Promouvoir l’emploi des jeunes en Afrique pendant et après la pandémie de COVID-19

11 août 2020
Trois jeunes femmes portant des masques vendent des médicaments dans la rue pendant la crise de la COVID-19 à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Jennifer A. Patterson/ILO

La pandémie de COVID-19 touche les travailleurs de tous âges, mais les jeunes sont exposés de façon disproportionnée à un risque économique. Plus d’un jeune sur six, souvent de jeunes femmes, a perdu son emploi depuis le début de cette crise sanitaire mondiale. Selon la cinquième édition de l’Observatoire de l’Organisation internationale du travail : le COVID-19 et le monde du travail, la pandémie exacerbe les vulnérabilités existantes chez les jeunes par rapport au travail en perturbant leurs plans d’éducation et de formation et en retardant leur transition vers le marché du travail. Bien qu’il y ait peu de données disponibles, puisque 93 % des jeunes en Afrique travaillent dans l’économie informelle, on peut supposer que les jeunes Africains sont et seront parmi les plus touchés par les conséquences économiques à long terme de la crise de la COVID-19.

Faits saillants

  • En Afrique, les jeunes sont exposés de manière disproportionnée aux effets négatifs de la pandémie de COVID-19 sur l’emploi.
  • Cependant, des possibilités pour les jeunes voient le jour dans l’économie numérique.
  • Les équipes de recherche du CRDI mettent à jour leurs plans de conception de recherche et de collecte de données en utilisant des moyens novateurs et créatifs pour stimuler les possibilités économiques des jeunes par le développement de compétences non techniques et numériques et l’apprentissage en milieu de travail.

Depuis la mi-2019, des équipes de recherche soutenues par l’initiative Stimuler les emplois décents pour les jeunes en Afrique s’efforcent de produire des données probantes nouvelles et rigoureuses sur la manière dont le développement de compétences non techniques et l’apprentissage en milieu de travail peuvent améliorer les possibilités d’emploi des jeunes. En collaboration avec 65 chercheurs de 18 institutions de recherche du monde entier, l’initiative vise à développer et à piloter des solutions potentielles pour comprendre les meilleures façons d’éduquer les jeunes et de les préparer au marché du travail.

Dans les neuf pays étudiés (Afrique du Sud, Bénin, Ghana, Kenya, Mozambique, Nigeria, Ouganda, Sénégal et Tanzanie), les effets des mesures de confinement obligatoire et la réduction de l’activité économique qui en a résulté ont eu de graves répercussions sur l’emploi des jeunes. Les secteurs dépendant des importations et les services aux personnes comme les salons de coiffure, le commerce de détail et le tourisme sont parmi les secteurs les plus touchés - or, ces emplois sont souvent occupés par des jeunes.

Adapter les stratégies de recherche à une nouvelle réalité

Dans un quartier résidentiel d'Abidjan, la capitale économique, un vendeur sert du garba, un plat national ivoirien d'attiéké et de poisson, à ses clients tout en portant un masque lors de la crise du COVID-19 en Côte d'Ivoire.
Jennifer A. Patterson / ILO

Dans ce contexte en évolution rapide et sans précédent, les équipes de recherche sont conscientes des répercussions sur leur conception de la recherche et ont pris des mesures pour mettre à jour leurs plans de collecte et d’analyse des données.

Dans certains cas, les données sur le rôle des compétences non techniques et numériques qui ont été recueillies avant la pandémie devront peut-être être réexaminées et modifiées à la lumière du nouveau marché du travail. Des débouchés liés à l’économie numérique voient le jour et offrent de nouvelles perspectives économiques aux jeunes. La possibilité d’acheter et de vendre des biens et des services en ligne a transformé les marchés et connaît une forte demande depuis le début de la crise, tout comme les services de livraison. Les emplois traditionnels sont transformés et de nouvelles formes de travail sont créées, ce qui accélère la révolution numérique sur le continent africain. De nouvelles possibilités voient aussi le jour à mesure que les chaînes d’approvisionnement mondiales se reconfigurent.

Toutefois, on craint que cette évolution de la demande n’exacerbe les vulnérabilités existantes pour différents groupes de jeunes. Les jeunes femmes risquent de prendre encore plus de retard, car elles se heurtent à des obstacles plus importants en matière d’accès, d’utilisation et de propriété des technologies numériques, ainsi que d’accès à la formation à ces technologies.

Les équipes de recherche incluront (le cas échéant) une perspective spécifique à la COVID-19 dans leur méthodologie. Par exemple, en Ouganda, de courts modules de sondage seront ajoutés pour mieux comprendre comment la vie des jeunes est affectée par la pandémie actuelle. Ces sondages compléteront l’analyse initiale afin de mettre en lumière le rôle des compétences non techniques dans la manière dont les jeunes font face à la crise. En Afrique du Sud, une enquête sur l’employabilité dans le cadre de la crise de la COVID-19 sera réalisée pour en savoir plus sur la situation de l’emploi après la pandémie, notamment sur l’évolution de la demande des entreprises en jeunes travailleurs, les compétences exigées et l’intérêt pour les possibilités d’apprentissage en milieu professionnel.

Collecte de données pendant la pandémie

La pandémie a eu un impact sur la manière dont les données sont recueillies sur le terrain. Les activités de collecte de données en personne ont été interrompues et on a dû passer à des enquêtes et des entretiens par téléphone ou en ligne. Ces nouvelles méthodes se sont avérées réalisables pour un certain nombre de chercheurs et certaines équipes ont même fait état d’économies et d’une plus grande efficacité grâce à la réduction du temps de déplacement. Les chercheurs utilisent également les nouvelles technologies et les médias sociaux pour rester en contact avec les répondants et les parties prenantes, notamment par l’intermédiaire de groupes WhatsApp.

Toutefois, ces méthodes présentent aussi des inconvénients : certains participants ne connaissent pas l’identité de l’enquêteur ou craignent d’être enregistrés. La collecte de données à distance peut s’avérer difficile pour certains groupes de jeunes, en particulier les jeunes femmes, car tous n’ont pas accès à Internet ou ne contrôlent pas leur téléphone portable. Les équipes de recherche mettent en place des stratégies pour garantir qu’aucun répondant ne soit injustement éliminé, ce qui exige de travailler en étroite collaboration avec les organisations locales pour fournir des espaces sûrs et accessibles et avec les universités pour déployer des plateformes virtuelles accessibles.

Ces nouvelles alliances génèrent des solutions créatives. « Nous avons pu développer une plateforme d’apprentissage en ligne en moins d’un mois pour toutes les universités publiques. Ce n’était pas imaginable il y a un an », a déclaré Augustin Aoudji, professeur à la faculté des sciences agricoles de l’université d’Abomey-Calavi au Bénin. Vu l’urgence et l’ampleur de la crise, les personnes concernées ont réagi rapidement et les étudiants ont eu accès à du matériel de formation, comme prévu dans la conception initiale du projet. Cet exemple démontre l’occasion unique de tirer parti des innovations numériques dans une ère post-COVID-19.

L’emploi des jeunes après la COVID-19

 Une femme repasse un masque facial et une usine de fabrication de vêtements.
KB Mpofu / ILO

La réalité post-pandémique offrira probablement de nouveaux débouchés et de nouveaux défis pour les équipes de recherche. Les répercussions socioéconomiques de la pandémie soulignent l’importance d’un emploi décent et exposent encore davantage les risques et les faiblesses associés à l’économie informelle, car ces emplois n’offrent que peu de protection aux employés.

Du côté des employeurs, les petites et moyennes entreprises voient et reconnaissent désormais les avantages qu’il y a à enregistrer leurs activités pour bénéficier des filets de sécurité et des incitations financières mis en place par les gouvernements. Ces entreprises sont parmi les plus grands employeurs de jeunes en Afrique et pourraient être les moteurs d’une reprise économique. Elles voudront rebondir rapidement après la pandémie. Des avantages tels que des incitations en espèces peuvent stimuler la reprise, car ils contribuent à créer des possibilités de stages et d’apprentissage.

La crise de la COVID-19 peut fournir une excellente occasion de recommander des modifications ou des remaniements des politiques nationales visant à stimuler l’éducation et l’emploi des jeunes et à promouvoir une reprise économique efficace, équitable et inclusive. Les mesures gouvernementales pourraient donner la priorité aux stratégies de soutien au secteur privé afin de garantir que les entreprises s’adaptent aux nouvelles circonstances du marché et soient plus résilientes après la COVID-19.

Cet article est basé sur les discussions d’une table ronde virtuelle tenue le 28 mai 2020, organisée par le CRDI en partenariat avec la plateforme INCLUDE et l’Organisation internationale du travail.