Des données probantes pour contrer les répercussions économiques et sociales de la COVID-19

28 janvier 2021
Un homme offre du gel désinfectant à un client[une cliente] dans un marché de légumes du centre-ville de Bulawayo, au Zimbabwe.
Credit: KB Mpofu/ILO
 

Alors que les répercussions de la pandémie de COVID-19 continuent de se faire sentir dans le monde entier, les niveaux de pauvreté et de faim augmentent dans les pays les plus pauvres.

Une analyse de la Banque mondiale indique que la pandémie pourrait avoir poussé 88 à 115 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté en 2020. Les gouvernements ont du mal à réagir face à la pandémie d’une manière permettant de préserver la stabilité économique, de protéger les populations vulnérables et de préparer la reprise.

Dans les économies à faible revenu du monde, il existe un écart important entre la nécessité et la capacité de réagir. Les gouvernements subissent des pressions pour mettre en oeuvre des politiques solides qui répondent à la fois aux répercussions immédiates de la pandémie et aux aspirations à moyen et long terme d’une reprise inclusive et durable, mais ils manquent de moyens financiers pour ce faire. Dans de nombreux cas, ils manquent également de données probantes pour utiliser au mieux des ressources limitées.

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) entend produire ces données probantes grâce à une initiative d’intervention rapide dotée de 25 millions CAD sur trois ans et visant à contrer les répercussions socio-économiques de la COVID-19 sur les populations vulnérables. Six des 21 projets de cette initiative visent à cerner des politiques macroéconomiques efficaces pour atténuer les répercussions de la pandémie et renforcer la reprise dans 24 pays.

La recherche dans 24 pays se concentre sur les réponses à la COVID-19 en matière de politiques économiques

 
 

Disparité des réponses macroéconomiques à la pandémie dans le monde 

L’Overseas Development Institute (ODI), un partenaire de recherche dans cette initiative, a documenté la disparité entre les dépenses consacrées aux plans de relance économique dans les pays du G20 et en Afrique subsaharienne.

Au cours des premiers mois de la pandémie, de nombreux gouvernements se sont concentrés sur des interventions à court terme, comme le renforcement des systèmes de santé nationaux, l’extension de l’aide aux populations les plus vulnérables et le soutien financier aux travailleurs et aux entreprises.

Comme l’indique un rapport de l’ODI, à la mi-août 2020, les dépenses des gouvernements du G20 pour les programmes de réponse à la COVID-19 représentaient en moyenne 27 % de leur PIB, alors que les dépenses correspondantes des pays d’Afrique subsaharienne n’atteignaient en moyenne que 3 % du PIB. Ces pourcentages correspondent à environ 3 900 USD par personne dans les pays du G20 et à 52 USD par personne en Afrique subsaharienne. Des ressources financières limitées, l’incertitude quant aux effets des mesures de relance qui pourraient être obtenus en contrôlant l’offre monétaire et les taux d’intérêt, et un soutien insuffisant de la part des bailleurs de fonds, laissent les pays d’Afrique subsaharienne avec peu d’options pour financer les réponses à la pandémie (comme l’illustre le graphique ci-dessous).

Les dépenses consacrées à la relance économique en réponse à la COVID-19 varient beaucoup d’un pays à l’autre et sont faibles en Afrique subsaharienne

 
Remarques : Plans de relance économique annoncés en 2020 en réponse à la COVID-19. Comprend les mesures de relance budgétaires et monétaires, exprimées en pourcentage du PIB de 2018.
Source : ODI-SET (2020)

Données probantes pour la meilleure utilisation de ressources limitées

Les politiques gouvernementales sont essentielles pour permettre aux économies de se redresser, de reprendre la production et le commerce, d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD), de remédier aux éventuelles inégalités croissantes causées par les mesures de confinement et pour respecter les engagements pris pour limiter le réchauffement climatique dans le cadre de l’accord de Paris.

Des données probantes sont nécessaires pour aider les pays à revenu faible ou intermédiaire à utiliser toute la gamme d’instruments stratégiques à leur disposition pour réagir face à la pandémie. Les chercheurs soutenus par le CRDI produisent des données probantes sur la façon dont les responsables des politiques peuvent concilier les besoins immédiats et l’impératif à long terme d’une économie mondiale plus inclusive, plus égalitaire entre les hommes et les femmes et plus durable.

En collaboration avec des partenaires au Bangladesh, au Kenya, au Pérou, en Tanzanie et au Sri Lanka, l’ODI dirige des recherches soutenues par le CRDI pour fournir des données, des analyses et des options politiques crédibles qui peuvent soutenir les réponses à la pandémie. La recherche cernera les répercussions probables à long terme des perturbations causées par la pandémie ainsi l’importance que les gouvernements devraient accorder aux réponses à court terme par rapport à celles à long terme. Les chercheurs recommanderont des politiques visant à atténuer ces répercussions et à saisir les possibilités de reprise verte et équilibrée entre les genres.

Quatre autres projets de recherche sont en cours pour répondre aux besoins en matière de politiques économiques dans les pays à faible revenu :

Ces équipes de recherche produisent des données probantes et des analyses relatives aux répercussions de la pandémie sur les ménages, sur les micro, petites et moyennes entreprises, et sur les travailleurs, en particulier les femmes. Plusieurs de ces équipes contribuent directement à l’élaboration de politiques qui est en cours. La recherche aide à cerner les politiques financières, monétaires et budgétaires efficaces et surveille la capacité des gouvernements à atteindre leurs objectifs stratégiques.

Les recherches prévues contribueront à évaluer l’efficacité et la durabilité des réponses macroéconomiques à la COVID-19, en accordant une attention particulière aux questions de développement à faible intensité de carbone et aux enjeux en matière d’égalité des genres. Elles renforceront également les capacités pour l’analyse des politiques macroéconomiques au sein des think tanks basés dans les pays du Sud.

L’initiative soutient aussi l’utilisation par le Partenariat en politiques économiques (PEP) de modèles de simulation pour déterminer l’efficacité des politiques actuelles et potentielles dans 11 pays. Ce réseau appliquera des outils d’analyse économique avancés pour évaluer les répercussions de la pandémie et du confinement sur la production, le commerce et les inégalités, et aidera les gouvernements à concevoir des politiques.

Croissance et reprise dans un contexte de dette publique

Plusieurs équipes de recherche portent une attention particulière aux niveaux croissants en matière de dette publique qui limitent les réponses des gouvernements aux crises sanitaires, sociales et économiques. Alors que le besoin de financement public augmente, la capacité d’emprunt diminue dans de nombreux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire (tranche inférieure). Une gestion saine et transparente de la dette est essentielle pour soutenir les populations pendant la pandémie et stimuler la reprise. La recherche examinera comment l’allégement de la dette peut soutenir les engagements des pays à l’égard des ODD et de l’action climatique, comme cela a été discuté lors d’un récent webinaire (écouter l’enregistrement, disponible seulement en anglais).

Pendant que le monde continue de s’adapter et de réagir aux réalités changeantes de la pandémie, les partenaires de recherche du CRDI élaborent les analyses et les conseils urgents nécessaires pour reconstruire les économies fragiles, corriger les inégalités et favoriser une croissance économique durable à long terme.

Faits Saillants

  • L’impact économique de la pandémie de COVID-19 sur les pays à faible revenu du monde entier sera probablement profond et durable.
  • Les dépenses publiques en réponse à la pandémie se sont élevées à 3 900 USD par personne dans les pays du G20, et à seulement à 52 USD par personne en Afrique subsaharienne.
  • L’augmentation de la dette publique limite encore davantage la capacité des pays en développement à mettre en oeuvre les politiques nécessaires pour relancer leur économie tout en s’attaquant aux inégalités et à la crise climatique croissante.
  • Les recherches soutenues par le CRDI visent à cerner des politiques efficaces susceptibles d’assurer une reprise durable et inclusive après la pandémie.