Transformer les relations entre les sexes pour réaliser l’inclusion financière

10 décembre 2018
A woman removes a product from a shelf in her shop at a gold mining site in central Uganda.
CRDI / Tommy trenchard
Une femme retire un produit d'une étagère de son magasin situé sur un site d'extraction d'or au centre de l'Ouganda.

Des progrès remarquables en matière d’accès au financement ont été réalisés au cours des dernières années. Les données du Global Findex de la Banque Mondiale indiquent que le nombre de personnes exclues financièrement a chuté, passant de 2,5 millions à 2 millions mondialement en seulement trois ans (de 2011 à 2014).

Les services bancaires mobiles et autres innovations du secteur financier reçoivent le crédit pour le rythme rapide de l’inclusion. Nulle part cette situation n’est plus évidente qu’en Afrique subsaharienne, région qui a vu naître l’utilisation des services bancaires mobiles. À l’heure actuelle, 12 % des adultes de ce continent utilisent de l’argent mobile, par rapport à seulement 2 % à l’échelle mondiale. Cela a joué un rôle clé pour atteindre les populations qui n’ont pas accès aux services bancaires traditionnels, principalement les femmes.

Au-delà de l’accès aux produits et aux services financiers

L’accès aux produits et aux services financiers est un outil clé pour l’autonomisation financière des femmes, mais il est peu probable que ce seul élément transforme leur vie et leurs moyens de subsistance. On connaît peu de chose sur la façon dont les innovations dans le secteur financier peuvent avoir cet effet transformateur. Afin de combler ce manque de connaissances, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) finance la recherche pour analyser, données à l’appui, leur incidence sur l’inclusion financière et déterminer les secteurs de soutien futurs.

L’étude Beyond access : Exploring gender-transformative approaches to financial inclusion (en anglais seulement) a mis en lumière le fait que les femmes continuent d’affronter de nombreuses contraintes qui prennent naissance au foyer, plutôt que dans le secteur financier. Par exemple, même si certaines femmes peuvent avoir accès à du financement, les inégalités au foyer concernant la prise de décisions financières peuvent les empêcher de convertir cet accès en croissance d’entreprise ou en amélioration de la productivité.

Du côté du marché du travail, l’écosystème entrepreneurial touche les femmes et les hommes de différentes façons. Même si les deux font face à des contraintes, les femmes entrepreneures en affrontent beaucoup plus en raison des cadres réglementaires. Ces cadres comprennent les politiques, les lois, les règlements bancaires, et les normes socioculturelles qui dictent les rôles que les femmes et les hommes doivent jouer, et les ressources ou actifs qu’ils peuvent détenir dans les marchés et les institutions financières. Un exemple probant est celui de l’inégalité des règlements sur la propriété foncière qui peuvent limiter les options des femmes concernant le nantissement nécessaire pour obtenir un prêt.

Approches transformatrices à l’égard de l’inclusion financière

Les auteurs de l’étude – Saskia Vossenberg, Anne Rappoldt, et Jesse d’Anjou, affiliées au KIT Royal Tropical Institute à Amsterdam – examinent les approches en matière d’inclusion financière qui remettraient en question les relations de pouvoir et les inégalités entre les sexes, et redéfiniraient le cadre réglementaire qui entrave l’autonomie financière des femmes. Cette approche se fonde sur une analyse délibérée de la façon dont les inégalités entre les sexes influencent les choix, les occasions et les moyens de subsistance des hommes et des femmes.

Une approche sexospécifique transformatrice en matière d’inclusion financière vise à corriger ces inégalités sous-jacentes en ciblant un changement sur trois plans :

  • l’autonomie individuelle ou collective des femmes (changement dans leurs choix, compétences, connaissances, questions identitaires, et l’accès aux ressources et le contrôle de celles-ci);
  • les relations au foyer et à l’extérieur (p. ex. changer les attentes et la dynamique des relations entre les personnes à la maison, au marché, dans la communauté, dans les institutions et les organisations);
  • les règles et pratiques formelles et informelles (comme les systèmes réglementaires et les normes sociales).

Les auteures de l’étude ont indiqué ce qui suit : « En d’autres mots, l’inclusion financière sexospécifique transformatrice consiste à veiller à ce que les systèmes financiers habilitent les femmes plutôt que de viser seulement à faire des transactions bancaires avec elles [Traduction] ».

Les dimensions du changement sont interreliées et peuvent cibler les domaines ayant besoin de transformation afin de faire avancer l’égalité entre les sexes. Des processus de recherche multidisciplinaires rassemblant une variété d’acteurs sont essentiels afin de mettre en pratique cette approche transformatrice à l’égard de l’inclusion financière.

S’attaquer aux barrières sociales et au cadre réglementaire

Les efforts actuels et antérieurs visant à favoriser l’inclusion financière s’appuient sur des modèles sexospécifiques. Bien que ces efforts contribuent de façon importante à faire progresser la cause féminine sur le plan individuel, ils ne sont pas transformateurs parce qu’ils ne remettent pas en question les barrières sous-jacentes qui maintiennent les contraintes économiques qui pèsent sur les femmes.

À titre d’exemple, les stratégies sexospécifiques dans le domaine de la microfinance peuvent contribuer à étendre le pouvoir des femmes en augmentant leur choix d’occupation et la façon dont elles gèrent le risque. Ces changements peuvent accroître l’autosuffisance économique, mais ils ne peuvent à eux seuls faire tomber les barrières et les cadres réglementaires qui empêchent parfois les femmes de se trouver un travail rémunéré.

D’autres exemples d’interventions sexospécifiques comprennent les programmes de financement numérique et de connaissances financières à l’intention des femmes, le soutien aux groupes d’actions collectives des femmes, et les programmes qui encouragent les hommes à discuter des rôles sexospécifiques. Même si ces approches à l’égard de l’inclusion financière contribuent à augmenter la confiance et à favoriser le pouvoir, elles ne sont pas aussi efficaces que les approches multidimensionnelles qui ciblent autant le volet de l’offre que celui de la demande de services financiers.

L’inclusion financière pour réaliser un changement structurel

Des nouvelles recherches empiriques sont nécessaires pour déterminer quelles méthodes et quelles approches produiront le plus d’effets transformateurs sexospécifiques.

Comme l’indique l’étude, « Nous devons demander aux femmes entrepreneures quelles sont leurs attentes à l’égard de l’argent, et de quelles façons elles souhaitent s’en servir, afin de déterminer quels mécanismes de prestation financière sont nécessaires [Traduction] ».

Plusieurs questions pouvant faire l’objet de recherches ont été soulevées à la lumière de cette étude lors d’une consultation en juin 2017 à Nairobi, organisée conjointement par le CRDI et par les laboratoires MasterCard d’inclusion financière, basés au Kenya.

  • Lesquelles des interventions et des approches d’inclusion financière peuvent être combinées afin d’avoir l’incidence la plus positive sur leurs moyens de subsistance ? De quelle façon ?
  • Comment les programmes pourraient-ils combiner de façon efficace les services financiers et non financiers tout en engageant un éventail de parties prenantes ?
  • Comment les changements aux types de services financiers offerts peuvent-ils conférer plus de pouvoir aux femmes à la maison, améliorer la dynamique des négociations auprès des institutions financières, et atténuer les contraintes réglementaires ?

Étant donné la complexité des dimensions sociale et économique de l’inclusion financière des femmes, la recherche dans ce domaine requiert une approche interdisciplinaire qui combine les méthodes de recherche quantitative et qualitative, selon la conclusion du rapport. Combler les lacunes de la recherche permettrait d’acquérir une compréhension plus globale des stratégies, produits, et caractéristiques de la prestation des services, et de la combinaison de ceux-ci, qui mèneraient à des résultats transformateurs et à un changement institutionnel.

Tant les données probantes que la pratique indiquent de s’éloigner des mesures d’inclusion financière qui ciblent les problèmes d’accès aux produits et services financiers, et soulignent le besoin de comprendre sous quelles conditions l’inclusion financière est la plus susceptible d’influencer un changement structurel.