Promouvoir la mobilisation des jeunes en Afrique pendant la pandémie de COVID-19

07 mai 2020
Une fille passe devant des cabanes dans le canton de Khayelitsha, Cape Town, Afrique du Sud.
Tommy Trenchard/Panos Pictures

La distanciation physique et le verrouillage économique visant à empêcher la propagation de la pandémie de COVID-19 ont modifié la vie quotidienne et la façon dont les gens interagissent dans le monde entier. Ils ont également bouleversé la recherche en sciences sociales, au moment même où des données probantes sont nécessaires pour comprendre les effets des réponses politiques à une pandémie de grande ampleur.

Si les partenaires de recherche du CRDI ne sont nullement à l’abri de ces défis, ils parviennent néanmoins à plaider en faveur d’approches politiques inclusives et à sensibiliser les jeunes au virus.

Faits saillants

  • Des chiffres et des données probantes sont plus que jamais nécessaires pour comprendre les effets des réponses politiques de grande ampleur à la COVID-19.
  • Les chercheurs aident à prévoir et à prévenir les effets socioéconomiques négatifs de la pandémie sur les groupes vulnérables, en particulier les jeunes.
  • Nos partenaires de recherche préconisent d’éviter le recours à la force, de respecter les droits de la personne et de faire participer les jeunes à l’élaboration des politiques pendant la pandémie.
  • Les bénéficiaires de subventions en Afrique orientale et australe utilisent des plateformes virtuelles, des médias sociaux, la radio et la télévision pour informer et mobiliser les jeunes et dialoguer avec les décideurs politiques.

Protéger les droits pendant la pandémie en Afrique du Sud

Le Centre for the study of Violence and Reconciliation examine la relation entre les possibilités socioéconomiques pour les jeunes et la prévention de la violence. Depuis que l’Afrique du Sud a décrété un confinement national obligatoire le 26 mars 2020, le Centre travaille en étroite collaboration avec le ministère sud-africain de la Gouvernance coopérative et des Affaires traditionnelles pour défendre les droits socioéconomiques des populations vulnérables. Les chercheurs se concentrent sur les personnes inscrites aux programmes d’emploi public en Afrique du Sud.

Le Centre a également fait pression sur le gouvernement pour que les vendeurs de légumes informels et les propriétaires de « spaza shop » (magasin de proximité informel) puissent poursuivre leurs activités pendant le confinement. Si elles détiennent un permis municipal, ces entreprises peuvent continuer à fournir aux townships pauvres des points de vente de produits alimentaires locaux, à condition qu’elles appliquent des mesures de sécurité telles que le port de masques, le lavage des mains et la distanciation sociale. Cependant, les chercheurs soulignent la situation des propriétaires étrangers de spazas, qui ne peuvent obtenir de permis municipaux et ne sont pas admissibles à une aide financière du régime de protection sociale relatif à la COVID-19.

Les recherches de l’université du Cap-Occidental portent sur les gangs, la manière dont les jeunes Sud-Africains développent ces réseaux de violence et comment ils peuvent y résister. Ne pouvant plus organiser de sessions de renforcement des capacités en personne avec des jeunes touchés par la violence des gangs, les chercheurs universitaires ont déménagé dans l’espace virtuel de la mobilisation politique. Ils plaident contre une approche militarisée pour faire respecter le confinement obligatoire. Travaillant en étroite collaboration avec le ministère sud-africain du Développement social, les chercheurs encouragent la mobilisation plutôt que la militarisation pendant la pandémie de COVID-19, tout en continuant à promouvoir des stratégies inclusives et centrées sur les jeunes pour faire face au défi de la violence des gangs.

Promouvoir la participation des jeunes plutôt que le recours à la force

L’Organization for Social Science Research in Eastern and Southern Africa, basée en Éthiopie, mène des recherches en collaboration avec l’Autorité intergouvernementale pour le développement, un organisme de coopération régionale représentant huit pays d’Afrique orientale. En plus de la recherche sur la participation des jeunes à l’élaboration des politiques visant à contrer l’extrémisme violent, ce bénéficiaire du CRDI assure la liaison avec l’organisme régional pour mettre en évidence les risques liés à l’application de mesures de sécurité publique pour veiller à la distanciation physique des jeunes. L’équipe de recherche souligne également l’importance d’une approche collaborative qui mobilise les citoyens et les jeunes pendant la pandémie grâce au mécanisme d’alerte et d’intervention précoces en cas de conflit de l’Autorité intergouvernementale.

Au Kenya, le Centre for Human Rights and Policy Studies a étudié les effets du Service national de la jeunesse sur les jeunes dans les établissements informels de Mathare et Kibera. Avec l’apparition de la COVID-19, les chercheurs continuent d’interroger les décideurs politiques et les acteurs de la sécurité sur la nature du maintien de l’ordre dans les établissements informels, les droits de la personne et les libertés individuelles.

Des efforts similaires sont en cours en Ouganda, où le Genocide and Atrocities Prevention Support Trust a examiné les facteurs qui découragent les jeunes à recourir à la violence. L’organisation non gouvernementale encourage désormais les décideurs politiques à trouver un équilibre entre la sauvegarde de la santé publique et la protection du bien-être socioéconomique des personnes.

Des chercheurs de l’université de Dar es Salaam en Tanzanie ont sensibilisé les responsables du gouvernement au Centre national de lutte contre le terrorisme aux conséquences de la fermeture des frontières en Afrique de l’Est sur divers groupes de personnes. Les discussions se concentrent sur la manière de gérer les migrations transfrontalières illégales et sans papiers entre le Kenya, le Mozambique, la Tanzanie et l’Ouganda, qui mettent les gens en danger et affaiblissent les mesures de lutte contre la COVID-19. L’université a étudié les liens potentiels entre les mécanismes de sécurité communautaires informels et les systèmes d’alerte précoce et les mesures de prévention plus formels contre l’extrémisme violent en Tanzanie et au Kenya.

Sensibilisation des jeunes à la COVID-19

Deux organisations qui encouragent les initiatives et les mécanismes à l’intention de la jeunesse dans l’élaboration et la mise en oeuvre des politiques au Zimbabwe rassemblent et compilent des informations sur la COVID-19. Le Youth Empowerment and Transformation Trust et la Research and Advocacy Unit ont pour objectif d’être des sources crédibles d’information sur la pandémie pour les jeunes. La communication de ces informations donne aux jeunes un tableau complet, réduit l’inquiétude, freine la culture de la peur émergente et accroît la confiance des citoyens dans les interventions gouvernementales contre la COVID-19.

Les deux organisations participent au groupe de travail national intersectoriel sur la COVID-19 pour aider à garantir que les stratégies d’intervention sont inclusives, sensibles à la sexospécificité et respectueuses des droits de la personne. La Research and Advocacy Unit s’est associée à la coalition des femmes du Zimbabwe pour sensibiliser la population à l’augmentation de la violence familiale et aux défis auxquels sont confrontées les femmes enceintes et les sages-femmes actuellement.

Utiliser les médias sociaux, la radio et la télévision pour atteindre tout le monde

Ces chercheurs soutenus par le CRDI ne laissent pas des mesures de distanciation physique les empêcher de s’engager auprès des jeunes ou des décideurs politiques. Ils utilisent des plateformes de médias sociaux telles que WhatsApp, Facebook et Twitter pour communiquer avec les citoyens et fournir des commentaires aux gouvernements sur les mesures mises en place pour faire face à la pandémie. Ce faisant, ils renforcent le respect des mesures de sécurité par les citoyens.

Conscients que tout le monde n’a pas accès à Internet, certains organismes financés par le CRDI ont contribué à informer les programmes de radio et de télévision. Par exemple, le Genocide and Atrocities Prevention Support Trust en Ouganda a travaillé avec le ministère du Genre pour transmettre les résultats des recherches aux collectivités locales par le biais de capsules télévisées nationales sur le rôle de la famille dans la promotion de la cohésion sociale pendant la pandémie. L’Organisation pour la recherche en sciences sociales en Afrique orientale et australe travaille en étroite collaboration avec des stations de radio communautaires telles que Ghetto Radio et Radio Maisha au Kenya pour s’assurer que les messages sur la COVID-19 atteignent les jeunes dans la langue vernaculaire.

Le travail de ces chercheurs montre à quel point les chercheurs en sciences sociales sont des collaborateurs et des partenaires essentiels pour le gouvernement dans la résolution des problèmes. Ils appellent à l’inclusion, à la prise en compte de la sexospécificité et à la responsabilisation, alors même que les États mettent rapidement en place des mesures d’endiguement sans précédent pour assurer la sécurité des populations.

Cet article est basé sur les discussions d’un indaba virtuel (discussion thématique informelle) organisé par le bureau régional du CRDI à Nairobi le 8 avril 2020.