été conduite par une équipe pluridisciplinaire afin de poser un diagnostic sur le système de la zone périurbaine des Niayes, principale région horticole du Sénégal. L'objectif de ce programme était de: ( i ) dresser un bilan des lieux où sont pratiquées les différentes formes d'agriculture; ( ii ) explorer les interactions entre l'horticulture et l'élevage; ( iii ) présenter une monographie des agglomérations agricoles qui hébergent plus de 20 % de la population sénégalaise; ( iv ) proposer des recommandations sur l'évolution de l'agriculture urbaine dans les Niayes.

Après une présentation climatique et socio-économique de la zone, les monographies des sous-secteurs de l'horticulture et de l'élevage y sont effectuées. Des études de cas sont présentées pour illustrer le caractère multidimensionnel des contraintes et des possibilités que recèle le milieu. Ce diagnostic débouche sur des interrogations concernant la viabilité du système horticulture-élevage en zone urbaine. L'intégration des différentes activités horticoles forestières et pastorales apparaît comme une solution à développer pour contourner les problèmes fonciers pour une utilisation optimale des ressources naturelles, parce que respectueuse de l'environnement.

O. B. Smith
septembre 2000

INTRODUCTION

Safiétou T. Fall

Les effets de la crise de l'agriculture dans la détérioration des conditions de vie de la population rurale remettent en cause la pertinence des politiques agricoles. De même, les conséquences de la précarité de cette situation d'insécurité alimentaire se font sentir avec une particulière acuité en milieu urbain, quand on sait le rôle déterminant des campagnes dans l'approvisionnement des villes.

L'agriculture urbaine devient ainsi une option qui tente de répondre au problème de l'amélioration de la sécurité alimentaire des citadins face à la faiblesse des performances des systèmes de production rurale. Très diversifiée, elle demeure un des secteurs d'absorption de l'exode rural et connaît des performances de production qui réhabilitent sa pratique dans la hiérarchie des activités socio-économiques dans les villes ( Tinker, 1998 ).

Le programme agricole du Sénégal, qui vise l'augmentation de la production agricole avec une amélioration de la sécurité alimentaire comme conséquence, fonde beaucoup d'espoir sur l'horticulture et l'élevage. Ces secteurs en pleine expansion enregistrent une croissance positive, contrairement aux autres filières agricoles qui ont du mal à impulser le développement du secteur primaire.

La zone des Niayes polarise près de 80 % de la production horticole. L'élevage est également présent dans le système périurbain et urbain, mais ne concerne que 1 % des bovins et 3 % des petits ruminants. En revanche, l'aviculture industrielle est très représentée dans cette zone. Mais on assiste à une modernisation de l'élevage dans la zone des Niayes avec une intensification de l'aviculture et l'implantation de fermes laitières souvent associées à l'horticulture.

Si, durant la dernière décennie, les programmes agricoles ont souvent été contraints par une infrastructure macro-économique défavorable et des conditions climatiques difficiles, l'un des principaux facteurs de contre-performance a été le caractère archaïque des systèmes de production. On observe une appropriation encore insuffisante des nouvelles techniques agricoles alors que le taux de passage de nouvelles technologies générées par la recherche a été insuffisant ( AFID-USAID, 1993 ).

Au Sénégal, la crise du secteur primaire, principale source d'approvisionnement en produits alimentaires des populations, est une des causes majeures de la progression de la pauvreté. Mais si le milieu rural est la principale localisation de la pauvreté, la population urbaine vit les affres d'un déficit alimentaire chronique, qui n'est pas sans conséquences sur le statut alimentaire des citadins dont les principales sources d'approvisionnement sont les campagnes.

Les contre-performances de l'agriculture rurale et le déficit alimentaire encouragent depuis plusieurs décennies le développement d'une activité agricole urbaine et périurbaine dont les principaux domaines sont l'horticulture et l'élevage. La contribution de cette agriculture urbaine à l'approvisionnement des villes n'est pas encore évaluée, mais elle est déjà très importante dans d'autres villes africaines, atteignant près de 70 % en Afrique de l'Est ( Maxwell, 1995 ) alors qu'elle occupe souvent plus de 30 % de la population urbaine ( Mougeot, 1995 ). Elle représente donc un élément-clé dans la sécurité alimentaire des villes en expansion et constitue un facteur de régulation de chômage endémique aggravé par l'exode rural.

La diversité biologique et la pluralité du système de production des Niayes ont déjà été décrites ( Bâ Diao, 1991 ; Fall et al., 1993 ). Cette diversité biologique n'est pas mise à profit pour améliorer les performances du système de production. Les acteurs n'intègrent pas suffisamment les activités agricoles et pastorales. Peu de producteurs donnent une égale importance à l'élevage, comparativement à l'horticulture. Les potentialités qu'offre le recyclage des différents éléments nutritifs de l'horticulture vers l'élevage justifient le développement de technologies dans ce sens.

La population d'origine rurale immigrée dans les Niayes a conservé des habitudes agraires et ses membres sont les acteurs potentiels de zones de cultures souvent réduites. Les villes africaines représentent cependant un important potentiel de consommation. Dakar, Thiès, Louga et Saint-Louis abritent la majorité des centres de commercialisation ruraux et urbains. La présence de grands centres urbains explique également l'important pouvoir d'achat des populations, ce qui constitue un stimulant de l'agriculture urbaine.

Mais ces activités agricoles ne sont pas sans conséquences sur un environnement urbain marqué par la promiscuité et par une compétition entre l'agriculture et l'urbanisation pour l'occupation de l'espace. Au centre de cette problématique se pose avec acuité la question de gestion de l'espace et des déchets urbains pour l'amélioration du cadre de vie dans les villes.

Ainsi, l'intégration des activités agricoles périurbaines apparaît comme une réponse à la pauvreté, un compromis pour concilier les objectifs d'amélioration de l'offre alimentaire et de protection de l'environnement urbain.

Dans ce contexte, l'espace destiné aux activités agricoles urbaines et périurbaines connaît un rétrécissement qui contraste avec leur expansion et leur importance dans la sécurité alimentaire des villes. Ainsi, il devient urgent de rationaliser le système horticulture-élevage en milieu périurbain en le développant dans une infrastructure qui puisse améliorer les performances technicoéconomiques. Il sera dès lors possible de prendre en considération les mutations sociales intenses qui s'opèrent dans un cadre de vie amélioré, parce que respectueux de l'environnement.

Il s'agit d'améliorer la capacité de l'agriculture urbaine à satisfaire les besoins alimentaires de la population en augmentant sa productivité. Les contraintes spatiales imposent alors une intensification de la production. L'utilisation d'intrants chimiques à forte dose semble être une option imparable. Mais les risques de détérioration du milieu exigent l'examen d'autres solutions dans le sens d'un recyclage des éléments nutritifs au sein de systèmes mixtes intégrant l'horticulture, l'élevage et la pêche. Il sera donc important de développer des techniques biologiques d'intégration entre l'horticulture et l'élevage ; ce système, faible consommateur d'intrants parce que basé sur le recyclage des déchets, permettra d'améliorer la production tout en protégeant l'environnement.

Cette vision du développement agricole urbain est peu répandue au Sénégal. Il existe une minorité d'agriculteurs dits « biologiques » qui s'efforcent de promouvoir des pratiques culturales peu utilisatrices d'intrants chimiques. Ce groupe cherche à se fortifier, mais se trouve confronté à un manque d'encadrement technique et à une insuffisance d'informations et de technologies dans ce domaine.

Le programme horticulture/élevage tente de répondre à cette demande pour contribuer au développement d'un système contraint par l'espace, la démographie et les insuffisances technologiques.

Méthodologie

Une approche multidisciplinaire a été appliquée pour explorer les différentes facettes du système de production urbain des Niayes. L'équipe de chercheurs, composée d'agronomes et de zootechniciens, s'est associée à un socio-anthropologue et à un géographe pour collecter et analyser des données biologiques et socio-économiques. Un travail intensif a été entrepris sur le terrain, en procédant simultanément à la collecte des données et à leur analyse.

Les approches participatives ont été mises en œuvre pour mettre l'accent sur les représentations des acteurs, à l'aide d'entretiens semi-directifs. Des visites répétées ont permis à l'équipe de procéder à des observations précises sur le terrain.

Des études de cas concernant trois villes horticoles ( Dakar, Thiès et Saint-Louis ) ont été menées sous la forme de monographies centrées sur l'agriculture périurbaine et urbaine. Un travail collectif, qui a duré une dizaine de jours par site, a permis de dégager les grandes lignes caractéristiques du système de production urbain, alors que des approfondissements ont été effectués par des binômes selon des axes de recherche définis en commun.

Ainsi, l'analyse monographique a été combinée à des investigations sur des sous-thèmes transversaux, ce qui a permis : de se pencher à la fois sur le maraîchage, l'arboriculture, la floriculture et l'élevage ( dans la zone à l'étude, la foresterie est de faible ampleur ) ; d'analyser les itinéraires techniques, le système d'approvisionnement et d'écoulement ainsi que le jeu des acteurs dans les filières et les logiques d'interactions entre agriculture et élevage en zone périurbaine ; d'éviter le biais des saisons, par des observations sur le terrain faite sur une période d'un an par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs ayant une connaissance des sites d'étude ; de procéder à des mises en commun périodiques en facilitant l'élaboration d'hypothèses de recherche et des théorisations intermédiaires ; de comparer les données et les analyses avec celles de l'équipe basée en Gambie, travaillant en réseau sur la même problématique.

Dans la phase exploratoire, des investigations ont été menées dans la zone des Niayes dans le but : de caractériser l'état des secteurs horticoles et pastoraux dans les villes ; de déterminer les interactions existantes entre l'horticulture et l'élevage ; de procéder à une typologie des exploitations ; d'étudier les contraintes qui limitent les performances du système pour proposer des recommandations sur un modèle intégré de gestion du système ; d'évaluer les conséquences environnementales du développement de l'agriculture urbaine sur le cadre de vie des citadins.

Chapitre 1
CARACTÉRISTIQUES DE LA ZONE DES NIAYES

Ibrahima Cissé, Abdou Salam Fall et Safiétou T. Fall

Contexte géographique

La région des Niayes s'inscrit administrativement dans les quatre régions bordant la frange maritime du nord du pays : Dakar, Thiès, Louga et Saint-Louis ( voir figure 1 ). Elle s'étire sur une longueur de 180 km, et sa largeur varie de 5 à 30 km à l'intérieur des terres. Elle est généralement limitée dans sa partie intérieure par la route nationale Dakar-Saint-Louis. Elle constitue un milieu assez original caractérisé par des dunes et des dépressions souvent inondées par l'affleurement de la nappe phréatique et par un climat assez favorable. Ce milieu n'a pas manqué d'attirer la population et de donner également à la région toute sa vocation agronomique.

Les facteurs climatiques

Inscrites dans la moitié sud de la zone sahélienne, les Niayes sont caractérisées par l'alternance de deux saisons annuelles : une saison humide concentrée sur trois mois ( juillet, août et septembre ) et une saison sèche qui dure les autres neuf mois.

Les précipitations sont dictées par la présence de la mousson en provenance du sud issue de l'anticyclone de Sainte-Hélène durant l'hivernage. Elles sont peu abondantes et dépassent rarement 500 mm par an dans la région de Dakar et 350 mm par an dans la partie nord des Niayes. Des précipitations qualifiées d'occultes et appelées heug, ou pluies des mangues, surviennent souvent en saison sèche, notamment durant la période froide ( décembre, janvier et février ). Ces précipitations issues d'intrusion de masses d'air polaire, irrégulières et peu abondantes, sont cependant d'une grande importance pour la pratique des cultures de contre-saison dans ce milieu ( Pereira Barreto, 1963 ).

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Figure 1. Situation de la zone des Niayes

La détérioration climatique consécutive au changement global du climat a entraîné une irrégularité interannuelle des précipitations, mais aussi une diminution des volumes précipités qui s'est traduite par un glissement remarquable des isohyètes vers le sud ( voir figure 2 ).

La région des Niayes bénéficie d'un microclimat assez particulier par rapport aux autres parties du pays qui s'intègrent dans les mêmes domaines climatiques qu'elle. Elle est caractérisée par des températures modérées influencées par la circulation des alizés maritimes soufflés par les courants froids des Açores. La température mensuelle moyenne la plus chaude oscille autour de 27,5°C à Dakar et de 28,1°C à Saint-Louis et survient en juillet et août. De novembre et à février, la température maximale est inférieure à 28°C et la température minimale est inférieure à 18°C sur la quasi-totalité de la grande côte.

Cependant, la présence de l'harmattan, faiblement ressentie dans cette partie du pays, élève la température à un maximum de 31°C en mai et juin. La proximité de l'océan favorise le fort taux d'humidité relative qu'on peut noter dans ce milieu. Ainsi, l'humidité relative minimale est de 15 % dans les zones les plus éloignées de la mer; dans les zones les plus proches, le taux d'humidité peut remonter jusqu'à 90 % à partir du mois d'avril.

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Figure 2. Les isohyètes

La géomorphologie

La région des Niayes est caractérisée par des formations sédimentaires du quaternaire qui reposent sur des formations plus anciennes. Les formations antéquaternaires sont, pour l'essentiel, celles du secondaire et du tertiaire ( maestrichien, paléocène inférieur, éocène inférieur, lutétien inférieur et supérieur ). Les formations du quaternaire sont constituées d'un matériel sableux qui couvre la majeure partie du territoire sénégalais. Sur le littoral nord, ces formations se caractérisent par une succession de dunes d'âge, de textures et de couleurs différentes depuis la côte jusqu'à l'intérieur des terres. Trois systèmes dunaires prédominent ( voir figure 3 ) :

Image Les dunes littorales, appelées également dunes blanches ou dunes vives à cause de leur mobilité, sont caractérisées par des plages de sable coquillier constamment repris par le vent. Leur origine remonte du subactuel à l'actuel ( 2 000 à 1 800 ans avant l'Actuel [ BP ] ). Elles présentent une couverture végétale faible essentiellement composée d'essences hallophyles à cause de la présence de l'embrun marin.

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Figure 3. Géomorphologie de la zone littorale

Image Les dunes jaunes ou dunes semi-fixées occupent l' arrière-plan des dunes vives. Par endroits, elles sont interrompues par des lacs, surtout dans la région de Dakar ( Retba, Mbeubeuss, Youi, Malika, etc. ) et de nombreuses mares temporaires dans la région de Thiès.

Image Les dunes rouges continentales, ou dunes intérieures, forment un important erg depuis le sud-ouest de la Mauritanie jusqu'à l'ouest du Sénégal. Elles sont constituées de sols rouges, appelés communément sols diors dans la terminologie locale. Leur origine daterait de l'ogolien ( 15 000 à 20 000 ans BP ), ce qui leur vaut l'appellation de dunes ogoliennes. La couverture végétale y est assez importante, formant même par endroits des savanes boisées.

La morphologie de la région des Niayes est complexe à micro-échelle : elle laisse apparaître plusieurs formes de reliefs allant des sommets dunaires, qui culminent entre 15 et 20 m, aux dépressions et couloirs interdunaires où affleure la nappe phréatique. Ces couloirs, vestiges d'anciennes vallées, sont en grande partie recouverts de nos jours par les systèmes dunaires. Ces dépressions et couloirs constituent les Niayes qui ont conféré leur nom à la région naturelle de la grande côte. Elles constituent d'anciennes vallées enserrées entre les systèmes dunaires. Les Niayes sont caractérisées par leur hydromorphie ; leur origine remonte aux périodes pluvieuses du quaternaire récent ( pluvial tchadien, 9 000 ans BP et nouakchottien, 5 500 ans BP ), période humide caractérisée par une stabilité climatique et une pédogenèse très poussée.

La pédologie

La pédologie est assez diverse du nord au sud. On détermine ainsi six types de sols dans la zone ( voir figure 4 ) :

Image les sols minéraux bruts d'apport qui caractérisent les dunes vives et se particularisent par leur pauvreté ou l'inexistence d'horizons humifères ;

Image les sols ferrugineux tropicaux non lessivés, qui constituent les dunes rouges, occupent la majeure partie de la région des Niayes. Ces sols sont pauvres en matière organique et sont sujets à l'érosion éolienne et aux eaux de ruissellement. Ils servent à la fois de terres de cultures vivrières, notamment mil et arachide, et de parcours pastoraux ;

Image les sols brun-rouge dans la partie nord-ouest de Louga et sud-est de Saint-Louis ;

Image les vertisols, situés dans la zone de Sébikotane ( plateau de Bargny ) et l'axe Somone-lac Tanma ;

Image les sols halomorphes, se situant souvent aux environs des lagunes côtières barrées par les cordons dunaires dans la partie sud des Niayes ( région de Dakar et Thiès ) et au niveau du delta du fleuve Sénégal ;

Image les sols minéraux à pseudo gley très déterminant dans les dépressions que constituent les Niayes. Ils sont riches en matière organique et, tout comme les vertisols, ils sont d'un grand intérêt dans la production agricole, particulièrement maraîchère.

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Figure 4. Typologie des sols

Hydrologie et ressources hydrogéologiques

La zone des Niayes ne présente pas actuellement de véritables écoulements fluviaux. Cependant, sa morphologie laisse entrevoir l'existence d'anciennes vallées fluviatiles exoréiques perpendiculaires à la côte. On peut constater, néanmoins, la présence de nombreux lacs, notamment dans la région du Cap-Vert, qui furent occupés par la mer durant la transgression du nouakchottien ( exemples : Mbawan, Tanma, etc. ). De nos jours, bon nombre de ces lacs ont perdu de leur envergure et de leur importance. Vers le nord, notamment dans la région des Niayes centrales et septentrionales, n'existent actuellement que des mares dont la durée dans le temps et dans l'espace reste largement tributaire de la pluviométrie.

La dégradation persistante des conditions climatiques fait que les écoulements de surface deviennent de plus en plus rares. De nos jours, les ressources en eau dans les Niayes proviennent essentiellement de la nappe phréatique des sables quaternaires qui caractérisent ce milieu ( figure 5 ). La nappe des sables quaternaires est d'une importance capitale par ces multiples usages. En effet, elle est utilisée pour l' alimentation en eau de la population riveraine, particulièrement pour la ville de Dakar ( Martin, 1970 ), l'alimentation des animaux et, enfin, pour les besoins agricoles qui confèrent à la région toute son importance.

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Figure 5. Ressources en eau : niveau de fluctuation de la nappe suivant les saisons

La végétation

La couverture végétale du Sénégal reste entièrement déterminée par les données climatiques. Ceci se traduit par un découpage du territoire en trois zones phytogéographiques : la zone sahélienne, la zone soudanienne et la zone guinéenne. Il existe cependant des nuances dans cette classification de la végétation en fonction du climat. En effet, la zone des Niayes, qui se trouve en plein milieu soudano-sahélien, se présente, du point de vue végétation, comme appartenant à la zone sub-guinéenne qui caractérise les régions du sud-ouest dans sa partie sud, notamment dans les régions de Dakar et Thiès.

La zone se présente comme une zone de végétation relique dont l'origine remonte aux périodes biostasiques du pluvial tchadien et de la transgression du nouakchottien. Ces périodes ont connu une remontée de la végétation à affinité guinéenne de 4 degrés vers le nord et une rétraction à chaque fois que la période est rhésistasique. Cet héritage des variations climatiques, qui a influencé la morphologie et la pédologie du milieu, a fait que la végétation de la région des Niayes est très diversifiée. En fonction de la topographie, de la nature pédologique et de la présence de l'eau, une végétation typique se profile.

Ainsi, dans la Niaye proprement dite, caractérisée par une présence quasi permanente de la nappe phréatique et des sols très humifères, domine l'espèce typiquement guinéenne qu'est Elaeïs guineensis qui marque la zone de contact entre le bas du système dunaire et la dépression. On remarque également une bonne représentation de Cocos nucifera. La strate herbacée est assez importante et est conditionnée par la topographie. Du centre de la dépression à sa marge externe, différentes espèces se déterminent sous l'influence de l'eau. On observe ainsi, au centre des dépressions, des espèces aquaphiles, en particulier la Nymphaea lotus, la Phragmites vulgaris et sur les marges, des espèces moins exigeantes en eau.

Dans le système de dunes rouges ogoliennes, dominent les espèces ligneuses comme la Parinaris macrophyla, l'Acacia albida, l'Acacia raddiana, l'Acacia seyal et la Balanites œgyptiaca plus présentes dans la partie septentrionale de la région des Niayes. Les strates arbustives et herbacées sont essentiellement composées d'euphorbiacées ( Euphorbia balsamiphera ), de combrétacées ( Guiera senegalensis, Combretum glutinosum, etc. ) et de graminées saisonnières ( Cenchrus biflorus, Andropogon sp, etc. ).

Sur le système de dunes jaunes et de dunes blanches, la végétation reste maigre, parfois même inexistante sur les dunes vives. En dehors de la végétation d'origine anthropique implantée dans le cadre du projet de fixation des dunes littorales, les rares espèces présentes sont la Opuntia tuna et la Maytenus senegalensis. Dans le cadre du projet de fixation des dunes, la Casuarina equisetifolia a été beaucoup utilisée.

De nos jours, la végétation de la région des Niayes connaît de sérieuses difficultés liées au contexte climatique actuel et à la croissance urbaine, surtout dans la région dakaroise. L'activité agricole nécessite de plus en plus d'espace pour assurer la sécurité alimentaire et favoriser l'exportation vers l'étranger des produits cultivés, particulièrement maraîchers, considérés comme une nouvelle source de croissance.

Contexte socio-économique

Les potentialités économiques de la zone des Niayes sont favorisées par les conditions physiques du milieu et la présence de grandes villes, notamment Dakar, Thiès, Louga et Saint-Louis. Cette région n'a cessé d'être un pôle de populations qui s'adonnent à diverses activités.

La population

En 1976, la zone des Niayes, avec les quatre régions qui la composent, comptait une population de 2 549 694 habitants sur un total national de 4 978 850 habitants. Au dernier recensement de la population du Sénégal ( 1988 ), cette zone représentait une population totale de 3 590 359 habitants, soit la moitié de la population du Sénégal ( 6 896 808 habitants ). On note donc une augmentation de 1 040 665 habitants en 12 ans, soit une population avec un temps de doublement de 25 ans et dont le taux de croissance est de 3 %.

Cette zone ( les quatre régions administratives ) couvre 40,9 % du territoire national et connaît une dynamique de population assez particulière par rapport au reste du pays. En effet, la forte croissance démographique ( voir tableau 1 ) s'explique à la fois par le fort taux de natalité, mais aussi et surtout par les flux migratoires ( 0,5 % Dakar ) venant de l'intérieur du pays et des États riverains : de nombreuses personnes sont en effet attirées par le développement économique de l'axe Dakar-Thiès et par des conditions naturelles favorables aux activités agricoles.

La densité moyenne de population de cette région était de 44,6 habitants au km2 en 1988 et avoisinerait 62,5 habitants au km2 en 2000, ce qui reste audessus de la moyenne nationale ( densité de 35 habitants au km2 en 1988 et de 48 habitants au km2 en 2000 ). Il faut noter toutefois que ces moyennes cachent de grandes disparités interrégionales ( voir tableau 2 ) et intrarégionales. En effet, Dakar, qui concentre 23 % de la population nationale sur 0,3 % du territoire, présente une densité moyenne de 3 399 habitants au km2 ( 1994 ) ; dans ses banlieues, dont le département de Pikine, elle dépasse 10 500 habitants au km2.

Comparées aux autres régions du pays, les Niayes forment une zone de concentration d'individus. Ceci se traduit par une croissance urbaine assez importante qui pose de réels problèmes de survie des espaces réservés aux activités agropastorales, particulièrement dans la région de Dakar où le taux d'urbanisation est de 4 %.

Ce problème est d'autant plus important que les rares espaces naturels que constituent les Niayes dans la communauté urbaine de Dakar et qui servent, par ailleurs, de zone d'exploitation maraîchère, notamment pour la production de légumes verts et feuilles, sont menacés par l'habitat. Les meilleurs exemples demeurent de nos jours la mise sur pied du futur technopole, la construction de HLM et de la cité de l'UNACOIS près de l'autoroute, sans parler des remblaiements à titre individuel dans les zones de Thiaroye, Yeumbeul et Pikine.

Tableau 1. Évolution de la population dans la région des Niayes de 1976 à 2015

Villes

1976

1988

1994*

2000*

2005*

2015*

Dakar

940 920

1 500 000

1 869 300

2 326 900

2 774 800

3 822 800

Thiès

674 440

940 000

1 114 000

1 310 900

1 494 300

1 889 300

Louga

419 599

490 077

525 400

555 000

573 500

578 100

St-Louis

514 735

660 282

748 500

842 400

924 200

1 078 800

Total

2 549 694

3 590 359

4 257 200

5 035 200

5 766 800

7 369 000

Sénégal

4 997 885

6 896 808

8 127 700

9 526 300

9 725 800

12 617 900

* Projection

Source : CTSPAF ( 1995 ); RGPH ( 1976, 1988 ).

Tableau 2. Densité de population par région administrative

 

 

Population

Densité (hab./km2)

Villes

Superficie (km2)

1994

2000

1994

2000

Dakar

550

1 869 300

2 326 900

3398,7

4230,7

Thiès

6 600

1 114 000

1 310 900

168,7

198,6

Louga

29 188

525 400

555 000

18,0

19,0

St-Louis

44 127

748 500

842 400

17,0

20,0

Sénégal

196 720

812 770

9 526 300

41,3

48,4

Source : CTSPAF ( 1995).

Cette pression démographique, sans cesse croissante, constitue une menace sérieuse pour l'avenir des zones de culture, particulièrement en milieu urbain et périurbain, notamment dans la région de Dakar. En outre, la gestion des ordures ménagères et des effluents domestiques et industriels pose des problèmes importants et expose la population à des risques sanitaires.

Les activités socio-économiques

La zone des Niayes est de loin la première région économique du Sénégal. Si, dans la région de Dakar, dominent le secteur industriel et le secteur tertiaire, il n'en demeure pas moins que l'agriculture et l'horticulture restent des activités importantes. La pêche occupe également une place privilégiée avec d'importants centres de débarquement traditionnels ( Kayar, Fass Boye, Lompoul ). La population qui s'adonne à cette activité dans la zone agro-écologique des Niayes compte 18 686 personnes et produit 109 479 tonnes, ce qui représente une valeur de 11,8 milliards de francs CFA ( Konté M. et al., 1995 ). Les activités connexes à ce secteur ( mareyage, transformation, maintenance et transport ) sont importantes et créatrices d'emplois.

L'extraction minière est très présente dans la zone, notamment avec les mines de phosphate dans la région de Thiès, l'extraction du sel au lac Rose de Niaga et les carrières de coquillages dans le Gandiolais. L'exploitation de la tourbe est encore latente, même si la région offre de grandes potentialités.

Chapitre 2
TYPOLOGIE DES SYSTÈMES DE PRODUCTION AGRICOLES URBAINS

Abdou Salam Fall, Safiétou T. Fall, Ibrahima Cissé, Aminata N. Badiane, Maty B. Diao et Cheikh Alassane Fall

Les sites de production

Les Niayes sont avant tout une zone écologique spécifique constituée d'un ensemble de dunes et de dépressions d'âge, de texture et de couleurs différentes. C'est pourquoi, la typologie emprunte à l'écosystème ses différenciations qui se reflètent dans les divers sites de production observables en discontinus dans cette région naturelle. On peut distinguer globalement quatre sites de production : les dior, les Niayes, les ndiouki et les vallées ou lacs asséchés.

Le dior

Système de dunes ogoliennes, dior est la terminologie locale des sols ferrugineux tropicaux non lessivés qui constituent près de 70 % de toute la région des Niayes. Peu humifères, parfois même très pauvres en matières organiques, ces sols furent longtemps exploités par le système d'agriculture pluviale qui a régressé à cause de la dégradation des conditions pluviométriques. De nos jours, compte tenu de la possibilité d'accès à la nappe ( d'une profondeur variant entre 10 et 30 m ) et de la possibilité pour certains agriculteurs de se raccorder au réseau de la Sénégalaise des eaux ( SDE ), l'agriculture pluviale a cédé partiellement la place aux cultures irriguées.

Compte tenu de l'ouverture de ce système dunaire, les exploitations maraîchères ont des tailles variées, souvent déterminées par la possibilité d'accès à la ressource en eau. Ainsi, les surfaces cultivables peuvent aller de quelques centaines de mètres carrés à des dizaines d'hectares ; toutefois, les petites exploitations sont largement dominantes dans ce système. Les grandes étendues de terres qu'on trouve dans cette partie des Niayes expliquent la présence de moyennes ( 1 à 20 ha ) et de grandes exploitations ( plus de 20 ha ), notamment dans la région de Dakar ( communauté rurale de Sangalkam ), dans la région de Thiès ( Mboro ) et dans la région de Saint-Louis ( Gandiolais, Dakar-Bango ).

Dans le dior, les cultures dominantes sont le haricot vert, l'oignon, le chou et la tomate. Ensuite vient la deuxième catégorie de cultures constituée de l'aubergine, le jaxatu, le piment, la pastèque, etc. Les grandes exploitations possèdent un personnel spécialisé ( spécialistes en entretien des systèmes d'irrigation ou du matériel d'exhaure – motopompe, forage – agronomes, techniciens, etc. ). Les ouvriers agricoles, en particulier les femmes, y travaillent pour la récolte. Le système repose essentiellement sur la disponibilité d'eau de la nappe – dont les fluctuations constituent l'un des facteurs les plus contraignants à la production horticole – et sur une forte utilisation d'engrais minéraux et organiques.

Ce système reste très présent dans la région de Dakar, notamment au niveau de la grande Niaye de Pikine, entre les dunes séparant deux dépressions, où la culture dominante est la salade, et dans la communauté rurale de Sangalkam et dans les Niayes septentrionales ( Lompoul, Potou et Gandiolais ), où l'oignon reste la principale culture.

Le haricot vert et la tomate sont destinés à l'exportation tandis que les surplus approvisionnent les marchés nationaux avec Dakar comme principale destination. Les autres cultures sont acheminées vers ces derniers marchés. Une partie non négligeable de la production d'oignon et de chou traverse les frontières, notamment vers la Mauritanie. L'essentiel de l'élevage intensif, surtout en ce qui concerne la production laitière, est implanté dans le dior. L'arboriculture fruitière y est aussi dominante. Le facteur limitatif demeure la profondeur de la nappe phréatique, qui peut atteindre 20 à 30 m. Une autre contrainte réside dans la pauvreté des sols qui nécessitent un apport considérable de fertilisants.

Les Niayes

Les Niayes sont constituées de dépressions interdunaires caractérisées par des sols très humifères d'une faible profondeur, voire même un affleurement de la nappe phréatique et une végétation de type guinéen.

Larges et étalées en longueur au niveau de la presqu'île du Cap-Vert, les Niayes se rétrécissent dans la région de Thiès, formant de nombreuses mares taries en période sèche, qui s'anastomosent en hivernage. Elles s'égrènent comme des perles au fur et à mesure que l'on remonte vers le nord. Ces dépressions représentent les zones de prédilection des cultures maraîchères. Le site des Niayes est plus concentré dans la région de Dakar ( presqu'île du Cap-Vert ) et dans celle de Thiès ( Mboro ) où il forme des espaces caractérisés par une présence quasi permanente de l'eau, à la différence du site des diors.

Les parcelles cultivées sont de dimensions assez réduites, variant de 1 000 m2 à 1 ha. On note une forte densification des parcelles et une diversité de cultures. Les cultures dominantes demeurent le chou, l'oignon, la tomate, l'aubergine, le jaxatu, le radis, la laitue, la fraise, la menthe, le poivron, le persil, le poireau, le concombre, etc.

Les Niayes accueillent une partie importante de l'aviculture. Elles viennent comme seconde zone arboricole grâce à la production de papayes, bananes, noix de coco, vin de palme, etc. La plus grande partie de la production maraîchère et avicole est dirigée vers Dakar, Thiès, Touba, Kaolack, etc.

En plus des producteurs locaux dont les familles ont acquis un droit d'usage sur les terres, interviennent massivement des migrants nationaux et étrangers en particulier des Guinéens. On y retrouve donc le métayage, le confiage et la location de terre. En plus de l'exiguïté, la salinité des terres par endroits reste un handicap certain pour le système de production.

On observe deux types de cultures, conditionnés par la présence de la nappe phréatique affleurante : les cultures de décrue, remarquables au niveau des Niayes de Dakar et de Mboro, et les cultures irriguées situées dans les parties les plus exondées des dépressions.

Dans les Niayes de Dakar, notamment la grande Niaye de Pikine et les Niayes de Mboro, les principales cultures de décrue sont la tomate, la patate, l'oignon, particulièrement à Mboro. L'arboriculture reste importante, notamment pour la production de noix de coco, papayes, bananes, corossols, etc. Les cultures nécessitant une irrigation sont largement dominées par la production de choux sur toute l'étendue des Niayes, de Dakar à Saint-Louis. Le système de production dans les dépressions est continu durant toute l'année et le calendrier de production est plus déterminé par les occasions du marché que par les conditions météorologiques ; ceci est favorisé par l'utilisation de semences améliorées.

Les ndiouki

Ce sont des cuvettes maraîchères situées dans le système des dunes vives et des dunes semi-fixes ( dunes blanches et dunes jaunes ). Elles sont présentes surtout entre Kayar et le Gandiolais. Dans ces cuvettes, les lentilles d'eau douce à faible profondeur ont conditionné le développement du maraîchage et la spécialisation dans la production de la carotte et du navet. En outre, elles profitent d'une bonne protection contre les vents nord-nord-ouest grâce aux périmètres de reboisement de Casuarina equisetifolia tout au long du littoral nord.

Le système de production des ndiouki est beaucoup plus présent dans les Niayes centrales ( région de Thiès ) et septentrionales ( région de Louga et Saint-Louis ) et les exploitations restent de dimension réduite, ne dépassant pas un ha. Compte tenu de la pauvreté des sols, le système de production des ndiouki nécessite de grands apports en fertilisants minéraux et organiques. Les exploitations sont plutôt de petite taille en raison de la contrainte majeure qui demeure la remontée du biseau salé ( remontée des eaux marines ).

La production agricole est dirigée vers les principales villes ( Dakar, Thiès, Saint-Louis, Touba ) avec un transit aux marchés-relais de cet axe : Njoxob ( Keur Abdou Ndoye ), Mboro1, Diogo et Potou. La Mauritanie reçoit une part non négligeable de cette production, notamment celle de choux et de manioc. Les acteurs sont locaux, parmi lesquelles des pêcheurs, des Peuls et d'autres ethnies telles que les Wolofs, pratiquent le maraîchage.

Aux contraintes précitées s'ajoute l'enclavement de ces zones difficiles d'accès ( routes impraticables, pistes sablonneuses, déplacements de la production faits à marée basse le long de la plage ). L'élevage est quasi inexistant, mis à part quelques petits ruminants ( ovins, caprins ) dont disposent les familles.

Les vallées et lacs asséchés

Ce sont d'anciens réseaux hydrographiques asséchés par la dégradation climatique. Ils sont plus concentrés dans la région de Thiès ( Mbawaan : axe Somone – lac Tamna ) et au niveau de la région de Dakar ( Youi, Mbeubeus, Malika, etc. ). Autrefois parsemée de lacs perennes parallèles à la côte, la région des Niayes a vu nombre de ses lacs s'assécher à cause de la dégradation des conditions climatiques et pluviométriques. De nos jours, les minces écoulements de surface observables dans cette zone ne sont que temporaires et tributaires d'une bonne année pluviométrique.

Ces lacs asséchés sont cependant exploités par les maraîchers, selon un système d'exploitation spécifique. La production dominante est le chou et la tomate. On y trouve aussi l'aubergine, le jaxatu, le piment, le concombre, la courgette, etc. La production est destinée aux marchés des villes : Dakar, Thiès. Les acteurs sont pour la plupart des migrants provenant du bassin arachidier, mais aussi de la Guinée. Le facteur limitatif est le sel qui envahit les terres et la nappe phréatique. L'élevage est quasi absent. La floriculture, quant à elle, se développe dans différents sites, en marge des systèmes de production dominants et

1 Mboro est un important marché-relais d'où partent les produits maraîchers vers, par ordre d'importance numérique, Dakar, Mauritanie, Touba, Ngaye-Mekhé, Touba Toul, Thiès, Kaolack. Il concentre 70 % de la production légumière de toute la région de Thiès qui, à son tour, réalise 40 % de la production nationale.

précisément dans les interstices urbains. Ce sont surtout les migrants de l'intérieur du pays qui en font majoritairement leur métier. La production est destinée à la classe bourgeoise et à la strate supérieure de la classe moyenne des villes.

Dans ces sites, la production nécessite peu ou pas d'arrosage : l'alimentation en eau se fait à partir de la remontée par capillarité des eaux de la nappe. La disposition des parcelles de cultures suit le tracé des berges et s'étire en direction du centre de la vallée ou du lac. La taille des exploitations dépasse rarement un hectare.

Sur la langue de Barbarie, une technique assez originale permet aux maraîchers, contraints par le manque de terres, de remblayer les berges du fleuve ou d'excaver les bordures dunaires afin d'étendre les surfaces cultivables. Les cultures sont essentiellement des cultures de décrue, principalement le chou et la patate douce.

Les exploitations

Les exploitations horticoles sont de deux types : les exploitations maraîchères et les exploitations arboricoles.

Les exploitations maraîchères

On distingue trois types d'exploitations maraîchères selon la taille et le mode de mise en valeur :

Image Les petites exploitations : Leur taille est inférieure à un hectare et relève plus de l'exploitation individuelle que de l'exploitation familiale. Ce caractère individuel reste très lié au mode d'appropriation et de mise en valeur de la terre : il s'agit souvent de parcelles morcelées par leurs propriétaires – Lébous de la région de Dakar en général – qui les louent à des migrants nationaux ou de la sous-région, particulièrement de la Guinée Conakry, ou qui pratiquent le confiage ( localement désigné sous le vocable de « mbay sëedo2 » ) ou encore le métayage. Ce type d'exploitation est dominant sur toute la bande des Niayes plus particulièrement dans les zones dépressionnaires et les vallées asséchées. Les

2 C'est un contrat de partage des bénéfices tirés de la vente de la production entre le propriétaire et les travailleurs saisonniers à la suite de la déduction des charges ( intrants, etc. ), la nourriture et l'hébergement des travailleurs sur le lieu du champ étant à la charge de l'employeur. Dans les Niayes de Pikine, les bénéfices sont divisés en deux parts égales, tandis que dans d'autres zones comme Jogo vers Mboro par exemple, où un léger machinisme agricole est pratiqué, le partage est fait en trois parts égales pour tenir compte des frais d'amortissement du matériel agricole du propriétaire.

cultures sont variées et essentiellement destinées à l'approvisionnement des marchés locaux. Contrairement aux autres régions, la production au niveau de Dakar est plus diversifiée et s'étale sur toute l'année.

Image Les exploitations moyennes : Leur taille varie entre 1 et 20 hectares; elles se situent sur les sols dior et sur les vertisols dans la zone de Sébikotane et de Pout. Ces exploitations sont privées, les propriétaires les ayant acquises par héritage, par achat, par don ou par location. De par leur mode de mise en valeur, ces exploitations sont de type moderne et semi-moderne : elles font intervenir l'outil mécanique pour le travail de la terre, l'exhaure et l'irrigation et emploient des ouvriers agricoles ou de la main-d'œuvre salariée. Les cultures sont moins diversifiées qu'au niveau des petites exploitations, car la production est essentiellement destinée au marché en gros et à l'exportation. Les principales cultures sont l'oignon, la tomate, le haricot vert, le chou, l'aubergine, le jaxatu, le piment, le poivron. Ces petites et moyennes exploitations assurent à elles seules 80 % de la production maraîchère du pays ( Konté et al., 1995 ).

Image Les exploitations modernes : Elles sont caractérisées par leur envergure, qui dépasse 50 hectares, et par les moyens techniques et humains mis en œuvre. Elles sont privées ou à caractère associatif ( GIE ) et sont concentrées dans les régions de Dakar ( Sébikotane ), Thiès ( Pout, Mboro ) et Saint-Louis. Leur production est constituée en majeure partie de cultures d'exportation ( haricot vert, tomate ) ; les surplus sont destinés à l'approvisionnement des marchés locaux.

Les exploitations arboricoles

De par leur taille, on distingue deux types d'exploitations:

Image Les petites exploitations, dont la superficie varie entre 0,5 et 2,5 hectares. À Saint-Louis, plus précisément dans la zone de Bango spécialisée dans la production fruitière, les espèces dominantes sont le cocotier, le sapotier, le manguier, le papayer, le corossolier, etc. Ailleurs dominent les agrumes et les mangues.

Image Les grands exploitants se trouvent surtout dans les régions de Dakar et de Thiès. Ils cultivent des surfaces supérieures à cinq hectares. Leur production est principalement constituée de mangues et d'agrumes.

L'essentiel de la production arboricole sert à l'approvisionnement des marchés locaux. Les petites exploitations sont gérées et exploitées par leurs propriétaires. Par contre, les grandes et moyennes exploitations sont gérées par des sourgas, c'est-à-dire des ouvriers agricoles salariés. Les propriétaires résident en ville et opèrent parfois dans d'autres secteurs d'activité. On remarque souvent une association de l'arboriculture et du maraîchage dans ces exploitations.

Les cultures

Les cultures sont très diversifiées, en suivant cependant une logique de spécialisation en fonction de la typologie des sols, de la région et de la taille des exploitations.

Dans les zones dépressionnaires, notamment les Niayes et les vallées asséchées – caractérisées par leur exiguïté, des sols très riches et peu assujettis aux contraintes hydriques, particulièrement dans la région de Dakar et de Thiès -, les cultures dominantes sont le chou, l'oignon, le piment, l'aubergine, le jaxatu, la salade, la menthe, etc. Cette dernière joue un rôle important, car elle constitue un apport financier substantiel permettant le financement d'intrants divers et la satisfaction des besoins quotidiens des petits exploitants.

Au niveau des sols diors et des vertisols, sur lesquels se trouvent en général les moyennes et les grandes exploitations, les cultures dominantes sont le haricot vert, l'oignon, la tomate, le gombo ( plus cultivé durant la saison des pluies ), le poivron, etc. À ce niveau également, on trouve l'arboriculture, particulièrement dans le triangle Sangalcam-Mboro-Pout avec une production essentiellement constituée d'agrumes, de mangues, de noix de coco et de bananes.

Les ndiouki restent le domaine exclusif de la production de carottes et de navets. Cette zone s'étend sur tous les terroirs implantés sur le système des dunes côtières de Kayar au Gandiolais où la culture de l'oignon est dominante.

Les techniques d'exploitation

Les techniques d'exploitation se distinguent par les itinéraires techniques et par les méthodes d'exhaure et d'irrigation.

Les itinéraires techniques

La maîtrise des itinéraires techniques dans la production horticole reste à parfaire même s'il existe des différences d'une zone à l'autre ou d'un type d'exploitation à l'autre. Très souvent, les connaissances se limitent à l'augmentation des rendements par l'accroissement des surfaces. La lutte phytosanitaire et les modes d'utilisation des produits agropharmaceutiques sont des plus précaires, surtout au niveau des petites exploitations. Le problème est d'autant plus alarmant que les connaissances sur les rémanences des produits utilisés sont quasi nulles et les délais d'attente pour la dégradation de ces produits utilisés au hasard sont largement déterminés par les occasions offertes par le marché.

Les techniques de fertilisation sont parfois mal maîtrisées, surtout en ce qui concerne l'utilisation des engrais minéraux et du compostage, particulièrement chez les petits producteurs.

Exhaure et méthodes d'irrigation

Trois types d'exploitation de l'eau existent dans les Niayes :

Image L'exploitation par les céanes3 est largement dominante, surtout dans la frange littorale où la nappe phréatique est affleurante ou à une profondeur dépassant rarement trois mètres. Ce type d'exploitation de l'eau permet une irrigation manuelle à l'aide d'arrosoirs et de seaux. Cependant, dans les Niayes de Mboro, contrairement aux autres régions, on observe une tendance à la mécanisation de ce système. En effet, les céanes ont des proportions plus larges et sont plus profondes. Ceci permet d'augmenter les surfaces cultivées en utilisant des motopompes et des lances d'arrosage. Compte tenu de son originalité, nous avons désigné ce système sous le terme de céanes améliorées.

Image L'exploitation par les puits traditionnels est également fréquente dans les zones où la nappe est assez profonde. Il s'agit généralement d'une irrigation par arrosoirs ou par seaux. Ces deux types d'exploitation de l'eau, excepté le système des céanes améliorées, ne favorisent pas l'exploitation de grandes surfaces ; le temps consacré à l'arrosage et au stockage de l'eau dans les bassins est important.

Image Les modes d'exploitation par forage individuel ou par adduction à partir du réseau de la SDE sont plus présents dans la région de Dakar et Thiès, notamment sur les axes Sangalcam, Mboro, Sébikhotane et Pout. La dimension des exploitations est supérieure à 80 hectares dans les exploitations qui disposent de forages individuels. Toutefois, ces deux systèmes d'exploitation ont entraîné de nouvelles techniques d'irrigation, notamment l'irrigation par aspersion et par goutte-à-goutte.

3 Une céane est un puits traditionnel, souvent de faible profondeur, dans lequel le puisage peut se faire manuellement.

Chapitre 3
L'HORTICULTURE, UNE ACTIVITÉ AGRICOLE MAJEURE

Cheikh Alassane Fall et Abdou Scdam Fall

Cadre macro-économique

Au Sénégal, l'horticulture a connu ses débuts avec les jardins d'essais ou jardins d'acclimatation de légumes tempérés, de fruitiers et plantes d'agréments. Le plus ancien est celui de Richard Toll ( Saint-Louis ), fondé en 1816, suivi des jardins de Sor ( Saint-Louis ) en 1898 et de celui du pénitencier de Thiès établi par la mission catholique jouxtant l'axe ferroviaire Dakar-Saint-Louis. En 1903 s'ajoute le jardin de Hann qui constituait, par l'existence de ses nappes d'eau affleurantes, un réservoir pour l'alimentation de Dakar. L'horticulture est donc une activité économique ancienne, mais dynamique, pourvoyeuse d'emplois et porteuse d'espoirs. Ses atouts sont multiples et variés, mais les contraintes tout aussi nombreuses.

Politiques de développement et de valorisation

Face à la situation de crise mondiale intense où le potentiel de production agricole et agroalimentaire sénégalais est fortement entamé, forçant une partie de la population à abandonner les champs et à vivre sous le seuil de pauvreté, on peut se demander ce qui fonde l'espoir dans le sous-secteur de l'horticulture.

Les termes de la relance de ce secteur par les pouvoirs publics rappellent la place privilégiée qu'occupait l'horticulture à la création de la société BUD en 19734 ( plus de 10 000 tonnes de légumes exportés annuellement ). À la même époque, l'horticulture faisait figure de parent pauvre, ne possédant ni budget ni

4 Importante industrie agricole spécialisée dans l'horticulture, de nos jours disparue.

plan de développement sectoriel. Les Sociétés régionales de développement rural ( SRDR ) n'en faisaient état qu'en tant qu'activité secondaire, non essentielle. L'encadrement technique était réservé aux grandes cultures céréalières de rente et à l'élevage, comme le montrent les conclusions du séminaire sur le développement du maraîchage au Sénégal, tenu au Centre pour le développement de l'horticulture ( CDH ) en 1982: « Le manque de personnel qualifié doit conduire à une formation en cascade des formateurs afin d'atteindre facilement un plus grand nombre. »

La filière devait donc les bons points obtenus par la production locale destinée à l'exportation, à l'aide bilatérale ou multilatérale et à l'abnégation des premiers horticulteurs, qui reçurent le soutien du premier grand financement mis en œuvre avec la Société des terres neuves ( SDTN ).

C'est en 1984, à cause de la sécheresse soutenue au Sénégal – et ses conséquences dramatiques sur la productivité des systèmes pluviaux – et de l'accentuation du déséquilibre démographique en faveur des villes, que l'État choisit l'horticulture comme vecteur du développement agricole. Il misera sur les grandes exploitations horticoles modernes dotées du statut d'exportateur. Ceci alors que la bande côtière des Niayes, quelque peu délaissée par l'encadrement technique et les budgets, produisait déjà 80 % de la production légumière du pays.

En 1992-1993, l'État élabore un plan directeur horticole permettant de lutter contre certaines contraintes au développement de la filière pour valoriser le savoir-faire paysan et son potentiel productif. Il améliore le statut administratif de la division en la propulsant au rang de direction de l'Horticulture en 1994. Les stratégies adoptées sont révélatrices d'une place de plus en plus importante accordée à l'horticulture. À travers ces stratégies, il s'agissait : de lever les contraintes qui pèsent sur les entreprises horticoles, à savoir l'inaccessibilité ou la non-disponibilité des facteurs de production ( eau, semences, engrais, produits phytosanitaires, carburant ), le sous-équipement en matériel agricole, le manque de formation, la complexité des marchés; de favoriser le développement des unités artisanales et industrielles de transformation, afin de récupérer la valeur ajoutée des productions végétales et d'améliorer la gamme de produits à la consommation; enfin, d'impliquer les entreprises privées dans le développement de la filière.

Ces mesures ont amélioré le sort des petits exploitants, qui arrivent à obtenir un revenu monétaire régulier, ainsi que celui des mieux nantis qui, malgré les contraintes réduisant leur productivité, s'en sortent mieux. Ceci aura pour effet de relancer la consommation et d'améliorer le bien-être des Sénégalais. Mais cette politique de relance tient-elle compte des horticulteurs à très faibles revenus ? Va-t-elle améliorer la sécurité alimentaire ?

Politique de sécurité alimentaire

Comme le soulignait Snrech, analyste au Club du Sahel en 1997, la question de sécurité alimentaire se pose en termes d'accessibilité, de capacité à obtenir un revenu monétaire permettant d'acheter la nourriture ou de couvrir les dépenses essentielles non alimentaires. La politique de relance, dont les objectifs ont été présentés précédemment, peut sembler exclure les petites exploitations horticoles qui font le dynamisme et le succès de la filière, pour tendre vers une horticulture « productiviste », comme on en a connu avec les très grandes exploitations privées, bénéficiant ou pas d'une situation de rente, mais ne résistant pas à une vérité des prix.

Il y a lieu, pour réussir cette entreprise de relance, d'adapter le crédit à la situation sociale de tous les acteurs de la filière et principalement, à celle des producteurs les plus démunis. Le Projet de promotion des petites et moyennes entreprises horticoles ( PPMEH ) en a pris la mesure et un volet de mutualisation accompagne le volet crédit. Outre la Caisse nationale de crédit agricole ( CNCA ), des institutions mutualistes telles que l'Alliance du crédit et de l'épargne pour la production ( ACEP ) et les Caisses populaires d'épargne et de crédit ( CPEC ) s'engagent désormais dans ce domaine. Mais la mutualisation ne se décrète pas et n'est pas une panacée. Dans un secteur où la performance est réalisée dans des exploitations individuelles, le collectivisme n'est pas la seule option d'eclosión.

Sur certaines lignes de crédit, il peut exister de véritables freins à l'utilisation des fonds : le critère d'éligibilité du Projet de promotion des entreprises agricoles ( PPEA ) par exemple, demandant la constitution d'un numéraire de 20 à 40 % du montant sollicité, ou l'inégale répartition des risques qui repose essentiellement sur la banque, en l'occurrence la CNCA pour la gestion du Projet de modernisation et d'intensification agricole ( PMIA ) – une ligne du Fonds de promotion économique – ce qui conduisit la caisse à demander l'installation d'une centrale des risques. Aussi, en vue de promouvoir, par l'intermédiaire de ses partenaires producteurs et financiers, un large développement de l'horticulture, les actions du gouvernement sous-entendent bien une politique agricole à deux vitesses : une politique de microcrédit et d'accompagnement de proximité pour plus démunis ; une politique d'accompagnement à l'introduction à l'économie de marché pour les plus performants.

Mais dans le programme agricole, la sécurité alimentaire n'existe de manière explicite qu'en termes de céréaliculture, où un objectif plus qu'ambitieux d'augmenter la production de 50 % est noté. L'horticulture y est classée comme culture de rente ( d'exportation ), avec comme objectif une production de 25 000 tonnes de légumes, de 10 000 tonnes de fruits et de 200 hectares de fleurs et de plantes ornementales, alors que les exportateurs ont du mal à atteindre les 10 000 tonnes de légumes à l'ère de la BUD.

D'une manière générale, le maraîchage est une activité rentable, quelque soit le type d'exploitation et, dans bien des cas, sert à démarrer une autre activité productrice. Comme le montre une étude de Parfonry ( 1993 ), l'arboriculture fruitière peut dégager un décaissement hors amortissement positif dès la première année, à condition qu'on l'associe au maraîchage. Sans cette association, le décaissement serait positif qu'en cinquième année. Hormis l'avantage que procurent les recettes d'exportation sur la balance commerciale, ces revenus ont un impact direct sur le producteur sénégalais, pour deux raisons : d'abord, parce que le système de collecte des produits végétaux fait appel aux producteurs de base, dont certains ont un contrat d'achat de leur production, et aux producteurs-exportateurs ; ensuite, parce que le prix d'achat au producteur est plus lucratif que sur le marché local. Cependant, la plus-value que tire l'exportateur étant beaucoup plus importante que celle du producteur, une partie de celle-ci devrait retourner à l'exploitation horticole afin d'en garantir la durabilité et améliorer la rentabilité du système.

L'analyse qui précède montre que le choix de procéder à une relance de l'horticulture est justifié, car l'horticulture est rentable et, comme le souligne Sarr ( 1998 ), les productions maraîchères au Sénégal ont des avantages comparatifs. Mais, une fois tournées vers l'exportation, elles deviennent peu compétitives face à la concurrence, principalement à cause du coût du fret, de la qualité du produit et de l'ignorance des marchés de l'exportation ( Ndao, 1998 ).

Potentialités de développement

La zone des Niayes est, en Afrique sub-saharienne, la pointe la plus proche du continent européen du point de vue des transports aériens et maritimes. La majeure partie de la population active se trouve dans la ville de Dakar, conduisant à une densification de la capitale du fait qu'elle ne représente que 0,3 % de la superficie nationale.

La non-dépendance à l'égard de la variabilité climatique pour satisfaire en eau les cultures, quelle que soit la saison, est due aux potentialités hydriques. La zone est caractérisée par une humidité relative moyenne en saison sèche, corrélée à de faibles variations thermiques quotidiennes grâce à l'influence du gradient atlantique et d'une bonne réserve en eau souterraine. Ceci permet d'irriguer au moins 13 000 de ses 36 000 hectares de terres arables.

La zone des Niayes possède un réseau routier interurbain et intra-urbain permettant de relier les infrastructures portuaires et aéroportuaires de la capitale aux grands marchés urbains de consommation en des temps relativement courts, sans nécessiter l'emploi du transport réfrigéré plus coûteux, ou en l'utilisant sur une courte distance. Les exploitations situées dans les communautés rurales de Sangalkam et de Sébikhotane profitent, en ce sens, d'un revenu fort confortable, vu le coût que peut représenter le transport routier dans le prix du produit.

La dynamique de la filière

Une très grande diversité de l'offre caractérise la production horticole sénégalaise, comme le montre la liste de légumes des climats tropical et tempéré en production et celle de fruits ( tableau 3 ). L'adaptation des légumes tempérés est facilitée par la douceur du climat. Une spécialisation des zones de production est également perceptible pour des cultures comme la carotte, le chou, l'oignon et le persil, démontrant l'existence d'occasions à saisir par les producteurs ( petits et grands ) installés dans ces zones.

La grande diversité des systèmes de culture que l'on trouve dans les périmètres maraîchers, si petits soient-ils, cache en réalité une stratégie visant à saisir toutes les occasions de vendre et à réduire les risques liés à une ou deux cultures, vue la fluctuation des cours. Sur une même planche ( 10 m2 ), des associations de chou et laitue, de chou et oignon, de laitue et oignon, de fraise et laitue, de tomate et laitue, sont rencontrées. Le nana ordinaire et le nana menthe à caractère plus perenne, forment l'argent « rag-rag » ( obtenu très rapidement ) qui alimente en permanence le fonds de roulement. Les pépinières se succèdent à un rythme effréné, en prenant soin de mener la production de certaines d'entre elles selon le calendrier des fêtes religieuses. Ces petites parcelles ( 500 à 2 000 m2 ), très souvent situées autour des villes, ravitaillent le marché à des prix lucratifs, sans passer par des intermédiaires. On peut conclure que, dans les petites exploitations, ce n'est pas l'aspect technique qui est primordial, mais plutôt le bénéfice social à tirer du lopin de terre. Certains corps de métiers ( mécaniciens, électriciens, etc. ) rencontrés ont opté pour le maraîchage comme activité secondaire à cause de sa rentabilité, même dans les conditions d'absence totale de mécanisation.

Quelle que soit l'importance de l'offre, le maraîchage procure annuellement un revenu monétaire relativement confortable ( figure 6 ). Ainsi, en 1986, les recettes annuelles du maraîchage et des autres produits horticoles ont rapporté plus de 3,5 milliards de francs CFA. L'étude comparée de Seek et Sidibe ( 1991 ) sur les produits horticoles et les produits vivriers montre l'avantage financier que procure l'horticulture comparativement à la culture des céréales et de l'arachide.

Tableau 3. Espèces cultivées dans la zone des Niayes

Maraîchage

 

Basilic ( Ocimum basilicum L. )

Aubergine ( Solanum melongena L. )

Nana ordinaire ( Mentha sp. )

Gombo ( Abelmoschus esculentus )

Nana menthe ( Mentha sp. )

Jaxatu ( Solanum aethiopicum L. Kamba )

Chou cabus vert ( Brassica olerácea L. var. capitata)

Fraisier ( Fragaria vesca L. )

Piment ( Capsicum frutescens L. )

Pomme de terre ( Solanum tuberosum L.

Poivron ( Capsicum annuum L. )

Concombre ( Cucumis sativus L.)

Bissap ( Hibiscus sabdariffa L. )

Asperge ( Asparagus officinalis )

Laitue ( Lactuca sativa L. )

Potiron ( Cucumis maxima L. )

Courgette ( Cucumis pepo L. )

Oignon ( Allium cepa L. )

Carotte ( Daucus carota L. )

Poireau ( Allium porum L.)

Haricot vert ( Phaseolus vulgaris L. )

Courge

Manioc ( Manihot esculentum )

Patate douce ( Ipomea batatas L. )

Tomate de table ( Lycopersicum esculentum var.)

Aïl ( Allium sativum L.) Fenouil

Tomate cerise ( L. esculentum var. cerisae)

Persil ( Petroselinum criapum L. )
Niebe ( Vigna unguiculata L. Walp.)

Navet ( Brassica napus L. )

Ciboulette ( Allium schoenoprasum )

Melon ( Cucumis melo L )

 

Pastèque ( Citrillus colocynthis L. Schrad )

 

Arboriculture fruitière

 

Goyavier ( Psidium guayava L. )

Manguier ordinaire ( Mangifera indica L )

Manguier greffé ( Manguera indica L.)

Grenadier ( Púnica granatum L. )

Papayer Solo ( Carica papaya L.)

Fruit de la passion ( Passiflora cerúlea L. )

Papayer ordinaire ( Carica papaya L.)

Carossolier ( Annona muricata L )

Sapotillier ( Achras sapota L. )

Pomme cannelle ( Annona escamosa L. )

Citronnier ( Citrus limon L. Burm )

Mandarinier ( Citrus retícula Blanca )

Oranger ( Citrus sinensis L. Osb. )

Pomelo ( Citrus paradisi Macf. )

Badamier ( Terminalia macrophylla )

New ( Parinari macrophylla )

Cocotier ( Cocos nucífera L.)

Palmier à huile ( Elaeis guineensis L. )

Bananier ( Musa paradisiaca L. )

Palmier dattier ( Phœnix dactylifera L. )

Anacardier ( Anacardium occidentale L )

Cerisier ( Aphania senegalensis Juss.

 

[ex Poir ] )

Floriculture

 

Fleurs coupées

Plantes ornementales

Chrysanthèmes, Arum, Iris,

Nombreuses espèces

Rosiers, Glaïeuls, Tulipes, Aster

 

bleu, etc.

 

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Figure 6. Évolution mensuelle de l'offre en légumes frais et variation de la marge brute gros-détail à Dakar ( janvier à décembre 1996 )

Source : base de données ISRA-CDH. Par observation réelle du flux quotidien et des prix demandés dans les marchés au gros et les principaux marchés au détail de Dakar.

Regroupées au sein du Comité national interprofessionnel de l'horticulture ( CNIH ), les organisations sectorielles de base comme la Fédération des producteurs maraîchers des Niayes ( FPMN ), la Société d'exploitation des produits agricoles du Sénégal ( SEPAS ), tentent, par la concertation, d'apaiser les divergences interprofessionnelles, d'améliorer les lignes de conduite de leurs adhérents ( améliorer leur sens du professionnalisme ) et de mettre de la pression sur les politiques de développement de l'État. Mais l'efficacité du comité reste à améliorer afin d'avoir une plus grande influence sur les propositions visant la résolution des contraintes qui apparaissent au niveau de la filière.

Au delà de cette forme organisée, la filière a une intense activité informelle où différents acteurs interviennent de manière indépendante, mais cohérente, depuis la production jusqu'à la commercialisation et la distribution près de la concession ou de la villa du petit consommateur. Ce qui montre le rôle social important que joue le maraîchage, urbain comme rural.

Flux de production

Le flux mensuel observé montre le potentiel de production dans le temps ( 2,5 à 3 cultures par an ) et dans l'espace ( concernant les quatre villes et leurs environs ). Ceci a pour effet de mettre à la disposition du consommateur des légumes frais presque toute l'année ( figure 6 ). Il permet l'installation d'un réseau de distribution impliquant des marchés nationaux ( ruraux et urbains ) et les marchés des pays limitrophes ( Mauritanie, Gambie, Mali ) ; ces derniers sont ravitaillés par les intermédiaires bana-bana ou coxeurs, principaux informateurs des marchés, en lien avec les transporteurs et les commerçants grossistes. Cette exportation sud-sud, difficilement quantifiable, stimule la production grâce à des prix plus lucratifs que sur les marchés locaux.

Le haut taux de productivité de plusieurs exploitations du système évolutif montre le savoir-faire des producteurs dans le domaine et permet, sur des superficies réduites, de maintenir un potentiel de production acceptable. Des rendements en bulbes d'oignon de l'ordre de quinze tonnes à l'hectare sont atteints dans le Gandiolais.

Flux d'exportation

La capacité annuelle d'importation de l'Union européenne est de 25 000 tonnes de légumes, 500 000 tonnes de bananes et 250 000 tonnes de fruits variés. Pour la campagne 1998-1999, le volume échangé par le Sénégal avoisine 2 000 tonnes de légumes sur un quadrimestre ( octobre 1998 à janvier 1999 ). Pour la campagne 1997-1998, le cumul des exportations de légumes s'est élevé à 6 500 tonnes. Mais une augmentation des parts du Sénégal dans ce marché doit nécessairement être réalisée. Avec l'entrée en vigueur des textes de l'Union économique et monétaire ouest-africaine ( UEMOA ) en 1994 et l'élimination de la majorité des taxes douanières, un marché d'environ 60 millions de consommateurs s'ouvre, et les complémentarités des différentes cultures peuvent jouer en faveur des producteurs exportateurs.

Flux de consommation

La forte capacité d'absorption du marché local – constitué de chaînes hôtelières, de restauration de rue et de ménages solvables dont la majorité se trouve dans les villes – est en progression constante. De 173 700 tonnes de légumes en 1990, le marché est passé, selon la direction de la Prévision et de la Statistique ( DPS ), à 191 000 tonnes en 1993 et à 230 000 tonnes de légumes et 180 000 tonnes de fruits en 1995, dont 14 000 tonnes d'oignons, 18 000 tonnes de pommes de terre et 2 347 tonnes de bananes provenant des importations.

L'étude récente de la DPS publiée en 1997 ( effectuée de mars 1994 à mai 1995 ) montre l'importance de la consommation alimentaire dans le budget global des ménages vivant au Sénégal. L'allocation des ressources pour ce poste varie en sens inverse du niveau d'urbanisation: 40,1 % à Dakar et 45,6 % dans les autres centres urbains, contre 69,1 % en milieu rural. De la structure de consommation ( figure 7 ), il ressort que les fruits et légumes sont au troisième rang des dépenses de consommation alimentaire en milieu urbain et au second rang en milieu rural. Cela représente, en valeurs réelles, 22 837 millions de francs pour la ville de Dakar, 16 842 millions de francs pour les autres centres urbains et 40 976 millions de francs en milieu rural. Dans le même temps, ce sont les produits les moins autoconsommés, de l'ordre de 17,5 % pour les fruits et de 15,5 % dans le cas des légumes, ce qui dénote leur importance stratégique dans la création des revenus agricoles.

Contraintes au développement

C'est par une amélioration des performances des systèmes de production et par une compétitivité accrue des produits qu'on peut lutter contre les importations et que la relance de la consommation pourra trouver un terrain fertile. Cette consommation est, elle-même, liée au niveau de vie de la population et à une disponibilité constante de produits sains et hygiéniques.

Contraintes liées à la compétitivité des produits

La compétitivité des produits est un des principaux facteurs qui limite le développement de l'horticulture. Mais d'autres éléments sont également en cause : la qualité organoleptique, sanitaire et hygiénique des produits, contrainte prise en considération par les intervenants de la filière et par l'État, ce qui a mené à une étude sur le contrôle de qualité et la recherche de financement pour la mise en place d'un laboratoire national de contrôle de la qualité ; le différentiel de prix à

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Figure 7. Structure du budget de la consommation de produits alimentaires en fonction du milieu de résidence

Source : DPS 1997.

la consommation, lié à la structure du prix dans laquelle trois postes, parmi les plus handicapants, sont par ordre décroissant les coûts de production, les transports et les bana-bana ( commerçants intermédiaires ).

Les coûts de production

Ce poste réunit la plus grande part des contraintes au développement technique de la production. Elles sont présentées par ordre décroissant :

Image L'eau d'irrigation : faiblesse des réserves disponibles dans certaines zones, exhaure manuelle par les sourgas dans les exploitations traditionnelles, coûts élevés et tarification mensuelle par la SDE. Cependant, la proposition de l'État d'installer une batterie de forage à grand débit ( Le Soleil, 1999 ), outre son coût très élevé dû à la profondeur de la nappe maestrichtienne à solliciter ( 100 à 300 m ), conduira plutôt à la destruction des exploitations de la zone qu'à leur développement, par défaut de restitution de l'eau prélevée.

Image Les semences améliorées, à cause de leur importation, ont un coût encore trop élevé. Cela réduit fortement leur utilisation chez la plupart des petits maraîchers.

Image La forte utilisation de la main-d'œuvre sous forme de sourgas ( saisonniers ) nourris par le propriétaire, ce qui conduit au partage de la récolte et a comme effet négatif d'extraire une partie des capitaux de l'exploitation, voire de la zone de production, diminuant la productivité par unité de surface. Les revenus sont destinés à payer les frais de retour au pays des émigrés guinéens ou les frais d'émigration vers les États-Unis ou l'Italie pour les migrants du Baol ou du Saloum. Ainsi, dans le type d'exploitation traditionnelle, le poste main-d'œuvre représente 62,5 % des frais de production de l'oignon contre 45 % dans le système évolutif. Pour la pomme de terre, il intervient respectivement pour 40 et 26 %. Mais en système traditionnel, 72 % de leurs prestations sont destinées à l'irrigation ( Diouf et Heyde, 1995 ). Ceci a un impact négatif sur le taux de rentabilité.

Image Les engrais granulés ou solubles et les pesticides sont importés et ont des coûts relativement élevés. Les engrais organiques – achetés localement à un prix variant de 1 500 à 5 000 francs CFA par charrette à cause d'un manque d'intégration à l'élevage – se font rares dans certaines zones maraîchères du fait de la faiblesse de leur élevage.

Les transports

Ils ont une part relativement importante dans la commercialisation et la mise en vente des produits sur le territoire. Leur qualité est médiocre, car les infrastructures sont insuffisantes ou mal entretenues ( gare de fret, routes, piste de production ), le matériel roulant devant préserver la chaîne de froid ( camion frigorifique ) est limité, la tarification est inexistante, le coût du fret est élevé. Leur réorganisation est souhaitable au sein des organisations interprofessionnelles, pour une meilleure adéquation aux exigences du marché ( rapidité, réduction des pertes après-récolte, régularité de l'approvisionnement, compétitivité du produit ), et pour une fixation des prix de manière plus rationnelle, standardisée et adaptée à la classe des utilisateurs et à la catégorie du service.

Les intermédiaires

Si leur rôle dans la filière reste très important, dû à la difficulté qu'ont les producteurs à s'improviser commerçants et à leur manque de stratégie offensive dans la recherche de nouveaux marchés, il faudrait mieux définir les actions des bana-bana ( commerçants ) et fixer en conséquence les modalités de rémunération, afin de réduire la part du poste dans la structure du prix des produits, quelle que soit la situation du marché.

La fixation des prix prend en considération, outre la distance de transport, la qualité des infrastructures ( pistes, routes ), le contrôle routier ( municipalités, police ) et la nature de la culture. Alors que dans le même temps, face à la vétusté du parc, le bana-bana ne garantit pas la marchandise en cas de dommages subis durant le transport. Ils sont peu populaires, malgré l'indispensable travail qu'ils réalisent dans le processus de commercialisation, dont la circulation de l'information sur les prix, sur l'existence de stock, sur des acheteurs potentiels. De même, des marchés de regroupement par zone de grandes productions avec des infrastructures de stockage temporaire doivent être créés pour permettre, entre autres, un meilleur ravitaillement des exportateurs de la sous-région ( UEMOA ).

Ces marchés ravitailleraient le futur marché au gros de Diamniadio ( Marché d'intérêt national, décret du 21 janvier 1999 ). Son potentiel de conservation permettra d'éviter le bradage de la production et le maintien de la qualité organoleptique, qui joue un rôle primordial dans la compétitivité de ces produits frais, rapidement périssables. Les marchés de regroupement et au gros centraliseront les informations sur les prix pour une meilleure gestion des flux et des périodes de récolte. Ces mesures permettent :

Image un meilleur contrôle de la répartition de la marge bénéficiaire depuis le producteur jusqu'au détaillant, suite à la disponibilité de l'information sur les prix fixés par la seule loi de l'offre et de la demande;

Image une planification de l'offre à partir d'une bonne connaissance de la demande, afin de lutter contre la chute des cours suite à une pléthore du produit à certains moments ;

Image une stabilisation de l'offre et le contrôle de sa qualité phytosanitaire et commerciale pour une compétitivité accrue des produits.

Contraintes liées à la tenure foncière

La forte demande en construction a pour conséquence une diminution de la disponibilité en terres arables, principalement à cause de leur situation urbaine et périurbaine. La loi 64-46 du 17 juin 1964 sur le domaine national, tout en favorisant une culture foncière, semble précariser la situation des exploitants. De ce fait, elle renverrait le capital obtenu hors de l'exploitation et bloquerait l'investissement durable dans les exploitations urbaines et périurbaines, réduisant du même coup leur productivité par unité de surface et accentuant la dégradation et la fragilité des terres.

Mais, face à la nécessité d'augmenter le niveau de modernisation et de productivité des exploitations, l'État devrait adopter l'amendement de la loi 64-46 en y ajoutant la garantie d'une non-expropriation, par exemple sur une période de dix ans, suite à un montant donné d'investissement et sans tenir compte du lieu de résidence du requérant. Cette sorte de bail serait renouvelable à la suite d'une évaluation technico-économique positive de l'exploitation. L'évaluation serait la responsabilité des collectivités locales.

La politique de relance du secteur horticole doit avoir un objectif social clairement exprimé dans la thématique « sécurisation alimentaire ». Le grand nettoyage préconisé sur la gestion foncière devrait y contribuer, car les moyens financiers sont disponibles sous diverses formes et directement gérés par les ONG, et l'environnement institutionnel et économique est en train d'être assaini. Il reste aux différents acteurs à trouver les stratégies d'utilisation rationnelle.

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Chapitre 4
INTERACTIONS HORTICULTURE-ÉLEVAGE : POTENTIEL DU SYSTÈME ET CONTRAINTES

Safiétou T. Fall et Aminata N. Badiane

L'horticulture est, avec la pêche, la principale activité pratiquée par les habitants de la zone des Niayes au Sénégal. Une faible partie du cheptel national, de l'ordre de 3 %, est exploitée dans cette zone, mais le mode de production est plus moderne que dans les zones extensives. Cette tentative de modernisation oriente le système de production vers une intensification qui sollicite beaucoup d'intrants. Les producteurs tentent de répondre à cette demande par le recyclage de différents types de déchets. L'observation du système de production à travers les pratiques culturales et d'élevage ainsi que l'évaluation de ses performances suscitent des interrogations relatives à la dynamique des processus d'interaction, les objectifs visés, le taux d'exploitation du potentiel et les contraintes rencontrées.

Pratiques agricoles dans le système horticulture-élevage

Agriculture

Les techniques culturales pratiquées dans la zone des Niayes ne privilégient pas la mécanisation et le système n'est pas moderne. Le travail de la terre est essentiellement manuel. Les autres opérations impliquent physiquement les acteurs à tous les niveaux depuis les semences jusqu'aux récoltes.

La description du système agricole permet de constater la prévalence de l'utilisation du fumier comme engrais qui occupe une place importante dans le processus d'amendement des sols et constitue le premier maillon de l'intégration horticulture-élevage. Le fumier est utilisé pour améliorer la texture des sols et leur pouvoir de rétention. Il leur apporte également la matière organique indispensable à la croissance des végétaux. C'est dire l'importance des déjections fécales récupérées dans les élevages de la zone des Niayes qui constituent un instrument majeur d'intégration entre l'horticulture et l'élevage. L'utilisation de la matière organique est cependant contrainte par l'insuffisance de cette matière et aussi par des problèmes d'accès ( coût élevé et difficultés de transport ). Sa qualité n'est pas optimale et ne satisfait pas les besoins en nutriments de la plupart des cultures maraîchères.

Élevage

L'élevage a une dominante intensive ou semi-intensive. Il concerne un faible pourcentage du cheptel national. Son extension s'oppose aux contraintes spatiales. Les terres de parcours sont les plus sollicitées pour absorber les flux démographiques. Les Niayes hébergent également des troupeaux des zones environnantes. L'importation d'animaux des zones extensives vers les grandes agglomérations permet aux producteurs d'atteindre les grands marchés.

Pour l'élevage des ruminants, il existe un système extensif avec pâturage dans les espaces résiduels, les couloirs des exploitations maraîchères. Ces animaux sont parqués la nuit. Le système semi-intensif fait intervenir des pratiques de supplementation le soir après le pâturage. Le système intensif met en stabulation les animaux pour leur apporter les ressources alimentaires nécessaires pour la production de lait ou de viande. Ce système joue un rôle important dans l'approvisionnement des villes. C'est également une source d'emploi non négligeable pour des immigrants.

La zone des Niayes est la principale région avicole intensive du Sénégal. Son climat et la présence des marchés urbains ont favorisé l'implantation d'ateliers de production intensive de poulets et d'œufs. L'aviculture urbaine contribue beaucoup à l'intégration de l'horticulture et de l'élevage dans cette zone. La fiente de volaille est un engrais de choix dont l'appréciation du taux de satisfaction des besoins requiert une évaluation quantitative et qualitative.

L'utilisation des farines d'origine animale telles que la poudre d'os et la farine de sang pour l'alimentation du bétail est une autre possibilité exploitable dans le cadre d'une bonne interaction entre différentes cultures. Les abattoirs produisent des déchets comme le sang, les os, le contenu digestif des ruminants, qui pourraient être utilisés aussi bien dans l'enrichissement d'engrais organiques que dans l'alimentation du bétail. Cette dernière option est cependant limitée par les risques de contamination microbienne, notamment la maladie de la vache folle.

La farine de poisson est déjà utilisée dans l'alimentation de la volaille. Les ateliers de transformation artisanale du poisson rejettent des déchets à base d'écaillés et d'arêtes de poisson utilisés comme engrais.

Présence de l'arbre

La zone des Niayes recèle des espaces forestiers peu importants, situés à Mbao et dans le littoral atlantique. Ce sont des refuges et des niches alimentaires pour le bétail en divagation ; ils représentent un premier niveau de recyclage des éléments nutritifs par dépôt de matière organique au sol et par prélèvement des feuillages d'arbres par les ruminants. Les forêts fournissent également des feuilles d'arbres recyclables dans la préparation de fumier en association avec les déjections fécales des animaux domestiques pour l'amendement de surfaces maraîchères. Ces forêts souffrent de dégradation quelquefois très avancée, mais le plus grand danger est la deforestation au profit de l'extension des zones habitées. C'est tout le problème de la progression des villes au détriment de l'espace rural périurbain indispensable à un développement de l'agriculture urbaine.

L'arboriculture fruitière est très développée. La zone des Niayes produit 19 500 tonnes de fruits, soit près de 11 % de la production totale ( ministère de l'Agriculture, direction de l'Horticulture, 1993 ). Cette région est la deuxième productrice de fruits derrière la Casamance. La production fruitière est une importante source de revenus pour les producteurs. Son expansion est de nos jours favorisée par une crise de la production céréalière qui demande la recherche de ressources alimentaires alternatives.

L'utilisation des arbres comme haie vive et brise-vent est une pratique courante en horticulture. Mais le système de gestion du couvert arbustif n'est pas optimal. Les exploitations horticoles sont mises en défens par des haies vives arbustives ; le salane est l'espèce la plus souvent utilisée. Les épineux sont également plantés. Ces arbres protègent les champs en contribuant à sa sécurité. Comme brise-vent, ils protègent les cultures en enrichissant également les sols d'azote et de matière organique. Ils retiennent les sols et constituent un moyen efficace de lutter contre l'érosion éolienne et hydrique.

Les phénomènes de dégradation et l'urbanisation n'ont pas épargné la strate arbustive de la zone des Niayes. Mais la présence d'espèces fourragères arbustives dans les exploitations horticoles permet de valoriser des terres exposées aux différentes formes d'érosion. Les arbres fourragers ont été récemment introduits dans certaines exploitations maraîchères. Le genre Leucaena en particulier est en train de se propager dans la région de Dakar. Leur introduction répond à des objectifs multiples : alimentation du bétail, amendement des sols, protection contre l'érosion éolienne et hydrique, délimitation de parcelles. Ces espèces ont contribué à améliorer les performances horticoles, mais leur utilisation dans l'alimentation du bétail est embryonnaire, leur installation est encore insuffisante et leur mise en place est à promouvoir.

Productions halieutiques

Entièrement bordées par le littoral atlantique, les Niayes couvrent la moitié des 718 km de côte maritime du Sénégal. Cette façade atlantique est poissonneuse et fait des Niayes la première région halieutique du pays. La pêche représente la première activité économique de la population. Dans plusieurs zones, les producteurs maraîchers associent d'ailleurs la pêche aux cultures maraîchères. Cette intégration offre des possibilités de recyclage. Les résidus de traitement des fruits de mer sont utilisés comme engrais sur tout le littoral atlantique. Ces résidus sont issus d'ateliers de transformation artisanale du poisson.

Les principaux centres de débarquement sont Saint-Louis, Kayar et Harnn. La transformation artisanale concerne le fumage, le salage et le séchage. Des 130 000 tonnes de poissons annuellement péchés au Sénégal, 90 % sont traités et exportés ( Marchés tropicaux, avril 1997 ). Leur traitement engendre ainsi des sous-produits qui sont recyclés en farine d'origine animale et en engrais. Des recherches s'avèrent nécessaires pour évaluer la qualité de ce produit et préciser son mode d'utilisation.

Flux des intrants et intégration horticulture-élevage

L'intensification de l'élevage et celle de l'agriculture s'imposent comme la réponse la mieux adaptée à la contrainte spatiale qui limite l'expansion de l'agriculture urbaine au Sénégal. Cette option n'est pas sans conséquences sur la disponibilité des intrants, qui s'avère le principal facteur limitant les performances de l'horticulture et celle de l'élevage en zone périurbaine. Ce système est déterminé par l'état des sols, le besoin d'amendement et l'utilisation des résidus de culture.

Si les semences sont souvent d'un coût prohibitif, les engrais sont aussi d'accès difficile, ce qui oriente les producteurs vers l'utilisation de résidus d'élevage pour améliorer l'état des sols. Le cheptel reçoit une rétroaction en termes de résidus de cultures recyclables dans l'alimentation des ruminants et des animaux de trait. Quelles sont les caractéristiques et les contraintes de ce système qui illustre une solide interaction entre l'horticulture et l'élevage dans la zone des Niayes du Sénégal ?

État et systèmes d'amélioration de l'état des sols

Le Sénégal est peu doté en ressources pédologiques de qualité. Les principaux types de sols rencontrés dans la zone des Niayes sont présentés dans le tableau 4. Ces sols de formations sableuses littorales sont constitués de cordons, terrasses et

Tableau 4. Les caractéristiques géologiques et morphopédologiques de la zone agroécologique des Niayes

Zone agroécologique

Matériau originel

Position topographique faciès

Type de sols prédominants

Caractéristiques

Niayes

Sable du Quaternaire d'origine marine

Sur dune de sable avec un relief plat faciès homogène

Sols ferrugineux tropicaux peu ou pas lessivés (dior )

Sableux en surface ( 4 % d'argile ) ; nappe phréatique à faible profondeur ; teneur faible en matière organique

 

Dépôts fluviatiles et fluvio-deltaïques

 

Sols hydromorphes ( deck / dior )

Forte teneur en matière organique ( tourbe )

dunes du littoral et de la Grande Côte surtout, enserrant des sols argilo-sableux dans les bas-fonds. Ils sont essentiellement composés de sols minéraux bruts peu fertiles, pauvres en limon et en matières organiques.

La problématique de la gestion des ressources en sols, notamment les conditions d'exploitation et d'occupation par les activités rurales ( culture, pastora-lisme, foresterie ), dépend de plusieurs facteurs : aptitude pédologique, conditions du relief, conditions climatiques, possibilités d'irrigation, densités démographiques et pratiques socioculturelles. Ces paramètres de base varient d'une région à l'autre. Des études réalisées par l'USAID ( 1990 ), la SAED ( 1994 ) et la direction de l'Agriculture ( 1994 ) montrent que les terres arables ne représentent que 19 % de la superficie du pays ( 3,8 millions d'hectares ). Les surfaces moyennes cultivées annuellement oscillent autour de 2,5 millions d'hectares ( 65 % des terres arables ) dont 98 % en pluvial et 2 % en irrigué. Les taux d'exploitation les plus élevés se rencontrent dans le bassin arachidier ( 81 % ), les Niayes ( 65 % ) contre seulement 40 % en Casamance et au Sénégal Oriental.

Les principales contraintes à l'utilisation des sols ont notamment trait à la salinité, la faible capacité de rétention d'eau, l'érosion éolienne et l'érosion hydrique. Elles pèsent sur l'utilisation agricole de la plupart de ces sols. Malgré quelques constantes, les problèmes liés à la gestion et à l'utilisation des sols se posent différemment, selon les régions.

Les principales causes de dégradation des sols et les facteurs limitant leur utilisation sont présentés dans le tableau 5 pour la grande région agricole naturelle des Niayes.

Tableau 5. Principales contraintes à l'utilisation des terres dans la région des Niayes

Région agricole naturelle

Principales contraintes

Niayes

• Manque de pluie

• Menaces de l'avancée des dunes vives, remise en mouvement des dunes anciennes

• Salinisation des sols et des puits

• Disparition de la végétation sur les dunes

• Comblement et ensablement des terres de bas-fonds

• Risque de rupture de l'équilibre entre eau douce et eau salée dans le sous-sol et menace d'intrusion marine

Le système d'amendement des sols : utilisation des engrais

Les cultures maraîchères occupent une place essentielle dans la zone des Niayes. Leur développement est surtout lié à la présence de l'eau et des engrais minéraux et organiques.

Traditionnellement et pendant longtemps, les agriculteurs ont utilisé de façon systématique le fumier organique pour augmenter la productivité des cultures et maintenir la fertilité de leurs terres cultivées. La bonne intégration de l'agriculture et de l'élevage observée dans les systèmes agraires constitue une illustration concrète de cette situation ( Pelissier, 1966 ; Garin et al., 1990; Lericollais, 1972 ). De nombreux travaux sur la fertilisation des cultures maraîchères ont été réalisés dès 1961 à Bambey sur sol dior et se sont poursuivis dans la vallée et le delta du fleuve Sénégal ( sol alluvionnaire ) et à ndiol ( sol sableux dunaire ), dans les Niayes, sur sol noir humifère plus ou moins salé et à Séfa ( sud de la Casamance ) sur sol ferrugineux tropical lessivé à concrétions. Les principales recommandations sont reprises dans le tableau 6.

Ces données démontrent combien sont exigeantes les cultures légumières. Ce qui pose un réel problème de disponibilité en intrants d'origine végétale ou animale. Concernant les engrais chimiques, la formule 10-10-20 est communément utilisée, à doses variant entre 150 et 600 kilogrammes à l'hectare selon les cultures. Les engrais organiques sont très diversifiés, mais le problème de la qualité se pose. Dans la zone des Niayes, les résidus de récoltes sont principalement utilisés pour l'alimentation du bétail, ce qui engendre un sérieux problème de disponibilité de la biomasse. D'autres résidus tels que les sous-produits de la pêche constituent des sources de matière organique pour le développement de l'horticulture dans la zone.

Tableau 6. Recommandation en matière de fertilisation des cultures maraîchères

Cultures

Fumure de fond

Fumure d'entretien

Oignon

10-20 t/ha de matière organique + 250 kg/ha de 10-10-20

 

Fraisier

20 t/ha de matière organique + 100 kg/ha de sulfate de potasse + 100 kg/ha de sulfate d'ammoniaque + 30 kg/ha de superphosphate triple

1 fois par mois après plantation 25 kg/ha de TSP + 60 kg/ha de sulfate de potasse + 100 kg/ha de sulfate d'ammoniaque; ajouter 70 kg/ha de nitrate lors du 1erépandage

Pastèque

20-30 t/ha de matière organique + 250 kg/ha de 10-10-20

250 kg/ha de 10-10-20 environ 40 jours après semis

Tomate

20-30 t/ha de matière organique + 400 kg/ha de 10-10-20

200 kg/ha de 10-10-20 après 15, 30, 50 et 60 jours de plantation

Chou

20-30 t/ha de matière organique + 250 à 300 kg/ha de 10-10-20

200 kg/ha de 10-10-20 après 20 et 35 jours de plantation

Aubergine

20-30 t/ha de matière organique + 500 kg/ha de 10-10-20

250 kg/ha de 10-10-20 à 40, 60 et 80 jours après repiquage

Chou de Chine

15-20 t/ha de matière organique + 300 kg/ha de 10-10-20

 

Piment

15-20 t/ha de matière organique + 300 kg/ha de 10-10-20

150 kg/ha de 10-10-20 deux à quatre semaines après repiquage

Melon

30-40 t/ha de matière organique sur une bande large de 0.5m le long de la ligne de plantation + 400 kg/ha de 10-10-20

200-300 kg/ha de 10-10-20 au niveau de la raie ou sur les lignes de plantation, au stade de l'étêtage, au moment de la floraison-nouaison et après la 1ère récolte

Jaxatu( aubergine africaine )

10-20 t/ha de matière organique + 400 kg/ha de 10-10-20

200 kg/ha de 10-10-20 à 20, 40 et 60 jours après repiquage

Laitue

15-25 t/ha de matière organique + 250 kg/ha de 10-10-20

250 et 400 kg/ha de 10-10-20 respectivement 20 et 40 jours après plantation

Manioc

5-10 t/ha de matière organique + 600 kg/ha de 10-10-20

 

Gombo

10-20 t/ha de matière organique

200 kg/ha de 10-10-20 à 20, 50 et 70 jours après le démarrage

Navet chinois

15-25 t/ha de matière organique + 300 kg/ha de 10-10-20

200 kg/ha de 10-10-20 de15 à 20 jours après le semis

Poivron

15-25 t/ha de matière organique + 500 kg/ha de 10-10-20

200 kg/ha de 10-10-20 à 15, 30, 50 et 80 jours après repiquage

Carotte

10-20 t/ha de matière organique + 500 kg/ha de 10-10-20

300 kg/ha de 10-10-20 à 20 et 40 jours après semis

Source : fiches techniques du CDH, dans Ndiaye et Sagna ( 1989 ).

Il faut signaler que la fertilisation minérale est abondamment utilisée dans la zone des Niayes comparativement au reste du pays, comme la zone du bassin arachidier. Les risques encourus pour la non-valorisation de l'engrais apporté, conjugués au déficit hydrique des cultures céréalières résultant de la sécheresse et du faible pouvoir d'achat des paysans, ont entravé l'utilisation des engrais minéraux. Un autre aspect est le coût prohibitif des intrants qui limite énormément leur utilisation en milieu réel.

La quantité de fumier susceptible d'être collectée et valorisée pour les cultures à l'échelle de l'exploitation, du village, du terroir ou de la région dépend de l'effectif du bétail présent, de leur importance relative et de leur mode de gestion. Des enquêtes réalisées dans des villages ( Ndiamsil-Seesène ) de la zone nord du bassin arachidier ont montré qu'un troupeau composé de 30 animaux de trait et de 407 animaux élevés de façon extensive a produit annuellement, respectivement 43 et 149 tonnes de matière sèche de fumier ; 70 % du total est produit en saison sèche ( Sagna-Cabral, 1989 ). Des résultats comparables ( 1,8 tonnes de fumier par tête, annuellement ) ont été obtenus dans le bassin arachidier par Fall et al., ( 1994 ), alors que les animaux élevés en embouche bovine à Sébikotane ont donné des quantités de fumier plus importantes ( 3,5 tonnes par animal, annuellement ). Ces résultats et les caractéristiques chimiques du fumier produit sont présentés dans le tableau 7 et indiquent la diversité des produits obtenus en milieu réel.

Tableau 7. Caractéristiques chimiques du fumier produit dans sept exploitations suivies à Ndiamsil-Seeséne ( nord du bassin arachidier )

Exploit.

Nature du fumier

C%

N%

P%

K%

Ca%

Mg%

Cendres insolubles %

1

Bovins

34,3

1,25

0,207

0,247

1,53

0,563

22,1

 

Cheval

29,7

1,25

0,224

0,570

0,79

0,597

35,6

 

Ovin

29,2

1,97

0,297

0,697

2,02

0,720

25,7

2

Cheval

39,2

1,19

0,193

0,500

0,74

0,637

10,6

3

Cheval

31,5

0,87

0,153

0,60

0,69

0,403

25,4

4

Ovin

34,3

2,04

0,254

0,500

2,31

0,613

24,2

5

Cheval

36,8

1,00

0,169

0,360

0,630

0,447

18,5

6

Cheval

32,9

1,46

0,222

0,380

1,21

0,520

22,1

7

Cheval

34,9

1,48

0,171

0,493

0,883

0,533

13,2

Note : C = carbonne ; N = azote ; P = phosphore ; K = potassium ; Ca = calcium; Mg = magnésium.

Le taux de cendres insolubles varie de 10 à 35 %; alors que celui des déjections fraîches est d'environ 5 % ( Ganry et Badiane, 1998 ). Ce taux élevé de cendres insolubles diminue notablement la valeur fertilisante du fumier. L'action des termites et les mauvaises conditions de stockage qui induisent des pollutions diverses sont à l'origine de ce fait. La teneur en azote est correcte, par contre les taux de phosphore et surtout de potassium sont faibles. Les taux de calcium et de magnésium, à l'exception du fumier ovin dont les valeurs sont relativement élevées ( 2 % environ ), ne présentent pas de différences notables par rapport aux valeurs couramment observées.

La grande dispersion des valeurs obtenues à l'analyse pour un même type d'animal montre qu'il est nécessaire d'être prudent dans l'interprétation d'un échantillon aussi restreint, et souligne que la qualité minérale du fumier est très dépendante non seulement de l'alimentation de l'animal, mais aussi des conditions de stockage dans l'exploitation. Par ailleurs, ces différences révèlent la possibilité, voire la nécessité, d'améliorer la qualité du fumier produit en milieu paysan pour accroître son efficacité.

L'amendement des sols est souvent une nécessité pour des cultures maraîchères exigeantes en éléments nutritifs. Un certain nombre d'espèces, type manioc, pastèque, melon, semblent être plus sobres; mais leur culture est une cause sérieuse de détérioration des sols. La définition d'une stratégie de régénération des sols est une question clé pour améliorer les rendements agricoles dans la zone des Niayes.

Utilisation des résidus de cultures maraîchères pour l'alimentation du bétail

La récolte des cultures maraîchères laisse sur le champ une biomasse utilisée par le producteur pour nourrir le bétail. L'importance des résidus de cultures maraîchères pour l'alimentation du bétail est reconnue par les producteurs. La disponibilité des résidus provenant des cultures maraîchères n'est pas contrôlée. On peut l'estimer à partir de la mesure du rapport produit-sous-produit. Ce rapport montre la supériorité, quelquefois multiple, des résidus comparativement aux produits. L'évaluation préliminaire des résidus horticoles est présentée dans le tableau 8.

Pour certains produits, les statistiques agricoles actuelles ne permettent pas d'estimer la production nationale. La fane de haricot semble être le produit de plus grande valeur. Elle est totalement récupérée et fait l'objet d'un marché à l'échelle nationale. Par exemple, les quantités produites dans la vallée du fleuve Sénégal

Tableau 8. Évaluation des sous-produits disponibles

Espèce

Rapport P/SP en % MS1

Production annuelle tonnes brut2

Est. des résidus tonnes brut

Oignon

 

63 785

 

Tomate

 

31 360

 

Tomate industrielle

 

50 000

 

Pomme de terre

 

12 830

 

Patate

 

 

 

Haricot

 

4 960

 

Carotte

 

 

 

Chou

1,30

13 330

17 329

Aubergine

 

4 445

 

Diakhatou

 

2 980

 

Manioc

1,44

1 500

2 160

Piment

5,80

2 350

13 630

Gombo

 

7 010

 

Concombre

2,90

 

 

Hibiscus

2,50

 

 

Asperge

1,00

 

 

Navet

 

500

 

Pastèque

 

19 470

 

1Mesurée au LNERV, Fall et al. autres ( 1999 ), résultats non publiés.

2Source : MDR, DH ( 1998 ).

Note : P/SP = produit/sous-produit; MS = matières sèches.

sont acheminées vers la région de Dakar pour l'alimentation du cheptel urbain. La paille d'oignon est également très prisée; elle est ramassée par les producteurs pour l'alimentation des moutons de case.

Les autres sous-produits horticoles sont faiblement utilisés. On observe une trop grande déperdition de résidus qui sont brûlés, enfouis ou dispersés par les vents dans les champs. Les producteurs n'élèvent pas souvent des animaux pour assurer le recyclage de cette biomasse. Le problème du transport et de la conservation de ces sous-produits est aussi une des contraintes à leur utilisation.

Les données sur la composition chimique et la valeur nutritive des sous-produits sont insuffisantes. Mais les éleveurs reconnaissent la valeur hautement nutritive des fanes de haricot et d'oignon, des résidus de manioc et de tomate. Le tableau 9 donne la valeur nutritive de quelques résidus. La fane de pomme de terre

Tableau 9. Qualité des résidus de cultures maraîchères ( g/kg MS )

Espèces

MS

CB

MAT

UF

Ca

P

Oignon

 

 

 

 

 

 

Tomate

 

 

 

 

 

 

Pomme de terre

194

248

134

0,55

25,7

2,3

Patate *

140

174

157

0,88

9,1

5,4

Patate

158

177

108

0,71

18,8

1,0

Haricot ( sec )

964

214

231

0,77

19,6

3,1

Carotte

 

 

 

 

 

 

Chou

 

 

 

 

 

 

Manioc *

210

157

273

1,05

13

5,6

Manioc

273

215

156

0,64

9,2

5,1

* Rivière (1978).

Source : Kearl ( 1982 ).

Note : MS = matières sèches.

est comparable à un foin de bonne qualité alors que les résidus de patate, de haricot et de manioc sont plus proches de concentrés type son de mil et graine de coton.

Production de fourrage autour des céanes pour l'alimentation du cheptel urbain

La prolifération d'espèces herbacées de nature graminéenne autour des céanes permet au producteur d'exploiter cette biomasse comme fourrage. L'herbe est commercialisée sur le marché des villes pour alimenter le cheptel urbain. Cette activité peut apporter 2 500 à 5 000 francs CFA par jour au collecteur itinérant. Les quantités de ce produit et l'importance de cette filière restent à évaluer.

Traction animale

La traction animale est un phénomène très répandu dans la zone périurbaine des Niayes. Elle s'explique par l'existence d'un réseau routier assez dense, mais insuffisamment ramifié pour atteindre des zones de production reculées. Les particularités topographiques, caractérisées par l'existence de dunes de sable, limitent également l'accès des véhicules aux périmètres maraîchers. L'animal n'intervient pas dans le travail de la terre, mais il est souvent la seule solution susceptible d'apporter une réponse à l'épineux problème du transport des intrants, du déstockage des produits et de la mobilité du producteur.

Les espèces animales utilisées en priorité sont le cheval et l'âne ; la taille de ce cheptel est faible, allant de une à cinq bêtes par exploitation ( Fall et al., 1994 ). La gestion du cheptel de traction animale ne fait pas l'objet d'une planification particulière. Le parcage se fait dans les arrière-cours des habitations et les animaux sont nourris avec les résidus de cultures maraîchères. Il n'existe pas de prophylaxie contre les principales maladies sévissant dans la zone.

Le développement de la traction animale est limité par des contraintes liées au système d'exploitation du cheptel de traction. La charge de travail est souvent excessive. Les carences alimentaires ont une forte prévalence. On ne note pas, à proprement parler, l'existence d'un plan d'alimentation. L'animal reçoit les restes éventuels. Les monogastriques ont peu accès aux céréales qui devraient constituer une importante partie de leur régime alimentaire. Le suivi sanitaire fait défaut sauf en cas d'épizootie.

Les animaux de trait ont la charge de tout le travail de transport dans les zones horticoles. Il s'agit du transport des producteurs et des produits, celui des intrants et la traction du matériel de labour. Leur rôle est donc incommensurable dans l'accès aux intrants, le travail de la terre et le déstockage des produits notamment leur transport du champ au marché primaire. Ces animaux sont mieux adaptés à l'enclavement et à la mauvaise qualité des routes. Leur intervention n'arrive cependant pas encore à régler de façon satisfaisante le problème de la distribution des intrants et des produits. Dans certaines zones, notamment dans la région de Louga et dans le Gandiolais, les problèmes de transport de la production et l'absence de structures de conservation sont les principales causes de pertes par détérioration des produits.

Un potentiel inexploité

Optimisation de l'utilisation de la matière organique

La zone des Niayes héberge 3 % du cheptel national bovin, soit 33 100 têtes, ainsi que 179 000 ovins et caprins, 17 100 équins et asins et 5 220 000 volailles ( DIREL, 1996 ). Quoique numériquement faible comparativement aux autres régions, ce cheptel pourrait contribuer davantage, et de façon significative, à l'amendement des sols. La gestion de la stabulation pourrait ainsi favoriser la récupération et la gestion des déjections fécales. Les données préliminaires disponibles au Laboratoire national d'études et de recherches vétérinaires ( LNERV ) ( Fall et al., 1994 ) permettent d'évaluer à 115 850 tonnes par an la quantité de fumier produite par les bovins. Ces quantités pourraient amender près de 11 585 hectares ( à raison de dix tonnes par hectare ) ou autant d'exploitations si l'on considère que la majorité des petits exploitants ont une surface moyenne d'un hectare. En d'autres termes, il serait possible, grâce à une gestion rationnelle du fumier provenant du cheptel bovin, de satisfaire les besoins en matière organique de la totalité des surfaces fruitières et maraîchères de la zone des Niayes.

Des travaux de recherche devraient tenter d'évaluer les quantités de fumier produites par les petits ruminants, les équidés et la volaille. Mais force est de constater que ce potentiel n'est pas utilisé à bon escient. L'accès au fumier est encore limité par une gestion extensive à semi-intensive du cheptel et par un taux de déperdition quantitative et qualitative non négligeable du fumier.

Le flux de résidus de culture comme ressource alimentaire pour le bétail

La quantification des résidus de récoltes d'origine maraîchère dans la zone des Niayes est en cours, mais on peut dire que leur biomasse est importante. Cette matière végétale n'est pas utilisée à bon escient. Pourtant elle aurait pu contribuer davantage à lever les contraintes alimentaires qui limitent les performances des ruminants dans une zone de pâturage réduite et résoudre le problème de l'alimentation d'un cheptel de trait indispensable. Elle aurait pu également promouvoir une diversification pastorale dans le sens du développement de la cuniculture et de l'élevage d'animaux de basse-cour comme les dindes et les canards, sans oublier les possibilités de vente de fourrage dans le marché urbain pour alimenter un cheptel urbain assez important.

Utilisation des ressources alimentaires non traditionnelles pour le bétail

Les sous-produits d'abattoirs ne font pas l'objet d'une collecte et d'une transformation adéquates pour être recyclés dans l'alimentation du bétail. Il s'agit de récupérer et de traiter les os, le sang et le contenu digestif provenant des abattoirs. Pourtant, ils représentent un potentiel très bien utilisé dans les pays développés, jusqu'à un passé récent ( de nos jours, les risques de contamination par la maladie de la vache folle limitent les possibilités de leur exploitation ). Mais il serait possible de recycler les éléments nutritifs qu'ils apportent dans l'horticulture.

Contraintes à l'intégration horticulture élevage

Les possibilités d'intégration entre l'horticulture et l'élevage dans la zone des Niayes sont limitées par de nombreuses contraintes.

Le foncier

Le système de gestion de la terre ne facilite pas l'accès au petit exploitant, car il ne favorise pas l'investissement. Les terres de haute valeur font l'objet d'une forte culture que la loi sur le domaine national n'arrive pas à contrôler. Cette situation est aggravée par une forte compétition qui, souvent, favorise l'urbanisme au détriment de l'agriculture urbaine. L'expansion démographique, renforcée par l'exode rural, aggrave ainsi les difficultés d'accès à la terre. La majorité des exploitations sont petites : leur surface est insuffisante pour intégrer l'agriculture et l'élevage in situ.

La sécurité

Le développement de l'élevage fait face à un grand problème de sécurité à l'échelle du terroir : il existe en effet des risques importants de vol de bétail. Les exploitations sont peu protégées par des haies vives insuffisamment étanches. Le gardiennage est coûteux, mais indispensable à la protection des investissements agricoles et pastoraux. D'ailleurs, la plupart des exploitations ne sont pas mixtes. La contrainte liée à la sécurité apparaît comme une des premières causes de non-intégration entre l'horticulture et l'élevage dans la zone des Niayes.

Les acteurs

Contrairement aux agriculteurs du bassin arachidier, les horticulteurs de la zone des Niayes intègrent moins l'élevage à leurs activités. On note une spécialisation plus poussée de l'agriculture, même si les deux activités sont présentes. L'existence du métayage ou la promotion de l'emploi agricole ne favorisent pas la diversification d'activités telles que l'implantation de l'élevage à côté de périmètres horticoles. Les « agriculteurs du dimanche » ne s'engagent pas fermement dans la voie de l'intégration.

L'exiguïté du marché et la faiblesse du pouvoir d'achat

La commercialisation est une contrainte qui limite le développement des filières horticoles et pastorales. L'écoulement des produits périssables n'est pas complet et les revenus du producteur insuffisamment lucratifs. Le caractère cyclique de la production entraîne un défaut de couverture de la période de contre-saison.

Les problèmes de gestion des sous-produits à recycler

L'association de l'horticulture à élevage n'étant pas une pratique très répandue à l'échelle de l'exploitation dans la zone des Niayes, il se pose un problème de transport des sous-produits vers les centres d'élevage. Cette opération est réalisée par les charrettes avec un certain taux de déperdition. Comme les fruits et les légumes frais, les sous-produits des cultures maraîchères sont humides. Il est souvent nécessaire de procéder à une conservation rapide avant détérioration. Le séchage est la méthode de conservation la plus répandue. Les sous-produits ne sont cependant pas protégés, ce qui cause d'importantes pertes de biomasse.

L'impact des technologies disponibles et la demande de nouvelles technologies

Les technologies intégrant l'horticulture à l'élevage n'ont pas fait l'objet d'une vulgarisation satisfaisante. En ce qui concerne l'amendement des sols, on connaît des problèmes sur les plans de la maîtrise de la qualité et des modes d'utilisation du produit, des techniques d'association avec l'engrais minéral et de la préparation du compost. Sur le terrain, on observe une demande d'encadrement. L'utilisation de résidus de récoltes requiert une connaissance des résidus utilisables, leur évaluation quantitative, les méthodes d'utilisation et les risques de toxicité. La traction animale demande également des investigations pour une amélioration de la gestion du troupeau de trait et du matériel de traction.

L'information des producteurs

Certaines technologies n'ont pas fait l'objet de diffusion auprès des producteurs. D'autres ont connu de faibles taux de passage. Les causes du faible taux de passage des technologies sont multiples. Si leur inadéquation ou inadaptation peut être la principale cause de la faible performance, la faiblesse du dispositif d'information des utilisateurs est un facteur qui limite leur diffusion.

Ce blanc intentionnellement laissé de page

Chapitre 5
IMPACT DU SYSTÈME DE PRODUCTION HORTICOLE SUR L'ENVIRONNEMENT DES NIAYES

Ibrahima Cissé et Safiétou T. Fall

Le système de production horticole fait intervenir différentes techniques et pratiques afin d'obtenir de meilleurs rendements de production. Celles-ci vont des techniques traditionnelles aux techniques les plus modernes, notamment dans le domaine de l'exhaure et de l'irrigation. Cependant, aussi productif soit-il, ce système n'en demeure pas moins une menace pour l'environnement et, par conséquent, pour le bien-être de la population. En effet, la zone des Niayes, de formation fragile, subit différentes agressions émanant de l'occupation anarchique de l'habitat dans la zone urbaine et périurbaine, particulièrement à Dakar, et d'une certaine forme de dopage des cultures par les intrants chimiques, surtout par les pesticides et les engrais minéraux.

Ce dernier aspect – résultant d'une part de l'exiguïté du milieu qui favorise une intensification et, d'autre part, du besoin pressant de satisfaire les demandes d'un marché local et étranger sans cesse croissant – entraîne un problème réel en ce qui concerne l'utilisation de ces produits et leurs conséquences sur les différentes composantes du milieu, tels la pollution des nappes, des sols, de la biomasse végétale et par-dessus tout, les risques pour santé des humains et des animaux.

L'étude du système de production des Niayes nous permet de décrire le système d'utilisation des produits phytosanitaires et des engrais chimiques, notamment en ce qui concerne la détermination des produits utilisés, leur mode et la fréquence de leur utilisation5.

5Dans la deuxième phase, une étude approfondie sera entreprise en collaboration avec la DPV afin de déterminer les teneurs résiduelles des pesticides utilisés dans l'agro-écologie des Niayes, ce qui permettra à toutes fins utiles de dégager des voies et des solutions pour une gestion saine et durable des ressources naturelles de ce milieu.

Le flux des intrants chimiques dans l'agrosystème

L'utilisation d'intrants chimiques est une pratique très courante dans la zone des Niayes. Les cultures maraîchères exigent certaines précautions pour réduire les attaques parasitaires par l'utilisation de produits phytosanitaires et pour accroître les rendements par la fertilisation d'engrais minéraux. Avec l'intensification de cette agriculture et devant l'impossibilité d'accroître les surfaces horticoles, surtout dans les milieux urbains et périurbains, un véritable dopage des cultures semble s'opérer.

Le cadre institutionnel

Le flux des intrants chimiques, surtout les substances agropharmaceutiques et produits assimilés, était régi jusqu'à tout récemment par la législation phyto-sanitaire dont les objectifs consistaient notamment à contrôler et enregistrer les produits devant être mis en vente ou distribués au Sénégal. Force est de constater que, de nos jours, le cadre institutionnel régissant ce secteur a beaucoup évolué grâce à l'adhésion du Sénégal à une dynamique globale et sous-régionale.

Membre de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture ( FAO ), le Sénégal s'est inscrit dans le Code international pour la distribution et l'utilisation des pesticides qui a été adopté en 1985 et amendé en 1989. Ce code fixe des règles de conduite pour les acteurs concernés par les pesticides et propose plusieurs points fondamentaux.

À cela s'ajoute le fait que le Sénégal, sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'environnement ( PNUE ) et de la FAO, a signé à Rotterdam la convention PIC ( prior informed consent, Consentement éclairé préalable ) le 11 septembre 1998. Ce traité stipule que les pesticides et produits chimiques dangereux ayant fait l'objet d'interdiction ou de réglementation stricte dans au moins deux pays ne devront plus être exportés sans l'accord du pays demandeur. De même, si un gouvernement choisit d'importer l'une des substances, l'exportateur est obligé de fournir des informations détaillées sur les dangers que ce produit représente pour la santé et l'environnement. L'autre élément important présenté par le PIC est l'interdiction, si nécessaire, de toutes les préparations jugées trop dangereuses pour les agriculteurs.

Au niveau sous-régional, notamment dans le cadre du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel ( CILSS ), une réglementation commune sur l'homologation des pesticides a été élaborée et est mise en application depuis 1974. À la suite de cette réglementation, un comité sahélien des pesticides fut créé, mais force est de constater qu'il demeure inactif. Au plan national, plusieurs arrêtés et lois furent promulgués sur la commercialisation des produits agropharmaceutiques. Jusqu'en 1984, l'usage et la commercialisation des pesticides étaient régis par deux textes :

Image l'arrêté n° 4747 du 22 avril 1971 portant sur la réglementation des emballages utilisés pour le conditionnement des pesticides agricoles formulés au Sénégal ;

Image l'arrêté interministériel n° 8322 du 7 août 1973 qui définit les pesticides à usage agricole ou ménager. Cet arrêté prévoit que ces produits ne pourront être mis en vente dans le pays que s'ils ont fait l'objet d'un enregistrement. Il a été remplacé par d'autres lois et décrets parce que jugé insuffisant sur plusieurs points, notamment sur ceux relatifs au contrôle de l'usage et de la commercialisation. Selon les recommandations de la consultation intergouvernementale ad hoc sur la normalisation des critères d'homologation des pesticides de la FAO-OMS ( Organisation mondiale de la santé ) ( FAO-OMS, 24-28 octobre 1977 ), cet arrêté fut substitué par d'autres lois et décrets.

La loi 84-14 du 2 février 1984, abrogeant l'arrêté n° 8322 du 7 août 1973, reste relative au contrôle des spécialités agropharmaceutiques et spécialités assimilées. Elle définit les produits agropharmaceutiques et les produits assimilés afin d'établir le champ d'application de cette loi. Elle fixe les conditions de vente et de distribution, les modalités d'agrément et de retrait d'agrément des produits agropharmaceutiques, institue une commission nationale d'agrément des spécialités assimilées et en définit les attributions, assujettit les ventes et la distribution des spécialités agropharmaceutiques à une autorisation administrative préalable, délivrée par arrêté conjoint du ministère du développement rural et du ministère de la santé publique, sur avis de la commission d'agrément des spécialités agro-pharmaceutiques. L'agrément n'est accordé qu'aux spécialités ayant prouvé l'efficacité et l'innocuité de leurs produits à l'égard de la santé publique, des cultures, des animaux domestiques et sauvages et de l'environnement dans les conditions normales d'emploi; leur emballage d'origine est hermétiquement scellé et correctement étiqueté et la publicité portant sur ces spécialités ne doit, en aucun cas, mentionner d'emploi non indiqué dans les arrêtés d'agrément. Enfin, elle prévoit les sanctions applicables lorsque les spécialités agropharmaceutiques sont mises en vente ou distribuées de manière non conforme à la loi ou bien encore sont falsifiées; elle précise les modalités de recherche et de constatation des infractions à la loi.

Suite à la loi 84-14 du 2 février 1984, le décret n° 84-503 du 2 mai 1984 portant sur application de cette présente loi stipule les modalités de demande d'agrément, fixe le contenu des arrêtés d'agrément et prévoit que des arrêtés conjoints du ministère du Développement rural et de la Santé publique en préciseront certains éléments.

De 1985 à 1990, trois arrêtés ont vu le jour : l'arrêté n° 5381 du 20 mai 1985, l'arrêté n° 7780 du 19 juillet 1990 et l'arrêté n° 0010015 du 13 septembre 1990. Ces arrêtés portent sur la composition la Commission nationale d'agrément, son mode de fonctionnement et la désignation de ses membres, la composition des dossiers de demande d'agrément des spécialités agropharmaceutiques et des spécialités assimilées.

Plusieurs autres arrêtés sont mis à jour, notamment l'arrêté ministériel n°10777 du 4 août 1992 portant sur la création d'une intermédiaire de recettes au ministère du Développement rural et de l'Hydraulique ( MDRH ) relative au contrôle des spécialités agropharmaceutiques et des spécialités assimilées, la décision ministérielle n° 00149 du 11 janvier 1994 portant sur la nomination du gérant de la régie des recettes intitulées « contrôle des spécialités agropharmaceutiques et des spécialités assimilées » et, en dernier lieu, l'arrêté interministériel n° 10390 du 2 décembre 1994. Avec la convention de réglementation sur l'homologation des pesticides commune aux États membres du CILSS, tous ces décrets, lois et décisions sont devenus caducs. Ce qui plonge actuellement le Sénégal dans un vide juridique en ce qui concerne la législation phytosanitaire.

Cependant, l'Assemblée nationale n'a pas encore statué sur ce problème, ce qui entrave l'application effective de la convention du CILSS. Ce vide juridique a entraîné un certain désordre dans l'importation, la commercialisation et la fabrication de certains produits phytosanitaires. En effet, la demande d'agrément au niveau national, rendue nulle par la convention du CILSS, est restée sans suite ( même avec une prolongation de deux ans afin de permettre aux demandeurs d'agrément de reconstituer leurs demandes rendues caduques conformément à l'arrêté n° 0010015 du 13 septembre 1990 ). Ceci a mené à la mise sur le marché en 1990 de tous les produits autorisés à la commercialisation depuis 1985; mais, depuis 1994, aucune liste de produits n'a été approuvée.

Plusieurs conventions importantes ont été ratifiées par le Sénégal pour protéger l'entrée, la formulation, la fabrication et la commercialisation des produits agropharmaceutiques et des spécialités assimilées. Cependant, le chevauchement de toutes ces conventions et le manque de moyens de contrôle ne favorisent pas le respect de ces accords. Ainsi, la relance d'organismes de contrôle au niveau national, surtout au niveau des frontières, et la mise en place d'une Commission nationale de gestion des pesticides et produits chimiques dangereux seraient un appui favorable à la bonne application de ces conventions.

Les sources d'approvisionnement des maraîchers en produits phytosanitaires et engrais chimiques

Les sources d'approvisionnement sont multiples et variées. L'approvisionnement est déterminé à la fois par la taille de l'exploitation, par les moyens financiers disponibles et par le type de partenariat.

Les usines de fabrication de produits chimiques sont peu nombreuses au Sénégal. On en dénombre actuellement deux : les ICS-SENCHIM, à Thiès, et la SPIA, basée à Louga. Par contre, avec la libéralisation et le vide juridique existant sur la fabrication et la commercialisation des produits phytosanitaires et spécialités assimilées, on note une prolifération d'établissements commerciaux de produits agropharmaceutiques. Il s'agit essentiellement de grossistes et demi-grossistes qui importent dans le but de reconditionner les produits avant de les introduire sur le marché, par le biais des revendeurs qui, souvent, procèdent à leur tour à un autre reconditionnement, financièrement plus accessible pour les petits producteurs maraîchers. Les vendeurs ambulants servent toujours de relais entre les points de vente et les localités plus éloignées.

Les pesticides importés sont de provenances diverses, mais on peut noter que l'essentiel vient des pays de l'Union européenne ( Allemagne, France, Grande Bretagne, Hollande ), des pays asiatiques ( Inde, Japon ), d'Israël et des États-Unis. Les grands exploitants, et fréquemment les exploitants moyens, dont les productions sont souvent destinées à l'exportation, sont directement approvisionnés en intrants chimiques par leurs partenaires étrangers. Dans les localités les plus enclavées, l'approvisionnement des petits producteurs se fait dans les louma, c'est-à-dire les marchés ruraux hebdomadaires. À ce niveau, les produits sont plus accessibles et sont de provenances diverses, mais surtout des pays limitrophes, particulièrement de la Guinée-Bissau, de la Gambie ou de la Mauritanie.

Les sources d'approvisionnement sont assez importantes dans l'agrosystème des Niayes ( figure 8 ), même si l'accès à ces intrants demeure difficile pour certains en raison de l'enclavement et parfois de l'insuffisance des revenus. Toutefois, les produits commercialisés par les revendeurs ambulants et parfois même les grossistes, sont de qualité douteuse. Ceci est dû, sans nul doute, au reconditionnement multiple et à la fabrication artisanale de ces composés agropharmaceutiques.

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Figure 8. Les sources d'approvisionnement en intrants chimiques des maraîchers de la zone des Niayes

Les produits utilisés

Les produits phytosanitaires et les engrais chimiques utilisés pour le maraîchage sont divers et variés. Cependant, tous ne sont pas recommandés, surtout les produits phytosanitaires organochlorés. Ceux-ci sont caractérisés par leur toxicité, leur persistance dans les milieux, leur tendance à la bio-accumulation dans les chaînes alimentaires ( PAN-CTA, 1993 ), leur capacité à se déplacer jusqu'à des milliers de kilomètres de leur point d'origine ( Wania et Mackay, 1993; Iwata et al., 1993; Bommanna et al., 1994; Greenpeace, 1995 ) et leurs conséquences sur la santé humaine : troubles neurologiques, cancers, anomalie d'organes de reproduction, déficience mentale chez les enfants, stérilité ( Paje, 1995; Greenpeace, 1995 ).

Une gamme importante de pesticides est utilisée dans l'agriculture maraîchère dans la zone des Niayes. Au cours des enquêtes et des visites sur les sites de production et des points de vente de produits phytosanitaires, on a dénombré 123 produits commercialisés. Dans les zones de production, on a identifié 55 produits dans la région de Dakar, 10 dans la région de Thiès ( sauf les grandes exploitations ), 5 à Louga et 13 à Saint-Louis. La forte utilisation et la diversité des produits à Dakar s'expliquent par la concentration des points de distribution. La faible utilisation au niveau de la région de Louga est liée surtout à l'enclavement des zones maraîchères ( Lompoul et Potou ). Dans certaines localités, l'utilisation de produits phytosanitaires est quasi absente. C'est le cas de Pire, dans la région de Thiès, spécialisée dans la production du manioc, très peu parasité dans ce milieu.

La classification des familles chimiques des produits utilisés est largement dominée par les produits organophosphorés avec une utilisation de 43,6 % dans la région de Dakar, suivis des pyréthrinoïdes, carbamates et organochlorés avec des pourcentages respectifs de 18,1 %, 14,5 % et 10,9%. La formulation dominante dans l'agrosystème des Niayes est composée de concentrés émulsifiables ( EC ). Suivent ensuite les poudres mouillables ( WP ), les poudres sèches ( DP ) et les granulés ( GR ). Dans la région de Dakar, les formulations utilisées se présentent comme suit : EC, 56,36%; WP, 18,18 %; DP, 10,9 % et GR, 5,4 %.

Selon la cible, c'est-à-dire les parasites ou les ravageurs visés, les pesticides sont très diversifiés. On trouve des produits phytosanitaires spécifiques destinés à l'élimination d'une attaque déterminée, ou des associations de produits ayant plusieurs objectifs. Toutefois, on note une prédominance des insecticides dans toute la zone des Niayes même si, dans certains points, notamment la région de Dakar, les fongicides et les insecticides acaricides occupent une bonne place.

Dans la région de Dakar, on a pu obtenir les types de pesticides utilisés selon la cible : insecticides, 34,54 %; acaricides, 1,8 %; fongicides, 16,36 %; herbicides, 1,8 %; insecticides acaricides, 30,9 %; insecticides nématicides, 1,8 %; insecticides acaricides nématicides, 3,6 %.

L'usage des produits phytosanitaires est largement dominé par les produits organophosphorés qui sont, pour la plupart, des substances chimiquement apparentées et possédant une toxicité aiguë. Cependant, la faible utilisation des organochlorés – qui traduit, dans une certaine mesure, le respect des réglementations sur l'interdiction ou la restriction de l'usage de ces produits, qualifiés souvent de polluants organiques persistants ( POP ) ( PAN, 1995 ) – constitue une réelle menace pour l'environnement des Niayes et pour la santé de la population en contact avec ces produits. Leur persistance élevée fait qu'ils s'accumulent dans les chaînes alimentaires.

Les engrais chimiques sont beaucoup utilisés dans le maraîchage afin de compenser les déficits et carences des végétaux en matières minérales. La qualité et la quantité des engrais minéraux utilisés différent en fonction de la nature pédologique du substrat, de la taille de l'exploitation et des types de cultures. Les engrais les plus fréquemment utilisés sont l'urée, le 10-10-20, le 10-10-15, le 06-20-10, le sulfate de potasse, les engrais foliaires. Le schéma des sources d'approvisionnement de ces fertilisants reste le même que celui des produits phytosanitaires.

Les dépenses engendrées sont variables, allant de zéro chez les petits producteurs, à des millions de francs chez les grands exploitants. Chez les petits producteurs, la non-utilisation de fertilisants chimiques est palliée par l'usage de fumier organique, essentiellement composé de résidus avicoles. Dans la zone de Pikine, l'utilisation des eaux résiduaires, piratées à partir des systèmes d'évacuation des effluents domestiques, est courante.

Les modes d'utilisation

Les modes d'utilisation des pesticides et des engrais chimiques diffèrent des petits producteurs, qui sont plus traditionnels, aux grands producteurs, plus modernes. On distingue :

Image L'utilisation par aspersion, qui est pratiquée par les maraîchers de très petites surfaces, consiste à traiter les attaques parasitaires à l'aide d'un seau contenant le pesticide et de branchages comme aspersoir. Quand il s'agit de poudre, le saupoudrage est fait à la main, sans gants ni masque de protection. Cette façon de travailler est courante dans la grande Niaye de Pikine, mais surtout sur les berges du fleuve Sénégal, sur la langue de Barbarie et dans le Gandiolais.

Image Le traitement par pulvérisation à partir d'un pulvérisateur manuel ou motorisé est le plus répandu dans la zone des Niayes. II est appliqué aussi bien par les petits exploitants que par les moyens exploitants.

Image Le traitement par association avec l'irrigation au goutte-à-goutte consiste à injecter directement les produits phytosanitaires et les engrais solubles dans le système d'irrigation. Cette méthode est exclusive aux grands exploitants et à quelques moyens exploitants.

Les fréquences d'utilisation

Les fréquences d'utilisation des produits phytosanitaires et engrais chimiques varient d'un producteur à un autre.

Chez les grands producteurs, le traitement phytosanitaire est plus régulier et est conditionné par les attaques parasitaires. Quant aux engrais, un programme d'application est rigoureusement suivi en fonction des types de cultures. Par contre, chez les petits producteurs, la fréquence d'utilisation de produits phytosanitaires et d'engrais chimiques reste tributaire de la disponibilité d'argent. Chez ceux-ci, le traitement phytosanitaire est plus souvent déterminé par l'obtention du produit que par les attaques. Il est fréquent d'observer chez eux des traitements préventifs. Toutefois, il faut remarquer qu'en période de forte attaque parasitaire, les traitements peuvent se faire jusqu'à trois fois la semaine.

Impacts du système horticole et risques de dégradation de l'environnement des Niayes

La zone des Niayes joue un rôle important dans la production horticole du Sénégal. Compte tenu des conditions physiques et d'un contexte socio-économique favorable du milieu, plusieurs objectifs sont assignés à cette zone, notamment l'amélioration de la sécurité alimentaire, la sécurisation des revenus, la conquête des marchés extérieurs et la gestion des ressources naturelles. Cependant, en plus des problèmes de croissance démographique galopante et d'urbanisation qui entraînent une réduction inéluctable des surfaces de production, en particulier dans les zones périurbaines, se posent de réels problèmes de dégradation des ressources naturelles liés au système de production horticole.

Gestion des ressources hydrogéologiques

Caractérisée par la présence de la nappe des sables quaternaires, la zone des Niayes est une importante réserve hydrogéologique qui a longtemps suppléé l'alimentation en eau de la population, particulièrement dans la ville de Dakar. De nos jours, ce potentiel souffre d'une surexploitation qui se manifeste par un rabattement progressif en profondeur de la nappe. La manière dont la ressource est exploitée provoque cette surexploitation. En effet, l'exploitation de l'eau de la nappe, de plus en plus mécanisée grâce à l'utilisation de motopompes dans les « céanes » et des forages individuels dans les grandes exploitations, réduit le volume de la ressource dont la réalimentation est tributaire des conditions pluviométriques. Cette réduction de la nappe s'accompagne d'une intrusion des eaux marines qui relèvent la salinité des eaux de la nappe et les rendent impropres à la consommation et à l'usage à des fins agricoles.

Cependant, la détérioration physico-chimique de la nappe de la zone des Niayes n'est pas seulement attribuable à la surexploitation ou à l'intrusion du front marin. En effet, la forte densité de population dans l'agglomération de Dakar – notamment dans ses banlieues où les conditions d'hygiène et de salubrité ne sont pas des meilleures et où la nappe est à une faible profondeur et la porosité du substrat importante – a déjà contribué à la pollution nitratée de la nappe sous l'environnement semi-urbain avec une teneur moyenne de nitrate de 200 mg/1 dans la zone de Yeumbeul ( Tandia et al., 1997 ). En outre, la nappe est menacée d'une pollution liée à l'usage d'intrants chimiques et à une utilisation abusive du fumier organique dans la production maraîchère. Les fortes quantités d'engrais minéraux et organiques ( usage des eaux résiduaires domestiques ) et de pesticides peuvent contaminer la nappe et compromettre davantage la qualité de l'eau et ces diverses utilisations. La majeure partie des usagers ignorent le danger des produits phytosanitaires, surtout des produits persistants ( les organochlorés ), ce qui constitue une menace réelle pour les ressources en eau.

Dans le cadre de la promotion de l'agriculture biologique, une attention particulière doit être portée à l'utilisation efficace et rationnelle des engrais organiques, car tout excès peut entraîner, d'une façon inéluctable, la contamination de la nappe par les nitrates.

Gestion des sols et conservation de la végétation

La zone des Niayes est dominée par la présence de sols pauvres : sols diors, sols minéraux bruts d'apport qui constituent les formations dunaires. La dégradation des sols est à la fois liée à la dégradation des conditions pluviométriques et à la longue pratique de l'agriculture, particulièrement sur les sols diors.

Le développement du maraîchage, sur pratiquement tous les types de sols de la zone des Niayes, conduit à une dégradation partielle de plus en plus importante du couvert végétal, notamment par le défrichement de certaines forêts classées, comme au niveau de Mbao, dans la région de Dakar, par le déboisement des périmètres de protection des dunes vives pour l'exploitation des ndiouki sur l'axe Mboro-Lompoul. Ceci contribue en outre à l'appauvrissement des sols, à leur dégradation par l'érosion hydrique et éolienne et au comblement des dépressions jouxtant les systèmes dunaires. À cela s'ajoute la surexploitation des dépressions qui, avec le déficit pluviométrique de la région, a entraîné par endroits une salinisation des terres. Sur la langue de Barbarie, les excavations du système dunaire – caractérisé par son instabilité – pour remblayer le fleuve et gagner des espaces cultivables, doivent faire l'objet d'une attention particulière afin de parer à d'éventuelles ruptures de la langue.

L'usage abusif des pesticides, outre les dommages qu'il engendre dans l'environnement, entraîne des problèmes écologiques qui se traduisent par une certaine forme de résistance des parasites; ceci a favorisé une « endémicité » de certaines formes de parasitisme.

Conclusion

La zone des Niayes joue un rôle important dans la production horticole du Sénégal. À elle seule, elle produit 80 % de la production nationale. De nos jours, en tenant compte de ses conditions écologiques favorables au développement de ce secteur, la zone des Niayes est considérée comme le moteur de la relance du développement horticole et le point central de la réalisation des objectifs assignés à cette filière ( croissance de la production, amélioration de la sécurité alimentaire, approvisionnement des marchés intérieurs surtout en produits habituellement importés, accroissement des revenus des acteurs, création d'emploi, etc. ).

Cependant, au delà des prouesses économiques que laisse entrevoir la filière horticole dans cette région naturelle, de réels problèmes d'environnement et d'écologie se manifestent. La région des Niayes est un milieu fragile dont les pratiques agricoles, particulièrement l'horticulture, sont menacées à tous les niveaux. Avec l'intensification du système de production horticole, l'usage des intrants chimiques et organiques reste très important dans la zone et n'est pas sans conséquence sur le milieu, surtout sur la nappe phréatique, la production et la santé de la population.

Les fortes doses d'engrais minéraux et organiques utilisées contribuent à la pollution de la nappe phréatique des sables quaternaires par les nitrates, ce qui peut entraîner diverses pathologies chez les animaux ( Davidson et al., 1964, 1965; Bennet et al., 1968; Blood et Henderson, 1971; Olson et al., 1972; ), parmi lesquelles la méthémoglobinémie chez les jeunes et des cancers chez les adultes ( Colmy, 1945; Lijinski et al., 1970 ).

Au delà des problèmes que posent les fertilisants, les pesticides ont également des conséquences négatives sur l' agrosystème des Niayes. En effet, plusieurs types de produits phytosanitaires sont commercialisés et utilisés dans cette zone, sans respect des normes d'utilisation requises; ceci pose le problème de la qualité de la production horticole. Ainsi, les risques de pollution par les pesticides sont grands, notamment par les pesticides persistants qui représentent 10 % de l'ensemble des pesticides utilisés dans ce milieu. L'ignorance de la ré-manence des produits utilisés par la plupart des petits producteurs, principaux fournisseurs en légumes frais des marchés intérieurs, constitue également un grand risque pour la santé des consommateurs.

En dehors des problèmes liés à l'usage des produits chimiques, existe également le problème de la réduction des volumes de la nappe phréatique, conséquence du manque de précipitations et surtout à sa surexploitation qui se traduit par un rabattement de la nappe en profondeur et une remontée du biseau salé à certains endroits. S'ajoutent les déboisements partiels, surtout au niveau des périmètres de fixation des dunes vives dont la remobilisation contribue ipso facto au comblement des cuvettes maraîchères proches.

Dans le cadre d'une bonne gestion intégrée et d'un développement sain et durable de la zone des Niayes, une attention portée au paramètre environnemental demeure une nécessité. Aussi peut-on recommander :

Image la mise en œuvre de campagnes d'information et de formation sur l'utilisation des produits phytosanitaires et fertilisants ;

Image un contrôle qualitatif sur les niveaux de contamination des produits et sous-produits horticoles par les pesticides ;

Image un contrôle du niveau de pollution des nappes phréatiques par les fertilisants et par les résidus de produits phytosanitaires ;

Image une protection des zones sensibles, notamment les dunes vives et les maigres forêts classées ;

Image une amélioration des systèmes d'irrigation chez les petits producteurs et une plus grande implication de la recherche dans ce secteur qui, malgré son rôle dans les activités socio-économiques, est toujours marginalisé ;

Image un renforcement du dispositif juridique de contrôle des produits agropharmaceutiques ;

Image une révision de la fiscalité sur l'importation des produits phytosanitaires afin de réduire leur utilisation, en portant une attention particulière aux aspects écologiques.

Chapitre 6
INTÉGRATION DE L'HORTICULTURE ET DE L'ÉLEVAGE : ÉTUDES DE CAS

Abdou Salam Fall, Ibrahima Cissé, Maty B. Diao et Safiétou T. Fall

L'agriculture urbaine à Dakar

L'agriculture urbaine se faufile dans différentes zones de Dakar en tirant profit des microclimats et des espaces naturels. Elle est discontinue et tend à se spécialiser. Les zones de production horticole sont concentrées dans les villages traditionnels qui entourent la ville, notamment Ouakam, Hann, Yeumbeul. Les grands quartiers d'extension en périphérie de Dakar ( Pikine, Thiaroye ) et le long des grands axes routiers comme la route de Rufisque sont d'autres zones de production horticole, non moins importantes. Les quartiers de Hann ( Yaraax ), Thiaroye et Yeumbeul constituent des fragments de la grande Niaye de Pikine. Leurs particularités demeurent les mêmes du point de vue physique ( constitution pédologique et affleurement ou faible profondeur de la nappe phréatique, essences végétales, etc. ) et du point de vue des pratiques agraires. Les mêmes cultures s'y retrouvent, avec une dominance de la laitue, du chou et de l'oignon. Cependant, leur durabilité reste compromise à cause du développement fulgurant de l'habitat et de la pression démographique. C'est ainsi qu'actuellement toutes ces zones sont « à la merci » des promoteurs immobiliers dont le seul souci est de bâtir la ville qui, en fait, est en chantier.

Les Niayes de Pikine : un paysage de type azonal menacé par la construction

Alors que l'agglomération urbaine de Dakar ploie sous la force de la croissance démographique, des flux migratoires réguliers et d'un style d'aménagement improvisé et peu prospectif, dans la proche périphérie de la capitale sénégalaise, notamment sur ses bordures, gît un îlot dont les caractéristiques écologiques rappellent allègrement la partie sub-guinéenne. Ce sont les Niayes de Pikine, espace de repliement d'une horticulture urbaine, ravitaillant directement la ville en divers produits frais, tout en interpellant la conscience des aménagistes, comme pour réitérer cet appel à préserver ces poumons, sans lesquels, cette conurbation perdrait l'espoir de « respirer ».

Un paysage atypique

Les Niayes de Pikine constituent la plus grande partie des Niayes de Dakar. Elles sont limitées au nord par le Golf nord ( Guédiawaye ), au sud par la Patte d'oie, à l'est par la ville de Pikine et enfin à l'ouest par la commune de Cambérène. C'est aussi la partie la plus évasée, où la présence de l'eau est plus permanente que dans le reste de la zone littorale des Niayes septentrionales ( vers Thiès et Saint-Louis ). L'eau affleure toute l'année, occasionnant le développement d'une végétation luxuriante, caractérisée par des essences propres à la partie sub-guinéenne ( basse Casamance ). On y rencontre le palmier à huile ( Elaeis guineenis ), le cocotier ( Coconuis nicifera ), des espèces graminèennes du genre mbarax ( Fragmites vulgaris ), un tapis herbacé de nénuphars ( Phyloxerux vernicularis nguphea lotus ). Le paysage est de type azonal à cause d'un milieu « relique » offrant des conditions écologiques qui sont celles du sud du pays. Les sols sont hydromorphes, gorgés d'eaux, parce que constamment submergés par la nappe phréatique. Du point de vue minéralogique, ce sont des sols minéraux à pseudo glaye qu'on retrouve dans la partie humide, tandis que sur les parties exondées, c'est un sol dior caractérisé par un substrat très poreux et une végétation moins exigeante en eau.

Les cocotiers marquent la zone la plus basse des Niayes ( partie submergée ) et les zones de contact avec les flancs dunaires. Du point de vue topographique, le relief est complexe parce que constitué d'abord de zones très basses à végétation aquaphile et constamment noyées par la nappe phréatique. Ensuite, on observe une autre partie moins basse, caractérisée par une fluctuation des immersions d'eaux. Enfin, la partie élevée est faite d'amoncellement de sables dunaires.

Au plan géomorphologique, la grande Niaye de Pikine est encadrée par l'erg6 de Cambérène et de Pikine qui constitue les zones d'occupation humaine. Les habitations sont au-dessus des Niayes, surplombant un micromilieu atypique. Les sols sont riches et très humifères. Le climat est de type cap-verdien,

6L'erg est un ensemble dunaire assez vaste.

caractérisé par des températures douces, favorisées par l'insularité. Dans les grandes Niayes de Pikine, c'est un microclimat plus doux favorisé par la couverture végétale et la présence de l'eau douce provenant de la nappe phréatique des sables quaternaires.

Le système de production

Le milieu a été mis en valeur au plan agricole, particulièrement en maraîchage, arboriculture et aviculture. Au plan topographique, on observe une certaine spécialisation de l'agriculture. En effet dans la partie humide où il y a un affleurement d'eau, la riziculture est largement pratiquée. En période de décrue, une agriculture se développe avec des espèces comme la tomate, le chou ou la patate. Sur les parties hautes dominées par les sols dior, diverses cultures maraîchères sont exploitées : aubergine, laitue, oignon, jaxatu, piment, persil, poireau, fraise. Cette partie est plus valorisée au plan agricole par le moyen des céanes pour l'approvisionnement en eau à une faible profondeur ( deux mètres en période de saison sèche ).

L'arboriculture est dominée par les cocotiers. Ensuite viennent les autres espèces : la papaye, les agrumes ( citron, mandarine, mangue, corossol, sapotier ), les Terminalia catapa ( « guerté tubab » ), les cerisiers, les anacardiers, etc. On note aussi, vers Cambérène et la Patte d'oie, les palmiers à huile où les Manjak tirent des quantités importantes de vin de palme.

La propriété de la terre est privée, avec une gestion coutumière bénéficiant d'une protection du marabout layène ( confrérie religieuse musulmane dont le siège social est à Yoff, village traditionnel à Dakar ). L'imam exploite un champ d'un hectare dans les Niayes de Pikine. Les autres propriétaires, pour la plupart, sont des familles de cette même confrérie, dominante à Cambérène.

En dépit de l'existence d'un plan d'aménagement urbain dans l'agglomération de Dakar, la gestion foncière reste caractérisée par une superposition du droit traditionnel et du droit moderne. Cette situation est la traduction d'un système d'alliance tissé entre les gestionnaires de l'État et les tenants des pouvoirs coutumiers, qui fait en sorte que ces derniers bénéficient du dispositif d'exception dans des sites désignés et réservés à une gestion parallèle au droit moderne. Il en est ainsi des villages traditionnels à Dakar. Sur les sites où se maintient la floriculture, on observe la situation suivante : une partie du domaine national est à gestion traditionnelle; le domaine national demeure anarchiquement occupé par des prétendants propriétaires tirant leur légitimité du droit de hache; les horticulteurs paient, soit des redevances à la municipalité en bénéficiant d'un permis d'occuper, soit rétribuent les prétendants propriétaires traditionnels selon des procédés négociés, mais qui restent informels. Une telle situation révèle des dysfonctionnements caractéristiques :

Image une précarité du système d'occupation des terres ;

Image une insécurité importante en raison des risques liés à la cohabitation des horticulteurs avec des réserves et des dépôts de carburant, du passage de trains transportant des produits chimiques, etc. ;

Image une gestion informelle qui rompt avec toute logique de planification urbaine ;

Image des effets négatifs sur la planification de la production : quasi-impossibilité de développer des projets d'investissement durables; limites intrinsèques de la productivité et faible fertilité entraînant un recours obligé aux matières organiques et une faible teneur en sel dans certaines parties; défaut de liaisons organiques avec la recherche agricole.

La floriculture

Un autre aspect de l'agriculture urbaine réside dans le développement de la floriculture le long des grands axes routiers et des espaces vides dans certaines cités, en particulier les nouvelles. Ce secteur implique des acteurs de plus en plus nombreux, qui se recrutent dans les tranches d'âge les plus basses. Les sites les plus remarquables sont : le boulevard du Centenaire de la commune de Dakar ( ancienne Route de Rufisque ), l'avenue Bourguiba, le long de l'autoroute ( de l'aéroport à Mbao ), la route de Ouakam, la rue Dial Diop. Des poches de floriculture naissent dans les cités résidentielles, surtout les quartiers habités par les couches aisées ( Fann, Point E, Les Almadies, Mermoz, etc. ) et les nouveaux quartiers ( voie de dégagement Nord, Sacré Cœur 3, etc. ).

La production floricole est en miniature : il s'agit de petits plants dont le maintien de la qualité passe par un traitement phytosanitaire régulier. Les investissements sont généralement faibles. De même, les risques financiers encourus par l'horticulteur ne sont pas importants. Les exploitations ne sont pas de type familial. Les producteurs sont directement gestionnaires des périmètres floricoles. Ils sont d'origines diverses. Ceux qui ont été « socialisés » à Dakar et qu'on retrouve principalement à Hann et dans les villages traditionnels côtoient les migrants sérères, les Saalum-Saalum, etc. Us recourent à des aides familiaux ou ponctuellement à des ouvriers saisonniers.

La technicité personnelle des horticulteurs est souvent acquise grâce à une longue pratique sur le terrain. Mais il faut noter que la pratique de la floriculture est quelquefois favorisée par la formation professionnelle proposée par l'école horticole de Cambérène, qui intègre un bon nombre de jeunes n'ayant pas franchi le second cycle de l'enseignement secondaire. Les ressources tirées de cette activité sont évaluées entre 50 000 à 150 000 francs CFA par mois. Certains producteurs émergent en formant un groupement d'intérêt économique afin d'avoir un meilleur accès au marché et de gérer les occasions qui se présentent d'offrir leurs services à des institutions qui exigent des règles formelles. Dans certains cas, ces entrepreneurs sociaux gèrent un portefeuille étoffé.

La grande diversité des plantes environnementales et des espèces arbustives facilite la gestion du risque par le producteur. Aussi, on note une rationalisation de l'utilisation des intrants et leur accessibilité. Les fleurs coupées apparaissent comme un nouveau débouché en raison de leur valeur d'exportation, même si leur production se heurte à des exigences de normalisation, domaine dans lequel les artisans présentent encore des lacunes. Les facteurs naturels ( forte luminosité ) constituent un autre obstacle pour le producteur.

Les acteurs

On observe une grande diversité d'ethnies et de statuts d'occupation.

Les propriétaires lébou sont généralement des personnes du troisième âge, ou au-dessus de cinquante ans. Ils exploitent directement leurs terres tout en requérant les services de saisonniers. Ainsi, toutes les formes d'occupation des terres sont identifiables : mbay seddo, confiage, location, employés, salariés. Les propriétaires plus jeunes viennent généralement du tertiaire, secteur où ils se sont d'abord ou simultanément exercés. Il faut noter que cette situation traduit une surpopulation relative durant les décennies antérieures concernant les ménages s'adonnant habituellement à l'agriculture urbaine. La saturation actuelle du tertiaire dans la capitale justifie le retour à la terre, total ou partiel, d'une partie des ménages propriétaires. On peut également observer quelques salariés du secteur public ou privé qui font de l'agriculture urbaine une activité secondaire par l'entremise des contrats avec des saisonniers, employés permanents ou le système de mbay seddo. Une dernière catégorie de propriétaires est constituée de jeunes scolarisés qui, faute de mieux, s'adonnent à l'horticulture sur les terres de leurs parents, minimisant ainsi les charges et évitant le chômage fort élevé en ville.

Les immigrants saisonniers constituent le plus important groupe de population. Ils viennent du bassin arachidier ( Sérères du Sine, Wolofs du Baol ou de Ngaye dans le vieux bassin arachidier ). Divers autres étrangers en provenance de l'Afrique de l'Ouest ( Guinée-Conakry, Guinée-Bissau, Sierra Leone, Liberia ) sont présents sur ce site, en petits groupes ou individuellement.

Les Bissau-Guinéens constituent un groupe distinct au sein des saisonniers ; ils ont la tâche de labourer et désherber.

Les Joola sont un groupe quasi permanent, avec toutefois des migrations pendulaires. Ce sont des hommes et des femmes qui s'adonnent à la riziculture.

Le statut des Manjak est comparable à celui des Joola, car ce sont des gens du Sud qui se spécialisent dans des activités semblables à celles de leur milieu écologique d'origine. En effet, les Manjak et Joola ont l'exclusivité de la pêche, le tilapia étant l'espèce la plus rencontrée. Ils cultivent le riz et fabriquent du vin de palme qu'ils commercialisent. Les gens du sud se retrouvent dans leur milieu naturel. Les autres groupes ethniques leur concèdent bien volontiers ces spécialités.

On peut se demander combien de temps ces activités persisteront lorsqu'on sait l'avancée vertigineuse du front d'urbanisation dans une agglomération en chantier, avec l'autoconstruction en tête de pont, ravissant la vedette à l'habitat planifié des décennies précédentes. En effet, la menace de construction qui pèse sur les parties les plus basses est réelle : Pikine, Thiaroye, Cambérène sont quotidiennement remblayées à des fins d'habitation.

Étude de cas d'un périmètre à Mbao

Lorsque vous empruntez la route de Rufisque, au carrefour de Mbao, des jeunes, davantage de garçons que de filles, bordent la route tout en vous proposant un « arrêt parfumé » grâce aux minuscules bouquets de menthe qu'ils mettent en vente avec enthousiasme comme pour vous rappeler que, quelque soit votre rigueur dans la gestion de votre porte-monnaie ou votre statut social, leur offre est à la portée de toutes les bourses. Sans modifier fondamentalement la ration alimentaire, le bouquet de menthe, communément appelé en wolof nana, donne du goût au thé et à votre boisson ( différents jus de fruit de plus en plus concoctés dans les ménages notamment en ville ). La menthe parfume également les mets. La fraîcheur qu'elle offre donne du baume à tous même à ceux pour qui la vie est un labyrinthe. C'est alors l'exutoire pour quelques instants.

La menthe proposée sur la route de Rufisque, vers le kilomètre 18, annonce une production maraîchère fort variée qui se faufile dans les interstices d'une urbanisation galopante. Les voisins immédiats, notamment des travailleurs des Industries chimiques du Sénégal ( ICS ), sont loin de s'imaginer qu'à quelques dizaines de mètres de leur prestigieuse plate-forme de Mbao se joue la survie de centaines de ménages attendant les revenus de la production maraîchère.

Prendre des repères pour visiter le périmètre de Mbao

Le périmètre jouxtant la forêt classée de Mbao couvre dix hectares. Il est morcelé en 48 parcelles de tailles inégales de 100 à 2 500 m2. C'est une cuvette avec des microreliefs : des zones exondées ( amoncellement et monticule ) et des zones dépressionnaires ( bas-fonds ) qui sont les plus importantes. Trois familles possèdent deux parcelles chacune, tandis qu'une famille a trois parcelles sur le même site. Ces doubles appartenances s'expliqueraient par des dédommagements sous la forme d'affectation tacite de terres sur ce site par l'État, à la suite de valorisation d'autres sites proches, notamment avec l'installation de la plate-forme de Mbao des Industries chimiques du Sénégal. Les propriétaires proviennent de Grand Mbao et de Petit Mbao à I'exception de B. Lô ( qui a acheté ses terres auprès d'un Français ) et de la famille Wade de Thiaroye, quartier proche et abritant l'un des principaux marchés au gros de légumes. Le droit de propriété est un droit de hache acquis par le défrichement des terres à proximité de la forêt classée de Mbao.

Le morcellement résulte en grande partie de l'héritage de familles polygames. Parmi les déclarants propriétaires qui ont en fait un droit d'usage, on compte cinq femmes. Le domaine est réservé au service des Eaux et Forêts qui l'ont laissé libre à l'exploitation pour la population riveraine de Mbao. Les propriétaires exploitant directement les terres sont au nombre de 12 sur 48 parcelles, soit 25 %. Parmi eux, deux sont des femmes. De 1965 à 1989, l'exploitation du périmètre avait été ralentie, voire même abandonnée. C'est la pluviométrie favorable de l'année 1989 qui explique le regain d'intérêt du maraîchage sur ce site.

Le modèle dominant est le métayage avec la location annuelle des terres aux travailleurs saisonniers socé ( une ethnie mandingue ) venant de Guinée-Conakry. Le contrat de location, autre forme de valorisation foncière, est d'une durée d'un an renouvelable. Les propriétaires s'arrangent pour diversifier les clients afin de préserver leur droit d'usage. Une centaine de céanes sont creusées dans le périmètre et très peu sont abandonnées.

Que produire à Mbao, ou plutôt que produit-on à Mbao ?

C'est un périmètre spécialisé dans la production du chou et de l'oignon. Les autres cultures sont : le piment, la menthe, l'aubergine, le jaxatu, la fraise, la salade. Les arbres fruitiers ne sont pas diversifiés, car on y observe des papayers en production et quelques manguiers en gestation.

Il y a une sorte de spécialisation ethnique des cultures : les Guinéens sussu font exclusivement du chou et de l'oignon, en alternance ; les Wolofs diversifient plus leurs cultures qui sont généralement : oignon, chou, salade, menthe, basilic, aubergine, jaxatu, en plus de l'arboriculture. C'est aussi chez eux qu'on observe les innovations consistant à tenter des cultures à haute valeur ajoutée ( fraise ), dont la clientèle ciblée est bourgeoise et étrangère, notamment la clientèle du marché Kermel. Il est utile de souligner que la culture de la menthe fonctionne comme un fonds de roulement assurant une liquidité suffisante pour les frais de fonctionnement de l'exploitation. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles ceux qui cultivent la menthe ont besoin de s'approvisionner ou alors ils ont raté une campagne agricole et doivent prendre moins de risques financiers.

La division du travail réintègre les différences et sensibilités ethniques et les spécialisations dans des cultures ou des types d'occupations : les Sérères sont les puisatiers, les Bissau-Guinéens sont laboureurs, les femmes wolofs sont les bana-bana ( revendeurs ), les jeunes vendeurs de menthe sont des Wolofs du Njambur, des Peuls et des Sérères.

La menthe est une culture de rente ponctuelle : elle est peu exigeante en engrais et en produits phytosanitaires et ne nécessite que peu d'investissements. Ses importants besoins en eau sont satisfaits par un arrosage régulier à partir des céanes. La régénération est rapide ( après une coupe, 25 jours suffisent pour la voir régénérer et être prête pour la récolte ) et les boutures sont de longue durée ( un an ). Si les rendements sont moindres durant la période hivernale, il n'en demeure pas moins que la menthe est cultivée en toute saison. C'est un produit accessible à toutes les bourses et de plus en plus présent dans la consommation des citadins et des ruraux. Les bouquets sont vendus le long des routes et des grandes artères à 25 F CFA et 15 F CFA dans les boutiques. La consommation atteint des proportions importantes durant le mois du ramadan, période pendant laquelle les ménages l'utilisent de façon quasi généralisée pour parfumer le bissap, le quinquéliba, le thé et les jus de fruit de toutes sortes. La menthe est donc un marché sûr et insuffisamment satisfait du fait qu'elle se consomme fraîche dans la plupart des cas. Il faut également noter qu'elle fait intervenir beaucoup d'acteurs, de sexes et d'âges différents ; les ressources par plant ou par bouquet sont faibles, mais s'accumulent et se renouvellent. Le planche de 20 m2peut être vendu de 10 000 à 22 000 F CFA, selon les saisons et les termes de négociation entre les exploitants et les revendeurs.

Le champ de menthe de MB. Bèye : devenir millionnaire en huit mois grâce à la menthe

C'est un champ d'environ 600 m2contenant 78 plants d'une surface moyenne de 7 m2. Les recettes provenant de la menthe financent la production de ses autres champs. Plus qu'un fonds de roulement, les recettes de la menthe constituent le crédit pour toutes les autres cultures. En développant cette spécialité, en tissant autour de cette activité un réseau solide et fidèle de commercialisation, la menthe, alors considérée comme une culture par défaut, devient une culture à haute valeur ajoutée. Il est vrai que la logique de la diversification est assez systématisée chez ce producteur qui, en s'impliquant directement dans l'activité de production et en faisant les tâches y compris les plus ingrates, développe des innovations par l'introduction de cultures à risque, parce que demandant plus de précaution. C'est le cas de la fraise qu'il développe sur un périmètre expérimental de 500 m2. Cette culture est associée à celle de la salade qui a des supposées vertus d'accompagnement des plantes délicates.

Il a réussi à fidéliser des commerçants bana-bana qui lui achètent, au bord du champ, toute sa production réputée de bonne qualité et qui assurent la vente et la redistribution. Le circuit de commercialisation est maîtrisé. La production des plants de menthe s'étend de juin à janvier, soit huit mois de recettes relativement importantes. Durant la période hivernale, la production de menthe continue même si les rendements deviennent faibles. L'autoconsommation est négligeable en raison, à la fois, de la vocation exclusivement commerciale de l'exploitation et de sa nature individualiste.

En huit mois de production, l'exploitant MB. B. a eu des recettes de l'ordre de 6 825 000 F CFA répartis comme suit :

Image deux mois de production pendant lesquels le prix du plant était à 11 000 F;

Image un mois où le plant était à 4 000 F ;

Image un mois où le plant était à 6 000 F ;

Image deux mois où le plant était à 9 000 F ;

Image deux mois où le plant était à 10 000 F.

Soit une moyenne mensuelle de 8 750 F par plan.

Les recettes de la menthe ont permis de financer l'implantation d'autres champs : main-d'œuvre, intrants, équipement et d'autres activités ( commerce, élevage, entretien de la famille installée à Thiès, etc.).

Les dépenses réalisées pour la culture de la menthe sont relativement faibles. Pour le cas de MB. B., les frais suivants ont été engagés pour les 78 plants réalisés en 1998 :

creusement de deux céanes : 100 000 F ;
entretien des céanes : 9 000 F × 8 mois × 2 céanes =144 000 F ;
labour : 3 ouvriers à 22 000 F = 66 000 F ;
repiquage : 3 ouvriers à 20 000 F = 60 000 F ;
désherbage : 5 000 F × 8 mois = 40 000 F ;
produits phytosanitaires : 32 000 F × 8 mois = 256 000 F ;
fumier : 20 000 F × 8 mois = 160 000 F ;
arrosoirs : 3 paires × 3 800 F = 11 400 F ;
personnel permanent : 3 ouvriers à 23 750 F × 8 mois = 570 000 F.
L'ensemble représente des dépenses totales de 1 407 400 F.

Durant la période de production intensive, les bénéfices s'évaluent à 5 417 600 F. De février à mai, on observe une baisse de prix allant jusqu'à 50 %. Cependant, durant cette période, la feuillaison est plus rapide et la durée est de 20 jours, à la différence de la période antérieure où cette feuillaison allait de 25 à 30 jours. Le plant de menthe est vendu à 5 000 F aux grossistes et la coupe est étalée sur une dizaine de jours. Ainsi, seul le tiers des recettes habituelles est réalisé. Le producteur réduit volontiers le nombre de plants au profit d'une jachère. Les frais demeurent sensiblement les mêmes, à l'exception des coûts des intrants qui se trouvent réduits. Les bénéfices réalisés durant ces quatre mois de production s'élèvent approximativement à 902 933 F CFA.

Au total, durant l'année, la menthe rapporte 6 320 533 F. Quatre variétés de menthe sont cultivées : ordinaire, faas, nana menthe, et menthe chinoise. Les deux premières étant les plus prisées.

La culture de la fraise

Elle s'étale sur cinq mois, du repiquage à la récolte, soit de novembre à avril. Dès février, commencent les premières récoltes qui vont jusqu'au mois d'avril avec des productions variant de 2 à 15 kg sur 108 m2 cultivées. Durant la première période, les intervalles de récolte sont de trois à quatre jours. Au bout de trois semaines, la récolte a lieu tous les deux jours jusqu'à la fin du cycle. Durant cette première période de récolte, la production s'élève à 23,5 kg vendus à 78 250 F, soit une moyenne de 3 329 F par kg. Les prévisions s'évaluent à 15 kg en moyenne par jour, sur l'ensemble de la période de récolte. Au total, la production est estimée à 450 kg par mois sur une période de cinq mois, soit 2 250 kg. Selon l'estimation du producteur, le prix moyen par kg est de 1 750 F pour toute la période. La meilleure période pour les ventes se situe au mois de janvier avec des prix allant jusqu'à 8 000 F/kg.

Les recettes sont estimées à 3 937 500 F CFA. La production est vendue au bord du champ, grâce à la mobilité des grossistes qui, à leur tour, desservent le marché Kermel, connu pour sa clientèle de gens aisés, et la Petite Côte à Mbour où sont installées des chaînes hôtelières. La production est variable d'une année à l'autre. Le même producteur avait atteint en 1997 une récolte de 40 kg par jour sur une superficie comparable alors que le prix moyen était faible ( 700 F le kilo).

Les frais engendrés par cette exploitation de 108 m2 sont de 549 550 F répartis comme suit : semences, 50 000 F ; fumier, 12 000 F ; deux céanes, 70 000 F ; main-d'œuvre, 105 000 F ( deux salaires de temporaires ) et 180 000 F ( nourriture des salariés ) ; engrais, 100 800 F ; pesticide ( Décis ), 18 000 F ; clôture, 16 750 F. On estime l'autoconsommation à 500 g par jour de récolte tandis que les pertes s'élèvent à un kilo à la suite de chaque récolte. Les bénéfices sont estimés à 3 387 950 F sur une période de production de cinq mois annuellement. La culture de la fraise exige un soin méticuleux, une surveillance étroite, une bonne protection contre les intempéries ( vent ), une sécurisation de la production contre les vols et un respect strict des itinéraires techniques.

Afin de faire face aux sollicitations familiales, M. Bèye associe ses cousins et neveux en leur faisant accéder à des parcelles et en leur fournissant des moyens de production : intrants, équipement sommaire, moyens de subsistance. C'est un maillage par le réseau de parenté qu'il réalise autour de son champ devenu large, en louant des terres sous-valorisées et en grignotant sur le périmètre anciennement boisé et pourtant sous garde des forestiers dont l'imposant périmètre est mitoyen. M. Bèye dispose de deux autres champs de 270 m2 et de 90 m2 mis en métayage auprès de ses cousins sur le même périmètre. L'un des champs lui rapporte environ 1 693 975 F pour une période de cinq mois, correspondant à la moitié du bénéfice équitablement partagé avec son cousin qui entretient le champ.

Le second champ est d'un apport plus faible car il rapporte 262 500 F, selon le même système de partage équitable des bénéfices après déduction des charges. Ainsi, il réalise un bénéfice de 5 344 425 F CFA sur sa production totale de fraise. Il dispose en plus d'un autre champ dans un périmètre situé sur la seconde rive de Mbao. Il s'adonne au maraîchage et diversifie ses cultures ( menthe, fraise, chou, tomate, etc. ). Selon les estimations faites, qui ne couvrent pas l'ensemble de sa production, il réalise un bénéfice de 11 664 958 F CFA.

La salade est une autre culture spéculative et constitue l'autre source de fonds de roulement, même si ses plants sont moins durables et sa consommation moins généralisée. Elle est également peu exigeante. Elle est consommée fraîche : la rotation des ventes et la mobilisation de la liquidité sont donc rapides.

Un système de production précaire

La propriété de la terre n'est pas garantie parce qu'elle ne repose pas sur une immatriculation foncière, mais constitue un legs tacite d'espaces à vocation forestière à une population à tradition de gestion foncière coutumière. La transmission du patrimoine de génération en génération hypothèque ce statut provisoire de la propriété foncière et affaiblit sa valeur commerciale. La pression de la construction reste une menace lorsqu'on sait que ce périmètre est une des rares poches à la disposition de l'État pour de futurs projets dont l'installation est prévue à proximité des ICS ou simplement de la ville de Dakar.

Le non-accès au crédit pour les propriétaires exploitants, ainsi que la dominance de la forme d'exploitation par les locataires, sont autant de facteurs qui découragent les investissements durables : le périmètre ne compte aucun forage, les installations matérielles sont sommaires, voire précaires ( trois puits seulement dont deux de type traditionnel et un puits-forage non équipé sur une centaine de céanes de cinq à six mètres de profondeur et d'un diamètre de quatre à cinq mètres ). Aucun des exploitants ne dispose de motopompe. L'habitat réservé aux saisonniers ( surga ) est précaire, car essentiellement constitué de branchages et de paille.

Les céanes sont nombreuses, quoiqu'elles ne se prêtent pas à une utilisation optimale de l'espace potentiellement cultivable. En effet, elles ont des diamètres de six, sept ou huit mètres de profondeur et le volume d'eau reste insuffisant pour combler les besoins. C'est pourquoi on trouve trois à quatre céanes sur un champ de moins de 400 m2. En fait, le dixième du champ est réservé aux céanes dont les risques de comblement sont quasi permanents. L'eau est pourtant la principale contrainte dans cette zone.

La production est essentiellement destinée à la commercialisation et seule une petite partie est réservée à la consommation domestique. Le caractère individualiste de la production maraîchère explique la place quasi marginale et insignifiante de l'autoconsommation. À défaut de pouvoir l'évaluer pour toutes les cultures, nous avons observé que la partie du champ réservée à l'autoconsommation est distincte de la partie à commercialiser, afin d'éviter toute divergence avec les acheteurs de plans entiers de menthe. Aussi, la part de l'autoconsommation évaluée pour la culture de menthe représente moins de 1 % de la superficie totale.

Les interactions entre l'horticulture et l'élevage : des relations à sens unique

Les interactions sont à sens unique : l'utilisation de résidus d'élevage, notamment de la fiente de volaille, des déchets de poulaillers et du foirail et de sous-produits de la transformation du poisson fumé, se fait dans le maraîchage. En revanche, les animaux ne sont pas intégrés dans le système de production malgré les potentialités en alimentation que fournit le milieu. Néanmoins, il a été observé un élevage de petits ruminants pratiqué dans leur quartier d'origine à Grand Mbao et Petit Mbao. La consommation tirée des champs n'est pas importante.

Les acteurs : une forte diversité et une redistribution inégalitaire des ressources

Environ 150 personnes vivent en permanence sur ce périmètre. Plusieurs catégories socioprofessionnelles y sont présentes et il y a deux types d'exploitants : les propriétaires et les locataires.

Les exploitants propriétaires représentent environ 25 % des exploitants. Ils pratiquent l'arboriculture ( papayers, manguiers ) dans leur exploitation, à la différence des locataires qui ne s'adonnent pas aux cultures fruitières. Les pousses d'agrumes sont de plus en plus présentes dans les exploitations dont les propriétaires se rapprochent du troisième âge, qui alternent ainsi la location d'une partie de leur terre avec les plantations dont l'entretien est moins exigeant et les ressources plus stables.

Les locataires sont à 75 % des Guinéens, les autres proviennent du bassin arachidier, en particulier du Baol et du Saloum. On trouve également des Sérères de Mont Rolland ( Thiès ) ou des villages proches de Mbao ( Mbatal ). La plupart des Guinéens sont originaires de la même zone rurale. Ils sont caractérisés par un style de vie sobre. Généralement jeunes ( entre 20 à 35 ans ), ils vivent seuls. Ils sont presque exclusivement des hommes. Ils habitent les huttes installées sur le périmètre maraîcher durant leur séjour qui peut s'étendre sur deux ans. Les plus fortunés louent une chambre à moins de 5 000 F CFA à Thiaroye. Il s'agit d'une migration temporaire de courte durée, rares étant ceux qui résident au delà de deux saisons. La location est souvent facilitée par des intermédiaires sénégalais travaillant sur le même périmètre. Le loyer varie de 50 000 à 150 000 F CFA par an et dépend de la taille du périmètre et des termes de la négociation.

Les dépendants sont des jeunes Guinéens employés à la fois par les propriétaires sénégalais et les locataires guinéens. Ils sont employés sous un contrat qui dépend du cycle de production. C'est le système du mbay seedo: l'employeur fournit la nourriture et l'hébergement. La paiement se fait soit sous forme de salaire ( entre 10 000 F et 15 000 F par mois pour une campagne de trois mois ), soit sous forme de partage équitable du bénéfice de l'exploitation, à la suite de la vente de la production et après déduction des charges. Les dépendants sont quelquefois utilisés comme gardiens, payés en raison de 300 F par nuit, en particulier durant la période où la production est à maturité. Ils sont très mobiles dans le même site en changeant d'employeurs au gré des campagnes et aussi d'un site à l'autre le long des Niayes. Leur travail consiste à arroser, amender, épandre les produits phytosanitaires, entretenir et surveiller la production. Ils résident en général dans le périmètre.

Les laboureurs sont d'origine bissau-guinéenne et sont disponibles entre septembre et mars. Leur travail consiste à retourner la terre par un labour artisanal au moyen de la daba. Le montant de la paie est d'environ 6 000 à 7 000 F CFA pour un périmètre de 400 m2. Cette rémunération est reçue au cours de l'année, quelque temps avant leur retour au pays d'origine, c'est-à-dire aux premières récoltes du maraîcher. Ils interviennent à la fin de chaque récolte. Ils sont encore plus jeunes ( âgés entre 20 et 25 ans ) que les Guinéens de Conakry, habituellement locataires. Ils sont assez mobiles et n'habitent pas sur le périmètre de Mbao. Dans la grande Niayes de Purine, ils sont relayés par des Joola de la même tranche d'âge.

On rencontre également des femmes joola, mais seulement dans la riziculture. Les grandes Niayes de Pikine ont à peu près les mêmes caractéristiques que leur milieu d'origine : sol lourd, végétation caractérisée par la présence de palmiers d'où on tire le vin de palme, présence quasi permanente de l'eau qui permet les activités piscicoles.

Les puisatiers font partie d'un groupe à dominante sérère. Leur rôle consiste à déblayer les céanes toutes les fois que des affaissements se produisent ( cela arrive fréquemment ). En fonction du travail ( déblayage à forage de puits ), le salaire peut varier de 1 200 F ( entretien de bord de céanes ) à 30 000 F lorsqu'il s'agit de creuser un nouveau puits. Ils sont employés toute l'année, mais ils ne résident pas dans le périmètre. Ils sont payés à la tâche et généralement dès la fin du travail sollicité.

Les vendeurs de fumier possèdent généralement des poulaillers dans des zones proches de Mbao. Il y a également des charretiers venant du foirail, et les sécheurs de poisson fumé de Mbao. Le sac de 30 kg de fiente de volaille est acheté entre 500 et 750 F CFA. La charge de charrette de fumier ( bouse de vache ) revient à 1 500 F tandis que les restes de poisson ( écailles et têtes de poisson séché ou fumé ) coûtent 125 F la bassine de 10 kg. Produit à proximité des champs, cet engrais organique est la première source de fertilisation utilisée par les maraîchers de Mbao.

Les commerçants bana-bana sont des femmes et des hommes qui achètent au bord du champ de petites quantités de produits pour les convoyer vers les marchés au détail. Les femmes sont des Wolofs habitant des zones peu éloignées. Chez les hommes, certains sont des Guinéens grossistes au marché de Thiaroye. Alors que les femmes n'interviennent pas en amont, les hommes bana-bana nouent un contrat de production en fournissant les intrants aux producteurs, en particulier guinéens, qui leur revendent toute leur production. Ils contrôlent ainsi le marché, ne laissant aux femmes que les récoltes de seconde main ou les petites superficies à faible production. Ils interviennent à distance et sont majoritairement des commerçants sussu installés au marché de fruits et légumes de Thiaroye.

Les coupeurs de menthe se répartissent en trois groupes : les jeunes garçons de 15 à 18 ans, les femmes qui s'associent à leurs propres filles dans la coupe et la vente de la menthe et enfin, les fournisseurs ambulants qui sont des hommes entre 25 et 35 ans. Ils achètent des plants de menthe et se ravitaillent au fur et à mesure de la vente qui se fait partiellement à proximité, au croisement de Keur Massar. Une fois la coupe terminée, le maraîcher continue l'entretien des planches en visant d'autres clients dans les 25 à 30 jours qui suivent, temps nécessaire à la menthe pour être à point pour la consommation. Les autres marchés de vente, généralement contrôlés par les femmes, sont Thiaroye, Sandaga, Tilène, Castors. Les vendeurs ambulants fournissent les boutiques et font du porte à porte dans les quartiers de la banlieue de Dakar.

Tous ces acteurs sont interdépendants et ont souvent des intérêts divergents : la segmentation des terres n'est pas sans susciter des conflits. Généralement, le terrain, ainsi morcelé, appartient à un segment familial composé de plusieurs membres. L'un d'entre eux qui l'exploite se fait concéder ce droit d'usage qui ne se perpétue guère de génération en génération. Il existe aussi des problèmes de délimitation. Ils résultent de l'absence de balise entre les différentes propriétés et sont aussi dus au fait que les terres n'ont pas toutes été exploitées durant la période de forte sécheresse, entraînant ainsi des empiétements quelquefois importants au profit des terrains mis en valeur.

Il arrive que l'exploitation ne génère pas de revenu à la suite d'une mauvaise campagne. Dans ce cas, les conflits entre saisonniers et exploitants sont fréquents. Les dettes sont reconduites d'une année à l'autre. Les tensions sont quasi permanentes, en particulier avant le retour des migrants saisonniers dans leur milieu d'origine. Pour éviter que les locataires ne leur contestent leur droit de propriété qui est en fait plutôt un droit d'usage, les propriétaires procèdent à la rotation des locataires afin qu'aucun ne reste plusieurs années à exploiter le même terrain. Entre employeurs et saisonniers, les risques de vol sur l'exploitation appellent beaucoup de ruses dont le cumul de la fonction d'aide et de celle de gardien durant les périodes de fin de campagne.

Les champs des locataires sussu sont toujours plus rentables et mieux entretenus. Plusieurs facteurs peuvent être évoqués : leur accès organisé aux intrants par leur épargne réalisée grâce à leurs réseaux de parenté à Dakar, notamment des commerçants dans les marchés ; l'exigence de résultat et de qualité en raison de ce type de contrat de confiance et de l'effet d'entraînement sur la chaîne relationnelle ( le capital social devient dès lors un facteur de performance ) ; l'importance du temps de travail réservé à leur champ, contrairement aux exploitants propriétaires qui sont pris par des obligations sociales dans leur quartier à Grand Mbao et Petit Mbao ( le réseau social apparaît comme un facteur de contre-performance ) ; leur robustesse pour le travail physique, sans commune mesure avec celui de néo-citadins qui, pour la plupart, se sont reconvertis dans le maraîchage à la suite d'échecs d'insertion dans la vie professionnelle en ville ; leur jeunesse ( entre 25 et 35 ans ) alors que les exploitants sénégalais ont une moyenne d'âge proche de la cinquantaine.

Enfin, il faut relever qu'une partie importante des acteurs s'investit dans cette activité maraîchère urbaine et périurbaine ( surtout les non-propriétaires ) afin de mobiliser les ressources financières nécessaires à l'immigration vers l'Europe ou les États-Unis.

Biographie d'un copropriétaire

M. Seck
Âge : 50 ans ( né le 20/04/1948 )
Situation matrimoniale : veuf
Nationalité : sénégalaise, résidant à Mbao

Ethnie : Lebu
Profession actuelle : maraîcher à Beul Mbao

De nos jours, j'ai 50 ans. Après avoir étudié à l'école coranique, j'ai fréquenté l'école française jusqu'en CM2. Comme je n'étais pas très doué, j'aidais mes parents dans leurs métiers de pêcheur et cultivateur. Cela ne dura pas longtemps car je fus envoyé à Mbour chez un oncle afin d'apprendre le métier d'électricien. Je suis resté là-bas pendant neuf mois avant de revenir à Dakar. Je suis devenu apprenti puis ouvrier à la société GIA. Puis, je suis retourné à Mbour exercer le métier de pêcheur. Je ne pouvais pas rester longtemps sur place ; de Mbour, où j'ai séjourné deux fois et exercé deux métiers diamétralement opposés, je suis parti pour Thiès où j'ai été pompiste pendant un an. À la suite de cela, je suis revenu à Mbao et, comme j'aimais beaucoup la terre, j'ai travaillé dans les champs à l'actuel emplacement des ICS.

Peu de temps après mon retour à Mbao, j'ai été embauché à la SIPS où j'ai travaillé deux ans. J'étais ouvrier dans cette société et ma situation n'était pas déplorable à l'époque. Cependant, durant mon congé, j'ai décidé de quitter le Sénégal pour partir à l'étranger. Je m'étais préparé durant tout mon séjour à la SIPS en épargnant de l'argent pour réaliser ce projet. Mon objectif était d'aller en Europe où il me semblait que la réussite était beaucoup plus facile qu'ici. Ainsi, je suis parti en Mauritanie, puis j'ai transité par Barcelone et Las Palmas. À Barcelone résidait un de mes frères qui est tailleur ; il m'initia à ce métier et durant cette année passée sur le sol espagnol, je n'ai accompli que ce travail. Un jour, des copains m'ont parlé de la navigation et selon eux on gagnerait plus d'argent. L'idée me plut et avec leur appui, je suis parti à Athènes en Grèce. On m'aida à trouver des papiers pouvant me permettre d'exercer ce métier et trouver également un bateau, ce qui ne fût pas très difficile. Mais le bateau sur lequel je devais embarquer étais amarré à Bruxelles. De ce fait, j'ai quitté la Grèce où je n'ai résidé que le temps de régler mes papiers pour la Belgique.

Au départ, le chef machiniste n'avait pas confiance en mes compétences ; après trois jours d'épreuves, j'ai été engagé et je suis resté neuf mois sur le bateau. Durant ces neuf mois, j'ai fait pratiquement le tour du monde ; je ne me souviens plus du nombre de pays où je suis débarqué. À la fin de mon contrat dans ce bateau, je partis pour la Hollande. C'est là que vont commencer mes problèmes après un séjour d'un mois dans un hôtel. Mes économies se réduisant au jour le jour, je partis pour le Gabon. Mon arrivée là-bas coïncidait avec le refoulement des étrangers et je faillis être obligé de repartir, n'eût été l'alibi que j'avais donné et le billet de retour que j'avais en ma possession.

Après le Gabon, je suis parti à Abidjan. Là, j'ai réappris le métier d'électricien, ce qui me permit de séjourner dix bonnes années en Côte d'Ivoire. Grâce à ma sœur et à son mari qui revenaient de la Mecque, j'ai pu rentrer au Sénégal en 1989 après une longue maladie en Côte d'Ivoire.

Au Sénégal, j'étais un peu désœuvré et je m'ennuyais. C'est ainsi que, sachant que les terres de mes parents et de mes grands-parents où je venais souvent participer aux travaux champêtres étaient toujours disponibles et inexploitées, j'ai décidé de me consacrer au maraîchage qui ne m'était évidemment pas étranger. Ainsi, depuis 1991, même avec du travail sur les chantiers, je me suis dit que je ne quitterais plus ce métier d'agriculteur qui, par ailleurs, me plaît beaucoup. Si de nos jours on me spoliait de ces terres, je chercherais ailleurs car je sais que travailler la terre est un métier noble. J'ai des frères qui sont actuellement en chômage, mais ce métier ne les intéresse pas. Un seul parmi tous mes frères a un métier convenable car il enseigne à l'Université.

Le travail des champs est cependant difficile ; difficulté souvent due à notre manque de moyens pour mettre en valeur nos surfaces. Difficulté liée aussi au manque de crédit et au risque existant en permanence sur les productions. Il suffit de rater une campagne pour se retrouver presque à la case de départ avec des dettes en plus. Ce qui traduit l'état actuel de ma situation comme vous pouvez le constater. Je suis de nos jours déficitaire et je dois 75 000 francs CFA de dettes que j'avais contractées à divers endroits ( parents, surga, laboureurs, etc. ). Mon souhait de nos jours, c'est d'avoir une motopompe qui me faciliterait l'exhaure de l'eau, mais aussi, d'accroître mes surfaces. Ce souhait serait également valable en fait pour tous ceux qui travaillent dans cette dépression car à des degrés moindres, nous sommes tous pareils.

Le travail non plus, quoi qu'on puisse dire, ne nourrit pas son homme. L'essentiel de cette production est dominé par le chou dont les prix sur le marché ont tellement fluctué qu'on retrouve de nos jours le sac de 35 à 40 kg à 2 500 F CFA alors qu'on le vendait récemment 20 000 F CFA. Ceci est imputable au manque de planification de la production lié aux habitudes de certains cultivateurs, notamment les Guinéens qui ne produisent que du chou et occasionnellement de l'oignon, mais également à un manque de stabilisation des produits maraîchers.

Les fournisseurs d'intrants, surtout en semence et en produits phyto-sanitaires et fertilisants minéraux, ne nous aident pas par rapport aux gros producteurs. Souvent, nous sommes victimes de la mauvaise qualité des intrants, ce qui nous enfonce davantage dans les difficultés et contrairement aux gros producteurs, ils ne nous offrent pas de crédit. Les maigres ressources que nous tirons des champs sont essentiellement réinvesties dedans ce qui fait qu'avec la conjoncture, nous ne pouvons épargner grand-chose et en ce qui me concerne, je ne consomme que 30 % de la production totale de mon champ. Les bénéfices sont utilisés pour le paiement des dettes.

Le seul soutien qu'on a ici est la culture de la menthe. Elle nécessite peu d'investissement et d'entretien, mais, elle assure les besoins ponctuels. En fait, elle est en quelque sorte notre fonds de roulement. Les prix sont également instables, mais on s'en sort mieux qu'avec les autres cultures. Actuellement, en dehors de la salade queje cultive dans l'autre parcelle, je ne fais que de la menthe. La clientèle est régulière et fidèle. Si je parviens à économiser de l'argent et me débarrasser de mes dettes, je compte vraiment disposer d'une motopompe. Les terres que j'ai souslouées aux Guinéens et qui appartiennent à mes frères et autres parents seront reprises et exploitées même si ces derniers sont de bons payeurs et que nos relations sont bonnes. La location varie en fonction des dimensions du champ ou en fonction des besoins du propriétaire. Elle est annuelle et varie entre 30 000 à 150 000 F CFA. Avec leur production, les Guinéens s'en sortent mieux que nous car les motivations ne sont pas les mêmes, ils se consacrent exclusivement à ce travail, les charges sont minimes chez eux et ils disposent souvent de la solidarité de leur compatriotes basés dans les marchés locaux.

Pour nous aider de nos jours, il faudrait trouver du soutien financier, instaurer une politique de prix stables et bénéfiques pour tous et disposer de moyens suffisants, incluant la bonne qualité des intrants.

Biographie d'un locataire

M. D.
Âge : 31 ans ( né en 1968 )
Situation matrimoniale : célibataire
Nationalité : guinéenne
Ethnie : Malinké
Profession : maraîcher

Je suis venu au Sénégal en prévision de trouver du travail. À mes débuts, il y a de cela trois ans, je voulais faire le même métier que j'exerçais en Guinée c'est-à-dire peintre de carrosserie. Malheureusement, compte tenu des différences qui existaient dans les méthodes de travail entre les deux pays, mes parents adoptifs m'ont suggéré de cesser et de faire autre chose.

Ainsi, j'ai commencé par le métier de commerçant ambulant de légumes au marché de Castors où j'achetais des légumes que je revendais. À cette époque, j'habitais les parcelles assainies qui étaient non loin des exploitations des Niayes. J'y descendais souvent afin d'observer les jardiniers, jusqu'au jour où ayant un peu d'argent avec moi j'ai loué deux carrés à Dalifort. Nous avons été forcés de partir pour des raisons d'urbanisation. À la suite de cela, je me suis retrouvé ici à Beul Mbao, après qu'un propriétaire, Lebu, m'eut loué des parcelles. Je paie 105 000 F CFA par année, soit 35 000 F pour le premier champ et 70 000 F pour le second.

Au début, je cultivais la salade, les oignons et le jaxatu. Très vite, je me suis rendu compte qu'en dehors des oignons, les autres cultures n'étaient pas rentables. Alors, j'ai commencé à alterner chou et oignon qui non seulement ont un bon cycle de production, mais se vendent également bien au marché. Ce choix est aussi motivé par le fait que je suis étranger ici et que mon objectif est de faire de l'argent vite. Contrairement aux Wolofs, nous les Guinéens qui cultivons ici, nous ne faisons pas la culture de la menthe pour la simple et bonne raison qu'elle ne nous semble pas rentable.

Les récoltes de choux sont parfois bonnes s'il n'y a pas trop d'attaques parasitaires. Ainsi, en 1996, j'ai pu récolter 146 sacs de 35 à 40 kg soit 5 tonnes et plus sur moins d'un demi-hectare. En ce mois de janvier 1999, la dernière récolte de choux a donné 72 sacs sur une surface d'environ 400 m2 et une masse financière de 357 800 F CFA. Après déduction des charges notamment les salaires des cinq surga étaient de : 15 000 ( trois ), 12 000 ( un ) et 11 500 ( un ). Aux salaires des surga s'ajoute leur nourriture dont 50 kg de riz par mois. Il faut noter qu'un seul repas est pris au milieu de l'après-midi afin de couvrir le déjeuner et le dîner. Les surga résident sur place toute l'année sauf durant l'hivernage. Leur santé est également entièrement à ma charge. Les autres frais sont le mandat des coxeurs au marché, la taxe municipale ( 25 F/sac ), l'achat des intrants. L'ensemble des charges déduites est évalué durant cette campagne à 96 775 F, pour un bénéfice de 261 025 F.

Les bénéfices sont réutilisés comme suit : 111 025 F soit 42,5 % sont réinjectés dans les champs ; l'ensemble des charges inclus à quoi s'ajoute mon loyer de 3 500 F à Fass Mbao ; je ne réside pas avec les surga. 150 000 F soit 47,5 % sont épargnés. L'argent que j'épargne est confié à mon oncle ( petit frère de mon père ) qui est commerçant. Nous notons réciproquement les entrées et les sorties d'argent afin qu'il n'y ait pas d'erreur. Il peut utiliser l'argent parfois mais après m'avoir demandé l'autorisation. Le travail est dur, mais il faut bien le faire pour avoir de l'argent. Ce que nous déplorons surtout c'est la mauvaise qualité des intrants qui peuvent parfois compromettre toute notre production et le manque de crédit auprès des fournisseurs. Nous entretenons de bonnes relations avec les propriétaires qui nous ont loué ces terres. Ainsi, dans le but de raffermir ces relations, après chaque récolte, je leur fais cadeau d'un sac de choux ou d'oignons accompagné de 5000 francs. De nos jours, mon objectif est d'économiser suffisamment d'argent pour partir en Italie.

Biographie d'un propriétaire

MB. B.
Âge : 42 ( né en 1957 à Notto )
Situation matrimoniale : marié polygame
Nationalité : sénégalaise
Ethnie : Wolof
Profession actuelle : maraîcher

Très tôt, j'ai perdu mon père. J'ai quitté très tôt la demeure familiale pour partir à Thiès chez un oncle pour apprendre le Coran. Je n'ai jamais mis les pieds dans une école française. Après un peu temps passé à Thiès, je suis parti à Colobane dans le département de Gossas dans la région du Sine-Saloum où, en plus de l'éducation coranique, j'ai obtenu mon premier travail comme agropasteur.

À I'âge de dix ans, je suis revenu à Keur Madaro sous la tutelle de mon oncle. Un brave homme qui travaillait aux cultures pluviales et de contre-saison. Là aussi, j'ai continué l'apprentissage du Coran. Je travaillais dans les champs en même temps. J'étais charretier jusqu'en 1975, année où j'ai épousé une première femme.

C'est à partir de ce moment que j'ai commencé réellement à sortir de mon village pour aller chercher du travail ; sauf qu'auparavant, en 1971, j'étais parti à Noflaye ( communauté rurale de Sangalcam ) comme puisatier. En 1976 et 1977, je suis allé à Gniby pour une campagne agricole comme surga, dans le bassin arachidier qui était alors plus prospère.

Après cela, je suis venu à Dakar où j'ai eu un travail dans les ICS comme manœuvre-chargeur d'engrais jusqu'en 1994, où il y a eu des problèmes dans la boîte et avons été licenciés ; d'ailleurs nous avions porté plainte contre ce licenciement abusif et je sais que de nos jours, nous avons gagné le procès et ils doivent nous payer beaucoup d'argent.

Durant tout mon séjour aux ICS, je ne m'étais jamais départi des activités agricoles. Quand j'ai quitté cette boîte, je suis revenu définitivement aux activités agricoles particulièrement l'horticulture. Depuis, mon objectif est de réussir dans l'agriculture, le pastoralisme et le commerce.

Dans le commerce, je m'aventure dans tout ce qui est rentable. Ce secteur d'activité est financé par ce que je gagne dans les champs. Au village, je dispose actuellement d'une cantine de 12 m2 et j'y fais travailler mon frère. Dans le domaine de l'élevage, je dispose d'une vache, de huit moutons ( quatre mâles et quatre femelles ) et quatre chèvres. Souvent, quand l'occasion me le permet, j'achète des bœufs que j'engraisse avant de les revendre.

Maintenant, j'ai trois femmes. Deux résident ici à Mbao et l'autre à Thiès. J'ai également trois enfants. J'ai un ami ici présent avec qui j'ai partagé les moments les plus durs et les plus agréables. Depuis ma tendre enfance à Keur Madaro jusqu'à présent, on est toujours ensemble et je ne lui cache absolument rien. D'ailleurs je lui ai fai quitter le village pour qu'il vienne travailler ici. Actuellement il a son propre champ.

Je sais qu'aujourd'hui je devrais être riche, mais ma première femme m'a beaucoup coûté. Je sais également que ma première sortie m'a fait perdre plus que j'ai gagné. En effet, j'avais laissé derrière moi beaucoup de bétail. En plus de tout cela, je ne sais pas épargner, je suis très généreux. Ce que je ne regrette certes pas, c'est de m'être investi totalement dans les activités agricoles. De nos jours, si les ICS me rappelaient pour travailler, je refuserais pour la simple et bonne raison que je gagne mieux ma vie dans les champs.

Il est nécessaire de s'arrêter sur deux grandes exploitations fermières de manière à illustrer les différences observées dans la zone des Niayes où cohabitent les petites unités d'exploitation agricole et les moyennes ou grandes fermes.

Une grande exploitation : la société SEDIMA

La SEDIMA ( Sénégalaise de distribution de matériel avicole ) est un chef de file dans le domaine de l'aviculture ( tableau 10 ). Ses domaines d'activités couvrent la production d'aliments pour la volaille, de poussins d'un jour, d'œufs à couver, d'œufs de consommation et de poulets à cuire. Elle facilite aux aviculteurs l'accès au matériel avicole par l'importation et la distribution de petits accessoires d'élevage. Cette entreprise approvisionne une grande partie du marché national et s'étend actuellement vers les pays limitrophes. Ses installations sont situées dans la zone de Keur Massar à proximité de Dakar. La SEDIMA s'est engagée dans un important programme d'investissement qui lui a permis d'assurer une constante progression de son chiffre d'affaires. L'importance de la marge brute permet

Tableau 10. Fiche synoptique de la SEDIMA

Forme juridique

SARL ( Société anonyme à responsabilité limitée )

Capital social

100 000 000 F CFA

Date de création

1987

Domaine d'activités

Complexe avicole reproducteur ( 6 000 + 4 000 )

Couvre ( 3 000 p/j )

Provenderie, matériel agricole et élevage

( 45 000 pondeuses )

Principaux produits

Aliments pour volaille : 15 000 t / an

Poussins d'un jour : 90 000/semaine

Œufs à couver

Poulets prêts à cuire : 3 000 poulets/jour

Œufs de consommation : 300 000 plateaux/an

Investissements

85 millions F CFA en 1997

Capacités installées

2 couveuses : 60 000 et 30 000/semaine

Provenderie : 5 t/heure

Abattoir : 350 poulets/heure

Chiffre d'affaires

2,1 milliards en 1995

3,2 milliards en 1996

4 milliards en 1998

Marchés principaux

Sénégal

Gambie

Mauritanie

Mali

Guinée

Chiffre d'affaires : 8 % en 1995, 20 % en 1996

OAC pondeuses : 152 000 Cu en 1998

Nombre d'employés

120 personnes et 30 cadres et agents de maîtrise ( 1997 )

Projets Intégration totale de la filière

Création d'un centre de formation sous-régional en aviculture

de comprendre l'augmentation de ce chiffre d'affaires qui illustre l'expansion de cette entreprise.

Il reste à exploiter différentes filières de l'agriculture qui pourraient être stimulées par une importante production de fiente de volaille.

Une exploitation de taille moyenne : la ferme de W.

La ferme de W. est située à proximité de Bambylor, à 40 km au nord-est de Dakar. L'exploitation vise des objectifs de production intensive de lait. Ses activités s'étendent également à la transformation et à la commercialisation du lait produit. La réforme d'animaux y est une opération permanente, ce qui permet de déstocker des animaux pendant toute l'année alors que le fumier produit ne fait pas l'objet d'une valorisation significative. L'exploitation de W. est de grande taille, avec des effectifs atteignant plusieurs centaines d'animaux et figure ainsi dans le groupe d'entreprises d'élevage intensif qui ont plus de chance d'atteindre la réussite économique dans la zone des Niayes.

Le propriétaire est un homme d'affaires engagé dans les activités commerciales et le transit, mais est passionné d'élevage ; il n'en demeure pas moins performant du point de vue économique, ce qui lui a valu les résultats positifs enregistrés en 1998. La création de cette ferme remonte à moins de dix ans. Les résultats sont à consolider dans le temps, car la durabilité des exploitations laitières a été mise à l'épreuve par un environnement socio-économique difficile. Les investissements consentis par le propriétaire sont importants. Ils sont matérialisés par la construction d'une exploitation moderne, l'achat du noyau de femelles laitières de race exotique et l'acquisition d'un important matériel d'élevage.

Le premier maillon d'intégration entre l'agriculture et l'élevage est illustré par la stratégie mise en place pour alimenter le cheptel. Le système d'alimentation des ruminants est basé sur une utilisation de résidus de récoltes et de sous-produits agro-industriels variés, pour lesquels le producteur a su résoudre les énormes problèmes d'approvisionnement qui en limitent l'accès dans la zone des Niayes.

Cette exploitation est caractérisée par une ouverture à l'innovation technologique, par une utilisation des paquets techniques de la recherche agricole, notamment en ce qui concerne le mode de rationnement des vaches laitières, la pratique des cultures fourragères et l'ensilage des fourrages cultivés. Le poste « aliment et médicaments » consomme plus de 50 % du budget, ce qui montre la nécessité d'une gestion plus rapprochée de l'alimentation des différentes catégories de vaches, en vue de réaliser des économies.

L'intégration entre l'agriculture et l'élevage pourrait être davantage améliorée par une valorisation du fumier produit. Les programmes de recherche en cours visent une évaluation de la quantité de fumier produit. Une première approximation permet d'évaluer à plus de trois tonnes les quantités quotidiennes de fumier, ce qui pourrait soutenir un secteur agricole dynamique dans l'exploitation.

La bonne santé de cette exploitation laitière s'explique par le recyclage d'autres capitaux provenant surtout du transit-transport, secteur dans lequel le propriétaire est actif. La diversification apparaît ainsi comme un moyen de soutien efficace. Les performances observées sont tout à fait louables ( tableau 11 ). Il serait possible de les améliorer encore par une gestion plus rigoureuse de l'alimentation des vaches laitières et une orientation du système de production vers une meilleure intégration de l'agriculture et de l'élevage.

Tableau 11. Bilan estimé de l'exploitation de W. en 1998

Recettes

 

Dépenses

 

Lait

163 407 750

Aliments + médicaments

58 280 000

Animaux

8 000 000

Jarga

22 440 000

Autoconsommation lait

1 542 500

Graines de coton

3 900 000

Autoconsommation animaux

1 000 000

Tourteaux d'arachide

10 880 000

Don de fumier

non valorisé

Palmiste

4 600 000

 

 

Mélasse

3 300 000

 

 

Paille de riz

6 600 000

 

 

Médicaments + CMV

2 400 000

 

 

Drèche de brasserie

4 160 000

 

 

Ensilage

29 250 000

 

 

MO permanente

22 500 000

 

 

MO temporaire

18 000 000

 

 

Vaccins

1 000 000

 

 

Semences ( reproduction )

2 500 000

 

 

Gasoil

8 942 500

 

 

Motopompe

4 562 500

 

 

Pick-Up

4 380 000

 

 

Dotation amortissements

360 000 000

 

 

 

+ 33 000 000

 

 

Divers

1 200 000

Total

171 407 750

 

94 422 500

Marge brute

47 735 250

 

 

Total

 

 

123 672 500

L'agriculture urbaine dans la zone de Thiès

Thiès est la première région horticole du Sénégal qui génère 10 à 15% de la production nationale. Les cultures maraîchères, étroitement associées à l'élevage et à la pêche, se mènent dans un cadre marqué par l'urbanisation et une forte densité de population. Ainsi, les étroites relations entre la ville et le village encouragent une urbanisation de l'agriculture qui devient un point fort largement exploité par les producteurs à travers la proximité de marchés lucratifs. Les pratiques horticoles ne sont pas un fait récent dans le milieu. Même si l'on ne peut avancer une date précise sur leurs débuts, force est de constater qu'elles sont d'une longue tradition dans le département de Thiès.

L'activité horticole, dont les deux secteurs importants sont la production légumière et la production fruitière, joue un rôle de choix dans l'économie régionale et même nationale. Ainsi, la région de Thiès joue un rôle prépondérant dans le secteur horticole, considéré de nos jours comme « une nouvelle source de croissance », capable de réaliser les objectifs que l'État sénégalais s'est fixés dans le secteur agricole, notamment : la réduction de l'importation des produits de grande consommation ( oignon et pomme de terre ) ; l'introduction d'espèces à haute valeur ajoutée, destinées à l'exportation et à la rentrée de devises ; la satisfaction des besoins de la population en produits horticoles ; la création d'emplois.

La présence simultanée de l'horticulture et de l'élevage dans le secteur périurbain est une donnée majeure qui caractérise l'agriculture urbaine dans la zone des Niayes, de Dakar à Saint-Louis. L'étude du cas particulier de la principale région horticole du Sénégal devrait pouvoir clarifier sa position dans la chaîne d'intégration des deux activités et en déceler les points forts et les points faibles. Il s'agit ainsi d'évaluer les potentialités horticoles et pastorales permises par le contexte bioclimatique de la région de Thiès, de déterminer les contraintes à l'intégration de l'horticulture et de l'élevage et de caractériser l'état de l'environnement dans les périmètres horticoles de Thiès.

Un cadre géographique et bioclimatique fortement influencé par la mer

Deux départements de la région de Thiès ( Thiès et Tivaouane ) sont situés dans la zone des Niayes. Carrefour du Sénégal, cette région – notamment le département de Thiès – est le principal point de transit vers les autres régions du pays. Cette position stratégique lui donne une importance particulière, favorisée par les conditions physiques et sociales que lui offre son environnement.

Le climat de la zone appartient au grand ensemble du climat soudanosahélien. La proximité de l'océan et sa façade nord qui borde la grande côte, constamment balayée par l'alizé maritime issu de l'anticyclone des Açores, lui confèrent un climat doux et favorable, souvent qualifié de climat sub-canarien. Selon la division climatique du Sénégal, ce climat est de type cap-verdien ( Moral, 1977 ). Les précipitations s'étalent sur trois mois, de mi-juillet à mi-octobre. Elles varient entre 300 mm et 500 mm par an, avec une certaine irrégularité interannuelle. Comme partout ailleurs, la dégradation climatique n'a pas épargné cette région. L'anticyclone des Açores contribue beaucoup à l'adoucissement des températures, qui varient de 20,3 °C à 33,1 °C, avec une moyenne de 26 °C. Les températures les plus froides sont notées durant les mois de janvier et février où le minimum peut atteindre 16 °C, alors que les températures les plus chaudes sont notées dans la période de mars à octobre ( jusqu'à 35 °C ). L'humidité relative moyenne est de 62 %. Elle est cependant très variable : l'humidité maximale se situe à 87 % et la minimale à 37 %. Les mois où les teneurs en eau dans l'air sont fortes coïncident avec la saison des pluies ; le taux d'humidité peut atteindre 97 % au mois de septembre.

Deux types de vent balaient la région : les alizés, notamment l'alizé maritime de secteur nord-nord-ouest, qui apporte avec lui la fraîcheur et l'alizé maritime en provenance du sud, qui détermine la pluviométrie ; l'harmattan, vent d'est circulant durant la période d'avril à juillet, qui est très affaibli ou pas du tout perceptible au niveau des Niayes ou des terroirs du littoral.

Les facteurs climatiques qui déterminent les pratiques horticoles dans le département de Thiès sont donc très favorables. À l'exception des déficits pluviométriques, tous les autres paramètres climatologiques offrent les bases d'un bon développement de ce secteur.

Comme la majeure partie du Sénégal, la région de Thiès, dans son ensemble, est incluse dans le bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien. Plusieurs formations géologiques résultant des périodes du secondaire, du tertiaire et du quaternaire sont très présentes dans ce milieu. Le relief est assez accidenté, formé de plateaux ( Diass culminant à 108 m d'altitude ), de cuesta ( falaise de Thiès avec une altitude de 126 m ) et de zones dépressionnaires. La partie continentale de la zone contraste avec la frange littorale caractérisée par la présence des systèmes dunaires et des Niayes.

Potentiel pédologique

Appartenant au centre nord du bassin arachidier, la région est caractérisée par une majorité de sols ferrugineux tropicaux, non lessivés. Sur les marges côtières, dominent les sols minéraux bruts. Les sols ferrugineux tropicaux, faiblement lessivés sur sable siliceux, au nord et au centre, caractérisés par des concrétions ferrugineuses sur grès plus ou moins argileux, sont présents au sud-est ; ce sont les sols deck. Dans la zone des Niayes, se remarquent les vertisols dans les vallées asséchées et dans les dépressions interdunes, des sols minéraux à pseudo gley très humifères, parfois même tourbeux.

Un potentiel hydrologique exploitable par l'horticulture et l'élevage

En dehors du lac Tanma, le département de Thiès est dépourvu de système d'hydrologie de surface importante ; seules les Niayes laissent entrevoir, durant la période de la saison des pluies, des formations de mares temporaires dont la durée est déterminée par la pluviométrie. Cependant, la zone n'est pas si pauvre en ressources hydrogéologiques. On peut noter la présence de la nappe des sables quaternaires, constituée de lentilles d'eau perchées sur les cordons dunaires littoraux, de la nappe du maestrichien qui affleure sur la totalité du massif de Diass et de la nappe de l'éocène inférieur, représentée par les calcaires marneux et les marnes blanches dans la falaise de Thiès.

De nos jours, les ressources hydrologiques sont très compromises à cause de la baisse des volumes pluviométriques notée ces dernières années et de la surexploitation ; le risque de rupture de l'équilibre, déjà précaire, qui conditionne l'activité horticole de la région, est grand. En effet, le déficit pluviométrique et l'exploitation non maîtrisée des ressources en eau entraînent l'avancée et la remontée du biseau salé qui, de manière irréversible, peut constituer un facteur limitatif majeur à toute activité horticole.

Une démographie galopante, une forte urbanisation et une population bien engagée dans l'agriculture

Avec une population régionale de 1 140 000 habitants en 1994, la région de Thiès est la deuxième région la plus peuplée, après celle de Dakar. Le département de Thiès totalisait une population de 367 429 habitants, soit 39 % de la population régionale et une densité de 224,7 habitants au km2. La population est caractérisée par une légère domination du genre féminin avec un ratio de 96/100 et une domination nette de la classe des jeunes ; la classe des 20 ans, représente 57,7 % de la population. En 1995, la population urbaine était de 196 986 soit 54,6 % de la population départementale. La tendance à l'urbanisation s'accentue avec une évolution de 54,6 % à 55,4 % entre 1988 et 1995. Cette population est en majorité active dans l'horticulture et l'élevage.

Un potentiel pastoral en expansion

Le potentiel

La description des caractéristiques géoclimatiques a mis en évidence des particularités climatiques, largement influencées par la mer. Cette douceur du climat favorise le développement de l'élevage, particulièrement en ce qui concerne l'aviculture, l'embouche bovine et ovine et la production laitière intensive. Une diversification par le développement d'espèces non traditionnelles ( lapin, autruche, pigeon, dinde ) est présente, quoique à une échelle réduite. L'expansion de l'élevage est toutefois limitée par une exiguïté de l'espace pastoral en zone périurbaine et par la non-disponibilité des ressources alimentaires.

L'élevage est assez important. En gros, le cheptel départemental représente 4 % du cheptel bovin du pays, soit 120 000 têtes, et 3 % de celui des petits ruminants, soit 200 000 têtes ( Gaye, 1998 ). L'aviculture occupe une place importante avec 70 000 acteurs intervenant dans la production de poulets de chair, dont les effectifs annuels varient de 300 000 à 1 000 000 de sujets. Les pondeuses, dont l'effectif annuel est de 300 000 sujets, occupent une cinquantaine de producteurs. Le système d'élevage traditionnel est principalement extensif. Les animaux sont entretenus sur des couloirs pastoraux. Ils retournent à l'exploitation et reçoivent une complémentation, variable en quantité et en qualité, selon les objectifs de production. Les exploitations sont de tailles variables. On note la présence de grandes exploitations modernes, mais les petits exploitants sont dominants.

Le système de propriété est marqué par les efforts de recyclage des fonctionnaires qui s'investissent dans l'aviculture, l'élevage de petite et moyenne envergure. Une présence non négligeable des marabouts, avec le système des daara, a été observé, alors que les villageois natifs du terroir cèdent davantage de terrains aux autres catégories de propriétaires pour se contenter de l'élevage des petits ruminants et de l'aviculture.

L'intensification de l'élevage connaît un bon développement. Elle concerne la production laitière, l'embouche bovine et ovine et l'aviculture. Cette activité est menée par des fonctionnaires. Les exploitations d'élevage sont en général de petite taille. Dans le domaine de l'aviculture, quelques exploitants élèvent des milliers de têtes. Un important effort d'amélioration des techniques de production est actuellement en cours ; l'amélioration des races, par l'élevage d'espèces exotiques et le croisement avec les races locales pour accroître leurs potentialités laitières ou bouchères, est en train de se généraliser. Toutefois, le système intensif connaît des contraintes qui remettent en cause sa durabilité. La rentabilisation des investissements est souvent remise en cause par un environnement économique difficile, des difficultés liées à l'approvisionnement en intrants et à l'écoulement des produits en particulier.

Les performances

L'élevage est essentiellement extensif ( tableau 12 ). Cependant, avec le développement urbain, la proximité des grands centres urbains, les hôtels et les avantages climatiques, l'élevage intensif se développe, tout particulièrement l'aviculture ( tableau 13 ) et la production laitière.

Les petits producteurs ne sont pas pris en considération, mais ils demeurent très actifs dans la région ; leur effectif varie entre 100 et 200 unités par cycle de production.

Les trois départements de la région déterminent également les secteurs dans le domaine de l'élevage. Dans le cadre de cette étude, on s'intéresse aux deux secteurs ( tableau 14 ) bordant la zone des Niayes que sont les départements de Thiès et de Tivaouane.

La région de Thiès est peu dotée de ressources fourragères. C'est le résultat des mauvaises conditions pluviométriques, de l'absence ou de la raréfaction des parcours, en raison de la mise en défens systématique des surfaces horticoles. Cependant, l'élevage, en particulier l'élevage intensif, se développe et les principales sources alimentaires sont les résidus horticoles, montrant ainsi la relation d'intégration entre l'horticulture et l'élevage. Cependant, la rétroaction n'est pas très remarquable, sauf pour l'utilisation des déchets des poulaillers, très prisés dans l'agriculture maraîchère. Le manque de stabulation pour les bovins et les petits ruminants fait que l'utilisation des résidus est très sous-exploitée.

Dans le cadre de cette intégration, il convient de faire attention à l'usage des produits chimiques dans l'agriculture, même si les cas d'intoxication notés sont dus à la consommation de résidus de la variété de manioc soya, qualifiée de très toxique pour le bétail.

On note une certaine organisation des éleveurs regroupés en GIE ( groupement d'intérêt économique ) et en associations. On peut noter les producteurs de bovins, la Maison des éleveurs ( qui regroupe tous les petits groupements villageois avec des représentations aussi bien dans les arrondissements que dans les départements ) et l'Association des aviculteurs de Thiès, etc.

Tableau 12. Production animale du département de Thiès

Année

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Viande

P

974 677

864 388

762 000

750 000

899 524

800 000

V

1 072 144

950 826

914 400

90 000

1 161 333

1 120 000

Cuir et peaux

P

127 511

30 761

45 930

57 640

106 083

V

7 518 440

1 813 762

2 755 800

3 458 400

15 176 750

Lait

P

2 775 000

2 250 000

1 200 000

1 200 000

1 125 000

1 125 000

V

1 110 000

900 000

600 000

600 000

562 500

562 500

Poulets de chair

P

400 000

300 000

300 000

300 000

500 000

700 000

V

440 000

330 000

360 000

360 000

750 000

1 050 000

Œufs

P

16 000

16 000

18 000

18 000

19 000

20 000

V

480 000

480 000

720 000

720 000

855 000

900 000

Source : SRE, Thiès ( 1997 ).
Note : P = production en kg, V = valeur commerciale × 1000 F.

Tableau 13. Effectif de la volaille dans quelques fermes avicoles

 

Quantités

Fermes

Pondeuses/18 mois

Chair/45 jours

Serigne M. B Mbacké ( Pout )*

2 000

2 000

Mme Ndao ( Pout )*

2 000

2 000

M. Mbaye ( Pout )*

4 000

 

EMAP ( Pout )*

22 000

22 000

Cnl Mar ( cinquante )*

5 000

 

Ferme avicole de Kayar

2 000

 

M. Kébé ( Pout )

3 000

 

*ferme laitière également.
Source : IRE, Thiès ( 1999 ).

Tableau 14. Données sur le cheptel

 

Région de Thiès

Secteur de Thiès

Secteur de Tivaouane

Superficie

6 600 km2

1 620 km2

3 144 km2

Cheptel

283 500

76 250

73 250

Bovins

135 000

36 000

30 000

Taille moyenne troupeau

 

44

39

Ovins et caprins

220 000

65 000

57 000

Équins

51 000

14 000

17 000

Porcins

42 000

10 000

12 000

Volailles

13 200

5 000

1 000

Nombre de GIE

123

50

53

Note : GIE, groupement d'intérêt économique.

Un système limité par des contraintes structurelles

Le foncier

Les contraintes foncières sont parmi les principaux facteurs limitatifs du développement de l'élevage. La forte urbanisation qui caractérise cette région et la réduction de l'espace pénalisent en premier lieu les animaux, dans une zone majoritairement urbaine et agricole. Les contraintes foncières concernent la qualité des sols, largement dépréciée par la salinité et la présence de cuirasse latéritique. L'accès à la terre est aussi un facteur qui limite l'engagement des jeunes producteurs et celui des catégories sociales défavorisées, obligées de se contenter de différentes formes de location de la terre ou d'un statut d'ouvriers agricoles. Les marabouts détiennent de vastes surfaces, souvent non valorisées dans leur ensemble, à cause de la lourdeur des investissements. Les contraintes foncières ne permettent pas un renforcement de l'investissement dans le domaine de l'élevage.

L'accès aux technologies

La proximité des structures de recherche et de formation agricoles encourage la modernisation du système d'élevage. On observe une amélioration des races bovines et caprines ( pour la production laitière ) et ovines ( pour la production de viande ). L'aviculture industrielle moderne a également connu un développement fulgurant. Des expériences de transformation des produits alimentaires d'origine animale ( viande, lait ) sont tentées autour de Thiès. Toutefois, l'efficacité du système est compromise par un environnement économique difficile. La création d'un noyau d'intensification pastorale devrait être un point de départ qui, en lien avec Dakar, pourrait assurer l'approvisionnement des villes en produits semi-finis.

L'accès aux intrants

L'accès aux intrants est l'un des problèmes les plus sérieux auxquels sont confrontés les éleveurs de la zone de Thiès. Le déficit des ressources alimentaires, qui représentent les deux tiers des dépenses de fonctionnement des ateliers intensifs, compromet sérieusement leurs résultats technico-économiques. À cela, il faut ajouter le manque d'aliments de base et de concentrés et l'accès difficile aux céréales. Une autre difficulté réside dans l'inexistence de cultures fourragères. Les médicaments vétérinaires coûtent cher. Le système de production ne permet pas souvent de rentabiliser les traitements sanitaires.

Thiès : la plus grande région horticole du Sénégal

La supériorité de la région de Thiès dans l'horticulture se traduit en termes de surface cultivée et de production annuelle ( 30 % de la production nationale ). Les performances de production, évaluées en termes de rendement, sont correctes. Cette situation peut s'expliquer par la valorisation d'occasions agroclimatiques certaines et par une importante technicité des éleveurs, mais aussi par une utilisation excessive de produits chimiques pour renforcer le statut des sols et limiter l'attaque catastrophique des parasites. Malgré ces bons résultats dans le secteur horticole, il existe des marges de progrès importantes pour renforcer la place du Sénégal en tant qu'exportateur de produits horticoles vers les pays développés. Mais les caractéristiques structurelles du système de production et ses contraintes autorisent-elles une augmentation significative de la production à court terme ? Quel en sera le coût sur le plan environnemental dans un milieu déjà fortement agressé ?

L'agriculture est l'un des secteurs les plus importants dans le département malgré la présence d'importantes industries. Elle occupe une bonne part de la population active. Cependant, compte tenu de sa dépendance des conditions pluvio-métriques et des ressources hydrogéologiques, on note une certaine spécialisation au niveau spatial, déterminée par la disponibilité de l'eau. Ainsi, on peut noter deux agrosystèmes distincts, à savoir la zone de Pout-Keur Moussa, spécialisée dans la production fruitière et celle de Keur Séga-Bayakh-Kayar, spécialisée dans la production de légumes ( Gaye, 1998 ).

Les types d'exploitations

Les exploitations sont petites à moyennes, d'une superficie supérieure à un hectare, de type individuel. Les producteurs pratiquent la diversification des cultures en associant l'arboriculture fruitière à l'élevage et à différentes espèces maraîchères ( tableau 15 ). Ces exploitations font l'objet d'investissements encore faibles, mais plus importants que dans le cas de Dakar. On y observe l'installation fréquente de puits avec une amélioration du système d'exhaure par l'installation de motopompes. La lourdeur de ces investissements a encouragé une gestion communautaire. Les limites de la durabilité de ce système interrogent l'efficacité de la gestion communautaire, comparativement à la gestion individuelle du matériel horticole.

Le potentiel et les contraintes

Les caractéristiques agro-climatiques de la région de Thiès favorisent l'horticulture : disponibilité d'eau grâce à la nappe phréatique ; statut de ville carrefour et présence de marchés lucratifs ; importante population urbaine et proximité des grands centres urbains ( Dakar, Mbour, Kaolack, Diourbel, etc. ) ; bon réseau routier même si, dans certains endroits, il mérite des améliorations notables. Mais il existe aussi des contraintes importantes : sols stériles ( caillouteux, latéritiques ), pauvres ( diors ) ; raréfaction de l'eau qui se traduit par un rabattement de la nappe en profondeur ; inaccessibilité au réseau de la Société sénégalaise des eaux ( coût élevé, fréquence de la facturation non adaptée aux cycles de production végétale ) ; remontée du biseau, résultant du manque de précipitations et de la surexploitation des nappes ; difficulté d'accès à la terre et au crédit ; manque de structures de conservation, de transformation et de stockage.

En fonction de la disponibilité de l'eau, de son accessibilité et de la nature pédologique, on note une certaine forme de spatialisation des cultures. Ainsi, les cultures fruitières sont concentrées dans la zone de Pout-Keur Séga ( mangues et agrumes ), caractérisée par des sols latéritiques durs et une nappe phréatique assez profonde ( Paléocène ) dont l'exploitation se fait essentiellement à partir de puits traditionnels ( tableaux 16 et 17 ). La production maraîchère est exclusivement pratiquée dans la frange littorale nord de la région qui coïncide avec la zone des Niayes. Les cultures sont très diversifiées avec, là aussi, une certaine spécialisation dans la production. Les ndiouki sont exclusivement destinés à la production de la carotte et du navet alors que les Niayes et les vallées asséchées sont massivement exploitées pour la production du chou, de l'oignon, etc.

Tableau 15. Production maraîchère départementale ( 1994/1995 )

Cultures

Quantité ( en tonnes )

% de la production nationale

Oignon

8 800

24

Tomate

10 100

45

Chou

7 800

43

Pastèque

9 000

36

Pomme de terre

6 900

59

Gombo

3 100

 

Jaxatu

3 900

 

Piment

1 600

 

Aubergine

2 400

 

Tableau 16. Production fruitière, Thiès et Dakar

Production

Quantité ( tonnes/an )

Mangue

18 260

Agrumes

441

Banane

138

Papaye

125

Patate douce

1 000

Légumes

39 500

Source : Gaye ( 1998 ).

Place au niveau national

Thiès fournit près de 30 % de la production maraîchère nationale. La production fruitière occupe la deuxième place après la Casamance. Dakar et Thiès fournissent entre 12 et 35 % de la production nationale.

Selon la Chambre de commerce ( 1995 ), la campagne 1993/1994 est estimée à 112 137 tonnes de fruits et 14 699 tonnes de légumes ( tableaux 18 à 21 ). Les pertes après-récolte sont évaluées entre 30 et 40 % et sont dues au manque de structures de conservation, de stockage ou de transformation.

Tableau 17. Production fruitière, département de Thiès, 1986 à 1995

 

Quantités ( tonnes )

Années

Thiès

Sénégal

1986/1987

120 000

1987/1988

10 291

125 000

1988/1989

12 232

121 000

1989/1990

10 824

136 000

1990/1991

9 628

142 000

1991/1992

9 756

152 000

1992/1993

13 129

154 000

1993/1994

13 230

148 000

1994/1995

13 992

155 000

Tableau 18. Répartition de la production de légumes au Sénégal ( % )

Régions

1991/1992

1992/1993

1993/1994

1994/1995

Dakar

25,00

22,00

27,00

27,50

Thiès

30,00

33,50

26,60

36,50

Saint-Louis

21,00

16,00

15,90

4,00

Louga

12,00

13,00

10,80

13,60

Autres régions

11,5

1,5

19,8

18,2

Tableau 19. Répartition de la production fruitière ( % ) selon les espèces à Thiès

Campagne

Mangues

Agrumes

Bananes

Autres

1987/1988

9,38

10,68

8,96

7,03

1988/1989

11,23

11,24

7,13

17,51

1989/1990

9,14

10,68

12,21

19,10

1990/1991

9,39

5,51

10,18

16,97

1991/1992

9,86

10,25

10,49

18,70

1992/1993

12,60

9,46

13,20

4,24

1993/1994

12,50

13,69

14,66

5,30

1994/1995

19,85

13,57

17,31

6,10

Tableau 20. Répartition de la production fruitière selon les espèces au Sénégal ( % )

Espèces

1991/1992

1992/1993

1993/1994

1994/1995

Mangue

54,80

68,20

62,60

62,40

Agrumes

23,20

21,90

27,20

27,20

Banane

4,90

6,10

5,90

6,10

Divers

17,00

3,80

4,30

4,30

Total

100,00

100,00

100,00

100,00

Tableau 21. Production maraîchère au Sénégal de 1993 à 1995

Spéculations

1993/1994

1994/1995

Oignon

30,60

23,80

Pastèque

12,70

16,10

Tomate

13,40

15,60

Chou

12,40

11,80

Pomme de terre

7,00

7,50

Divers

32,90

26,60

Un milieu agressé par les pratiques horticoles

La région de Thiès, comme tout le reste du pays, connaît une dégradation des conditions pluviométriques avec des répercussions sérieuses sur la réalimentation des nappes souterraines, sur la dégradation des potentiels pédologigues et sur la dégradation du couvert végétal. Cependant, le premier aspect reste le plus important dans le contexte de l'horticulture, car la survie de celle-ci repose sur l'équilibre des ressources en eau. De nos jours, ces ressources en eau sont très compromises, car les réserves des principales nappes sont presque nulles ou infimes. C'est ainsi que, selon le Conseil supérieur de l'environnement et des ressources naturelles ( CONSERE, 1995 ), la réserve des aquifères majeurs, notamment ceux de Dakar à Kayar, de Kayar à Saint-Louis et du Paléocène Pout-Sébikhotane-Mbao sont respectivement de 45 000, zéro et zéro alors que le Paléocène Est Kayar ( aquifère mineur ) reste très limité.

La surexploitation de ces nappes, dont la réalimentation est essentiellement tributaire d'une bonne pluviométrie, contribue à leur épuisement et à leur contamination par l'intrusion d'eau salée. Ce qui, de toute évidence, portera préjudice à toute pratique horticole, surtout dans les terroirs littoraux dont les eaux d'irrigation sont tirées des lentilles d'eau douce des systèmes dunaires côtiers. La dégradation des conditions pluviométriques et la réduction du volume de la nappe des sables quaternaires contribuent également à la salinisation des terres, phénomène déjà perceptible à certains endroits de la zone ( Kayar, Bayakh, Mboro ).

À cela peuvent s'ajouter les problèmes d'érosion, essentiellement éolienne. La partie occidentale de cette région est dominée par la présence de systèmes dunaires stables ( dunes ogoliennes ) et instables ( cordons littoraux ). Les vents de secteur nord-nord-ouest qui soufflent sur cette région contribuent à l'ensablement des cuvettes maraîchères et à la réduction des surfaces cultivables. C'est la raison pour laquelle plusieurs initiatives ont été prises dans le cadre de différents programmes afin de lutter contre ce fléau.

Le marché

La région de Thiès accueille les plus grands marchés de produits horticoles du Sénégal. L'essentiel des légumes cultivés dans la région est négocié dans les marchés de Mboro et de Diogo, alors que les fruits sont dirigés vers Pout qui recueille aussi un fort tonnage de mangues et d'agrumes venant de l'intérieur du pays. Le marché de Pout fait ainsi partie des principaux centres de débarquement de produits fruitiers. Non loin des zones de production, le marché est alimenté par les Niayes, par d'autres régions, particulièrement la Casamance et par des pays limitrophes comme la Guinée. L'année horticole est divisée en quatre périodes de trois mois, déterminées par la dominance d'une culture fruitière :

Image la période des mandarines dont la région se réserve la quasi-exclusivité de la production ;

Image la période des pastèques dont l'essentiel du produit provient des régions de Kaolack et de Fatick ;

Image la période des oranges dont la plus grande partie provient de la Casamance. La zone en est également productrice ;

Image la période des mangues en provenance de la Guinée, de la Casamance et de la localité elle-même. Cette période est souvent beaucoup plus longue, car les cycles de production entre ces trois lieux d'origine ne sont pas les mêmes.

À côté des grands marchés de produits maraîchers et fruitiers, la région de Thiès présente de nombreux marchés secondaires, ou marchés-relais, dans lesquels les acheteurs préfèrent souvent se rendre à cause de la compétitivité des prix. Dans ces localités, qui sont également pour la plupart des sites de production, se tiennent des marchés hebdomadaires appelés louma.

Grande région horticole, la région de Thiès est l'un des principaux points de distribution des produits maraîchers vers les autres régions du pays, mais aussi vers l'extérieur, notamment vers la Mauritanie et la Gambie. À Mboro, principal point de distribution de la région, on peut remarquer que les principales destinations sont les marchés urbains de Dakar, Thiès, Mbour, Kaolack, Saint-Louis et Tambacounda et l'extérieur du pays, en l'occurrence la Gambie et la Mauritanie. Les principaux produits convoyés sont essentiellement l'oignon, la pomme de terre et le chou. Compte tenu du caractère informel de la commercialisation des produits horticoles et la non-structuration des centres de collecte, la quantification des flux entrant et sortant est difficile et ne peut être basée que sur des estimations.

L'usage des intrants chimiques : une menace sur l'environnement et sur la sécurité alimentaire

L'horticulture en général et les cultures maraîchères en particulier sont très consommatrices d'intrants chimiques pour améliorer les rendements par apport d'engrais minéraux et de traitements phytosanitaires pour réduire les risques d'attaques parasitaires. La localité de Thiès, zone horticole par excellence, n'échappe pas à cette règle. Dans cette zone, notamment à Bayakh, Kayar, Mboro, Darou, Diogo, Fass Boye, Pout et Pire, différents types de pesticides et d'engrais chimiques sont utilisés. Cependant, si l'utilisation demeure intense dans la presque totalité des localités précitées, elle est quasi nulle à Pire, le vivier du manioc. Dans cette localité, on ne fait pas l'utilisation d'engrais chimique ni de pesticides, les cultivateurs privilégiant des méthodes traditionnelles d'amendement des terres.

Par contre, dans les autres localités, différents pesticides, souvent de qualité douteuse, sont à la disposition des maraîchers pour lutter contre les attaques de vers, de papillons et d'acariens. Ils sont disponibles dans des points de vente du village et dans les marchés hebdomadaires, par l'intermédiaire des commerçants itinérants. Il en est de même pour les engrais. Les pesticides les plus fréquemment utilisés sont le Tomaron, le Décis et des poudres diverses constituées en majeure partie de produits organophosphorés. Cette liste est loin d'être exhaustive. Quant aux fertilisants minéraux, ils sont constitués d'engrais ternaires ( NPK ), notamment le 10/10/20, 10/18/46 et l'urée. Chez les grands producteurs, dont la production est destinée à l'exportation, l'usage des intrants chimiques est plus normalisé et l'approvisionnement se fait auprès des grands distributeurs de Dakar, parfois même ceux de l'étranger.

La mauvaise utilisation de ces produits présente un grand danger pour l'environnement et pour la production. L'ignorance du dosage des pesticides entraîne un usage abusif, avec des conséquences sur l'écologie du milieu, notamment la résistance de certains parasites, la contamination possible des nappes phréatiques à faible profondeur. Le pire est la mauvaise connaissance des délais d'attente pour la dégradation des produits utilisés dans le système. Cet aspect, souvent déterminé par les exigences du marché, fait que les productions restent qualitativement douteuses et, par conséquent, menacent la santé des consommateurs.

L'agriculture urbaine dans la zone de Saint-Louis

La ville de Saint-Louis occupe la limite nord de la zone des Niayes. C'est une ville agricole favorisée par la présence du fleuve Sénégal, même si ses échanges avec la mer au niveau de l'embouchure provoquent la salinité de l'eau et des sols. Toutes les activités agricoles sont stimulées par la présence de l'eau. La région de Saint-Louis, qui génère près de 47 210 tonnes de fruits et légumes sur une superficie totale de 3 251 hectares, représente la troisième région horticole du Sénégal derrière Thiès et Dakar ( ministère de l'Agriculture, 1998 ). Si la majeure partie de cette production vient des zones rurales, le secteur urbain produit également une grande partie de la tomate, de l'oignon, du chou et la quasi-totalité de l'arboriculture fruitière. L'élevage est bien représenté dans la ville et ses alentours. C'est l'élevage de petits ruminants, l'aviculture et le développement d'ateliers de production laitière, alors que l'embouche bovine connaît une évolution timide limitée par des problèmes de marché.

Saint-Louis est la ville des pôles :

Image pôle d'industrialisation agricole avec l'avènement des barrages, des aménagements agricoles de grande envergure, des grandes surfaces, des gros investissements qui traduisent une tentative de moderniser l'agriculture et de travailler à plus grande échelle ;

Image pôle de transformation agricole avec la proximité des principales usines de traitement de la tomate industrielle ( la SOCAS à Savoigne ) et de la canne à sucre ( la CSS à Richard-Toll ) ;

Image pôle de projets également avec l'avènement de l'après-barrage qui a vu le développement d'initiatives qui sont actuellement couronnées de succès ou d'échecs à des degrés divers ;

Image pôle d'encadrement agricole avec la présence de la Société d'aménagement et d'exploitation des terres du delta ( SAED ) ;

Image pôle de crédit avec la présence de banques agricoles ;

Image pôle d'espoir enfin, car c'est assurément la capitale des barrages : ces barrages qui ont suscité beaucoup d'espoir dès le milieu des années 70, mais qui sont aussi sous le coup de multiples controverses. On se demande encore si cette option, avec son corollaire de haute intensité de mécanisation fortement consommatrice d'énergie, a été la bonne. Mais ces barrages sont là, qui appellent une valorisation d'infrastructures déjà très coûteuses et une réadaptation des systèmes agricoles intégrés dans toute la vallée du fleuve Sénégal.

C'est dans ce climat socio-économique que l'horticulture et l'élevage ont tenté de se développer en milieu urbain et périurbain. Elles représentent des activités agricoles à part entière qui mobilisent une bonne partie de la population sans compter leur impact sur le marché urbain. Une étude ciblée sur ces deux activités a permis d'évaluer leur envergure, les interactions, les contraintes dont elles font l'objet et leur impact sur l'environnement de la ville de Saint-Louis et sa banlieue.

Un milieu physique de type sahélien, mais fortement influencé par la présence d'eau

Située dans la zone sahélienne, la capitale du Nord jouit de certains avantages climatiques, particulièrement pour le développement de l'horticulture et de l'élevage intensif. En effet, en bordure de l'océan Atlantique, elle reste en permanence sous l'influence de l'alizé maritime qui adoucit les températures. Le climat, de type cap-verdien, est marqué par l'alternance de deux saisons : une longue saison sèche et une saison pluvieuse de trois à quatre mois avec un maximum de précipitations en août et septembre. Les précipitations annuelles varient entre 300 et 500 mm.

Le régime thermique est unimodal avec un minimum au mois de février de 21,2 °C et un maximum au mois de septembre de 28,1 °C. La présence de l'océan et l'alizé maritime confèrent à la zone une humidité relative assez constante. Le relief est plat dans l'ensemble. Il est marqué par les variations du niveau marin durant le quaternaire et l'évolution du fleuve qui ont entraîné l'édification des systèmes dunaires et la formation des sols. La région formant le delta du Sénégal est caractérisée dans sa partie nord par de nombreuses cuvettes qui sont de nos jours des zones très convoitées pour la riziculture. Par contre, sa partie sud, formant la région naturelle du Gandiolais, est caractérisée par la succession de la trilogie dunes côtières, dunes continentales et couloirs interdunaires. Cette zone est la partie septentrionale de la zone des Niayes.

La végétation est maigre dans son ensemble et subit les conditions précaires de la pluviométrie. Elle est essentiellement composée d'épineux dont les plus représentatifs sont l'Acacia seyal, l'Acacia raddiana et la Balanites aegytiaca. Le tapis herbacé est dominé par les andropogonnées. Dans les cuvettes interdunaires, la végétation de type guinéenne est en voie de disparition. L'hydrologie de la région est marquée par la présence du fleuve Sénégal. Dans le Gandiolais, on peut noter la présence de la nappe phréatique des sables quaternaires, de nos jours largement menacée par la salinité.

Une population jeune à dominante féminine avec une forte tendance à l'urbanisation

La population de la région du fleuve se chiffre au dernier recensement ( 1988 ) à 660 282 habitants, soit 9,6 % de la population nationale. Au recensement de 1976, la population se chiffrait à 514 735 habitants et représentait 10,3 % de l'effectif national. Le taux croissance de 2,1 %, entre 1976 et 1988, est inférieur à la moyenne nationale. En valeur relative, la population de la région du Nord a sensiblement baissé entre 1976 et 1988. Cette baisse est consécutive à l'émigration vers les autres régions, mais aussi vers l'extérieur. La structure de la population est dominée par la tranche des jeunes, qui représentent 59 % contre 57,7 % au niveau national, avec une nette prédominance des femmes qui représentent 53 % de la population ( tableau 22 ).

La densité moyenne de la région est de 22,3 habitants par km2. À l'intérieur de la région, on note un déséquilibre important dans la répartition démographique ( tableau 23 ).

Tableau 22. Structure de la population : répartition par sexe et grands groupes d'âge dans la région de Saint Louis

 

Répartition par sexe

Répartition par classe d'âge

 

Hommes

Femmes

0 à 19 ans

20 à 59 ans

60 ans et +

Saint-Louis

47,0 %

53,0 %

59,0 %

35,0 %

6,0 %

Sénégal

48,6 %

51,4 %

57,7 %

37,3 %

5,0 %

Tableau 23. Répartition de la population régionale : densité

Départements

Population

%

Superficie ( km2 )

Densité

Dagana

285 879

43

6 087

46

Podor

154 723

24

12 947

12

Matam

219 680

33

25 095

09

La majorité de la population ( 73 % ) vit en milieu rural contre 27 % en milieu urbain. Les projections pour 2015 montrent déjà la tendance à une urbanisation de plus en plus accélérée. Ainsi, la population urbaine qui représentait 29 % du total en 1994, passera à 31 % en 2000, à 33 % en 2005 et à 37 % en 2015. Cette urbanisation croissante entraînera des problèmes d'espace et l'extension des villes se fera au détriment des espaces ruraux.

L'horticulture : un secteur en plein essor

Saint-Louis est la troisième région horticole du Sénégal si l'on se réfère aux surfaces cultivées. Elle passe en deuxième place si l'on considère la production totale ( tableau 24 ). Le niveau de production est rehaussé par l'oignon et la tomate industrielle pour lesquels Saint-Louis occupe la première place. Les conditions climatiques, auxquelles s'ajoute la présence du fleuve, sont des atouts favorables au développement de l'horticulture.

On distingue deux systèmes de production horticole : le système traditionnel concentré dans la zone du Gandiolais et sur la berge du fleuve Sénégal et ses défluents ; et le système moderne en juxtaposition avec la riziculture, dont les éléments les plus représentatifs sont la SAED et la SOCA.

Tableau 24. Productions maraîchères et surfaces cultivées dans la région de Saint-Louis

Régions

 

Dakar

Thiès

Saint-Louis

Tomate

Surface ( ha )

898

820

16

 

Production ( tonnes )

16 350

10 660

300

Pomme de terre

Surface

147

580

10

 

Production

1 760

9 860

200

Haricot vert

Surface

500

200

 

Production

3 560

1 400

Gombo

Surface

268

94

 

Production

5 360

1 315

Piment

Surface

65

120

 

Production

520

840

Aubergine

Surface

86

190

 

Production

1 280

2 850

Oignon

Surface

667

530

835

 

Production

10 330

10 600

19 210

Navet

Surface

11

 

 

Production

150

 

Pastèque

Surface

343

130

 

Production

6 860

1 950

Chou

Surface

394

655

130

 

Production

5 910

3 825

1 950

Diakhatou

Surface

57

215

 

Production

740

1 505

Manioc

Surface

24

30

 

Production

600

750

Tomate industrielle

Surface

1 650

 

Production

21 260

Divers

Surface

68

160

180

 

Production

380

1 150

2 340

Total

Surface

3 528

3 594

3 251

 

Production

53 800

44 755

47 210

Source : Ministère de l'Agriculture ( 1997 }.

Le système traditionnel est caractérisé par une faible taille des exploitations qui dépassent rarement l'hectare. Elles sont essentiellement concentrées dans le Gandiolais qui est une partie de la zone écologique des Niayes. Elles sont situées dans les dépressions appelées Khour et sur les surfaces pédologiques deck-dior appelées également Mbamb. Ces choix tiennent compte de l'accès plus facile à la nappe phréatique dans les dépressions et de la teneur en argile des surfaces capables de retenir l'eau dont les cultures ont besoin.

Le foncier

L'exploitation des champs par leurs propriétaires est dominante. Le principal mode d'accès à la terre est l'héritage et la succession, qui privilégient les hommes au détriment des femmes qui n'ont pas le droit d'hériter des terres. Il existe très peu de locataires. Le métayage existe; la disponibilité des terres attire les migrants agriculteurs. Les métayers viennent souvent du Saloum, de la Casamance, du Cayor et de la Guinée-Bissau ou de la République démocratique de Guinée. Au niveau de la langue de Barbarie, l'obtention des terres de culture se fait par héritage ( très peu ) et surtout par conquête sur les berges du fleuve en excavant les bordures dunaires.

À Saint-Louis, longtemps sous influence européenne ( française ), le régime foncier est de type moderne. Cela n'exclut pas cependant, du fait que la ville est un site d'eau, que les démunis remblaient certaines parties du fleuve à des fins d'habitation, mais également à des fins agricoles. Dans les quartiers périphériques de la ville, notamment dans le Sor, Khor, Pikine, Darou, et même parfois sur les berges des deux bras du Sénégal, se développe une agriculture maraîchère dont le rôle en tant que support pour les familles n'est pas à négliger.

Les acteurs

Les acteurs de la production horticole traditionnelle sont essentiellement des hommes : des adultes, mais aussi des enfants âgés de 6 à 14 ans qui se chargent de travaux tels que l'arrosage, le désherbage, parfois même les traitements phytosanitaires et le remplissage des bassins d'eau. Ils sont peu scolarisés, leurs parents préférant les introduire au maraîchage en vue d'une spécialisation ultérieure dans ce domaine. Les femmes interviennent très peu dans ce système. Les tâches qui leur sont réservées sont souvent la gestion d'un petit lopin de terre dont l'objectif est de remplir la marmite familiale et parfois la commercialisation au détail. Cependant, dans les grandes exploitations ou les systèmes modernes de production, la main-d'œuvre féminine est très prisée, notamment dans les récoltes et le tri des produits.

Les cultures

Les cultures sont variées, mais on observe une nette dominance de l'oignon et du chou dans le Gandiolais et dans les exploitations traditionnelles. Dans les exploitations modernes, par contre, dominent les cultures destinées à l'exportation, notamment la tomate industrielle, le haricot vert, l'oignon, etc. Sur la langue de Barbarie et sur les dunes vives dominent les cultures de décrue telle que la patate, le chou et la carotte.

La production maraîchère suit une certaine logique au niveau spatial. Dans Saint-Louis et sa périphérie immédiate, on cultive surtout la laitue, la betterave, la patate douce et le radis ( tableau 25 ). Dans le Gandiolais domine l'oignon. Cependant, en fonction de la nature pédologique des sols, on note une certaine spécialisation, même si dans toute la région l'oignon et le chou restent les principales productions. Ainsi, la culture de la carotte et du navet est concentrée dans la zone des dunes blanches. Sur les berges du fleuve, le long de la langue de Barbarie, dominent le chou et la patate douce. Dans ce milieu, les cultures sont

Tableau 25. Les cultures de la région de Saint-Louis

Maraîchage

Arboriculture fruitière

Image oignon ( galmi, salsa )

Image cocotier

Image jaxatu

Image sapotille

Image Aubergine

Image carossole

Image chou

Image mangue

Image tomate ( xina, cerise )

Image agrumes

Image gombo

Image papaye

Image piment

Image banane

Image carotte

Image pomme cannelle

Image pomme de terre

Image badamier

Image patate douce

Image cerisier

Image navet

 

Image salade (laitue )

 

Image fraise

 

Image betterave

 

Image haricot vert

 

Image tomate industrielle

 

Image maïs

 

Image radis

 

des cultures de décrues. Au niveau des grandes exploitations, notamment au niveau de Bango, les principales cultures sont le haricot vert et la tomate industrielle qui sont destinés à l'exportation et à la transformation, alors que l'oignon et la pomme de terre sont dirigés vers le marché local et sous-régional ( Mauritanie ).

L'arboriculture fruitière est très présente dans la ville de Saint-Louis où l'arbre fruitier, particulièrement le sapotier, fait partie du décor. Cependant, le véritable site de production fruitière de la zone est Bango, connu par ses nombreux vergers. De nos jours, ces vergers se meurent, paradoxalement par manque d'eau. Ils souffrent également d'une désaffection par leurs propriétaires qui se consacrent davantage à des activités extra-agricoles en ville.

Place de l'horticulture dans le cadre national

Saint-Louis est caractérisée par une forte production d'oignon et de tomate industrielle, alors qu'elle représente la première industrie de transformation des produits agricoles au Sénégal. La production maraîchère totale est très importante ( tableau 26 ). Malgré des contraintes importantes, elle est en croissance et permet d'espérer une contribution plus importante de la région.

L'oignon est cultivé dans le Gandiolais ( tableau 27 ). Cette production est en nette progression : elle passe de 5 569 tonnes en 1987-1988 à 19 210 tonnes durant la campagne 1997-1998 ( ministère de l'Agriculture, 1998 ).

Tableau 26. Production maraîchère totale ( tonnes )

1987/1988

4 880

1988/1989

6 868

1989/1990

12 519

1990/1991

8 700

1991/1992

14 360

Source : SAED ( 1994).

Tableau 27. Production d'oignon du Gandiolais ( tonnes )

1987/1988

5 569

1988/1989

11 867

1989/1990

12 450

1990/1991

10 154

L'essentiel de la tomate industrielle est produit dans la vallée du fleuve par la SOCAS et la SNTL. Les statistiques sur la production au niveau des petits producteurs sont presque inexistantes ou basées sur des estimations. La production fruitière reste très faible, 100 tonnes dans son ensemble. Au total, Saint-Louis fournit près de 28 % de la production maraîchère totale du Sénégal ( d'après les données du ministère de l'Agriculture de 1998 ) soit 1,5 % de la pomme de terre, 31 % de l'oignon et 10 % de la pastèque. En ce qui concerne la tomate industrielle, les statistiques sont encore imprécises mais Saint-Louis est réputée pour fournir et transformer la grande majorité de la production nationale.

Contraintes au développement de l'horticulture

L'importance de la production horticole est remarquable, mais n'a pas encore atteint son potentiel : de multiples contraintes empêchent leur valorisation. Pourtant, les prévisions de 1993 concernant la période 1994-2000 ( 2 900 ha de surface cultivée pour 43 500 tonnes de production maraîchère ) ont été dépassées en 1995-1996 : ces chiffres ont respectivement atteint 3 251 ha et 47 210 tonnes dans la région de Saint-Louis ( ministère de l'Agriculture, 1998 ). La progression constante qui a caractérisé la production de fruits et légumes dans cette région atteste de potentialités qui demandent une meilleure valorisation.

Les principales contraintes qui limitent le développement sont : l'accès aux intrants agricoles et au crédit ; les problèmes de commercialisation ; l'enclavement des sites de production ; et surtout la conservation et la transformation de produits frais hautement périssables. Le cas de l'oignon dans le Gandiolais a encore défrayé la chronique en 1999. Ces contraintes sont prises en considération dans le Plan directeur horticole. La politique gouvernementale en matière de développement de l'horticulture aura du mal à se réaliser sans une prise en charge plus conséquente de la zone de Saint-Louis.

L'élevage : une activité à développer

L'activité agricole est plus orientée vers les productions horticoles et rizicoles que pastorales. Mais l'élevage est quand même représenté : il mobilise en majorité les Peuls en zone sèche et à proximité du fleuve Sénégal. Cette activité inclut la production de viande, de lait et d'œufs alors que le travail et la production de matière organique déterminent de façon significative les performances de l'horticulture.

Un système d'élevage limité par l'absence d'entrepreneuriat

Le département de Dagana, qui comprend la ville de Saint-Louis, héberge près de 17 % et 12 % du cheptel départemental de bovins et de petits ruminants respectivement. La situation périurbaine de ce cheptel n'est pas documentée, mais l'activité pastorale est très représentée à Saint-Louis et ses environs. Cette activité connaît encore une envergure limitée si l'on s'en tient aux caractéristiques du système de production. Il est à prédominance traditionnelle avec une majorité de Peuls et associé à la riziculture et à l'horticulture. Pourtant le foncier ne semble pas être une contrainte importante. L'accès à la terre est déterminé par le mode traditionnel, mais c'est son mode d'exploitation, essentiellement extensif, qui limite les performances de production.

Le mode d'appropriation et de gestion des troupeaux est collectif et essentiellement basé sur la cellule familiale qui offre une main-d'œuvre non rémunérée, sinon dans le cadre de l'autoconsommation. Le taux d'exploitation du cheptel ( 10 % ) est proche de celui du niveau national. Il est exploité pour sa production de lait, de viande, de travail et de matière organique, qui joue un rôle très important dans le système de fertilisation des terres en zone sèche particulièrement. Les races exploitées sont locales et caractérisées par un faible potentiel de production laitière. Les performances de production sont en général médiocres : faible taux de reproduction, faible production laitière et taux de mortalité encore élevé ( tableau 28 ).

Développement du potentiel pastoral

Saint-Louis recèle un potentiel énorme qui pourrait améliorer l'offre en lait, en viande et en œufs au Sénégal. L'eau est un des atouts majeurs à associer aux facteurs de production. La mise en œuvre de mesures techniques et économiques devrait contribuer à développer l'élevage dans la zone de Saint-Louis.

Organiser et systématiser la collecte des résidus de récoltes et favoriser l'accès aux sous-produits agro-industriels

Cette région regorge de ressources alimentaires utilisables pour nourrir le bétail mais qui sont pour le moment sous-utilisées. Il s'agit de résidus de récoltes ( paille de riz et sous-produits de cultures maraîchères ) et de sous-produits agroindustriels ( résidus de traitement du riz, de la tomate et de la canne à sucre ). La diversification des systèmes de cultures avec l'introduction de l'arachide et du coton devrait d'ailleurs augmenter la disponibilité des sous-produits. Il s'agira d'en faciliter l'accès à l'éleveur pour qu'on ne les incinère plus dans les champs.

Tableau 28. Effectifs du cheptel ( unité = tête )

Années

Bovins

Ovins

Caprins

Porcins

Équins

Asins

Camelin

Volailles

 

 

 

Département de Dagana

 

 

 

1994

82 770

41 670

70 110

0

1 460

18 810

1 550

610 340

1995

83 980

42 420

71 860

0

1 460

18 810

1 550

635 020

1996

86 080

44110

75 090

0

1 470

18 860

1 550

596 920

1997

86 940

44 790

78 000

0

1 570

19 300

1 000

677 980

 

 

 

Région de Saint-Louis

 

 

 

1994

427 460

602 200

376 910

0

30 480

67 660

2 100

1 401 540

1995

433 660

613 070

386 300

0

30 480

67 660

2 100

1 436 210

1996

444 500

637 500

403 660

0

30 630

67 850

2 100

1 358 330

1997

448 940

661 590

412 880

0

31 100

69 300

1 600

1 158 054

 

 

 

Sénégal

 

 

 

1994

2 760 000

3 821 000

3 213 000

161 000

434 000

366 000

2 100

15 773 000

1995

2 800 000

3 890 000

3 293 000

163 000

434 000

366 000

2 100

17 219 000

1996

2 800 000

3 890 000

3 293 000

163 000

434 000

366 000

2 100

17 219 000

1997

2 898 000

4 198 000

3 578 000

191 000

444 240

375 000

3 870

18 081 000

Introduire et développer les cultures fourragères

Les cultures fourragères produisent une biomasse qui, recyclée par la production animale, permettrait d'améliorer la production de viande et de lait. Leur implantation requiert cependant de l'espace, de l'eau et des intrants au même titre que les autres activités agricoles. Elles génèrent des produits de qualité qui se valorisent essentiellement dans les systèmes de production intensive. Cette option ira de pair avec une intensification même progressive de l'élevage. Le volet socio-économique sera un levier important à tirer pour soutenir la modernisation de l'élevage.

Lever la contrainte spatiale

Il sera indispensable de lever la contrainte spatiale pour allouer à l'élevage l'espace dont il a besoin pour se développer dans le delta du fleuve Sénégal. Il semble que cette activité pastorale n'ait pas été prise en considération dans les plans d'occupation de l'espace. La rectification de cette situation est toujours en cours pour faciliter l'accès du bétail à l'eau et aux résidus de cultures abandonnés dans les champs.

Consentir plus d'investissements pour l'élevage

L'élevage n'a pas bénéficié de crédits pour se développer dans le delta du fleuve Sénégal. Pourtant, la vallée du fleuve a été l'une des régions qui ont le plus bénéficié des investissements agricoles au Sénégal ( Christensen, 1997 ). Il semble que les producteurs ne puissent pas offrir de garanties suffisantes aux banques pour leur permettre de s'engager à soutenir le développement de l'élevage. Pourtant, l'intensification de l'élevage a bien besoin de ces fonds pour le sortir du « système de cueillette » dans lequel il se trouve. Il appartient aux producteurs d'améliorer leur mode d'organisation pour que le système bancaire accepte de leur consentir des crédits dans les limites des spécificités du secteur.

Moderniser le secteur de l'élevage

Les pratiques pastorales sont restées archaïques dans la zone de Saint-Louis. Le système de production est resté traditionnel. Les races ne sont pas améliorées. Les stratégies alimentaires n'améliorent pas le régime des ruminants domestiques par la supplementation. Les polycarences alimentaires sont courantes et ont des conséquences négatives sur les performances de production. La prévention des maladies concerne beaucoup plus les campagnes de vaccination que la prévention chimique afin d'éviter le développement d'un parasitisme qui est l'un des premiers facteurs de mortalité, surtout chez les jeunes. Il est vrai que des mesures de modernisation portant aussi bien sur l'amélioration des races que sur les stratégies alimentaires, sur la prévention des maladies que sur la gestion des troupeaux, auraient des conséquences sur les coûts de production. Ces mesures devront donc s'accompagner d'une certaine maîtrise des filières économiques pour offrir des débouchés aux produits.

Intégration élevage-horticulture

L'élevage est bien intégré à l'horticulture, surtout dans les zones sèches. Cette intégration se manifeste par l'utilisation de fumier organique comme principal engrais et la traction animale comme principal moyen de transport qui assure le transport des hommes et des produits.

La matière organique est d'origine multiple, mais provient principalement des ruminants, des chevaux et des ânes. La fiente de volaille n'est pas disponible par suite d'un développement limité de l'aviculture industrielle, mais elle est très appréciée par les producteurs. La matière organique est recyclée in situ par parcage du bétail dans les parcelles en jachère ou en attente d'exploitation en saison sèche. La traction animale est indispensable au travail de la terre dans des exploitations à faible taux d'investissement caractérisées par l'absence de mécanisation. Les chevaux sont utilisés pour les diverses opérations culturales ( labours, semences, etc. ). Les animaux de traction sont également utilisés pour le transport des intrants et la distribution des produits à travers des zones sableuses et assez enclavées.

Les champs donnent en retour des résidus consommables par les animaux. Dans le delta du fleuve Sénégal, les fanes d'oignon, les feuilles de chou, les fanes de haricot et de tomate sont utilisées pour engraisser le bétail. La vallée étant une zone de forte production agricole, notamment en riz et canne à sucre, les résidus ( pailles et mélasse ) sont commercialisés pour l'alimentation animale. Mais l'accès du producteur à ces ressources demeure limité par un taux de ramassage des pailles encore insuffisant, ce qui les expose à des pertes diverses par incinération ou dispersion par les vents, alors que les éleveurs de la vallée du fleuve ne profitent pas de la mélasse, une source d'énergie de haute valeur pour les ruminants domestiques. Ce concentré exporté vers les autres régions, mais surtout vers d'autres pays.

L'horticulture vient appuyer cette fourniture en fourrage. Les résidus de haricot vert, de tomate et d'autres sous-produits horticoles sont largement utilisés, au point où certaines grandes exploitations se sont lancées dans leur commercialisation.

Multiplicité de résidus, mais utilisation encore faible

L'intégration élevage-horticulture est insuffisante : elle n'exploite pas les énormes potentialités des deux secteurs. Une intégration adéquate permettrait de combler la demande en engrais minéraux et aussi de pallier le déficit fourrager dont sont victimes certains éleveurs. Cette intégration est limitée par le faible niveau de production et par des contraintes liées au transport et à la conservation des résidus de cultures maraîchères. Le producteur n'est pas suffisamment informé des stratégies d'intégration, surtout en ce qui concerne l'utilisation des résidus de récoltes pour l'alimentation du bétail.

Horticulture et environnement

L'environnement physique de la région de Saint-Louis est fragile et souvent victime des aléas climatiques et des caprices du fleuve. À cela s'ajoutent les activités d'origine anthropique, surtout agricoles. En dehors des problèmes de salinisation des terres et de la remontée du biseau salé en aval du barrage de Diama, le véritable problème vient des exploitations agro-industrielles situées en amont du barrage. En effet, l'utilisation massive d'herbicides et d'engrais chimiques, notamment dans la riziculture, contribue à la pollution des eaux du fleuve – qui approvisionne la ville de Saint-Louis en eau « potable » à partir de la station de Bango -, d'où la nécessité de construire un canal émissaire pour les eaux de drainage avant de les déverser directement dans le fleuve, afin de préserver la santé de la population.

Par ailleurs, les itinéraires techniques appliqués dans le système de production horticole, surtout dans le Gandiolais, contribuent à la dégradation de l'environnement du milieu. Au niveau de la langue de Barbarie, la conquête des espaces cultivables par excavation des bordures dunaires constitue un risque majeur de rupture de ce cordon dunaire séparant la mer et le fleuve.

La mauvaise utilisation des produits phytosanitaires par les maraîchers constitue également un danger. Pourtant l'utilisation des pesticides dans le Gandiolais n'est pas aussi importante qu'au niveau des Niayes du Sud ; les produits sont peu nombreux ( voir le tableau 29 ), mais les pratiques d'utilisation présentent de grands risques, non seulement pour l'écologie, mais aussi pour la production et les sous-produits horticoles, avec des conséquences pour les consommateurs et les animaux.

Tableau 29. Liste des pesticides répertoriés chez les maraîchers de la zone de Saint-Louis

Nom commercial

Matière active ( MA )

Concentration de MA

Formulation

Cibles

Organophosphorés

   Malathion

malathion

500 g/l

EC

IA

   Tamaron

métamidophos

600 g/l

EC

IA

   Diméthoathe

diméthoathe

350 g/l

EC

A

   Métaphos

métamidophos

600 g/l

EC

IA

Carbamates

   Lannate

méthomyl

90%

WP

I

Pyréthrinoïdes

   Décis

deltamethrine

25 g/l

EC

I

   Symbush

cyperméthrine

50 g/l

EC

I

   Cyperméthrine

cyperméthrine

50 g/l

EC

I

Note : EC = concentré émulsifiant, WP = poudre mouillable, A = acaricide, I = insecticide.

On constate la prédominance des organophosphorés, suivis des pyré-thrinoïdes. Les pesticides organophosphorés, caractérisés par leur toxicité élevée, nécessitent des précautions dans leur utilisation notamment dans les dosages et dans la manipulation pour les traitements. L'analyse des cibles montre également que les insectes et les acariens sont dominants dans le parasitisme des végétaux. L'utilisation des organochlorés est quasi absente dans l'agriculture maraîchère, du moins pour les zones étudiées. Cependant, leur utilisation est courante dans la vallée du fleuve et particulièrement dans le delta. Compte tenu de leurs impacts néfastes sur l'environnement, leur contrôle et leur surveillance sont plus que nécessaires.

Les traitements se font de deux manières : avec l'utilisation de pulvérisateurs manuels ou, tout simplement, par saupoudrage des cultures avec la main. Cette dernière pratique reste très courante dans toute la zone. Dans les deux cas, on note une absence totale de matériel de protection ( gants, masque, combinaison, etc. ). Les connaissances sur les dosages, les rémanences et le respect des délais d'attente avant récolte sont très insuffisantes et accroissent ainsi les risques d'intoxication.

La faible utilisation des produits phytosanitaires dans le Gandiolais ne traduit pas une volonté d'orientation vers l'agriculture biologique, mais reflète plutôt une difficulté d'accès aux intrants à cause de leur coût parfois élevé et surtout de l'enclavement des sites de production par rapport aux sources d'approvisionnement. L'essentiel de l'approvisionnement en intrants se fait dans les marchés hebdomadaires, qui ne garantissent pas la qualité des produits, ainsi que dans quelques points de vente de Saint-Louis ( à 20 ou 30 km ) et à Louga ( à 70 km).

La réalisation des barrages, en particulier celui de Diama dont la fonction est de juguler la remontée de la langue salée, pose de réels problèmes, souvent soulevés par les agriculteurs en aval de cette structure : salinisation des terres consécutive aux apports d'eau marine à partir de l'exutoire du fleuve, dégradation des peuplements de cocotiers au niveau de Bango et dans pratiquement tout le Gandiolais.

La dégradation du climat constitue également un des facteurs de dégradation de l'environnement. La réduction des volumes pluviométriques a entraîné la baisse des nappes phréatiques, principales sources d'approvisionnement en eau des maraîchers, la remontée du biseau salé et la dégradation de la couverture végétale. Sur la langue de Barbarie, ce déficit pluviométrique a entraîné une forte mortalité des peuplements de filaos destinés à stabiliser le système de dunes vives. De nos jours, avec la présence des vents du nord, on assiste à l'ensablement de certaines cuvettes maraîchères, notamment au niveau de Mouït et de Darou Mboumbaye dans le Gandiolais.

Différents facteurs contribuent donc à la dégradation de l'environnement : facteurs physiques comme l'ensablement et la salinisation des terres, qui conduisent à s'interroger sur l'adéquation des barrages ; facteurs climatiques comme la baisse de la pluviométrie et l'avancée du désert. L'influence de ces deux facteurs pourrait être atténuée par une gestion optimale des stocks d'eau du fleuve Sénégal.

Une intégration horticulture-élevage encore timide

L'élevage est encore loin d'atteindre le niveau de développement de l'horticulture, même si cette dernière pouvait encore améliorer ses performances. De nombreuses occasions devraient favoriser le développement simultané des deux secteurs. Il s'agit de la disponibilité de l'eau et des terres et de l'existence d'un climat favorable allié aux pratiques ancestrales des producteurs. L'intégration entre l'horticulture et l'élevage est encore timide et largement orientée dans le sens d'apports de l'élevage à l'agriculture. La rétroaction par une gestion optimale des résidus de cultures maraîchères est à promouvoir pour que les charges en alimentation du bétail puissent être atténuées.

Les nouvelles politiques devraient encourager l'intégration des deux secteurs, qui apparaît comme un compromis susceptible d'apporter une solution à l'épineux problème d'accès aux intrants. La matière organique, par exemple, devrait jouer un rôle plus efficace dans le système d'amendement des sols par l'amélioration des systèmes d'alimentation des ruminants et la protection, voire le compostage du fumier.

Ce blanc intentionnellement laissé de page

CONCLUSION GÉNÉRALE QUELLE AGRICULTURE URBAINE POUR LE SÉNÉGAL ?

Safiétou T. Fall et Abdou Salam Fall

Après une revue du potentiel et des contraintes de l'agriculture urbaine dans les principales villes du Sénégal, il est possible de globaliser l'analyse et de se prononcer sur les grands enjeux de ce système : les villes agricoles sont-elles réellement en sursis ? La question posée concerne la viabilité du système et son impact sur l'expansion des villes. Quelle est l'étendue du risque écologique ? Est-il possible de concilier le développement de l'agriculture urbaine et l'urbanisation des villes ? L'agriculture urbaine est-elle un moyen d'améliorer la sécurité alimentaire et de lutter contre la pauvreté ?

L'agriculture urbaine : une donnée permanente dans des villes en expansion

Nous avons observé une solide implantation des différents domaines de l'agriculture dans l'espace périurbain. Dans la zone de Dakar, le système pastoral intensif se consolide depuis plus d'une dizaine d'années. Le cheptel est minoritaire numériquement, mais les rendements de production de viande et de lait y sont plus importants que partout ailleurs au Sénégal.

En ce qui concerne l'horticulture, les espaces interstitiels périurbains représentent une importante partie des surfaces cultivées et ils produisent un gros tonnage de légumes destinés à l'approvisionnement des villes. Les acteurs sont composés de migrants venant de zones rurales ou même de pays limitrophes, mais sous contrat avec des résidents qui tirent leurs moyens de subsistance du métayage. En ville, l'élevage de moutons et d'animaux de la basse-cour est une des caractéristiques sociales qui marque les familles sénégalaises. Ce cheptel urbain est à prendre en considération dans l'évaluation des apports sur le plan des ressources alimentaires ou des revenus, mais aussi sur celui du rôle social que joue l'élevage.

On peut donc affirmer que l'agriculture urbaine est une activité qui représente une importante source de revenus pour la population urbaine et suburbaine. De fait, l'agriculture urbaine s'est bien implantée; il convient alors de l'accepter et de ne pas marginaliser la population qui en tire son revenu ou minimiser sa contribution à l'approvisionnement des villes.

Les trois études de cas portent sur les trois villes structurantes de la zone écologique des Niayes. Si le Gandiolais au nord et, dans une moindre mesure, le centre de la zone des Niayes ( Thiès ) sont marqués par un déficit hydraulique, cela est moins vrai pour sa partie septentrionale, notamment Dakar et sa région qui occupe la première place dans la production horticole. Mais en ce qui touche les surfaces cultivées, Thiès et Dakar se valent avec des superficies respectives de 3 594 ha et 3 598 ha, pendant que Saint-Louis totalise 1 531 ha, soit deux fois moins.

L'horticulture est caractérisée par sa diversité de cultures. Cet aspect est plus marqué à Dakar qui réalise en outre une meilleure pérennité de sa production. Thiès reste le bastion de la production fruitière, tandis que Saint-Louis, et précisément le Gandiolais, s'est spécialisé dans la production d'oignon. De même, on peut relever que la floriculture est plus présente à Dakar qu'à Thiès et Saint-Louis.

À propos du marché, on note une large convergence de la production vers Dakar où se concentrent les plus grands marchés légumiers et fruitiers ( Thiaroye, Castors, Sandika à Pikine ). La saturation de Dakar contraste avec la pénurie en produits maraîchers et fruitiers dans les autres localités. C'est aussi à Dakar qu'il y a une forte concentration de l'élevage intensif, en particulier des fermes avicoles et des unités de production de lait de vache. L'élevage est assez répandu à Thiès, notamment vers Pout, mais faible à Saint-Louis.

Les acteurs impliqués dans l'agriculture urbaine et périurbaine sont d'abord les peuples autochtones, résidents des zones écologiques favorables à l'horticulture et à l'élevage. Cette catégorie d'acteurs est dominante à Thiès et à Saint-Louis. En revanche, Dakar est plus « bigarrée », avec notamment les migrants, alors que sa banlieue est plus homogène avec une dominante d'autochtones, concurrencés cependant par les « paysans du dimanche ». Dans l'agglomération de Dakar, du centre-ville de Rufisque et sa banlieue, les acteurs proviennent d'horizons divers. La location et le métayage sont les statuts fonciers dominants. La spécialisation ethnique est plus marquée dans la mise en valeur des ressources et la chaîne de production. Dans l'ensemble, les conditions de travail restent précaires, notamment chez les petits producteurs caractérisés par un dénuement matériel et une incertitude dans la gestion de l'infrastructure hydraulique de base. Les jeunes sont les plus nombreux, en particulier pour les travaux horticoles.

Dans les zones de Thiès et de Saint-Louis, les acteurs résident pour la plupart dans le milieu. Les propriétaires fonciers sont les plus nombreux. Le recours à la main-d'œuvre infantile et aux autres aides familiaux est une pratique générale. Les producteurs sont des adultes plus ou moins jeunes. Les migrants en provenance du centre du pays sont peu nombreux.

La précarité de l'agriculture urbaine et périurbaine vient de la progression de l'urbanisation qui ronge les terres de culture, notamment à Dakar et à Saint-Louis intra muros. À défaut d'être perçue dans sa fonction structurante de l'urbanisation, l'agriculture urbaine et périurbaine continue de se faufiler dans les interstices et les espaces non occupés. Mais combien de temps pourra durer cette résistance ? Le paradoxe est que ses principaux représentants en font un passetemps de fin de semaine en lui injectant des ressources tirées d'autres secteurs, notamment le tertiaire, et ce faisant, sa valeur ajoutée reste précaire et peu attrayante pour les faiseurs de richesses et les preneurs de risques en investissements à moyen ou long terme.

Mais le développement de ce secteur nécessite une bonne évaluation et un contrôle du risque écologique ainsi qu'un bon arbitrage entre les activités pour une utilisation harmonieuse de l'espace.

Le risque écologique

La zone de Saint-Louis est la moins consommatrice de produits chimiques. Celles de Dakar et de Thiès présentent des risques écologiques évidents. Les produits chimiques ne sont pas utilisés à bon escient. Il semble difficile pour des acteurs en majorité illettrés de cerner le danger qu'ils représentent. Une gamme importante de pesticides est utilisée dans l'agriculture maraîchère dans la zone des Niayes. Dans cette étude exploratoire, près de 123 produits ont été receusés, dont la moitié dans la région de Dakar, la plus forte consommatrice de produits chimiques. Thiès et Saint-Louis en consomment modérément, alors qu'à Louga une telle consommation est quasi absente.

Les familles chimiques les plus utilisées sont les produits organophosphorés, avec une utilisation de 43,6 % dans la région de Dakar, suivis des pyréthrinoïdes carbamates et des organochlorés avec des pourcentages respectifs de 18,1 %, 14,5 % et 10,9 %. Les doses et les délais d'attente ne sont pas souvent respectés alors que l'adaptation ou la résistance des parasites aux produits encourage les producteurs à faire des mélanges ou à pratiquer le surdosage. Ces produits se déposent dans l'environnement immédiat, c'est-à-dire sur les produits, les sous-produits, la terre et l'eau, constituant ainsi un danger potentiel pour le consommateur.

L'utilisation des eaux usées est un danger préoccupant dans l'espace périurbain de la zone de Dakar. Les principaux canaux d'évacuation des eaux usées subissent des dérivations vers les champs. La grande Niaye de Pikine et les périmètres de Cambérène semblent être les zones les plus affectées par cette pratique. L'utilisation des eaux usée provenant du déstockage des fosses septiques est courante. L'évaluation du préjudice sanitaire reste à faire. Le danger écologique que court l'agriculture urbaine est réel. Il interpelle les pouvoirs publics pour une suppression vigoureuse de ces pratiques. La législation sanitaire devrait être revue pour définir de meilleures conditions d'utilisation des substances chimiques. Enfin, une surveillance plus rigoureuse des importations de produits chimiques semble être incontournable, alors que la libération des prix et la flexibilité des règles d'importation sont effectives. Ce domaine de santé publique mériterait une dérogation ou, pour le moins, une meilleure attention de la part des pouvoirs centraux et locaux.

La compétition pour l'espace

La compétition pour la valorisation de l'espace est une des principales données qui caractérisent l'implantation de l'agriculture en zone urbaine. Elle se déroule actuellement en faveur de l'urbanisation au détriment de l'agriculture. De nos jours, les horticulteurs et exploitants pastoraux se tiennent sur la défensive, préférant la solution de l'intensification, soit l'augmentation du rendement à l'unité de surface, au lieu d'évoluer vers l'occupation d'un espace plus grand.

L'évolution du patrimoine bâti atteste visiblement de cette situation, même si le manque de statistiques ne permet pas d'illustrer ce constat. Autour de Dakar en effet, les grandes Niayes de Pikine, Cambérène et M'Bao enregistrent un recul des espaces cultivés, alors que le remblayage des cuvettes et la vente des parcelles pour l'habitation se fait à un rythme qui inquiète quant à la viabilité du système agricole urbain. L'évolution de la démographie, fruit d'une forte natalité et des migrations, valorise le coût des terres et encourage ainsi une forte spéculation.

Il est pourtant possible de maintenir un équilibre entre l'urbanisation et l'agriculture si l'on prend en considération l'importance de l'agriculture urbaine dans ses fonctions structurantes d'amélioration de la qualité de la vie et dans le processus d'approvisionnement des villes. Sa contribution à l'assainissement de l'espace périurbain justifie la recherche de cet équilibre. En effet, la mise en valeur d'espaces verts, facteur de désengorgement et d'absorption des déchets urbains, devrait sensiblement contribuer à une amélioration de l'environnement urbain.

Un système agricole urbain régionalisé

On observe une certaine régionalisation de l'agriculture urbaine. Cette régionalisation se fait par culture, conduisant à une certaine spécialisation des terroirs.

À Dakar, la culture du chou, du haricot vert et la floriculture, ainsi que l'élevage laitier intensif et l'aviculture industrielle confèrent à la zone un rôle de pointe dans l'exportation de ces produits. Thiès est remarquable par le développement de l'arboriculture fruitière, de la culture du chou et de la carotte. On assiste à une certaine modernisation du système de culture qui place cette région au premier plan de la production horticole du Sénégal. Les zones de Louga et du Gandiolais se distinguent par la production de l'oignon qui contribue à fournir un fort pourcentage de la demande nationale. Les problèmes de conservation limitent cependant la portée de cette production qui, étalée, pourrait quasiment assurer la satisfaction de la demande en oignons du Sénégal. Saint-Louis est spécialisée dans la production et la transformation de la tomate, la culture du haricot vert et de la patate. Cette région a cependant une production inférieure à sa capacité à cause de la dégradation des sols et des contraintes après-récolte.

Le système de production offre ainsi une spécialisation des régions qui est la base d'une bonne organisation de la production.

Renforcer les potentialités régionales de l'agriculture urbaine pour mieux contribuer à la sécurité alimentaire

Les potentialités régionales de l'agriculture urbaine mériteraient d'être renforcées en levant les contraintes spécifique à chaque terroir. L'application de nouvelles techniques aiderait également à moderniser le système.

L'eau

Dans toutes les régions, l'eau est un facteur majeur qui limite le développement de l'agriculture urbaine. Le déficit se mesure en termes de stock d'une part, mais aussi en termes de qualité ; la salinisation affecte les nappes d'eau à différents degrés de Dakar à Saint-Louis. Le développement de techniques culturales économes en l'eau est une stratégie prioritaire à mettre en œuvre. Ces techniques portent sur le système d'exhaure et d'arrosage ciblant de façon sélective l'appareil racinaire des plantes, ou la promotion des techniques de recyclage de l'eau à l'échelle de l'exploitation. Il serait également temps de penser aux méthodes de rétention de l'eau de pluie qui pourraient partiellement diminuer le déficit. L'association de différentes espèces végétales à trois étages ( Nitis, 1992 ) – herbacé, arbustif et arboricole – pour rentabiliser l'utilisation de l'espace, mais aussi faire profiter des eaux à différents niveaux d'enracinement, pourrait aider à rentabiliser davantage les stocks d'eau utilisés en horticulture. Les solutions de fond et à long terme proviendront d'une juste utilisation des stocks des grands cours d'eau. La pertinence des investissements demandés devrait être reconsidérée pour décider de la nécessité de reconduire le projet du canal du Cayor.

Le foncier

La compétition pour l'espace semble irréversible. Cette compétition pénalise actuellement l'agriculture urbaine. C'est pourquoi l'intensification est une des réponses apportées à la réduction des surfaces arables pour assurer une augmentation des productions agricoles. La planification urbaine devrait, à la place d'une expansion plutôt sauvage des villes, définir un plan d'occupation de l'espace qui puisse préserver le maintien de périmètres horticoles et d'exploitations pastorales autour des villes. Cette solution semble d'ailleurs incontournable, même si elle implique une translation ou une extension de l'interface ville-village.

Dans les localités rurales proches des grandes agglomérations, les difficultés d'accès à la terre limitent les possibilités des migrants à investir dans les terres qui leur sont louées. Le caractère social qui caractérise le système d'appropriation des terres rend la question foncière particulièrement difficile. Les propriétaires par héritage ne sont pas aptes, le plus souvent, à assurer une valorisation optimale de la terre comme les immigrants. Une valorisation plus importante des filières agricoles urbaines pourrait offrir un cadre incitatif permettant le retour à la terre des fils du terroir.

L'accès aux facteurs de production

Les producteurs de toutes les régions étudiées ont déploré les difficultés d'accès aux facteurs de production. Dans le domaine de l'horticulture, petits instruments agricoles, semences, engrais et pesticides ne sont pas toujours disponibles à prix abordables. En ce qui concerne l'élevage, les animaux, l'aliment de bétail et les petits instruments expliquent la faible implantation numérique de l'élevage dans les zones périurbaines.

La région de Dakar, qui est aux portes ferroviaires, portuaires et aéroportuaires du Sénégal et qui bénéficie d'un certain nombre de points de vente, semble être mieux dotée en intrants que les autres régions. L'accès aux intrants agricoles est l'un des secteurs qui souffrent le plus du désengagement de l'État. Les petits producteurs, qui bénéficient souvent d'une faible latitude financière, sont les plus pénalisés. Une solution de rechange consisterait à promouvoir une meilleure organisation des producteurs pour assurer la distribution et faciliter l'accès aux semences, engrais et autres facteurs de production. Ainsi, il s'avère nécessaire de nuancer le désengagement de l'État pour lui confier non pas une mission de substitution, mais un rôle de facilitateur permettant d'accompagner les acteurs et de s'assurer de la bonne réalisation des missions d'intérêt public.

La transformation et la conservation des produits

L'application des technologies après-récolte pour assurer une bonne conservation des produits de la ferme n'est pas encore populaire. Ces problèmes figurent parmi les premiers auxquels le gouvernement du Sénégal devrait apporter une solution satisfaisante. Des projets d'investissement sont d'ailleurs en préparation. Mais on continue d'assister, impuissant, à la détérioration d'une importante partie des produits horticoles mis sur le marché, alors que le lait et la viande provenant des zones rurales périurbaines sont souvent mal conservés. Le coût des investissements pourrait être un facteur prohibitif ; des techniques artisanales de conservation utilisant l'énergie solaire dans le cas de l'oignon, par exemple, pourrait être diffusées plus largement.

La commercialisation des produits agricoles

La commercialisation de denrées hautement périssables est souvent problématique, dans un environnement économique très marqué par la crise économique et les programmes d'ajustement structurel. Il existe une certaine demande urbaine en fruits et légumes et en produits d'élevage à satisfaire. Mais le pouvoir d'achat des citadins ne semble pas offrir un cadre de valorisation optimal aux différentes filières de l'agriculture urbaine. La région de Dakar, où se concentre près de 20 % de la population du Sénégal, est l'un des principaux marchés intérieurs qui accueillent les produits provenant de toute la zone des Niayes.

L'exportation est une option en progression, mais l'essor attendu de ce secteur après la dévaluation n'est pas encore réellement observé. Seuls quelques grands exploitants parviennent, en s'installant sur le marché, à satisfaire les conditions de qualité des produits exigées par les pays du Nord. Les petits producteurs, majoritaires, tentent d'intégrer le cercle des importateurs par l'intermédiaire de grands exploitants. La commercialisation des produits pourrait davantage stimuler les performances agricoles par une meilleure organisation des filières et une amélioration des conditions de transport et de conservation des produits.

L'agriculture urbaine : moyen de lutte contre la pauvreté et instrument pour la création de richesses ?

Le milieu rural est la principale localisation de la pauvreté au Sénégal, mais le processus d'urbanisation s'accompagne également d'une importante dégradation des conditions de vie des citadins. Le milieu urbain est caractérisé par la promiscuité, le chômage et l'insécurité alimentaire entre autres facteurs de pauvreté. L'environnement est un indicateur fiable qui mérite d'être pris en considération dans l'évaluation de la pauvreté. À ce titre, l'agriculture urbaine peut aussi être considérée comme un facteur d'amélioration du cadre de vie, si l'on tient compte de son rôle dans la purification de l'atmosphère, son embellissement et l'absorption des déchets divers.

L'agriculture urbaine est un pourvoyeur d'emplois en milieu urbain beaucoup plus pour les migrants ou les résidents temporaires que pour les natifs des villes, en tout cas dans le circuit de production. Dans la commercialisation au détail, au niveau des marchés, on observe une implication assez dynamique des femmes qui assurent presque tout le circuit de distribution des produits horticoles dans les marchés. L'agriculture urbaine contribue ainsi de façon indéniable à l'approvisionnement des villes et à l'augmentation des produits alimentaires disponibles dans les marchés urbains. Ces produits ne sont pas souvent accessibles aux plus démunis, ce qui explique une importante prévalence de la malnutrition dans les villes et les espaces périurbains.

La pratique de l'agriculture dans les villes de la zone des Niayes pourrait expliquer leur bonne position dans la classification des départements du Sénégal en fonction de leur pauvreté ( Fall A.S. et al., 1997 ) notamment pour le cas de Dakar, Rufisque et Thiès. Dans ces localités, la pêche est une activité importante qui génère des revenus, mais l'horticulture et l'élevage sont considérés également comme des activités qui influencent positivement le niveau de vie des citadins.

L'agriculture urbaine est un moyen de lutter contre la pauvreté, non seulement pour les citadins, mais aussi pour les migrants qui profitent de leur passage dans l'espace périurbain pour accumuler des fonds pour émigrer vers les pays développés. Elle est aussi un facteur de croissance distributive lorsque l'accès aux moyens de production est garanti par une politique volontariste visant le grand nombre et par une bonne cohabitation entre de fortes productivités et des logiques de durabilité.

Genre et jeux des acteurs dans le système agricole urbain

L'observation de la pyramide de l'âge et du sexe des acteurs de l'agriculture urbaine montre l'intervention de différentes catégories sociales. Dans toutes les régions horticoles, les hommes sont en grande majorité les chefs d'exploitation. Ils sont responsables des cultures et ont la charge du commerce au gros et au demi-gros, en particulier l'exportation des produits d'une région à une autre. Dans les régions de Dakar et de Thiès, les femmes ne sont généralement pas propriétaires d'exploitation. Elles n'interviennent pas non plus dans les opérations culturales. En revanche, elles assurent la distribution et la commercialisation des produits agricoles dans les marchés urbains et ruraux. À Saint-Louis, les hommes sont généralement chefs d'exploitation ; seule une minorité de femmes, nanties du droit à l'héritage, sont propriétaires de petites exploitations dans la langue de Barbarie. Par contre, elles sont actives dans les différentes opérations culturales tout en s'occupant du déstockage et de la vente en détail des récoltes. Le travail des enfants est remarquable dans la zone de Saint-Louis. Ils sont nombreux dans chaque exploitation à prendre en charge l'arrosage et la récolte des produits. En ce qui concerne l'élevage, femmes et enfants élèvent des petits ruminants et s'occupent des animaux de la basse-cour.

L'analyse de la répartition des acteurs montre une prédominance des hommes à l'échelle de l'exploitation, alors que les femmes et les enfants s'activent dans la commercialisation, tout en assumant quelques tâches comme l'arrosage, le désherbage et la récolte. Mais on s'interroge sur le profit réel que tirent les groupes sensibles, femmes et enfants, de leurs activités agricoles. Les enfants sont pénalisés, car ils ne vont plus à l'école. Ils travaillent dans des conditions de sécurité non optimales. Les femmes assument un travail physiquement lourd qui leur apporte des revenus susceptibles d'améliorer le budget familial. Mais elles ne semblent pas en profiter suffisamment, comme le montre l'observation de leur niveau de vie et leur plus forte vulnérabilité.

Promouvoir l'intégration entre l'horticulture et l'élevage : concilier agriculture urbaine et gestion de l'environnement

Le système agricole urbain montre une intégration insuffisante entre l'agriculture et l'élevage. Le sens de l'intégration est beaucoup plus orienté vers un soutien de l'élevage à l'horticulture. Ce soutien se manifeste d'une part par la production de fumier, qui représente une méthode de choix pour l'amendement des sols, et d'autre part, par le rôle multiple de la traction animale qui assure tous les types de transports dans des zones souvent fortement enclavées. La rétroaction se mesure en termes d'accès aux résidus de récoltes qui représentent une importante biomasse, mais dont la récupération demeure insuffisante et limitée par un taux de perte très important. Pourtant, cette intégration semble être la seule voie de développement de l'horticulture, en l'associant à une protection du milieu contre une utilisation excessive d'engrais. Elle constitue aussi un moyen de faire l'intensification à moindre coût en régénérant les sols.

L'intégration de l'horticulture et de l'élevage repose sur le principe de recyclage des déchets et des éléments nutritifs qui semble être une voie prioritaire à suivre pour assurer le renouvellement des ressources naturelles et garantir la durabilité du système agricole urbain. Cette voie requiert le développement de programmes de recherches pour évaluer les termes du recyclage et proposer des méthodes efficaces de recyclage à différents niveaux. C'est en somme une promotion de l'agriculture biologique émergente qui pourrait constituer une des conditions de durabilité de l'agriculture urbaine. La recherche et le développement devraient répondre à la demande technologique dans ce domaine.

Annexe 1
SIGLES ET ACRONYMES

AFID

Africaine d'ingeneering pour le développement

ACEP

Alliance du crédit et de l'épargne pour la production

BP

Avant l'Actuel

CDH

Centre pour le développement de l'horticulture

CFA

Communauté financière africaine

CILSS

Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel

CNCA

Caisse nationale de crédit agricole

CNIH

Comité national interprofessionnel de l'horticulture

CONSERE

Conseil supérieur de l'environnement et des ressources naturelles

CPEC

Caisses populaires d'épargne et de crédit

CSA

Commissariat à la sécurité alimentaire

CSS

Compagnie sucrière sénégalaise

CTA

Centre technique de coopération agricole et rurale

CTSPAF

Comité technique et scientifique sur le plan d'action foncier

DA

Direction de l'Agriculture

DH

Direction de l'Horticulture

DIAPER

Amélioration des instruments et diagnostic permanent pour la sécurité alimentaire

DIREL

Direction de l'Élevage

DPS

Direction de la Prévision et de la Statistique

FAO

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture

FPE

Fonds de promotion économique

FPMN

Fédération des producteurs maraîchers des Niayes

GIE

Groupement d'intérêt économique

HLM

Habitation à loyer modique

ICS

Industries chimiques du Sénégal

IRA

Inspection régionale de l'agriculture

IRE

Inspection régionale de l'élevage

ISRA

Institut sénégalais de recherche agricole

LNERV

Laboratoire national d'études et de recherches vétérinaires

MDR

Ministère du Développement rural

OMS

Organisation mondiale de la santé

ONG

Organisation non gouvernementale

PAN

Pesticide action network

PIC

Consentement par connaissance de cause

PMIA

Projet de modernisation et d'intensification agricole

PPEA

Projet de promotion des entreprises agricoles

PPMEH

Projet de promotion des petites et moyennes entreprises horticoles

PNUE

Programme des Nations Unies pour l'environnement

POP

Polluant organique persistant

RGPH

Recensement général de la population et de l'habitat

SAED

Société d'aménagement et d'exploitation des terres du delta

SDE

Sénégalaise des eaux

SDTN

Société des terres neuves

SEDIMA

Sénégalaise de distribution de matériel avicole

SENCHIM

Sénégalaise de chimie

SEPAS

Société d'exploitation des produits agricoles du Sénégal

SIPS

Société industrielle des papiers du Sénégal

SNTI

Société nationale de tomate industrielle

SOCAS

Société de conserverie alimentaire du Sénégal

SPIA

Société des produits industriels et agricoles

SRDR

Société régionale de développement rural

SRE

Service régional de l'élevage

UEMOA

Union économique et monétaire ouest-africaine

UNACOIS

Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal

USAID

Aide américaine au développement

Annexe 2
LISTE DES COLLABORATEURS

Aminata Badiane
Agronome pédologue
Institut sénégalais de recherche agricole
BP 3120, Dakar, Sénégal

Ibrahima Cissé
Géographe environnementaliste
Département de géographie
Université Cheikh Anta Diop
BP 5005, Dakar, Sénégal

Maty Ba Diao
Agronome zootechnicienne
Centre de développement de l'horticulture
Institut sénégalais de recherche agricole
BP 3120, Dakar, Sénégal

Cheikh Alassane Fall
Agronome
Centre de développement de l'horticulture
Institut sénégalais de recherche agricole
BP 3120, Dakar, Sénégal

Abdou Salam Fall
Sociologue et antropologue
Institut fondamental d'Afrique Noire
Université Cheikh Anta Diop
BP 5005, Dakar, Sénégal

Safiétou Touré Fall
Docteur vétérinaire, zootechnicienne et spécialiste en nutrition
Institut sénégalais de recherche agricole
BP 3120, Dakar, Sénégal

Les auteurs remercient Bernard Ahokpé, technicien supérieur chimiste, Institut sénégalais de recherche agricole, et Saliou Faye, technicien supérieur pédologue, Institut sénégalais de recherche agricole, pour leur contribution à la collecte des données.

Annexe 3
BIBLIOGRAPHIE

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L'organisation

Le Centre de recherches pour le développement international ( CRDI ) croit en un monde durable et équitable. Le CRDI finance les chercheurs des pays en développement qui aident les peuples du Sud à trouver des solutions adaptées à leurs problèmes. Il maintient des réseaux d'information et d'échange qui permettent aux Canadiens et à leurs partenaires du monde entier de partager leurs connaissances, et d'améliorer ainsi leur destin.

L'éditeur

Les Éditions du CRDI publient les résultats de travaux de recherche et d'études sur des questions mondiales et régionales intéressant le développement durable et équitable. Les Éditions du CRDI enrichissent les connaissances sur l'environnement et favorisent ainsi une plus grande compréhension et une plus grande équité dans le monde. Les publications du CRDI sont vendues au siège de l'organisation à Ottawa ( Canada ) et par des agents et des distributeurs en divers points du globe. Vous pouvez consulter le catalogue des Éditions du CRDI sur le Web à http://www.idrc.ca/booktique/index_f.cfm.