Intégrer les collectivités à la surveillance du système de santé au Guatemala

10 juin 2016

Pays à revenu intermédiaire, le Guatemala figure néanmoins parmi les pays d’Amérique latine qui affichent les pires résultats en matière de santé, plus de la moitié de sa population vivant dans la pauvreté. Les réformes sociales mises en oeuvre récemment dans ce pays profitent peu aux populations autochtones des zones rurales, qui ont le plus souffert des 36 années de guerre civile.

Afin que les collectivités autochtones aient davantage leur mot à dire dans les décisions concernant leurs services de santé, une équipe composée de chercheurs, de responsables des politiques et d’organismes de la société civile, dirigée par le Centro de Estudios para la Equidad y Gobernanza en los Sistemas de Salud, a conçu et mis à l’essai sur le terrain un système participatif de surveillance en matière de santé dans six municipalités rurales. Mis au point entre 2006 et 2010, ce système a contribué à transformer les rapports de pouvoir à l’échelon local. Les autorités nationales et les organismes de la société civile examinent maintenant la possibilité de mettre en pratique les enseignements tirés dans d’autres municipalités.

Le chargé de projet Walter Flores estime que la hiérarchie qui existe au sein du système de santé constitue l’un des principaux obstacles à la réforme. Il existe, en effet, un clivage profond entre le personnel de l’administration centrale et les intervenants oeuvrant en milieu rural. Mais le plus grand fossé est celui qui se dresse entre les fonctionnaires et les simples citoyens.

Dans le but de rétablir la confiance des citoyens envers les autorités sanitaires, on a créé un comité directeur réunissant des travailleurs de la santé et des représentants des administrations municipales et d’organismes communautaires afin de piloter le système de surveillance. Le comité a évalué les établissements de santé ainsi que les expériences vécues par les familles.

Le comité a recueilli de l’information quatre fois par année, l’a analysée et a fait rapport à la commission de développement municipal. Les discussions ont donné lieu à l’élaboration de plans d’action. Le comité directeur a ensuite vérifié si l’on avait pris des mesures pour donner suite aux décisions. Les constatations ont été intégrées aux cycles successifs d’évaluation et de peaufinage pour veiller à ce que cette action concertée améliore l’équité et la reddition de comptes.

Dans les six municipalités, les activités de surveillance et de plaidoyer ont débouché sur des améliorations concrètes : congédiement de fournisseurs de services de santé en sous-traitance pour mauvais rendement et corruption, paiement des coûts de carburant des ambulances par les administrations municipales, amélioration des services d’approvisionnement en eau dans un hôpital de district, réduction de l’absentéisme des travailleurs de la santé et meilleur suivi des plaintes de discrimination.

Walter Flores est d’avis que l’un des principaux enseignements tirés de ce projet a trait à l’importance du lien entre les citoyens et les pouvoirs publics, la confiance étant essentielle à la reconstitution du tissu social et à la consolidation des pratiques démocratiques.

Comme en font foi ces résultats, le renforcement des systèmes d’information sur la santé – ainsi que des capacités des personnes qui en assurent le fonctionnement et qui les utilisent – peut contribuer à consolider la démocratie en mettant les données pertinentes à la disposition aussi bien des décideurs que des citoyens en toute transparence. De cette façon, les systèmes permettent la reddition de comptes à l’État et aux ménages. Grâce à une solide assise de données probantes et à un plus grand apport des citoyens, les services de santé offerts et utilisés sont plus susceptibles d’être adaptés aux besoins réels.

En savoir plus au sujet des travaux de recherche que le CRDI subventionne en ce qui concerne les systèmes d’information sur la santé

 

« La hiérarchie qui existe au sein du système de santé constitue l’un des principaux obstacles à la réforme.
[…] Mais le plus grand fossé est celui qui se dresse entre les fonctionnaires et les simples citoyens. »
Walter-Flores-director-CEGSS.JPG

Le chargé de projet Walter Flores dirige le Centro de Estudios para la Equidad y Gobernanza en los Sistemas de Salud, établi au Guatemala.