Promouvoir l’agriculture sexospécifique adaptée aux changements climatiques pour améliorer la résilience des agriculteurs

L’agriculture adaptée aux changements climatiques accroît la résilience des agriculteurs aux changements climatiques tout en améliorant la sécurité alimentaire et en augmentant les revenus.
02 août 2018

Par : Liam Harrap

Des paysages dégradés, une faible fertilité des sols, de la sécheresse, de l’érosion et des inondations causés par les changements climatiques toucheront le plus durement les pays en développement, en partie à cause de leur dépendance à l’agriculture pour obtenir de la nourriture et un revenu. La variabilité croissante du climat et les changements climatiques comptent parmi les principales menaces ayant une incidence sur les moyens de subsistance agricoles des familles, et l’on s’attend à une diminution draconienne des récoltes des principales cultures vivrières et commerciales en Amérique centrale.

L’agriculture adaptée aux changements climatiques est une approche qui vise à accroître la résilience des agriculteurs aux changements climatiques tout en améliorant la sécurité alimentaire et la durabilité, et en augmentant la productivité agricole et les revenus. Il n’y a pas d’application universelle de l’agriculture adaptée aux changements climatiques; elle implique plutôt différents éléments intégrés dans des contextes locaux, y compris des mesures à la ferme et à l’extérieur de la ferme, en utilisant les nouvelles technologies et en intégrant les politiques. Cependant, pour que les projets adaptés aux changements climatiques réussissent, « les femmes doivent être promues en tant qu’agent du changement », affirme Sophia Huyer, chef des sexospécificités et de l’inclusion sociale pour le programme sur les changements climatiques, l’agriculture, la sécurité alimentaire du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR).

 Paysage au Mali
Curt Carnemark / World Bank

Même si les femmes jouent un rôle essentiel dans l’agriculture de nombreux pays en développement, elles ne bénéficient pas des mêmes privilèges et droits que les hommes. Par exemple, les hommes élèvent typiquement les animaux les plus avantageux et ils font pousser les récoltes les plus appréciées, tandis que les femmes font face à des obstacles à la possession de terres et elles ont la responsabilité supplémentaire de gérer le ménage. De plus, les femmes des pays en développement ont très peu accès au crédit ou aux prêts; il leur est donc difficile d’acheter de l’engrais ou des semences améliorées. De plus, elles sont généralement plus vulnérables que les hommes aux effets des changements climatiques en raison de leur faible revenu et de leur accès limité à l’éducation et à la technologie.

Un projet du programme de recherche sur les changements climatiques, l’agriculture, la sécurité alimentaire, appuyé par le CRDI, essaie d’encourager les politiques des pays en développement qui reconnaissent les femmes en tant qu’atout précieux pour la mise en oeuvre de l’agriculture adaptée aux changements climatiques. Pour y parvenir, le projet recueille des données probantes sur la façon dont la dynamique sexospécifique influe sur les besoins, les capacités et les priorités des ménages.

Le projet, qui se déroule au Guatémala et au Nicaragua, comprend une stratégie sexospécifique à l’échelle du système afin de promouvoir et de renforcer le rôle des femmes dans l’agriculture. « Il faut prêter attention au fait que les femmes sont des agricultrices à part entière », affirme Mme Huyer. Équilibrer la charge de travail et les rôles des femmes et des hommes en agriculture est un des enjeux qui doit être abordé, mais il est également important de s’attaquer aux technologies agricoles dépassées, telles que les houes manuelles, qui sont généralement utilisées exclusivement par les femmes.

Femme arrosant les cultures
IDRC / Brian Sokol

Mme Huyer soutient qu’il y a encore de nombreux défis quant à la promotion des femmes en agriculture dans les pays en développement et qu’il peut être difficile pour les femmes de certaines régions de briser les normes sociales. Elle souligne que dans de nombreux cas, si les pratiques agricoles des femmes génèrent une hausse du revenu, les hommes prennent le relais. Par conséquent, il peut être difficile de valoriser les femmes sans aliéner d’autres personnes de la communauté. « Mon approche est celle qui consiste à dire que l’on ne travaille pas avec des individus, mais avec les communautés », ajoute-t-elle.

En s’appuyant sur un programme de recherche en cours sur les changements climatiques, l’agriculture et la sécurité alimentaire du CGIAR, au Guatémala et au Nicaragua, le projet cernera les solutions qui sont mises en place relativement à l’agriculture sexospécifique adaptée aux changements climatiques, et la raison pour laquelle elles le sont. Il accroîtra les capacités des personnes et des organisations afin qu’elles puissent planifier et mettre en oeuvre les interventions d’agriculture sexospécifique adaptée aux changements climatiques qui renforcent la résilience des moyens de subsistance et la résilience aux changements climatiques.

De plus, on produira, aux fins des dialogues sur les politiques à l’échelle régionale et nationale, des recommandations sur les stratégies et les mécanismes sociaux et transformateurs à l’égard des sexospécificités qui concernent l’agriculture adaptée aux changements climatiques et qui visent à autonomiser les femmes. Il est attendu que les données probantes recueillies dans le cadre de ce projet seront diffusées et appliquées ailleurs afin d’autonomiser les femmes et d’accroître les résultats agricoles pour combattre les changements climatiques, la pauvreté et la faim.

Écoutez l'entrevue avec Sophia Huyer sur Climate Change Talks.

 

Transcription

Photo: IDRC / Atul Loke