L’agriculture familiale pour l’avenir

26 septembre 2018
Poisson provenant d’étangs piscicoles familiaux.
CRDI/ Susan Robertson
Poisson provenant d'étangs piscicoles familiaux.

De nouvelles entreprises agricoles favorisent l’accroissement des revenus ainsi que l’amélioration de la santé et de la cohésion familiale au Cambodge.

L’économie du Cambodge est en croissance; les taux de malnutrition des enfants et de mortalité en bas âge sont à la baisse, et le secteur agricole du pays qui prend des forces offre la possibilité de stimuler la croissance économique. Malgré ces progrès, la pauvreté et l’insécurité alimentaire persistent et près d’un tiers de la population rurale vit sous le seuil de pauvreté. La plupart des Cambodgiens des régions rurales dépendent de l’agriculture de subsistance pour nourrir leur famille, mais les pratiques inadéquates d’utilisation des terres, la dépendance à l’égard de l’agriculture pluviale et l’absence d’infrastructure de traitement agroalimentaire contribuent aux pénuries de vivres saisonnières et à la faible diversité alimentaire.

Faits saillants

  • Un modèle éprouvé pour accroître la production alimentaire familiale
  • Améliorer la santé, en particulier celle des mères et des enfants
  • Nouvelles occasions pour les familles de générer des revenus à partir des légumes et du poisson excédentaires
  • Renforcement de la participation des hommes à l’agriculture et aux tâches domestiques
  • Un modèle d’affaires profitable pour les petites écloseries
  • Accès amélioré aux ressources, aux fournisseurs et aux marchés

Pour contrer des problèmes, l’organisme Helen Keller International (HKI) a mis à l’essai un modèle de production alimentaire familiale au sein de 900 ménages dirigés par des femmes, dans le cadre de la première phase des projets financés par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI) (2009-2013). Le modèle a fourni aux agricultrices vulnérables les intrants initiaux, la formation technique en matière de pratiques agricoles améliorées et des directives sur la nutrition, l’entrepreneuriat et l’autonomisation des femmes.

Toutefois, l’essai a été confronté à des défis qui ont limité son apport, comme l’incapacité pour les agriculteurs de choisir leurs interventions agricoles, l’absence de marchés pour les produits agricoles excédentaires, la répartition du travail entre les femmes et les hommes et les restrictions saisonnières visant les potagers et les étangs de pisciculture. Le projet subséquent du FCRSAI « Family farms for the future » a été lancé pour relever ces défis.
 

Une approche bien ficelée pour les nouvelles entreprises agricoles

Des chercheurs canadiens et cambodgiens ont collaboré avec des agriculteurs pour peaufiner un modèle évolutif et rentable visant à accroître la diversité des apports alimentaires et à renforcer la sécurité alimentaire dans différentes régions agro-écologiques du Cambodge. Le modèle de production alimentaire familiale a fourni les intrants initiaux (p. ex., des semences, des alevins et des poussins de qualité) ainsi que de la formation sur l’agriculture durable afin d’améliorer les pratiques agricoles des ménages et de créer des systèmes alimentaires annuels plus productifs, plus résilients et plus durables sur le plan environnemental. Le projet a permis de constater que les agriculteurs de différentes régions étaient plus susceptibles d’adopter le modèle de production alimentaire familiale s’ils participaient aux coûts des intrants et s’ils sélectionnaient le type de modèle (potager, étang de pisciculture ou volaille) le mieux adapté à leurs besoins et à leurs préférences.

Dans le cadre de ce projet étendu, 4 600 ménages dans 232 villages de quatre provinces du Cambodge ont créé et amélioré une combinaison de potagers, de fermes avicoles et d’étangs de pisciculture, en plus de 3 500 ménages non ciblés (comptant au total 17 500 personnes). Parmi ces ménages, 96 % ont créé des potagers, et la vaste majorité d’entre eux a adopté des pratiques agricoles améliorées, dont la conservation de l’eau et des sols ainsi que l’utilisation de l’engrais approprié.

Les ménages qui ont participé au projet ont accru leur production et ont élevé plus de poisson – en quantité suffisante pour fournir à leur famille un régime alimentaire nutritif et vendre l’excédent pour obtenir un revenu supplémentaire. La sécurité alimentaire a été presque multipliée par trois (passant de 26 % à 72 %), et la productivité agricole est passée de 60 % à près de 100 %, grâce à l’utilisation de potagers cultivés au sein du ménage. Dans l’ensemble, le modèle de production alimentaire familiale a permis d’ajouter quelque 28 000 kg de poisson, 260 000 oeufs et 6 millions de kilogrammes de fruits à l’approvisionnement alimentaire local.

Autonomisation des agricultrices

Le programme de formation et le manuel se sont avérés efficaces pour régler les enjeux sexospécifiques pertinents à l’échelle régionale, principalement l’autonomie des femmes en ce qui concerne les revenus, les dépenses, la violence familiale et la charge de travail. À la suite des séances de formation, un nombre plus élevé d’hommes participaient aux tâches traditionnellement réalisées par les femmes. Une agricultrice souligne avec enthousiasme : «Maintenant, mon mari participe aux tâches, il gagne de l’argent et il ne gaspille plus nos revenus.»

En permettant aux femmes de s’approprier les fermes, le modèle de production alimentaire familiale leur permet d’améliorer leurs moyens de subsistance et de superviser directement la situation financière du ménage. À la fin de l’étude, les femmes prenaient 90 % des décisions liées à l’agriculture.

Amélioration de la nutrition

Pendant tout le projet, les ménages ont accru la diversité des cultures et atténué l’incidence du caractère saisonnier, par l’intermédiaire de la culture de 15 types de légumes. Le modèle de production alimentaire familiale a réduit la fréquence de l’insuffisance des nutriments chez les femmes et les jeunes enfants (p. ex., les enfants du groupe lié au modèle de production alimentaire familiale présentaient un risque beaucoup plus faible d’insuffisance alimentaire relative au zinc, pendant la saison maigre). Des groupes de discussion ont participé à la création de recettes et d’une base de données de recettes, et le projet a également permis de créer la Cambodia Food Composition Database (base de données sur la composition des aliments du Cambodge), qui figure maintenant dans le domaine public. En outre, des séances de formation ont été créées pour accroître les normes d’hygiène et renforcer la capacité des ménages à recenser les aliments riches en nutriments.

L’organisme HKI met en commun ses apprentissages avec les pays voisins, par l’intermédiaire d’ateliers régionaux. Les résultats du projet ont encouragé l’un des partenaires à élargir un programme financé par le WordFish Center exécuté à Battambang et à Siem Riep, en y ajoutant des petits poissons indigènes ainsi qu’une formation sur la nutrition et le genre. L’organisme HKI met également en oeuvre certaines parties de son essai de surveillance afin de mieux évaluer la production agricole et les modèles alimentaires au sein de 600 ménages, dans le nord du Vietnam, et de 10 000 ménages, au Myanmar; les données probantes seront utilisées pour peaufiner et appliquer à grande échelle le modèle de production alimentaire familiale au Cambodge et ailleurs.

Éclairer les politiques et la prise de décisions

On estime que le modèle de production alimentaire familiale est rentable permettant d’accroître la diversité et la sécurité alimentaires. L’équipe du projet a été en mesure de conseiller le gouvernement du Cambodge au sujet de la stratégie nationale en matière de sécurité alimentaire et nutrition 2014-2018 et présente, à l’heure actuelle, ses conseils au sujet de la prochaine stratégie quinquennale. L’Administration des pêches a pu prendre des mesures pour intégrer le modèle de polyculture du projet à la stratégie 2019-2023 à venir. Toutefois, la durabilité à long terme du modèle de production alimentaire familiale dépendra de l’appui des dirigeants locaux et du transfert de la responsabilité du programme aux institutions locales.

Le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale est financé conjointement par le CRDI et Affaires mondiales Canada.

Détails au sujet du projet et de ses résultats.