Une approche communautaire pour améliorer la santé des mères

04 avril 2018

une mère et son fils

Photo: Rajmund Dabrowski/ANN

L’arrivée de nouveau matériel chirurgical à l’hôpital général de Marrere au début de l’année a constitué une étape importante dans l’amélioration de la santé des mères et des enfants. Cela représente également une étape décisive dans la mise en oeuvre d’un projet de recherche dirigé par l’Universidade Lúrio au Mozambique et l’Université de la Saskatchewan au Canada, financé par l’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (ISMEA). La mise à disposition du matériel nécessaire à la prestation de soins obstétriques d’urgence n’est qu’un des nombreux volets du projet réalisés pour réduire la mortalité des mères et des nouveau-nés.

Des défis de taille à relever

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, le taux de mortalité maternelle au Mozambique est important, avec 490 décès pour 100 000 naissances vivantes. L’UNICEF fait état d’un taux élevé de grossesse parmi les adolescentes au pays : 40 % des femmes âgées de 20 à 24 ans avaient déjà donné naissance à un enfant à l’âge de 18 ans, et les complications durant la grossesse ou l’accouchement sont les principales causes de décès chez les femmes âgées de 15 à 19 ans. Ces taux alarmants sont le résultat de la pauvreté et des normes culturelles qui encouragent les mariages précoces, ainsi que de la violence sexuelle et sexospécifique qui empoisonne depuis longtemps l’environnement dans lequel les filles grandissent. Par exemple, 70 % des écolières interrogées par le ministère de l’Éducation en 2008 étaient au courant de cas de professeurs contraignant des filles à avoir des rapports sexuels en échange de bonnes notes.

La province de Nampula, où se situe l’hôpital général de Marrere, est l’une des provinces les plus pauvres du Mozambique. Les services de soins obstétricaux et postnatals des établissements de santé de la province sont moins utilisés que ceux des autres établissements du pays.

Les solutions proposées

Les premières études menées par l’équipe de recherche travaillant dans le cadre de l’initiative ISMEA s’accordent à reconnaître que le manque de connaissances sur la grossesse saine et la planification familiale est le problème le plus urgent. Parmi les difficultés rencontrées, les membres de la communauté ont également évoqué les problèmes d’ordre logistique, notamment l’absence de transport pour se rendre dans les cliniques et les hôpitaux. De plus, la médiocrité des services reçus dans les établissements de santé n’incite pas les membres de la communauté à se faire soigner.

C’est en collaborant avec les membres de la communauté, les thérapeutes traditionnels, les organisations non gouvernementales (ONG) et le ministère provincial de la Santé que l’équipe a développé et mis en place des interventions novatrices acceptables et réalistes sur le plan culturel. Cela inclut une plus grande gamme de services de planification familiale, en particulier pour les adolescentes, un système de transport communautaire, des consultations prénatales de qualité, des accouchements par césarienne et une formation du personnel médical en soins obstétricaux d’urgence et en réanimation néonatale.

Les chercheurs évaluent l’incidence et les coûts de ces interventions dans le district rural de Natikiri de la province de Nampula. Un suivi régulier leur permet de déterminer comment améliorer chacune des actions entreprises.

Les communautés aimeraient en particulier qu’un service communautaire de moto-ambulances soit mis en place. Une fois que les chercheurs auront réuni suffisamment de renseignements sur la meilleure manière d’instaurer un tel service, ils transmettront leurs conclusions aux autorités sanitaires nationales qui font l’essai de modèles de services communautaires d’ambulance dans tout le pays.

Miser sur les atouts

Des consultations menées avec soin dans le cadre du projet ont contribué à consolider les liens déjà forts tissés entre l’université, les membres de la communauté et le ministère de la Santé du Nampula grâce au fructueux programme One Student, One Family de l’Université Lúrio.

Ce programme est le premier à mettre à l’essai un modèle consistant à jumeler chaque étudiant de la Faculté des sciences de la santé avec une famille rurale pendant toute la durée des études. En travaillant au sein d’équipes transdisciplinaires – médecine, dentisterie, pharmacologie, optométrie, nutrition et sciences infirmières –, les étudiants apprennent à mieux cerner les besoins de leurs familles en matière de soins de santé. Les familles bénéficient de meilleurs soins de santé, à la maison. La confiance qui s’établit entre les étudiants et les familles est stimulante, car elle mène à des changements réels et à des améliorations en santé sur le plan individuel et potentiellement à l’échelle communautaire.

Les étudiants collaborent avec l’équipe de recherche en communiquant les besoins sanitaires de la communauté à la Faculté des sciences de la santé et aux chercheurs travaillant dans le cadre de l’initiative ISMEA, dans le but d’orienter les interventions.

Mettre les ressources en commun

Tous les participants ont témoigné de leur engagement envers le projet en y investissant un peu de leurs maigres ressources pour en assurer le succès. Les membres de la communauté ont répondu à l’appel lorsque la recherche a révélé la nécessité de disposer d’une « maison d’attente » pour les femmes enceintes à proximité de l’hôpital. Ils ont construit une structure en terre traditionnelle, et ils essayent à présent de trouver des ressources supplémentaires pour construire une maison en ciment plus durable. En outre, un plan a été élaboré concernant le stockage des nouvelles moto-ambulances, et les participants ont décidé que chaque famille paiera un montant fixe pour couvrir les frais d’entretien et de carburant.

Les communautés ont également désigné les adolescentes et les jeunes femmes qui agiront à titre d’ambassadrices de la santé familiale. Elles recevront le soutien des ONG présentes sur le terrain, telles que la Girl Move Foundation, qui enseigne aux filles leurs droits et les encourage à poursuivre leurs études.

De son côté, le ministère provincial de la Santé a affecté son unique chercheur à l’équipe, et bien que le Ministère ne puisse fournir un gynécologue ou un obstétricien à l’hôpital de Marrere, il a embauché du personnel médical supplémentaire pour améliorer la qualité des soins.

À l’échelle nationale

Le fort enracinement local du projet augure bien pour l’avenir, tout comme les liens de plus en plus étroits forgés avec les ministères provinciaux et national de la Santé. Les leçons tirées des nombreuses actions menées dans le cadre de l’étude permettront de déterminer les meilleures approches communautaires en matière de santé maternelle et infantile qu’il sera possible d’appliquer au reste de la province de Nampula et, au bout du compte, à l’ensemble du Mozambique.

Pour en savoir plus sur le projet Marrere et l’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique.