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Deux ans après le début de la pandémie de COVID-19 : le point de vue des partenaires de recherche du CRDI

7 mars 2022

Au cours des deux années qui se sont écoulées depuis que l’Organisation mondiale de la Santé a déclaré que la COVID-19 était une pandémie, le 11 mars 2020, nous avons beaucoup appris sur la meilleure façon de faire face aux répercussions considérables de la COVID-19, notamment sur la façon d’atténuer son incidence dévastatrice sur les vies et les moyens de subsistance. Au même moment, la pandémie de COVID-19 a inversé des décennies de progrès dans des domaines tels que l’égalité des genres, la santé et l’éducation.

Jamais auparavant dans nos vies les recherches de qualité, les données probantes solides et une élaboration efficace de politiques n’ont été aussi essentielles à la santé immédiate et à long terme de la communauté mondiale. Le CRDI collabore avec des partenaires du monde entier afin d’appuyer des initiatives qui génèrent des recherches de grande qualité et pertinentes sur le plan des politiques afin de contribuer à une reprise durable qui profite à tous, partout.

À l’approche du deuxième anniversaire de la pandémie, le CRDI a demandé à certains de ses partenaires de recherche de faire part de leurs points de vue sur ce que nous avons appris jusqu’à présent, ainsi que sur ce qu’il reste à faire.

Qu’il s’agisse de dirigeants d’organismes, de chercheurs principaux ou de membres d’équipes participant à des recherches soutenues par le CRDI, leurs réponses mettent en lumière une variété de questions relatives à la pandémie et soulignent l’importance de disposer de données probantes solides pour appuyer une reprise juste et équitable.

Les inégalités entre les genres s’aggravent dans un contexte de pandémie

Plusieurs partenaires de recherche ont transmis leurs points de vue sur la manière dont les femmes ont été touchées de manière disproportionnée par la pandémie, renforçant les inégalités historiques et les vulnérabilités relatives à la question du genre.

« Le rétablissement implique un 'retour à'. Cependant, les travailleuses marginalisées ont besoin d'un 'départ', qui exige une réorganisation des relations patriarcales par des mesures concrètes de changement aux niveaux juridique, institutionnel et sociotechnique », a indiqué Payal Arora. Elle est la cofondatrice de FemLab, un partenaire soutenu par le CRDI qui travaille avec des ouvrières du vêtement en Inde et au Bangladesh pour documenter comment les plateformes numériques peuvent renforcer la voix des travailleuses à l’ère du numérique.

La nécessité de s’attaquer à la charge supplémentaire que représentent pour les femmes les soins non rémunérés, tels que la cuisine, le nettoyage et la garde des enfants, a également été évoquée. « Le travail de soins doit être visible et central dans les politiques de reprise », a indiqué Andrea Ordóñez, directrice de Southern Voice et participante à une recherche visant à cerner les réponses socioéconomiques face à la pandémie qui favorisent l’égalité des genres en Amérique latine ainsi qu’au Bangladesh, au Kenya, au Sri Lanka et en Tanzanie.

Ordóñez a souligné que « les gouvernements doivent investir dans des services qui répondent aux besoins des ménages en matière de soins, en soutenant particulièrement les femmes. En outre, des actions visant à changer les normes sociales et à redistribuer plus équitablement les activités de soins au sein du ménage sont essentielles ».

Lutter contre l’exclusion des groupes marginalisés

Media
Personnes traversant une rivière à pied
Rosaura Medina, CEGSS
Les autochtones guatémaltèques font face à l’exclusion socioéconomique. La criminalité, la corruption, les changements climatiques et la COVID-19 ont mis à mal leurs moyens de subsistance, poussant ces « réfugiés de demain » à prendre des risques.

Outre la dimension du genre, certains partenaires de recherche ont offert leurs points de vue sur la façon dont d’autres groupes marginalisés – tels que les travailleurs informels et les membres des communautés LGBTQ+ et autochtones – ont été touchés par la pandémie, mais sont souvent laissés de côté dans les mesures d’intervention relatives à la reprise.

« Les travailleuses et les travailleurs de l’informel gagnent moins qu'avant la pandémie », a indiqué Sally Roever, coordinatrice internationale de Femmes dans l’Emploi Informel : Globalisation et Organisation, qui réalise en ce moment une étude sur les travailleuses informelles et la pandémie dans 11 villes. « Ces personnes sont endettées et souffrent en silence de la faim. »

Sally Roever a appelé les gouvernements à tracer une nouvelle voie, avec des stratégies en matière d’emploi qui offrent des protections à tous les travailleurs et obligent le capital à faire sa part. Elle a indiqué : « Les anciennes solutions ne fonctionnent pas ».

Walter Flores, qui dirige un projet cherchant à comprendre les effets de la COVID-19 sur la santé des réfugiés et des populations autochtones dans les zones rurales du Guatemala, s’est fait l’écho de la nécessité d’abandonner l’approche habituelle. « Au Guatemala, la reprise exige de combler les écarts historiques en matière de santé et de bien-être entre les populations autochtones et non autochtones », a souligné Walter Flores, conseiller principal au Centro de estudios para la equidad y gobernanza en los sistema de salud (CEGSS).

Outre l'innovation, M. Flores a souligné la nécessité d'une fiscalité équitable et d'un contrat social renouvelé pour garantir une reprise équitable et inclusive.

Les populations marginalisées telles que les personnes LGBTQ+ éprouvent toujours des difficultés à jouir de leurs droits humains fondamentaux en raison de décennies de stigmatisation et de discrimination, a noté Suchon Tepjan, responsable de la recherche à la Fondation VOICES-Thailand.

« La COVID-19 a tourné le fer dans la plaie. Souvent invisibles, ces personnes sont parmi les premiers groupes touchés, mais les derniers à s'en remettre », a indiqué Suchon Tepjan, qui travaille sur un projet visant à adapter et à diffuser une mesure d’intervention de santé en ligne pour réduire le risque d’infection par la COVID-19 parmi les populations LGBTQ+ au Canada, en Inde et en Thaïlande.

Des systèmes alimentaires plus résilients sont nécessaires

D’autres partenaires de recherche ont souligné les répercussions délétères de la pandémie sur la sécurité alimentaire en raison de la perturbation des systèmes alimentaires, entre autres facteurs.

« Le nombre de personnes souffrant d'insécurité alimentaire en Amérique latine a plus que doublé en raison de la pandémie et de nombreux ménages ont encore du mal à nourrir leur famille », a indiqué Ricardo Fort, chercheur principal au sein du Groupe d’analyse du développement, qui met en œuvre un projet dont l’objectif est de comprendre les répercussions socioéconomiques de la pandémie, d’améliorer les mesures d’intervention existantes et de générer de meilleures options politiques pour la reprise.

Pour Mariela Wismann, sociologue chez Rikolto International, la pandémie a montré à quel point les gouvernements n’ont pas accordé suffisamment d’attention à l’alimentation, « avec des programmes et des politiques incohérents et une capacité inefficace de répondre à l’urgence.  »

« Nous avons besoin de politiques publiques construites avec des citoyens qui soutiennent des systèmes alimentaires résilients et garantissent le droit humain à une alimentation décente », a indiqué Mariela Wismann, qui fait partie d’un projet visant à promouvoir le développement de « pôles d’alimentation » municipaux au Pérou et en Équateur.

Investir dans les entreprises sociales, comme les coopératives alimentaires, est une façon de contribuer à une reprise inclusive et équitable, selon Marie-Christine Bélanger, directrice des services de consultation et d’innovation chez SOCODEVI, qui a réalisé une étude financée par le CRDI sur la COVID-19 et la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest. « Pendant la pandémie, nous avons constaté que les membres bénéficiant d’un soutien actif de leur coopérative ont connu une plus grande sécurité alimentaire, ainsi qu’une plus grande stabilité des revenus, donc moins d’anxiété. Alors, pensons coop! », a indiqué Marie-Christine Bélanger.

Le manque de données perpétue les inégalités

Certains experts ont cité les données inclusives comme un facteur crucial pour garantir que les groupes vulnérables ne soient pas laissés pour compte dans la reprise.

« Souvent, les macro-données ne tiennent pas compte des personnes travaillant dans les secteurs informels, comme les petits agriculteurs et les producteurs », a indiqué Abid Suleri, directeur général du Sustainable Development Policy Institute, qui fait partie d’un projet visant à fournir des conseils fondés sur des données probantes au gouvernement pakistanais pour intervenir face à la crise et combler les lacunes en matière d’information sur les besoins des travailleurs informels du pays.

« Les initiatives de relance post-COVID-19 équitables et inclusives, basées sur des données inclusives qui prennent en compte les secteurs exclus de l’économie, ont plus de chances d’atteindre les bénéficiaires ciblés », a noté Abid Suleri.

Ce point a été renforcé par Catalina González-Uribe, directrice des affaires internationales à l’Universidad de los Andes, en Colombie. « Le manque de données concernant les expériences de la communauté LGBTI, de la population sans abri et des migrants tout au long de la pandémie s'est accentué », a indiqué Catalina González-Uribe, qui fait partie d’un projet sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour orienter les mesures d’intervention en matière de santé publique face à la pandémie de COVID-19 en Colombie, notamment en développant des modèles mathématiques sexospécifiques sur la progression de la maladie ainsi que l’évaluation du risque en fonction de variables sociodémographiques et autres.

González-Uribe a ajouté que l'absence de données nationales fiables et précises sur l'impact de la COVID-19 sur ces groupes favorise « la reproduction de l'inégalité, car ces groupes ne sont pas clairement identifiés dans les ensembles de données nationaux pertinents pour la prise de décision et l'élaboration des politiques. »

Investissements en faveur des pauvres stimulent la relance inclusive

Il est également urgent de renforcer les filets de sécurité sociale et d’élargir l’accès aux services de base, selon plusieurs des chercheurs qui ont apporté leur éclairage.

« Une reprise inclusive nécessite des investissements dans les secteurs qui garantissent la vie et la dignité humaine, tels que la santé, les infrastructures pour un logement décent, l’eau et les égoûts, l’emploi et un revenu minimum garanti », a indiqué Rita Correa Brandão, directrice de l’Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas, qui réalise une étude sur l’habilitation juridique pour promouvoir la participation des citoyens et la justice sociale dans les quartiers informels de Rio de Janeiro.

Un sentiment semblable a été transmis par Ritu Verma, chercheure principale au sein de Bhutanese Knowledge for Indigenous Development, un programme de recherche transdisciplinaire axé sur l’adaptation aux changements climatiques, l’agriculture et le genre. « Une reprise inclusive souligne l'importance de la protection sociale, des soins de santé universels et du contexte culturel tout en se concentrant et en réagissant aux différentes vulnérabilités, notamment celles vécues par les femmes, les enfants, les personnes souffrant de handicaps et les populations autochtones », a souligné Ritu Verma.

Enseignements tirés dans le secteur de l’éducation

Media
Young women in class room
GPE
Une jeune élève au Soudan se lève pour répondre à une question en classe. Soudan, juillet 2021

Certains partenaires ont souligné la nécessité de soutenir davantage le secteur de l’éducation pour garantir l’équité et l’inclusion.

« Il y a des écarts flagrants entre les prises de position à l’égard des politiques en matière d’éducation et les mesures concrètes qui accordent la priorité à l’équité et à l’inclusion », a indiqué Shem Bodo, responsable principal de programmes à l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique et partenaire du Programme Partage de connaissances et d’innovations (KIX) - une initiative conjointe du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et du CRDI qui vise à contribuer à l’amélioration des politiques et des pratiques en matière d’éducation dans les pays du Sud.

« Les ressources ne sont ni suffisantes ni adéquatement ciblées pour permettre la mise en œuvre intégrale des programmes éducatifs, et ce, malgré des politiques exhaustives et bien rédigées », a indiqué Shem Bodo, dont le travail avec l’Observatoire du KIX consiste à mobiliser des données sur les mesures d’intervention dans le secteur de l’enseignement primaire et secondaire face à la COVID-19 dans toute l’Afrique subsaharienne. Il a souligné la nécessité que le financement dans le secteur de l’éducation doit sciemment accorder la priorité aux groupes vulnérables.

Helani Galpaya, première dirigeante de LIRNEasia, a noté que l'introduction de politiques d'enseignement à distance et le recours à la technologie pendant les confinements ont nui aux ménages déjà en difficulté, souvent les plus pauvres. « Il faut que les élèves et les enseignants utilisent couramment les technologies numériques dans l'apprentissage et l'enseignement, et que les enseignants accordent une attention particulière aux élèves des ménages les plus pauvres. Ainsi, lors de la prochaine crise climatique ou sanitaire, nous pourrons passer à l'enseignement à distance sans aggraver les lacunes existantes en matière de résultats d'apprentissage », a indiqué Helani Galpaya, qui dirige des études en Inde et au Sri Lanka dans le cadre de recherches multipays visant à améliorer les politiques en matière de numérisation.

La collaboration est essentielle

Un autre point de vue souligné par certains chercheurs est que lors de l’élaboration et de la mise en œuvre de mesures d’intervention face à une pandémie, les partenariats et la collaboration entre les différentes parties prenantes peuvent contribuer au succès.

« Les gouvernements nationaux qui ont élaboré leurs politiques relatives aux pandémies en collaboration avec d'autres acteurs étatiques et non étatiques ont eu tendance à voir moins de décès liés à la COVID-19 », a souligné Matías Blanchi, directeur d’Asuntos del Sur. Bianchi dirige un projet visant à évaluer comment la pandémie et les mesures d’intervention face à la crise dans six pays d’Amérique latine ont eu des répercussions sur le contrat social entre les citoyens et l’État. « Notre indice de gouvernance collaborative prouve que la collaboration dans le contexte de la COVID-19 a permis de sauver des vies », a-t-il expliqué.

Phethiwe Matutu, directrice de groupe pour la stratégie, la planification et les partenariats à la National Research Foundation (NRF) d’Afrique du Sud, a souligné le rôle positif que les partenariats ont joué dans une initiative dirigée par la NRF et soutenue par le CRDI, qui vise à répondre aux questions de recherche et à mettre en œuvre des activités de mobilisation scientifique relatives à la pandémie dans 17 pays africains.

« Investir dans les chercheurs africains et les praticiens de la mobilisation scientifique, c’est débloquer des solutions africaines pour une relance juste et équitable. En s’appuyant sur des partenariats stratégiques, le Fonds de recherche d’intervention rapide contre la COVID-19 en Afrique a connu un succès retentissant », a souligné Phethiwe Matutu.

L’importance des partenariats pour une reprise inclusive était également au cœur du message transmis par le président du CRDI, Jean Lebel, pour cet exercice de collecte de données.

« La pandémie de COVID-19 et l'aggravation des inégalités menacent la réalisation des objectifs de développement durable. Mais grâce à la collaboration et à des solutions inclusives, nous pouvons jeter les bases d'un avenir qui profite à tous », a rappelé Jean Lebel.

Consultez les réponses, les points de vue et les perspectives que nous avons recueillis auprès des partenaires de recherche.

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Apprenez-en davantage sur nos efforts d’intervention et de reprise face à la pandémie de COVID-19.

Apprenez-en davantage sur les recherches particulières menées par les partenaires du CRDI mentionnées dans cet article :

Organiser sous forme numérique : possibilités de collectivisation des travailleuses en Asie du Sud | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Aborder les effets socioéconomiques de la COVID-19 avec une perspective sexospécifique en Amérique latine : systèmes alimentaires, marchés du travail et protection sociale | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Façonner la macro-économie en réponse à la COVID-19 : un plan de relance économique responsable, un secteur financier stable et une reprise des exportations | CRDI – Centre de recherches pour le développement international.

Les travailleurs informels et la COVID-19 : des réponses à la crise à la base de la pyramide économique fondées sur des données probantes | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Améliorer la santé et l’autonomisation des migrants, des femmes et des enfants au Guatemala pendant la pandémie de COVID-19 | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Effet d’une intervention de cybersanté sur les connaissances et le bien-être mental des personnes LGBT+ dans le cadre de la COVID-19 | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Pôles d’alimentation saine : mise en place de systèmes agroalimentaires durables et résistants à Lima et à Quito | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

AdaptCoop : l’adaptation des coopératives cacaoyères dans un contexte de changements climatiques en Côte d’Ivoire | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Soutenir les entreprises, la sécurité alimentaire et l’évolution des mécanismes de protection sociale pour faire face à la COVID-19 au Pakistan | CRDI – Centre de recherches pour le développement

Utilisation de l’intelligence artificielle pour éclairer les réponses de santé publique à la COVID-19 en Colombie | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

L’autonomisation juridique pour promouvoir la participation des citoyens et la justice sociale dans les favelas de Rio de Janeiro | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

https://uat.idrc.ca/fr/projet/programme-bhutanese-knowledge-indigenous-development | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Observatoire sur les réponses à la COVID-19 dans les systèmes éducatifs en Afrique | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Un nouvel accord numérique pour un pacte social inclusif post-COVID-19 : développer des stratégies numériques pour la reconstruction sociale | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

https://uat.idrc.ca/fr/projet/engagement-social-agence-citoyenne-et-gouvernance-vers-un-nouveau-consensus-democratique-en | CRDI – Centre de recherches pour le développement international

Fonds de recherche d’intervention rapide contre la COVID-19 en Afrique | CRDI – Centre de recherches pour le développement international