Priyanka et Praveen vérifient les échantillons d'eau prélevés dans différentes parties de Bangalore.

Le monde a besoin de plus de femmes scientifiques

Les femmes sont très sous-représentées en sciences, ne constituant que 28 p. 100 de tous les chercheurs à l’échelle mondiale.
24 octobre 2017

Les femmes sont très sous-représentées en sciences, ne constituant que 28 p. 100 de tous les chercheurs à l’échelle mondiale; la disparité est encore plus grande dans les domaines des sciences naturelles et du génie. Bien que le nombre de femmes qui poursuivent des études doctorales et post-doctorales ait augmenté, le taux de décrochage beaucoup plus important chez les femmes signifie que cette hausse ne s’est pas traduite par une augmentation du nombre de chercheuses occupant un emploi. Ce taux élevé d’attrition, surnommé le phénomène du « tuyau percé », se voit surtout à l’étape du doctorat et en début de carrière.

Les femmes scientifiques, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, rencontrent de nombreux écueils avant d’atteindre leur plein potentiel en tant que chercheuses et chefs de file dans les milieux universitaires ou industriels. Celles qui persévèrent dans leur carrière scientifique sont confrontées à de nombreux obstacles dans le milieu de travail, qu’il s’agisse d’emplois à temps partiel ou au statut précaire, d’un salaire inférieur, de tâches davantage liées à l’enseignement ou de nature administrative, ou de la difficulté d’équilibrer travail et vie personnelle.

En plus de ces milieux de travail inamicaux, les femmes sont souvent jugées en fonction de normes irréalistes. On attend d’elles qu’elles atteignent leur sommet de productivité au début de leur carrière, ce qui coïncide souvent avec leur période de procréation. Bon nombre d’entre elles ne peuvent se permettre de voyager aussi souvent que leurs homologues masculins en raison de restrictions culturelles concernant la mobilité et de responsabilités familiales. Les femmes ont ainsi moins souvent l’occasion d’assister à des conférences internationales et de participer à des projets de collaboration. Par extension, cela compromet leurs chances de publier dans des revues de classe mondiale et d’obtenir du financement – autre préjudice à leurs perspectives professionnelles.

Les femmes scientifiques qui s’aventurent à l’extérieur du milieu universitaire, par exemple dans le secteur des technologies, font face à des défis similaires : difficile équilibre travail-vie personnelle, milieux de travail sexistes et occasions limitées de grimper dans l’échelle organisationnelle. En règle générale, autant dans le milieu universitaire qu’industriel, le manque de modèles, de mentors et de réseaux de soutien pour guider les jeunes chercheuses en début de carrière laisse les femmes scientifiques isolées dans leur lutte contre un défi commun.

Pourquoi est-ce important ?

Les obstacles à l’égalité entre les sexes dans les carrières scientifiques et la sous-représentation des femmes dans le milieu universitaire ont des répercussions sur la qualité de la recherche et son application aux femmes et aux autres groupes moins privilégiés.

Les conclusions de recherches montrent de manière constante que la diversité parmi les chercheurs mène à une recherche de plus grande qualité. Les expériences variées et les diverses visions du monde alimentent la réflexion critique, enrichissant par le fait même l’étendue des questions posées et des solutions proposées.

Les connaissances que les femmes acquièrent en assumant leurs rôles traditionnels peuvent leur permettre de déterminer si les technologies, la conception des produits, les traitements médicaux ou d’autres innovations sont ou ne sont pas adaptés à leurs besoins.

Dans un contexte de développement, l’augmentation de la participation des femmes à la recherche introduit une sensibilisation aux questions liées à l’égalité des sexes dans les processus de recherche et d’innovation, ce qui peut mener à des résultats différents et à de meilleures solutions. Par exemple, la recherche menée en Tanzanie montre que parce que les femmes sont responsables d’aller chercher l’eau au puits, elles ont une meilleure connaissance des sources d’eau dans leurs régions. Des équipes d’ingénieurs civils ont utilisé ces connaissances pour déterminer à quel endroit ils devaient creuser des puits pour obtenir un meilleur rendement en eau. Un rapport de la Banque mondiale portant sur une analyse de 122 projets d’irrigation a permis de conclure que la participation des femmes aux projets d’irrigation ou d’assainissement rendait ces derniers six à sept fois plus efficaces.

Comment nous attaquons-nous au problème ?

Le CRDI s’efforce de permettre aux femmes d’accéder aux domaines de la science, de la technologie, du génie et des mathématiques (STEGMA), d’y exceller et de devenir des chefs de file. Le Centre appuie actuellement trois programmes phares visant les femmes dans les STEGMA offerts dans le cadre du programme Fondements pour l’innovation.

Depuis sa création en 2003, l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) a produit plus de 1 500 diplômés, dont environ le tiers sont des femmes. L’Institut s’est engagé à augmenter le ratio de femmes formées en sciences mathématiques avancées. En outre, l’initiative de l’Institut visant les femmes dans les STEGMA (Women in STEM) favorise un dialogue panafricain, répond au besoin de données sur la participation et le leadership des femmes, et encourage une approche holistique à l’égalité des sexes dans les STEGMA.

L’Organisation des femmes scientifiques du monde en développement (OWSD) est un programme de bourses de premier plan de 15 millions de CAD financé conjointement par l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Asdi) et le CRDI. Il a pour but de soutenir 140 doctorantes et 60 chercheuses en début de carrière dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Le programme fournit aux femmes scientifiques les occasions et les aptitudes nécessaires pour devenir des chefs de file dans leurs domaines, administrer des projets de recherche importants, et servir de modèles pour la prochaine génération.

Le CRDI remettra une subvention de 1,5 million de dollars canadiens versée au Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropología Social, qui accordera jusqu’à 20 bourses postdoctorales à des femmes autochtones du Mexique qui étudient dans le domaine des STIM. Ces boursières auront l’occasion de mener des recherches de classe mondiale, de profiter d’occasions de perfectionnement professionnel, de tisser des liens avec les communautés et de devenir des modèles pour les jeunes femmes autochtones qui font des études de premier cycle ou des études supérieures dans le domaine des STIM au Mexique et en Amérique centrale. Au bout du compte, ces bourses postdoctorales permettront à des chercheuses et à des étudiantes autochtones de lancer leur carrière scientifique et d’utiliser leurs connaissances et leurs compétences dans le domaine des STIM au profit des communautés locales, au moyen de l’innovation et de la formation.

Grâce à des initiatives de renforcement des capacités de ce genre, le CRDI cherche à permettre aux femmes de poursuivre des carrières scientifiques à un haut niveau et de s’attaquer aux obstacles systémiques qui nuisent à leurs trajectoires professionnelles.

Pour surmonter ces obstacles liés au genre, le CRDI entend :

  • soutenir les initiatives qui permettent d’accroître le ratio de femmes dans les STEGMA;
  • renforcer les compétences des femmes scientifiques en leadership et en affaires;
  • financer des programmes de recherche menés par des femmes scientifiques;
  • appuyer les projets de réseaux et de mentorats;
  • soutenir la recherche visant à acquérir une meilleure compréhension des obstacles à l’égalité entre les sexes dans les STEGMA;
  • encourager les approches qui tiennent compte des sexospécificités dans la recherche.

En bout de ligne, le CRDI souhaite s’assurer que ses programmes adoptent une approche durable et exhaustive pour combler l’écart existant entre les sexes et soutenir les chercheuses sur le chemin de la réussite.

 
Photo : CRDI / Atul Loke