Communiquer les découvertes scientifiques pour initier le changement : Utiliser la radio pour informer les agriculteurs des résultats de la recherche

05 mars 2019
Les radios solaires enregistrables utilisées par les groupes d’écoute contribuent à garantir que les femmes peuvent écouter les émissions et y participer.
JESSE WINTER / FARM RADIO INTERNATIONAL

Trop souvent, les résultats des recherches en agriculture sont publiés dans des revues et on en discute lors de conférences, mais ils n’arrivent pas à exercer une influence sur les politiques ni à atteindre les agriculteurs et les consommateurs. Les agriculteurs ont besoin d’obtenir des renseignements pertinents sous une forme facile à comprendre et à appliquer. Il faut donc une stratégie de communication minutieusement planifiée, qui ne consiste pas seulement à distribuer des messages déjà préparés. Les communications doivent s’adresser au plus grand nombre, être précises sur le plan technique, honnêtes, rentables et adaptées à la saison, mais elles doivent aussi être interactives et répondre aux besoins et aux questions des agriculteurs.

Des émissions de radio adaptées au public ciblé ont été créées pour diffuser des renseignements clés sur les innovations et en débattre. Dans le cadre de ce projet, Radios Rurales Internationales (RRI) souhaitait promouvoir l’adoption à grande échelle des innovations agricoles et des résultats de recherche issus de deux projets – l’intégration des insectes dans l’alimentation des volailles et des poissons (projet INSFEED), et la production de haricots à cuisson rapide destinés à la transformation – au moyen d’émissions de radio interactives.

Étendre la portée du projet

Le projet a utilisé diverses méthodes pour promouvoir l’adoption d’innovations récentes. Grâce à des lignes téléphoniques dédiées ou à des groupes d’écoute, les agricultrices ont pu communiquer avec la station pour indiquer le type de contenu qu’elles avaient besoin d’entendre, ce qui a permis d’orienter les émissions vers des objectifs d’apprentissage précis.

Les six stations de radio participantes et leurs auditeurs ont également pu interagir par SMS et messages vocaux grâce à une plateforme interactive appelée Uliza qui a facilité la communication par téléphone cellulaire. Quarante groupes d’écoute communautaires ont été constitués avec 679 membres, dont 62 % des femmes. Les radios solaires enregistrables utilisées par les groupes d’écoute ont contribué à garantir que les femmes puissent écouter les émissions et y participer. Tous les participants ont appris à enregistrer leur voix et à envoyer leurs messages aux stations de radio à l’aide de leur téléphone cellulaire. Ils ont également été formés à l’utilisation des postes de radio et à la participation aux sondages hebdomadaires.

Les outils d’information, de communication et de technologie pour téléphones cellulaires d’Uliza ont permis d’obtenir des commentaires en temps quasi réel de la part des auditeurs sur leurs connaissances et attitudes actuelles et sur l’évolution de celles-ci pendant les émissions de radio. Le projet a permis de cartographier la portée des stations de radio partenaires et de déterminer les groupes d’écoute touchés. Il comprenait également des recherches visant à évaluer la modification des attitudes, des connaissances et des pratiques des auditeurs.

Au total, 50 732 auditeurs ont participé à des interactions radio entre décembre 2015 et juin 2017. Les stations de radio ont touché environ 9 millions d’auditeurs sur toute la durée du projet. De nouveaux partenariats ont été conclus en mettant en lien les chercheurs et les radiodiffuseurs avec les collectivités durant les travaux de recherche. Cela a permis de garantir la pertinence, la compréhension et l’utilisation des recherches.

Examen systématique : CN, PANA, stratégies, plans et programmes d’adaptation

Après que les résultats du projet INSFEED ont été communiqués, un pourcentage plus élevé d’auditeurs (38 %) que de non-auditeurs (24 %) nourrissaient régulièrement leurs volailles ou leurs poissons avec des insectes. Parmi les éleveurs qui nourrissaient leurs volailles ou leurs poissons avec des insectes, un pourcentage plus élevé d’auditeurs que de non-auditeurs ont commencé à le faire pendant la période de diffusion des émissions de radio.

La radio était la deuxième plus forte influence après la famille sur la décision des répondants de nourrir leur bétail et leurs poissons avec des insectes, et 26 % des auditeurs l’ont désignée comme première influence. En outre, à la question « Mangez-vous du poulet ou du poisson qui a été nourri avec des aliments à base d’insectes ? », 929 répondants sur 1 154 ont répondu oui.

Après que les résultats du projet sur les haricots à cuisson rapide ont été communiqués, 20 % des producteurs de haricots interrogés dans les régions ciblées ont augmenté la production et l’utilisation de haricots et de variétés de haricots précuits destinés à la vente aux transformateurs. Certains passages des émissions de radio portaient sur la préparation des haricots récoltés en vue de leur vente aux transformateurs (p. ex. le tri en fonction de la qualité), ainsi que sur la gestion et la commercialisation des produits en tant que groupe, ce qui a amélioré l’accès au marché par la création de liens avec les transformateurs.

Les perceptions sur la manière dont les rôles et les responsabilités liés à l’agriculture sont partagés ont également changé.

L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

Les témoignages des exploitants constituent une grande partie des émissions de radio et encouragent les femmes à participer. Deux cent quarante femmes membres des groupes d’écoute communautaires ont été formées dans le cadre de la stratégie Her Voice on Air à RRI, qui fait participer des groupes de femmes au développement du contenu radio, encourageant une plus forte participation et rendant les émissions plus pertinentes pour les besoins des femmes. Les rapports montrent que 98 % des femmes et des jeunes qui ont répondu aux sondages ont apprécié les émissions.

Pendant les visites de surveillance qui ont eu lieu en novembre 2016 et en mars 2017, 313 membres (180 femmes et 133 hommes) des groupes de pisciculteurs et d’aviculteurs ciblés ont indiqué que, au moyen des émissions de radio, les hommes avaient appris que les activités d’élevage d’insectes pouvaient être effectuées par tous les membres de la famille. On a également constaté des changements dans les perceptions relatives à la façon dont les rôles et les responsabilités liés à l’agriculture sont partagés.

Capacité et influence sur les politiques

Chaque station de radio a reçu une formation sur les logiciels d’édition, les techniques d’interview, la prise en compte des sexospécificités et l’utilisation des logiciels de RRI, comme Uliza et FRI-Log (outil de suivi). Les six stations participantes ont désormais accès à des réseaux de connaissances, à des systèmes de conception radio améliorés, ainsi qu’à du matériel et à des ressources supplémentaires, ce qui leur permet de continuer à produire des émissions de radio de qualité sur des thèmes agricoles pertinents et opportuns.

En ce qui concerne l’influence sur les politiques, des normes relatives à l’utilisation d’insectes dans les aliments pour animaux ont été élaborées et lancées au Kenya et en Ouganda. En outre, grâce à la collaboration avec les organismes nationaux de normalisation (le bureau des normes du Kenya et le bureau national des normes de l’Ouganda), des normes de référence ont été établies pour éclairer les politiques et mettre au point des produits à base de haricots précuits.