Donner une voix aux pauvres en milieu urbain : les chiffonniers de Cochabamba

Pour les pauvres en milieu urbain de Bolivie, il est essentiel d’adopter des « stratégies de survie » pour gagner un revenu supplémentaire qui compense les salaires bas et précaires.
02 mars 2018

Dans la plupart des pays en développement, la récupération et le recyclage des déchets contribuent à apporter ce revenu supplémentaire essentiel. La majorité des personnes qui vivent et travaillent dans ces collectivités où la récupération de déchets est effectuée sont des femmes, et leur réalité quotidienne les place dans une position socio-économique précaire. Un projet soutenu par le CRDI a permis de contribuer à l’autonomisation de l’une de ces collectivités en travaillant avec les femmes pour établir une plate-forme de travail avec les autorités locales sur les questions de politique, d’infrastructure et de planification urbaine.

À Cochabamba, la quatrième ville en importance de la Bolivie, environ 1 200 personnes passent leur journée à fouiller dans les 600 tonnes métriques de déchets solides du dépotoir de K’ara K’ara. Les femmes d’origine autochtone qui vivent dans des abris de fortune dans les environs avec leurs enfants et leurs familles représentent 80 % des chiffonniers. Pour beaucoup, il s’agit de leur seule source de revenus, les laissant dépendantes d’une économie incertaine.

Étant donné l’infrastructure urbaine décentralisée de la Bolivie, le gouvernement local reste seul responsable de la gestion du dépotoir, mais à cause d’un manque d’expertise technique et de ressources, les conditions posaient des risques pour la santé en raison de la contamination de l’air, des sols et de l’eau. Cette situation a fini par créer un conflit social important parmi les personnes vivant dans le dépotoir de K’ara K’ara et ses environs.

Dans le cadre de l’initiative Villes ciblées – Cochabamba du CRDI, les chercheurs ont étudié les impacts environnementaux du dépotoir sur les moyens de subsistance de ces personnes, principalement des femmes et leurs familles, et d’autres habitants de Cochabamba. Les résultats ont été utilisés pour mettre en oeuvre un plan intégré de gestion des déchets solides fondé sur des données probantes, qui comprend une stratégie d’éducation environnementale pour jeter les bases de la viabilité à long terme du plan.

Parmi les premières mesures nécessaires pour remédier à ce type de vulnérabilité sociale et mettre en oeuvre des stratégies d’adaptation judicieuses, il faut légitimer une main-d’oeuvre informelle. Le projet y est parvenu en soulignant le rôle social et économique important des groupes de chiffonniers. En conséquence, la communauté est passée d’une culture passive à un rôle actif et participatif dans la gouvernance de l’environnement et des infrastructures. Les femmes en particulier ont démontré leur autonomisation en créant une association appelée « El Porvenir » et en utilisant du papier recyclé pour fabriquer des cartes de Noël et des objets d’artisanat.

Parmi les autres résultats, mentionnons la création de 700 « points verts » de collecte de piles et des projets pilotes tels que des ateliers et des séances de formation qui ont touché plus de 2 500 personnes, notamment des femmes des collectivités de chiffonniers, des techniciens municipaux, des décideurs et des enseignants.

 

Photo : Adam Cohn/ Flickr