Le rôle des jeunes dans la promotion de la paix et de la sécurité

09 août 2019
les jeunes hommes cuisinant
Celina de Sola / Glasswing International

Dans le Triangle du Nord de l’Amérique centrale, une région ravagée par la violence des gangs et considérée comme l’une des plus violentes du monde, Glasswing International s’attaque aux facteurs complexes associés à la jeunesse, à la violence et à la pauvreté. L’organisation offre à 1 200 jeunes du Salvador et du Honduras une formation à des compétences pratiques et un soutien social, et repositionne la jeunesse comme une force positive pour le changement.

Faits saillants

  • Une organisation d’Amérique centrale promeut la paix et la sécurité par le biais d’entreprises sociales dans les zones touchées par la violence liée aux gangs.
  • Les approches de sécurité communautaire au Kenya et en Tanzanie font participer les jeunes à la consolidation de la paix communautaire et s’attaquent aux niveaux croissants de violence dans les deux pays.
  • Des recherches menées au Mali et au Niger recueillent des données sur les facteurs qui conduisent à l’engagement et au désengagement des jeunes dans les conflits et les groupes extrémistes violents.

L’ampleur du problème des gangs dans cette région a entraîné la stigmatisation des jeunes, en particulier des jeunes des villes. Les employeurs ont tendance à ne pas embaucher les jeunes issus de quartiers associés à des gangs, ce qui empêche ces derniers d’acquérir une expérience professionnelle et de développer des compétences appropriées. Si le manque de possibilités et la marginalisation peuvent pousser les jeunes à se joindre à des gangs, l’adhésion à un gang peut aussi apporter une protection contre la violence dans les rues, un sentiment d’appartenance et un certain statut social.

La réponse de Glasswing consiste à proposer une voie vers le développement des compétences ainsi qu’un esprit de communauté. Elle détermine quels défis urbains peuvent donner lieu à des occasions d’affaires pour des entreprises sociales dirigées par des jeunes – souvent des femmes. Dans un environnement de groupe favorable, les jeunes participants acquièrent des compétences utiles pour le marché du travail et pour traiter les problèmes de la communauté. Glasswing les soutient après la fin du programme pour faciliter leur transition vers le marché du travail ou la poursuite de leurs études.

En partenariat avec la Fundación Salvadoreña para el Desarrollo Económico y Social et la Banque interaméricaine de développement, une subvention du (CRDI) aide Glasswing à recueillir des données probantes sur cette expérience en vue d’influencer les politiques concernant la jeunesse dans la région.

Les absents de la paix : un appel à l’inclusion

Glasswing est l’un des nombreux projets appuyés par le CRDI qui contribuent à combler les lacunes de l’analyse fondée sur des données probantes concernant le rôle que les jeunes peuvent jouer dans l’édification de sociétés sûres, stables et pacifiques.

Il y a 1,8 milliard de jeunes de 10 à 24 ans dans le monde. Ce groupe d’âge représente déjà un quart de la population mondiale et son nombre devrait atteindre plus de 2,5 milliards en 2025.

Bien que les jeunes soient souvent perçus comme des fauteurs de troubles, de plus en plus de preuves montrent clairement que l’engagement des jeunes est essentiel pour créer des communautés sûres et inclusives. Une récente étude commandée par le Conseil de sécurité des Nations Unies explore le rôle que jouent les jeunes dans l’établissement et le maintien de la paix dans les communautés et les régions du monde entier. Le rapport qui en a résulté, Les absents de la paix : étude indépendante sur la jeunesse, la paix et la sécurité, s’appuie sur des consultations approfondies auprès des jeunes, dont plus de 260 groupes de discussion, des enquêtes auprès d’organisations de consolidation de la paix dirigées par des jeunes et une interaction directe avec plus de 4 200 jeunes.

« Tant que nous ne nous attaquerons pas au problème de l’exclusion des jeunes, nous ne pourrons pas empêcher les problèmes de l’extrémisme des jeunes, et la priorité a donc été de comprendre ce que les jeunes entendent par participation et inclusion significatives », a déclaré Graeme Simpson, auteur principal, lors du lancement du rapport à Ottawa en avril 2019.

Les jeunes ont clairement indiqué que tous ces problèmes concernaient les jeunes et qu’ils voulaient avoir leur mot à dire dans les réformes, telles que celles qui se rapportent aux systèmes éducatifs et judiciaires. L’étude a également révélé que les jeunes ont besoin d’espaces sûrs et protégés pour poursuivre l’innovation et la créativité qui favorisent la consolidation de la paix. Lorsque les institutions sociales ne fournissent pas de tels espaces, les jeunes sont souvent amenés à créer ces lieux eux-mêmes.

Favoriser la participation des jeunes à l’édification de sociétés résilientes et inclusives

Le CRDI finance près de 40 projets liés à la jeunesse qui élaborent des solutions adaptées aux réalités des contextes locaux, en mettant l’accent sur la sécurité et la justice. L’un de ces projets aide à faire face à la montée de la violence au Kenya et en Tanzanie en examinant comment les jeunes peuvent s’engager dans la consolidation de la paix communautaire. Le Kenya a importé l’approche de sécurité communautaire Nyumba Kumi de Tanzanie, où elle a connu un grand succès. Dans le cadre de ce modèle, des groupes d’une dizaine de ménages travaillent ensemble et coordonnent leurs efforts avec les organismes d’application de la loi pour faire face aux incidents de criminalité et de violence dans leur région. Il existe aujourd’hui plus de 200 000 groupes de ce type dans tout le Kenya.

Photo des panélistes
CRDI / GREG TECKLES
Des chercheurs appuyés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) ont fait part de leurs réflexions sur les espaces que les jeunes utilisent pour participer à la prévention des conflits et au développement à long terme dans leurs collectivités. Dans le sens horaire : Celina de Sola, cofondatrice, Glasswing (El Salvador); Jeanine Abatan, chercheuse, Institut d’études de sécurité (Sénégal); Martha Mutisi, administratrice de programme principale, CRDI (Nairobi); Malose Langa, chercheur principal adjoint, Centre for the Study of Violence and Reconciliation (Afrique du Sud); William John Walwa, chargé de cours en science politique à l’Université de Dar es-Salaam (Tanzanie).

Avec l’appui du CRDI, des chercheurs de l’Université de Dar es-Salaam étudient la manière dont Nyumba Kumi peut promouvoir l’interaction et le dialogue entre les jeunes, les communautés, les décideurs et les responsables de l’application de la loi. Le projet vise également à modifier les attitudes afin que les jeunes soient perçus comme des partenaires dans la prévention de l’extrémisme violent et l’amélioration de la sécurité communautaire.

Les recherches menées par le Centre for the Study of Violence and Reconciliation en Afrique du Sud montrent comment les programmes d’emploi dans le secteur public dirigés par les communautés peuvent s’attaquer avec succès aux causes immédiates et profondes de la violence urbaine. Appuyée par le CRDI, l’analyse du Programme de travail communautaire en Afrique du Sud effectuée par cet organisme révèle les principaux moyens d’accroître la résilience des communautés face à la violence.

Comprendre les stratégies de survie des jeunes

Les recherches appuyées par le CRDI au Mali et au Niger visent à mieux comprendre les facteurs qui poussent les jeunes à rejoindre des groupes extrémistes. Ces pays sont confrontés à une menace persistante de violence extrémiste et la participation des jeunes femmes est de plus en plus fréquente. Comprendre comment et pourquoi des jeunes, hommes et femmes, rejoignent des groupes extrémistes ou choisissent de les quitter peut conduire à des réponses politiques efficaces à cette menace.

À la suite de nombreuses discussions avec des jeunes, Jeannine Ella Abatan, chercheuse à l’Institut d’études de sécurité, a découvert que les raisons pour lesquelles les jeunes choisissent de rejoindre ou d’éviter des groupes extrémistes résultent d’un mélange complexe de motivations personnelles, sociales, religieuses et économiques. Elle cite l’exemple d’un jeune homme qui a résisté à plusieurs tentatives de recrutement parce que sa famille l’avait mis en garde contre ces groupes et que les opinions des extrémistes ne reflétaient pas ce qu’il avait appris dans le Coran.

Les autorités sont souvent réticentes à dialoguer avec ceux qui sont impliqués dans l’extrémisme violent, mais sans interaction directe, il est difficile de comprendre les circonstances qui ont conduit les jeunes à choisir leur voie. Ce projet a permis de mener plus de 70 entrevues avec des personnes impliquées dans des actes de violence extrémiste et plus de 80 entrevues avec des personnes qui ont choisi de ne pas y participer.

Ces projets donnent la parole à la prochaine génération en mobilisant les jeunes sur un éventail de questions sociétales. Ils fournissent également les éléments de preuve nécessaires pour promouvoir des stratégies et des politiques en faveur de la paix et de la sécurité face à la violence et aux conflits. La paix mondiale et le développement durable ne pourront être réalisés qu’en donnant la priorité à la voix, à l’action et au leadership de la jeunesse, et en considérant les jeunes comme des agents de changement résilients plutôt que comme des risques.

Visionnez l’enregistrement intégral du lancement du rapport, Les absents de la paix : étude indépendante sur les jeunes, la paix et la sécurité.

Visionnez l’enregistrement d’une table ronde où des chercheurs appuyés par le CRDI discutent du rôle des jeunes dans le maintien de la paix, la lutte contre l’extrémisme violent et le développement durable.