Rassembler de nouvelles données probantes sur la dimension économique de l’usage du narguilé

24 octobre 2018
Hookas
FLICKR / PETER DYAKOV

Le narguilé, aussi connu sous le nom de « chicha », est une façon traditionnelle de consommer le tabac au Moyen-Orient où le tabac passe par un liquide refroidissant avant d’être aspiré par le fumeur ou la fumeuse. L’arrivée de produits de tabac aromatisé au début des années 1990 a propulsé la popularité du narguilé auprès des jeunes et des femmes. Ce serait des amis et des parents qui introduiraient les jeunes au narguilé, et, malgré la mentalité patriarcale dans certaines régions à l’égard des femmes qui fument, l’usage du narguilé est mieux perçu que celui des cigarettes. Les faits démontrent aujourd’hui que la région de la Méditerranée orientale affiche le plus haut taux de prévalence d’usage du narguilé au monde.

À l’instar de la cigarette, le narguilé est associé à la dépendance à la nicotine ainsi qu’à de graves maladies comme le cancer et les maladies pulmonaires, en plus de poser d’importants problèmes durant la grossesse. Il en résulte un fardeau catastrophique pour les systèmes de santé, les individus, les familles et l’économie, du fait de la perte de productivité. Fait inquiétant, le narguilé gagne toujours en popularité.

Au Liban, des estimations ont été avancées quant aux coûts directs et indirects découlant des maladies causées par l’usage du tabac parmi les adultes de plus de 30 ans. En 2008, les coûts environnementaux (incendies et ramassage des déchets liés au tabac) se sont élevés à près de 13,6 millions $ US, et les coûts associés à la perte de productivité attribuable à la morbidité et à la mortalité ont été, respectivement, de 102,2 millions et de 64,6 millions $ US. La mise en œuvre de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, entente mondiale visant à réduire la consommation de tabac) dans la région laisse à désirer, et les données probantes sont limitées à la consommation de cigarettes. Ce qui signifie que l’information requise pour réduire l’usage du narguilé est manquante. De plus, malgré l’augmentation de l’usage du narguilé, les instruments de réglementation pour ce type de produits n’ont pas suivi à l’échelle mondiale.

Il est urgent de conduire de nouvelles études qui recueilleront de l’information détaillée et permettront de formuler des recommandations visant à informer les gouvernements sur la gravité de cette tendance grandissante et à les encourager à mettre en œuvre des politiques efficaces pour lutter contre l’usage du narguilé et de la cigarette.

La recherche

L’Université américaine de Beyrouth dirige le projet. Ses investissements dans le domaine de l’application des connaissances sont considérables, notamment l’ouverture du « Knowledge to Policy Center » en 2015. Par ailleurs, en 2016, l’Université a été désignée en tant que carrefour des connaissances de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac afin de lutter efficacement contre le narguilé. L’équipe est présente dans quatre pays et est composée d’experts et d’organismes du Liban, de la Jordanie, de l’Égypte et de la Cisjordanie et la bande de Gaza. Elle produira de nouvelles données essentielles sur la dimension économique du narguilé à partir de l’épicentre de l’épidémie mondiale.

L’équipe réalisera des enquêtes auprès des ménages dans chacun des pays afin de recueillir des données à jour cruciales sur la prévalence de la cigarette et du narguilé chez les adultes (enquêtes globales et sexospécifiques). À partir de ces données, elle déterminera l’incidence des politiques budgétaires sur l’usage du narguilé et les coûts de santé, ainsi que sur les recettes gouvernementales. Par exemple, l’OMS recommande d’imposer une taxe au consommateur, en plus de taxer le narguilé, de même que ses pièces et accessoires. L’équipe communiquera ensuite les connaissances acquises aux organismes gouvernementaux, aux décideurs et aux responsables à l’égard de l’impact économique des politiques de lutte contre le narguilé.
 

 Il est crucial de recueillir de l’information sur la dimension économique de l’usage du narguilé. Nous recueillerons des preuves à l’épicentre de l’épidémie mondiale — la région de la Méditerranée orientale — afin de les transposer en des politiques efficaces de lutte contre le narguilé. Ce projet nous permet de réunir une équipe d’experts de renommée mondiale qui apporteront des changements concrets et durables dans la lutte antitabac.

— Rima Nakkash, professeur agrégé, faculté des Sciences de la santé et coordonnatrice du groupe de recherche sur la lutte antitabac de l’Université américaine de Beyrouth. 

 

Les incidences

La lutte contre le tabagisme est essentielle à l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) de 2030 des Nations Unies, notamment l’ODD 1 (pas de pauvreté) et l’ODD 3 (bonne santé et bien-être). Afin d’atteindre ces ODD, le consortium s’attaquera aux problèmes de santé et de développement inhérents à l’usage du narguilé dans la région de la Méditerranée orientale. Ce type de recherche permet d’améliorer la vie de millions de personnes, et a des conséquences immédiates et à long terme.

Des données à jour sur le coût du tabagisme à l’échelle régionale et du pays permettront de mieux comprendre le fardeau économique du tabagisme et, par le fait même, de concevoir des programmes de lutte antitabac efficaces et de cibler les besoins en soins de santé des populations vulnérables. Plus précisément, cette recherche aidera les femmes et les jeunes, deux segments de la population où l’on dénote une augmentation de l’usage du narguilé.

À long terme, l’équipe s’intéressera également au renforcement des capacités dans la lutte antitabac en élaborant une trousse d’outils qui guidera les nouveaux chercheurs et chercheuses sur la façon de réaliser les études sur la dimension économique de l’usage du narguilé. Ce renforcement des capacités permettra aux chercheurs et chercheuses, aux citoyens et citoyennes, à la société civile, aux médias et aux gouvernements des quatre pays d’acquérir le savoir-faire leur permettant de transposer les faits en politiques.

L’objectif ultime est la mise en œuvre d’une réglementation efficace qui allégera le fardeau lié à l’usage du narguilé et améliorera la santé de la population dans toute la région de la Méditerranée orientale. L’équipe arrivera à cette fin par la création d’un consortium régional durable qui appuiera l’application des connaissances et la diffusion des résultats de recherche portant sur la dimension économique de la lutte antitabac.

Photo : Flickr / Peter Dyakov