La mise en valeur de l’huile de tournesol enrichie

26 septembre 2018
A local shopkeeper selling vitamin A-fortified sunflower oil.
crdi / Steve Sugrim
Un commerçant local vend de l’huile de tournesol enrichie en vitamine A.

La malnutrition est un enjeu majeur pour le développement en Tanzanie, en particulier dans les régions du Manyara et du Shinyanga où la carence en vitamine A est courante. En milieu rural, jusqu’à un tiers des enfants et 37 % des femmes en âge de procréer présentent des carences en micronutriments de base, ce qui peut entraîner des retards de croissance et augmenter la sensibilité aux maladies ainsi que le risque de malformations congénitales. La carence en vitamine A peut être particulièrement dangereuse pour les enfants, qui risquent de développer une xérophtalmie, une maladie qui peut conduire à la cécité.  

Faits saillants

  • Produire et vendre de l’huile de tournesol crue enrichie pour les populations rurales est à la fois techniquement réalisable et rentable.
  • Les rabais accordés aux consommateurs stimulent la demande en huile enrichie.
  • Les producteurs locaux peuvent proposer leur huile aux populations plus vulnérables en s’associant à des détaillants locaux.
  • La nutrition des familles s’améliore lorsque celles-ci cuisinent avec de l’huile de tournesol non raffinée enrichie.

Les grands producteurs produisent de l’huile de tournesol raffinée enrichie en vitamine A pour prévenir cette carence, mais cette huile est commercialisée dans les grands centres urbains, loin des populations les plus vulnérables des régions rurales.

En 2013, le gouvernement de la Tanzanie a officiellement lancé un programme national d’enrichissement des aliments, qui oblige l’industrie alimentaire du pays à enrichir notamment l’huile de cuisson, mais rien n’a permis de déterminer s’il était techniquement possible ou durable d’enrichir l’huile non raffinée produite localement à plus petite échelle pour les besoins des populations rurales.

Améliorer l’accessibilité

 

Le projet MASAVA (« huile de tournesol naturelle enrichie en vitamine A » en swahili) a aidé de petites et moyennes entreprises (PME) locales à enrichir et à commercialiser de l’huile de tournesol dans les régions défavorisées du Manyara et du Shinyanga.

Cet effort conjoint du CRDI, de l’Université de Waterloo, des Mennonite Economic Development Associates et de l’Université d’agriculture Sokoine en Tanzanie a démontré qu’il était possible techniquement et commercialement pour des PME rurales d’enrichir de l’huile de tournesol non raffinée en vitamine A et d’en faire bénéficier les populations qui en ont le plus besoin. Le projet a permis d’aider trois PME locales à acquérir le matériel de production et les emballages adéquats et à obtenir les approbations réglementaires nécessaires. Dans le cadre du projet, ces producteurs ont réussi à vendre 142 000 litres d’huile enrichie, commercialisée sous la marque MASAVA et distribuée par un réseau de 319 détaillants. 

Stimuler la demande des consommateurs

Afin de développer les ventes et la consommation d’huile enrichie, des bons d’échange électroniques (offerts aux consommateurs par téléphone mobile) et des remises par portefeuille électronique (gérées par les détaillants) ont été introduits. Les activités de communication axées sur la modification des comportements ont favorisé l’utilisation des bons électroniques. Ces activités, qui comprenaient des présentations dans des cliniques, des démonstrations culinaires et la participation à des manifestations sportives, visaient à sensibiliser les femmes et les hommes aux avantages de l’huile enrichie en vitamine A pour la santé. « J’étais reconnaissante d’apprendre l’importance de la vitamine A pour le développement mental et physique de mon enfant », a déclaré Amina Juma, une mère qui a participé à un séminaire MASAVA dans une clinique de la région du Manyara. « Je suis impatiente d’utiliser cette huile à la maison ».

Les ventes d’huile enrichie ont encore progressé lorsque les détaillants ont commencé à proposer des contenants plus grands à la place des bouteilles de 1 litre. Les bidons de 5, 10 et 20 litres ont permis aux détaillants de vendre de plus petites « cuillerées » d’huile à leurs clients, une option plus abordable pour les femmes et les ménages les plus pauvres.

Tausi Khalfan était sceptique au sujet de la vente d’huile MASAVA dans son magasin de la région du Manyara jusqu’à ce qu’elle commence à proposer les plus gros contenants. Lorsqu’elle avait uniquement les bouteilles de 1 litre en stock, elle a vendu 83 cartons en deux mois, mais lorsqu’elle a commencé à vendre les contenants de 20 litres, elle a réussi à vendre 110 cuillerées en seulement deux semaines. « J’ai recruté des détaillants et je leur ai dit d’acheter cette huile enrichie », a-t-elle expliqué. « C’est un produit local et c’est meilleur pour la santé. Avec le temps, la marque s’est fait connaître. »

Sur la durée du projet, l’huile MASAVA, qui représentait entre 5 et 10 % des ventes d’huile au détail, est parvenue à représenter entre 20 et 50 % des ventes.

On estime que 500 000 Tanzaniens vivant en milieu rural ont pu bénéficier de cette nouvelle huile enrichie en vitamine A. L’augmentation des ventes indique qu’il est possible de produire une culture localement, d’en confier la transformation à des entreprises locales et de la distribuer par l’intermédiaire de détaillants locaux. Plus important encore, cela démontre que l’huile enrichie en vitamine A peut améliorer la sécurité alimentaire et appuyer le programme national d’enrichissement des aliments de la Tanzanie, tout en stimulant la croissance économique locale, même après la fin de mesures incitatives comme les bons d’échange électroniques.

Le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (ou le FCRSAI) est financé par le CRDI et Affaires mondiales Canada.

Détails au sujet du projet et de ses résultats