Bano Bibi vit dans une petite maison de boue dans la banlieue d'Islamabad

Réjouissons-nous d’une initiative visant à introduire un système universel de soins de santé au Pakistan

Heartfile a élaboré un modèle novateur de financement des soins de santé qui s’adresse principalement aux établissements de soins de santé du secteur public.
04 décembre 2017

Bano Bibi a 73 ans et elle élève seule ses deux jeunes petites-filles. Lorsque son fils est décédé en 2005, elle a pris en charge les filles – la plus jeune n’avait qu’un an. Elle doit lutter quotidiennement pour joindre les deux bouts, et se résoudre à mendier dans les rues d’Islamabad pour rapporter à la maison de la nourriture ou de l’argent pour prendre soin des filles. Un jour que Bibi marchait le long de la route, elle a été heurtée par une voiture et le conducteur s’est enfui. On l’a transportée à l’hôpital avec une fracture de la jambe au niveau de la hanche et elle y est demeurée, agonisante, durant 15 jours car elle ne pouvait se payer une intervention chirurgicale. Tout semblait perdu jusqu’à ce que les médecins soumettent son dossier à Heartfile. Elle ne tarit pas d’éloges à l’égard de l’organisme qui lui a permis de marcher de nouveau et lui a même sauvé la vie.

Heartfile, un institut de recherche pakistanais s’intéressant aux politiques de santé, a été créé, en 1998, par la première femme cardiologue du pays, le docteur Sania Nishtar. Porté par son engagement à venir en aide aux démunis du Pakistan, l’organisme a d’abord sensibilisé la population aux maladies du cœur. Seulement quatre années plus tard, cet engagement a mené à la création du Plan d’action national du Pakistan pour la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles, en partenariat avec l’Organisation mondiale de la Santé et le ministère de la Santé du Pakistan. Maintenant, Heartfile a aussi élaboré un modèle de financement des soins de santé cruciaux pour les démunis.

Au cours de la dernière décennie, le Pakistan a été frappé par des désastres naturels et des bouleversements sociaux. Ces événements et le déclin de l’économie, déjà fragile, qui a suivi ont accentué les inégalités et affectent lourdement le système de soins de santé pour les démunis, déjà inadéquat. Selon une étude publiée par The Lancet en 2013, 78% des Pakistanais (environ 140 millions de personnes) paient de leur poche les soins de santé. Pour bon nombre d’entre eux, cela entraîne des « dépenses catastrophiques »: ils sont contraints d’utiliser des économies durement amassées, doivent vendre des biens ou renoncer à des besoins élémentaires afin de payer les soins de santé. « Heartfile health financing est une initiative d’accès aux soins visant à aider les communautés très marginalisées à surmonter les obstacles financiers à l’accès aux soins de santé, surtout lorsque ceux-ci entraînent des dépenses catastrophiques », explique Ihtiram Khattak, gestionnaire principale des opérations de Heartfile.

A tearful Mohammad Ashraf is relieved when he learns that he will receive Heartfile health financing for his broken leg.
 
En larmes, Mohammad Ashraf est soulagé d’apprendre qu’il recevra du financement de Heartfile pour des soins de santé pour sa jambe fracturée. Photo: CDRI / Tom Pilston

Heartfile a élaboré un modèle novateur de financement des soins de santé qui s’adresse principalement aux établissements de soins de santé du secteur public. L’organisme collabore avec ces établissements afin de fournir une couverture aux plus démunis pour les problèmes de santé catastrophiques, à l’aide d’un site Web et d’une base de données qui évalue le degré de pauvreté et l’admissibilité d’un patient, vérifie les demandes au moyen d’une base de données nationale, et achète les articles chirurgicaux requis et les fournitures directement du secteur privé ou autorise des transferts de fonds afin de procurer aux patients les soins médicaux dont ils ont besoin, qui sauvent ou changent leur vie — tout cela en moins de 24 heures.

« Heartfile health financing s’efforce de mettre sur pied un modèle de système de santé basé sur un fonds d’investissement permettant d’offrir une couverture universelle de soins de santé aux gens qui font partie du secteur non structuré et qui ne peuvent être couverts par une assurance, souligne monsieur Khattak. De nombreux pays refusent toujours de reconnaître les soins de santé comme un droit humain fondamental. Au Pakistan, nous sommes loin de cette prise de position. Étant donné que notre modèle peut être reproduit dans de nombreux établissements nationaux différents, nous nous voyons comme les porte-flambeaux de l’universalité des soins de santé et les précurseurs de la reconnaissance des soins de santé comme un droit humain fondamental. »

Husnain Azam, 14, lives with his mother and the rest of their family in a one-room apartment in Islamabad.
 
Husnain Azam, 14 ans, demeure avec sa mère et le reste de sa famille dans un appartement d’une pièce à Islamabad. Heartfile a assumé le coût d’une intervention chirurgicale pour une malformation cardiaque, et il peut de nouveau pratiquer son sport préféré, le cricket. Photo: CRDI / Tom Pilston

Onze hôpitaux sont inscrits au programme de Heartfile dans trois des quatre provinces pakistanaises, et les opérations couvrent huit spécialités cliniques. Grâce à cette vision, Heartfile a réussi à joindre plus de 2 500 patients — dont environ la moitié sont des femmes — depuis 2010. Le soutien du CRDI permet de renforcer les capacités de Heartfile et d’évaluer la possibilité d’étendre le modèle au-delà des soins tertiaires (qui met l’accent sur les services de santé consultatifs spécialisés) pour inclure les soins primaires qui s’adressent habituellement au plus grand nombre d’usagers.

La fondatrice de Heartfile, le docteur Sania Nishtar, a été nommée vice-présidente de la Commission mondiale de haut niveau sur les maladies non transmissibles récemment créée par l’Organisation mondiale de la Santé qui vise à prolonger l’espérance de vie de millions de gens et à trouver de nouvelles façons de contrôler les plus grandes causes de mortalité dans le monde.

En savoir plus sur Heartfile

 
Photo: CRDI / Tom Pilston