Innovations et légumineuses : alimentation et nutrition dans le sud de l’Éthiopie

19 février 2019
Molla Assefa de l’Université Hawassa évalue la qualité des pois chiches à vendre sur un marché de Sanguzu, en Éthiopie.
CRDI / PETTERIK WIGGERS

Bien que l’Éthiopie ait fait des progrès considérables dans la lutte contre la malnutrition infantile, la dénutrition reste un problème dans de nombreuses régions rurales. Le pays vient au cinquième rang mondial pour ce qui est du retard de croissance et près de 37 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d’anémie. Les moyens d’existence et les régimes alimentaires dans les hautes terres du sud de l’Éthiopie dépendent énormément de la culture des céréales et des plantes racines, lesquelles sont pauvres en protéines et provoquent l’épuisement de l’azote des sols.

S’appuyant sur près de 20 ans de collaboration entre des scientifiques canadiens et éthiopiens, des chercheurs du FCRSAI ont mis au point des solutions pratiques et écologiquement durables qui favorisent la culture de légumineuses saines (pois chiche, lentille, féverole à petits grains et haricot mange-tout) qui régénèrent le sol dans des régions pauvres qui présentent un énorme potentiel inexploité. Ces innovations et technologies réussies comprennent des variétés de légumineuses améliorées et de techniques de transformation et pratiques agricoles améliorées pour accroître les rendements. Toutefois, il s’est avéré difficile de trouver des moyens d’accroître l’adoption de ces pratiques par les agriculteurs et d’encourager les familles, en particulier les mères, à inclure des légumineuses dans la préparation des aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants.

Un partenariat unique entre agricultrices et agriculteurs, transformateurs, consommateurs, universités et administrations publiques a permis d’élaborer des approches éprouvées pour transformer l’agriculture de subsistance en une entreprise dynamique et axée sur le marché. Des dizaines de milliers d’agriculteurs ont maintenant accès à des semences à haut rendement. Ils ont également accès à l’expertise nécessaire pour produire durablement des légumineuses riches en protéines, zinc, fer et autres nutriments pour ceux qui ont le plus besoin d’une meilleure nutrition, comme les mères, les nourrissons et les jeunes enfants. Les agriculteurs ont augmenté leurs revenus en plantant des légumineuses sur des terres qui étaient souvent laissées à l’abandon après la récolte des céréales. Un type de bactérie rhizobium a été isolé pour aider les légumineuses à fixer l’azote de l’air afin d’améliorer le sol éthiopien extrêmement dégradé, ce qui augmente également les rendements en céréales, principale culture de base des agriculteurs.

Développement de méthodes éprouvées

Au cours de ce projet, des modèles de production de semences durables ont été testés sur le terrain à l’aide de l’un des deux modèles de distribution. Un modèle de distribution fournissait 25 kg de semences et exigeait que quatre ou cinq agriculteurs regroupent une partie de leurs terres pour accroître l’efficacité (p. ex. lutte antiparasitaire, application d’engrais) et échanger leurs connaissances. Le deuxième modèle fournissait des paquets de semences de 2 kg aux agriculteurs ayant accès à des parcelles de terre plus petites, en particulier aux femmes. Les rendements ont produit suffisamment de semences pour la consommation des ménages, pour la prochaine récolte, pour générer des revenus supplémentaires et pour partager 2 kg de semences de la récolte avec un autre agriculteur (selon la stratégie « suiveur de modèle »). Cette stratégie informelle est maintenant largement reconnue comme le mécanisme le plus durable et le plus abordable pour gérer les semences. Dans l’ensemble, plus de 51 068 agriculteurs (dont 42 % de femmes) ont directement bénéficié de la culture de variétés améliorées de légumineuses.

De plus, les journées champêtres, les formations et les émissions radiophoniques des agriculteurs ont permis de transmettre aux agriculteurs des messages sur les semences améliorées, les meilleures pratiques et les bienfaits des légumineuses pour la santé. Au total, 246 526 ménages ont été rejoints par radio et ont été informés des avantages de la production et de la consommation de légumineuses.

Des spécialistes et des agents de développement des 15 districts ont reçu une formation sur l’amélioration des pratiques agronomiques telles que les périodes de semis et la fertilisation. Les agricultrices ont reçu une formation sur les pratiques agronomiques, la commercialisation, les finances et la création de coopératives pour vendre des légumineuses et des semences nutritives. Le modèle de microfranchise féminine a fait grimper le taux d’emploi chez les femmes et augmenté leur participation à la production et à la commercialisation, à l’amélioration de la nutrition des ménages et à la popularisation des légumineuses. Enfin, les consommateurs des 15 districts ont été initiés à leurs produits prêts à consommer, riches en légumineuses.

Sefiya Heliso, debout dans son champ de pois chiches à Halaba, en Éthiopie.
CRDI / PETTERIK WIGGERS

Encourager la consommation de légumineuses dans l’alimentation familiale

Les initiatives éducatives sur la nutrition faisant appel aux légumineuses ont amélioré la diversité alimentaire des enfants et des mères allaitantes. Plus de 3 810 documents éducatifs (manuels, guides de consultation rapide et affiches) sur la diversité alimentaire et les techniques de traitement des légumineuses à domicile ont été distribués aux aidants naturels, aux ménages et aux collectivités. En outre, 23 059 ménages agricoles féminins dans 52 villages ont bénéficié d’une formation sur la nutrition, de démonstrations culinaires et de programmes de formation professionnelle.

Les démonstrations de recettes, la formation complémentaire à la préparation des aliments, l’amélioration des pratiques alimentaires des enfants et la formation sur la nutrition ont augmenté la consommation de légumineuses, en particulier chez les enfants et les mères allaitantes. L’agricultrice Alemitu Biramo attribue à Radios rurales internationales l’enseignement qu’elle a reçu sur l’importance des haricots dans la nutrition familiale. Auparavant, elle ne préparait que des haricots bouillis, mais elle préfère maintenant préparer des plats de haricots mélangés avec du maïs et de l’ensète (également connue sous le nom de banane éthiopienne). Elle dit que ses enfants sont en meilleure santé depuis qu’ils ont commencé à manger des haricots préparés de cette façon.

Prochaines étapes

Des ressources supplémentaires et des partenariats sont nécessaires pour répondre à la demande croissante des agriculteurs pour des semences à haut rendement et d’autres techniques agronomiques, notamment en matière de lutte contre les insectes. Il y a eu un intérêt particulier pour la variété de semences Hawassa Dume qui a produit des rendements plus élevés. Celle-ci est la préférée des consommateurs et s’est avérée très résistante pendant les fortes pluies et les inondations de 2016.

Les projets futurs viseront à trouver des possibilités d’employer davantage d’adolescentes dans le secteur de la transformation des aliments, à promouvoir l’esprit d’entreprise chez les femmes et à créer un environnement propice à la prospérité d’un plus grand nombre d’entreprises dirigées par des femmes. Le CRDI et ses partenaires ont travaillé avec un groupe d’experts de haut niveau des secteurs public et privé pour élaborer une stratégie de recherche sur le rendement et la durabilité de la culture des légumineuses pour les dix prochaines années, coordonnée au niveau international.

Le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale est financé conjointement par le Centre de recherches pour le développement international et Affaires mondiales Canada.

Détails sur le projet et ses résultats.