Favoriser une mise en oeuvre de la politique de lutte antitabac au Nigéria

24 octobre 2018
 

Le tabac est nocif pour la santé, entraîne d’énormes coûts économiques et est à l’origine d’une part importante des inégalités en matière de santé. Bien que la prévalence du tabagisme soit faible au Nigéria (17,5 % en 2015), elle augmente en moyenne de 4 % par année. L’industrie du tabac élargit de plus en plus sa clientèle grâce à la commercialisation directe et indirecte de ses produits auprès des femmes et des enfants dans les régions rurales du Nigéria. Néanmoins, les politiques nigérianes de lutte antitabac sont faibles et mal appliquées.

L’industrie du tabac compte sur le Nigéria comme plaque tournante de la production de tabac. En 2003, British American Tobacco a fait l’un des investissements les plus importants d’une société productrice de tabac en Afrique subsaharienne et a mis en service une usine de fabrication au Nigéria. Cette usine produit environ 18,4 milliards de paquets de cigarettes qui sont exportés en Afrique de l’Ouest chaque année.

La difficulté apparente à mettre en œuvre des mesures de lutte antitabac est en partie attribuable aux pressions vigoureuses de l’industrie du tabac, laquelle fait de fausses allégations au sujet de la gravité des répercussions des politiques de lutte contre le tabagisme sur l’emploi et l’économie. Malheureusement, cette stratégie de l’industrie du tabac s’est révélée efficace dans de nombreux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire en raison du manque de données probantes pour réfuter des allégations trompeuses et extrêmement exagérées.

De surcroît, même s’il existe des lois limitant l’usage du tabac à les endroits désignés, le ministère de la Santé n’a pas adopté de règlements stipulant les zones où il est permit de fumer. Ce projet complémentera la recherche menée par l’équipe financé par Cancer Research United Kingdom (CRUK) et le CRDI et dirigée par la Faculté d’économie de l’Université du Cap.

La recherche

Ce projet est dirigé par le Centre for the Study of the Economies of Africa (CSEA) au Nigéria. Le CSEA est un institut de recherche en politiques publiques sans but lucratif qui mène des recherches indépendantes et de haute qualité sur les questions de politiques économiques en Afrique. L’équipe participera activement et travaillera en étroite collaboration avec le ministère fédéral des Finances, le ministère fédéral de la Santé, l’unité de lutte antitabac et d’autres institutions de recherche et groupes de défense tout au long du projet.

Le principal objectif de recherche de ce projet vise à obtenir des données probantes locales sur la structure et les niveaux de taxation optimaux pour les produits du tabac, la charge de morbidité liée au tabagisme, et de s’attaquer aux fausses préoccupations selon lesquelles les hausses entraîneront une augmentation du commerce illicite. L’équipe recueillera ses propres données au moyen d’enquêtes et maximisera l’utilisation des données existantes. Leur échantillon comprendra des détaillants de différents produits du tabac (p. ex., cigarettes, cigares, chicha) de toutes les marques, des marques économiques aux marques de qualité, dans 18 états du Nigéria.

À l’aide de cette information, l’équipe simulera de modèles d’imposition fiscale à l’aide du modèle de simulation de la taxe d’accise sur le tabac mis au point par l’université du Cap. L’équipe recueillera également des données d’enquête auprès d’hôpitaux publics, qui serviront ensuite à créer des microsimulations économiques. À partir de ces microsimulations, l’équipe calculera le taux et la structure optimaux de la taxe sur les produits du tabac; évaluera les coûts économiques de l’usage du tabac à l’échelle des différents groupes, ainsi que la rentabilité des interventions de contrôle; et cernera l’incidence des modifications fiscales sur le commerce illicite ainsi que les mesures rentables de réduction du commerce illicite des produits du tabac.

Les incidences

La lutte antitabac est essentielle à l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) de 2030 des Nations Unies, notamment l’ODD 1 (pas de pauvreté) et l’ODD 3 (bonne santé et bien-être).

 La faiblesse de la lutte antitabac au Nigéria, conjuguée à l’augmentation des taux de tabagisme et au peu d’application des politiques actuelles de lutte contre le tabagisme, met en évidence un besoin urgent de recherche dans ce domaine. Nous informerons les principaux gouvernements et intervenants politiques des mesures qu’ils doivent prendre pour réduire le fardeau du tabac au Nigéria et en Afrique de l’Ouest.

— Chukwuka Onyekwena, Directeur exécutif, Center for the Study of the Economies of Africa (CSEA)

L’équipe vise à produire des données probantes locales pour étayer l’élaboration et la mise en œuvre de politiques antitabac au Nigéria. En outre, celles-ci apportent des outils et les renseignements contextuels nécessaires à l’élaboration des politiques et des structures fiscales visant à améliorer la santé publique, et à générer des recettes pour le gouvernement afin d’appuyer les programmes de promotion de la santé.

Le cadre réglementaire précaire pour la lutte antitabac au Nigéria n’est pas seulement dû à l’absence totale de réglementation, mais il est en outre fragilisé par l’incapacité des organismes d’application de la loi compétents du gouvernement à s’acquitter de leurs responsabilités. Par conséquent, un élément clé du projet proposé vise à sensibiliser les organismes gouvernementaux chargés de l’application des règlements, ainsi qu’à former leur personnel et à lui fournir les outils nécessaires à une application plus efficace des règlements existants. Le resserrement des politiques de lutte antitabac au Nigéria aura également des retombées positives sur les pays voisins.