Autoroute de Mexico

Lutter contre la pollution de l’air à Mexico

Ville dont l’atmosphère était la plus polluée de la planète, Mexico s’efforce de s’améliorer
03 février 2011

Déclarée ville dont l’atmosphère était la plus polluée de la planète par les Nations Unies en 1992, Mexico se méritait six ans plus tard le titre de « ville la plus dangereuse du monde pour les enfants », une réputation que Mexico s’efforce d’améliorer. Mais, malgré une décennie de mesures antipollution rigoureuses, une brume glauque enveloppe presque quotidiennement la capitale, masquant la cime enneigée des montagnes qui ceinturent la ville et mettant en péril la santé des habitants.

Plusieurs facteurs contribuent à ce phénomène: croissance industrielle, expansion démographique (de 3 millions de personnes en 1950 à environ 20 millions aujourd’hui), prolifération des véhicules. Plus de 3,5 millions de véhicules, dont 30 % ont plus de 20 ans, engorgent les rues de Mexico.

Les désavantages géographiques de Mexico

La géographie combinée à l’activité humaine crée une situation délétère. Situé dans le cratère d’un ancien volcan, Mexico est à environ 2 240 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les niveaux d’oxygène de l’air, inférieurs à cette altitude, empêchent la combustion complète du carburant et entraînent de plus fortes émissions de monoxyde de carbone et autres composés. Le rayonnement solaire intense transforme ces gaz nocifs en des niveaux de smog excédant les normales. De son côté, le smog empêche le soleil de réchauffer suffisamment l’atmosphère pour pénétrer l’ozone en basse altitude qui couvre la ville.

Aussi, résoudre ce problème devenait prioritaire pour la Commission métropolitaine de l’Environnement. Les récentes mesures ont porté fruit. Ainsi, deux programmes gouvernementaux d’amélioration de la qualité de l’air — PIICA et PROAIRE — furent lancés dans les années 1990. Ces derniers interdisent l’utilisation des véhicules privés, une journée par semaine par rotation. En période de grande pollution, l’interdiction est ramenée à tous les deux jours et certaines activités manufacturières sont restreintes. Par ailleurs, les véhicules doivent être inspectés tous les six mois. Si les émissions de plomb, de monoxyde de carbone et d’anhydride sulfureux sont désormais maîtrisées, les niveaux d’autres contaminants dépassent encore largement les normes de qualité de l’air.

Une étude approfondie de la pollution

Lorsque le programme PROAIRE prit fin en 2000, les autorités environnementales lancèrent un programme à plus long terme et plus ambitieux: PROAIRE 2002-2010. Cependant, il fallait déterminer en quoi l’assainissement de la qualité de l’air permettrait d’améliorer la santé et de réduire les dépenses pour pouvoir évaluer de nouvelles stratégies de contrôle antipollution. Il fallait également répondre à certaines questions sur le rapport entre citadins et pollution atmosphérique: Comment les gens perçoivent-ils la pollution? Comment les affecte-t-elle? Que sont-ils disposés à faire pour améliorer la qualité de l’air? Comment peut-on les motiver à s’engager dans cette voie? 

L’administration de la ville a entrepris de répondre à ces questions avec l’appui du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada et le Fonds en fiducie pour l’environnement des Pays-Bas, par l’entremise de la Banque mondiale et de l’Organisation panaméricaine de la santé.

Évaluer les répercussions sur la santé

Les chercheurs se sont concentrés sur les dangers pour la santé que posent les polluants les plus menaçants: l’ozone et le PM10, lequel provient de diverses sources (construction routière, camions diesel, autobus, feux de forêts, déchets urbains brûlés en plein air). Ces deux polluants peuvent irriter les yeux, causer ou aggraver des troubles respiratoires et des affections cardiovasculaires, et entraîner des décès prématurés.

« Ce n’est pas la pollution atmosphérique qui tue les gens, mais certaines personnes meurent plus tôt que si elle n’existait pas » affirme Roberto Muñoz Cruz, biologiste, sous-directeur de l’information et de l’analyse du système d’observation atmosphérique de Mexico, lequel relève du Secrétariat à l’Environnement. Le Secrétariat coordonne le projet en collaboration avec le Centre national de la salubrité de l’environnement, l’organisation non gouvernementale GRECO (groupe d’études sur les liens entre l’environnement et le comportement) et l’Institut des femmes de Mexico.

Des chercheurs représentant huit organismes (établissements d’enseignement, gouvernement, donateurs et organisations non gouvernementales) du Mexique, des Pays-Bas et des États-Unis ont participé aux études nationales et internationales des effets sur la santé de l’ozone et du PM10. Des sondages ont révélé la perception qu’ont les gens des problèmes de pollution.

Les données provenant du réseau d’observation atmosphérique de Mexico ont servi à bâtir un modèle d’exposition de la population aux polluants. Selon l’étude, les niveaux de pollution en 2010 seront comparables à ce qu’ils étaient à la fin des années 1990 alors que les niveaux d’ozone excédaient les normes 90 % du temps et que le PM10 les excédait de 30 % à 50 %.

Les coûts de la pollution

Des évaluations antérieures des coûts de la pollution à Mexico avaient porté sur les coûts directs comme les médicaments, l’hospitalisation et les pertes de productivité. Cette étude-ci visait à fournir un tableau plus exhaustif. Une équipe de chercheurs transdisciplinaire a évalué divers avantages sur le plan de la santé et des « économies », incluant la disposition des gens à payer pour une meilleure santé et une vie potentiellement plus longue. Des spécialistes en communication et participation sociale ont étudié la perception des gens et les coûts indirects parce que, comme le souligne Muñoz, « non seulement les gens qui tombent malades perdent-ils des journées de travail, mais il y a aussi les mères qui doivent rester à la maison pour prendre soin de leurs enfants lorsqu’ils sont malades ».

Selon la recherche, la réduction du PM10 serait très avantageuse aux plans sanitaire et financier. Une réduction minimale de 10 % de l’ozone et du PM10 entraînerait des « économies » moyennes de 760 millions $US par an. Au plan humain, cela permettrait de réduire de 33 287 le nombre de consultations d’urgence et de 4 188 le nombre d’hospitalisations en 2010 pour troubles respiratoires, ainsi que de 266 le nombre annuel de décès infantiles.

L’information détaillée de cette étude constitue le fondement scientifique du programme PROAIRE 2002-2010 qui nécessite des investissements publics et privés de près de 15 milliards $US pour des projets d’amélioration de la qualité de l’air.

Chercher des solutions

Si les gens sont en grande partie responsables de la pollution atmosphérique, ils doivent aussi participer à la dépollution. Or, faire participer les gens exige de nouveaux programmes d’information et de formation. L’Institut des femmes a assuré ce travail visant la clientèle des centres de soutien intégré aux femmes et les dirigeants politiques et sociaux locaux. « Ces deux groupes ont été choisis en raison de leurs sphères d’influence », explique Muñoz.

Les membres de la collectivité ont collaboré au choix des sujets en fonction de leurs priorités : contrôle de la qualité de l’air, amélioration de la situation économique et sociale, partage équitable des responsabilités et création de réseaux de collaboration entre les collectivités. L’objectif clé: donner aux femmes la capacité de favoriser les changements politiques et sociaux et accroître la reconnaissance de leur rôle décisionnel dans la famille et la collectivité.

La participation communautaire

Promouvoir la concertation communautaire constituait une nouvelle mission pour le gouvernement, indique Muñoz. Six secteurs de Mexico ont expérimenté le programme de formation: trois collectivités pauvres de la région montagneuse périphérique et trois collectivités situées plus près du centre où les espaces verts ont cédé la place au béton. Avec l’aide des chercheurs des deux premiers modules du projet et des membres des centres pour femmes, des techniciennes de l’Institut des femmes ont traduit en actions et en langage simple les données techniques.

L’utilisation de jeux et d’activités participatives a favorisé l’émergence d’un sens communautaire. Des ateliers ont aidé les participants à comprendre les enjeux, déterminer les problèmes et les besoins de la collectivité et définir le rôle de chacun pour aider à les résoudre — en considérant la distinction des rôles des hommes et des femmes à la maison et dans le voisinage.

Puisque la participation de la communauté est essentielle pour obtenir des améliorations immédiates, la question de la consommation durable y fut associée pour changer les façons de faire et les styles de vie, explique Muñoz: comment économiser en utilisant des produits écologiques, des technologies et des carburants de remplacement, en faisant des achats en gros, etc.

Enfin, des mesures individuelles et collectives ont été définies et un réseau de soutien a été créé à l’intention des membres de la collectivité les plus vulnérables — enfants, personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques. Le message principal était: « Il est possible de prévenir ce genre de situation. Vous pouvez agir. »

Ce projet a aidé, d’évidence, à façonner la politique et les programmes sur la qualité de l’air à long terme de Mexico. Bien que ce type d’initiative conjointe soit nouvelle, ajoute Muñoz, elle augure bien quant à la coopération intergouvernementale en cette matière et marque un progrès dans le développement de moyens d’étudier le cycle des problèmes et la participation de la population.

Qu’en pensent les Mexicains? « Ce n’est pas ma faute! »

Le programme PROAIRE initial reconnaissait l’obligation pour les gens d’être engagés dans toutes les solutions et comportait des programmes visant à informer la population de l’ampleur du problème et à les inciter à passer à l’action en « reconnaissait la nécessité d’un changement culturel pour modifier la relation entre la société, la ville et l’environnement », affirme Muñoz.

Mais dans cette vaste mosaïque socioculturelle, la tâche n’était pas facile. Un sondage auprès de 4 000 résidants de tous les secteurs ou délégations de la métropole indique que près de 30 % d’entre eux estiment que le gouvernement agit par calcul dans ce dossier. Plus de 30 % pensent que les rapports gouvernementaux en ligne sur la qualité de l’air sont faux.

En effet, poursuit Muñoz, « nous avons constaté que la majorité des gens ne consulte même pas l’information officielle ». Leurs perceptions reposent sur leurs expériences comme devoir respirer les gaz d’échappement des voitures dans un centre-ville engorgé. « Si les gens voient les montagnes, ils disent que c’est une bonne journée. Sinon, ils en déduisent que le niveau de pollution est élevé ».

Près de 40 % des gens interrogés étaient incapables de nommer un seul programme gouvernemental de lutte contre la pollution de l’air. Les autres considéraient ces programmes comme un mal nécessaire, plus restrictifs que préventifs.

Il est navrant de constater que, bien que conscients de la pollution, « les gens ne voient pas en quoi ils en sont responsables », affirme Muñoz. Beaucoup blâment les usines. Peu reconnaissent l’importance des véhicules qui, comme le souligne le Dr Borja, émettent 75 % des polluants. « Les gens prétendent que le problème est ailleurs — dans le nord-ouest de la métropole, dans le centre-ville, mais pas là où ils vivent », ajoute Muñoz. « Ce sont les autres qui sont responsables; “ les voisins peut-être, disent-ils, mais pas moi, pas ma voiture. Ça n’a rien à voir avec notre mode de vie. ” »

Que font donc les gens face à la pollution? Rien, la plupart du temps. Que sont-ils prêts à faire? Très peu. Et ce, confie Muñoz, malgré une conscience généralisée que la pollution atmosphérique est nocive pour la santé et particulièrement nuisible aux enfants.

Des groupes de discussions confirment la subjectivité des perceptions de ce problème et que bien peu de gens sont disposés à consacrer temps ou argent — ou à sacrifier leur confort — pour redresser la situation. Pour Muñoz, « il semble que la participation de la société se limite à suivre les programmes ».

Ces réactions démontrent la nécessité de diffuser davantage les programmes gouvernementaux qui ont amélioré la qualité de l’air et de mieux faire connaître les risques. « Il est clair qu’il faut mieux cibler l’information pour rejoindre les automobilistes, les femmes et les enfants », dit-il encore. Les gens ont besoin d’une informe concise et d’un message consistant sur une longue période.

Lisez des résultats et extrants de ce projet dans la Bibliothèque numérique du CRDI.

Cette étude de cas a été rédigée par Michelle Hibler de la Division des communications du CRDI.

 
Photo : Andrew / Flickr