Une vue du camp de réfugiés Bidi Bidi dans le nord de l'Ouganda.

Améliorer la santé des mères et des enfants dans des contextes fragiles

Des solutions créatives peuvent éliminer les obstacles qui restreignent l’accès aux services de santé dans des contextes fragiles.
18 janvier 2018

Les études montrent que des solutions créatives peuvent éliminer les obstacles qui restreignent l’accès aux services de santé dans des contextes fragiles. L’innovation contribue également à trouver des façons durables d’améliorer les soins prodigués aux mères et aux enfants, même dans des pays connaissant des situations difficiles comme le Soudan du Sud, l’Ouganda et le nord du Nigéria.

Angurese, âgée de 14 ans et enceinte, a marché pendant quatre jours dans la brousse pour échapper aux violences ethniques qui ont éclaté au sud-ouest de Djouba, au Soudan du Sud. Elle se trouve actuellement avec son fils dans l’immense camp de réfugiés de Bidi Bidi, en Ouganda, qui lui offre une sécurité relative. Elle raconte aux médias comment les combattants du clan Dinka ont attaqué leurs voisins Nuer, tuant aveuglément femmes et enfants.

Des milliers de femmes ayant fui le Soudan du Sud ont vécu une expérience similaire, mais la majorité de leurs témoignages ne sont jamais recueillis et leurs voix sont rarement entendues. Contrairement à Angurese et son bébé, plusieurs ne survivent pas.

Le Soudan du Sud fait partie des nombreuses zones instables du monde où les services de santé offerts aux mères et aux enfants ne répondent pas aux besoins les plus élémentaires. Même si la faiblesse des systèmes de santé accentue les risques encourus par les femmes dans la plupart des pays en développement, les conflits et l’instabilité sont encore plus préjudiciables aux femmes, en particulier pendant la grossesse et l’accouchement.

Community health worker in South Sudan.
Alison Wright
Agente de santé communautaire au Soudan du Sud 

Angurese, âgée de 14 ans et enceinte, a marché pendant quatre jours dans la brousse pour échapper aux violences ethniques qui ont éclaté au sud-ouest de Djouba, au Soudan du Sud. Elle se trouve actuellement avec son fils dans l’immense camp de réfugiés de Bidi Bidi, en Ouganda, qui lui offre une sécurité relative. Elle raconte aux médias comment les combattants du clan Dinka ont attaqué leurs voisins Nuer, tuant aveuglément femmes et enfants.

Des milliers de femmes ayant fui le Soudan du Sud ont vécu une expérience similaire, mais la majorité de leurs témoignages ne sont jamais recueillis et leurs voix sont rarement entendues. Contrairement à Angurese et son bébé, plusieurs ne survivent pas.

Le Soudan du Sud fait partie des nombreuses zones instables du monde où les services de santé offerts aux mères et aux enfants ne répondent pas aux besoins les plus élémentaires. Même si la faiblesse des systèmes de santé accentue les risques encourus par les femmes dans la plupart des pays en développement, les conflits et l’instabilité sont encore plus préjudiciables aux femmes, en particulier pendant la grossesse et l’accouchement.

La présence de ressources humaines qualifiées et en quantité suffisante dans le secteur des soins de santé représente un défi majeur qu’il est nécessaire de relever pour répondre aux besoins de ces femmes et de leurs enfants. C’est pourquoi les projets menés au Soudan du Sud, en Ouganda et dans le nord du Nigéria, financés par l’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (ISMEA), essaient de trouver des moyens novateurs d’offrir efficacement des soins de santé essentiels aux mères et aux enfants dans des contextes fragiles.

Répondre aux demandes de soins de santé au Soudan du Sud et en Ouganda

Au Soudan du Sud et dans le nord de l’Ouganda, les conflits passés et présents ont détruit les infrastructures de soins de santé, entraînant ainsi une pénurie chronique de personnel médical formé. Au Soudan du Sud, quelque 200 médecins et 2 000 infirmières soignent plus de 10 millions de personnes. En Ouganda, il y a un médecin pour 24 000 habitants, sans compter les 1,2 million de réfugiés de 13 nationalités différentes, en majorité des femmes et des enfants du Soudan du Sud, qu’accueille l’Ouganda.

Le Soudan du Sud et l’Ouganda peuvent compter sur les agents de santé communautaire pour pallier cette pénurie criante de personnel. Recrutés au sein de leurs communautés, ces travailleurs bénévoles fournissent une formation et des services sanitaires de base. Ils jouent un rôle essentiel, car ils contribuent à éveiller les consciences à l’importance des soins prénataux et postnataux et de la présence de personnes qualifiées pendant les accouchements. Ces travailleurs permettent également de tisser des liens importants entre les communautés et les établissements de santé.

Grâce au financement fourni par l’initiative ISMEA, les chercheurs de l’organisation non gouvernementale BRAC-Ouganda et de l’Université du Cap-Breton, au Canada, en collaboration avec le ministère de la Santé du Soudan du Sud, étudient des moyens de faciliter l’accès aux services de santé en renforçant le rôle des agents de santé communautaire et en développant leurs activités. Ils sont en train de mettre à l’essai différents modèles d’entreprises à vocation sociale pour motiver les agents de santé communautaire et améliorer leur rendement.

« Nous essayons de déterminer le modèle qui fonctionne. Nous le recommanderons ensuite au ministère de la Santé », explique Jenipher Twebaze Musoke, directrice de recherche du BRAC-Ouganda et responsable du projet ISMEA. « L’objectif est d’inciter plus de Sud-Soudanais à participer au programme. »

Cette recherche tombe à point, car les deux pays cherchent à mettre en place de nouvelles stratégies pour valoriser le rôle des agents de sensibilisation en santé communautaire.

Impliquer les communautés dans leurs systèmes de santé

Dans le cadre d’un autre projet ISMEA mené au Soudan du Sud et en Ouganda, une équipe de chercheurs de l’hôpital St. Mary’s Lacor en Ouganda, de l’hôpital de Torit au Soudan du Sud et de l’Université de Montréal au Canada cherche à sensibiliser les communautés et à les rendre mieux à même de reconnaître les cas à haut risque et de les orienter vers les établissements de santé. Cette équipe a pour mandat de supprimer les barrières qui existent entre les hôpitaux et les communautés au moyen de la formation et d’une collaboration étroite avec les agents de santé communautaire.

L’équipe du projet aide les communautés à cerner les difficultés auxquelles elles sont confrontées lorsqu’elles essaient d’avoir accès aux services de santé maternelle, et à proposer des solutions. Elle étudie également des stratégies visant à améliorer les services de soins de santé maternelle et de nutrition infantile et à répondre au besoin croissant de dépistage du cancer du col de l’utérus.

Selon le Dr Emmanuel Ochola, responsable du projet, les efforts de communication déployés par les deux hôpitaux appuieront activement le leadership et l’autonomisation des femmes, ce qui stimulera le développement d’interventions sanitaires axées sur la communauté. Des travaux sont également en cours dans les établissements de santé pour améliorer la qualité des services et répondre aux besoins exprimés par les communautés.

Offrir de la formation et des soins à domicile au Nigéria

Les femmes du nord du Nigéria sont beaucoup plus susceptibles de mourir pendant l’accouchement que leurs compatriotes en raison de la forte insécurité qui règne dans la région. Le recours aux soins de santé constitue un véritable défi pour la majorité des femmes vivant dans des collectivités éloignées. La violence familiale, les tâches pénibles pendant la grossesse et le manque de communication entre les conjoints concernant la grossesse aggravent les risques auxquels elles sont exposées.

La Federation of Muslim Women’s Associations de l’État de Bauchi collabore avec le ministère de la Santé et l’agence nationale chargée de la conception des soins de santé primaires du Nigéria (National Primary Health Care Development Agency), ainsi que l’Université McGill au Canada, pour trouver des moyens novateurs de faire face aux défis locaux et de favoriser l’accès aux soins de santé. Ils organisent des visites à domicile pour toutes les femmes enceintes et leurs conjoints, et ils s’appuient sur les nouvelles technologies numériques et les données en temps réel pour cibler les femmes qui ont besoin d’être hospitalisées d’urgence.

Équipées de tablettes pour suivre les interventions et géolocaliser les maisons, les équipes, composées de professionnels et professionnelles de la santé, rendent visite tous les deux mois à quelque 400 foyers. À la fin du mois de septembre 2017, ces équipes avaient inscrit plus de 7 000 nouvelles femmes enceintes ayant besoin de soins de santé.

L’infodivertissement vidéo, divertissement éducatif, permet également d’informer les hommes et les femmes et de modifier leurs attitudes vis-à-vis des facteurs de risque tels que les tâches pénibles et la violence familiale.

Fournir des services éducatifs en santé à domicile à l’aide de tablettes dans l’État de Bauchi, au Nigéria.
Hadiza Mudi / Federation of Muslim Women's Associations in Nigeria
Fournir des services éducatifs en santé à domicile à l’aide de tablettes dans l’État de Bauchi, au Nigéria.

Incidences de la pensée créative

Le nord du Nigéria, le Soudan du Sud et l’Ouganda sont trois régions instables où les systèmes traditionnels de santé ne répondent pas aux besoins de la population, en particulier ceux des femmes et des enfants. Les recherches menées dans ces régions dans le cadre de l’ISMEA montrent qu’il est nécessaire d’aborder le problème de façon créative pour mettre en place des solutions durables. De plus, des partenariats efficaces entre les gouvernements et les intervenants locaux créent un pont entre la recherche et la mise en oeuvre, et encouragent l’appropriation des initiatives par les acteurs locaux.

Les innovations actuellement envisagées, telles que les entreprises à vocation sociale, les interventions sanitaires conçues et pilotées par des membres de la communauté et les visites universelles à domicile accompagnées de l’infodivertissement vidéo, pourraient combler efficacement les lacunes qui existent dans les systèmes de santé. De ce fait, ils tenteront de démontrer que le renforcement de la prestation de soins dans et avec les communautés peut améliorer durablement les services de santé offerts aux femmes et aux enfants, et ce, même s’ils vivent dans des régions instables.

En savoir plus sur les trois projets :

Pour en apprendre davantage, lisez le billet de blogue du Huffpost consacré aux modèles d’entreprises à vocation sociale visant à améliorer la santé et les moyens de subsistance des femmes au Soudan du Sud.

Consultez l’article de l’Université du Cap-Breton sur le projet d’offrir des incitatifs aux travailleurs de la santé au Soudan du Sud.

 

Photo : Trocaire / Flickr