Revitaliser la formation et l’éducation axées sur les compétences pour les jeunes

29 mai 2018
Deux personnes regardant un ordinateur.
 DataHack4FI Initiative
 

Les jeunes de 15 à 25 ans représentent plus de 60 % de la population totale de l’Afrique et ils constituent 45 % de l’ensemble de la main-d’oeuvre du continent. Comme la population rajeunit en raison des taux continus de fertilité élevée, le taux de chômage de 10,9 % pour les jeunes de l’Afrique subsaharienne est un sujet majeur de préoccupation.

Plusieurs jeunes ont des compétences faibles ou nulles en matière d’aptitude à l’emploi, ou les compétences qu’ils ont ne correspondent pas aux besoins actuels du marché du travail. L’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP), qui sont axés sur les technologies et les sciences, les compétences pratiques, les attitudes et les connaissances associées à des emplois spécifiques, pourraient être la clé pour augmenter l’employabilité des jeunes. Il reste cependant une impression sous-jacente que les programmes d’EFTP n’ont pas autant de valeur que les programmes académiques des universités et des preuves démontrent que les programmes d’EFTP doivent relever des défis importants.

Alors que les gouvernements africains mettent l’EFTP au premier plan de leurs politiques publiques, les connaissances provenant de la recherche soutenue par le CRDI orientent les réformes de développement des compétences visant à augmenter les inscriptions des hommes et femmes.

Faits saillaints

  • Le chômage des jeunes est actuellement de 10,9 % dans l’Afrique subsaharienne. Une formation technique et professionnelle est la clé pour réduire ce taux élevé de chômage.
  • Les pays de l’Afrique de l’Est sont en voie de réformer leur enseignement et leur formation techniques et professionnels afin de répondre aux demandes changeantes des marchés du travail.
  • Changer l’image négative de l’enseignement et la formation techniques et professionnels est crucial pour promouvoir les bienfaits de la formation axée sur des compétences pour les jeunes marginalisés.

Revitaliser l’EFTP en Afrique de l’Est

Des inefficacités au sein des établissements d’EFTP, notamment la capacité restreinte à offrir une formation de haute qualité, l’équipement désuet et les obstacles à l’accès des femmes, font partie des facteurs contribuant à la mauvaise perception de l’EFTP. Une autre perception, à savoir que les étudiants en EFTP n’ont pas pu aller à l’université en raison d’un rendement scolaire insuffisant, est aussi répandue. L’EFTP est traditionnellement considéré comme une option de « dernier recours ».

 

Les gouvernements africains reconnaissent le potentiel de l’EFTP et, en collaboration avec des partenaires des sphères privées et non gouvernementales, font de grands pas pour revitaliser la qualité, l’accès, l’inclusion et la réactivité de ces programmes. Le CRDI soutient un groupe de tels établissements du Kenya, du Malawi, de la Tanzanie, de l’Ouganda, de la Zambie et du Zimbabwe dans le cadre de la révision des programmes et des modules de formation afin de combler les écarts entre les compétences courantes et les exigences actuelles en matière d’emploi. Ce projet, dirigé par l’Université Makerere en Ouganda, vise à améliorer les connaissances et le dialogue sur les politiques pour améliorer les capacités des gouvernements lorsqu’il s’agit d’examiner et de mettre en place des réformes en matière d’emploi et de développement des compétences.

La recherche du CRDI s’est surtout penchée sur la formulation de recommandations relatives à l’EFTP aux instances régulatrices des six pays du Sud et de l’Est de l’Afrique. Une des réussites principales est la participation de Kevit Desai, le chercheur principal du volet kényan du projet, au groupe de travail permanent de son pays en matière d’EFTP. En mars 2018, M. Desai est devenu secrétaire principal responsable de la formation technique et professionnelle au ministère de l’Éducation du Kenya et il préside le groupe de travail permanent.

Un rapport produit en 2017 par le groupe de travail permanent souligne que les centres d’EFTP doivent fournir de l’équipement à jour afin de suivre l’avancement des technologies dans des secteurs comme la fabrication, et qu’ils doivent soutenir l’élaboration de nouveaux programmes qui répondent aux besoins du secteur privé. M. Desai a toutefois déclaré que ces changements sont difficiles puisque l’EFTP est sous-financé et « ne reçoit que 2 % du budget total accordé à l’éducation au Kenya ».

Afin de tirer le maximum des ressources actuelles, les parties prenantes du gouvernement et du secteur public misent sur l’introduction de nouvelles technologies, la formation compétences de base et l’orientation professionnelle afin d’améliorer la qualité de l’EFTP dans son ensemble. L’assurance de la qualité de l’EFTP par l’intermédiaire d’un processus d’accréditation pour les institutions publiques et privées, actuellement en cours, augmentera également la qualité et l’employabilité des diplômés.

Charles Ondieki, président du TVET Curriculum Development Assessment and Certification Council, au Kenya, est l’un des premiers défenseurs de la revitalisation de l’EFTP. Il explique qu’au Kenya, l’EFTP est passé d’un programme colonial à un programme qui recherche activement l’expertise locale et qui suit un modèle de programme et d’évaluation basé sur les habiletés qui encourage les étudiants à atteindre leurs objectifs de cours à leur propre rythme. Lorsque les étudiants sont prêts à subir leur examen, les établissements de formation les évaluent de façon individuelle. « Nous avons fait beaucoup de progrès, souligne M. Odeki, et la formation axée sur les compétences changera tout, y compris l’éducation universitaire ».

Changer les perceptions de l’EFTP

En plus du besoin d’apporter des améliorations au système d’EFTP, il faut mieux le faire connaître et augmenter la crédibilité de ce type d’éducation.

Au début de l’an dernier, le groupe de travail permanent réunissait la conférence Hands on the Future National TVET Conference et la foire Kenya Skills Show dans le cadre des efforts faits pour redorer l’image de l’EFTP, une recommandation des recherches soutenues par le CRDI. Des employeurs de choix du secteur privé comme Coca-Cola et Toyota Kenya ont participé en tant qu’exposants à la foire Kenya Skills Show, qui a attiré plus de 3 000 personnes, dont plusieurs parents et jeunes hommes et femmes ayant le potentiel de devenir des étudiants.

Bon nombre des participants ont été agréablement surpris par le choix de cours et de formation offerts pour les jeunes aux centres d’EFTP, qui souvent, misent sur l’acquisition des compétences et des connaissances pratiques qui manquent souvent dans les cours universitaires, plus théoriques. Parmi ces compétences, il y a le tournage, qui peut être utile dans un éventail de possibilités d’emploi qui demandent souvent des habiletés en multimédias.

Les étudiants universitaires ont fait remarquer qu’au cours des dernières années, de plus en plus d’entre eux s’inscrivent à l’EFTP. Les compétences apprises à l’EFTP complètent leurs cours universitaires et les cours peuvent souvent être suivis pendant le congé de six mois entre la première et la deuxième année d’université. Ces habiletés encouragent également les étudiants universitaires à se diriger à l’extérieur des secteurs traditionnels, où les possibilités d’emploi sont souvent limitées. Une telle sensibilisation démontrant la valeur des programmes d’EFTP est essentielle pour renforcer le système et s’assurer qu’il répond aux besoins changeants des marchés du travail africains.

Certains chercheurs des établissements participant au projet d’EFTP soutenu par le CRDI ont aussi assisté à la foire afin de partager leurs expériences et d’évaluer les développements au Kenya. L’équipe de recherche de l’Université Lilongwe, par exemple, explore la possibilité d’organiser une foire des compétences semblable afin de rehausser l’image de l’EFTP et de faire la promotion de cette voie auprès des jeunes du Malawi.

Le CRDI aimerait soutenir de plus amples recherches dans le secteur de l’EFTP afin d’accumuler des preuves pour les réformes de politiques, les examens de politiques de travail et le changement d’image de marque de l’EFTP pour rendre ce genre d’études accessible et attirant, particulièrement pour les femmes.