Augmenter la production de pommes de terre à chair jaune plus nutritives en Colombie

23 novembre 2018
Luz Dary Gelpud Rojas vérifie la santé des champs de pommes de terre en fleur.
CRDI/ BARTAY
Luz Dary Gelpud Rojas vérifie la santé des champs de pommes de terre en fleur.

La pomme de terre est l’un des aliments de base les plus importants de la population colombienne et représente une source importante de calories bon marché pour les familles. Toutefois, les variétés de pommes de terre à chair jaune cultivées dans le département de Nariño, dans le sud de la Colombie, ont un faible rendement et sont très susceptibles au mildiou. Comme la plupart des familles de cette région possèdent de petites fermes, le fait de planter des variétés de pommes de terre à rendement élevé qui résistent aux maladies est essentiel pour garantir des récoltes suffisamment importantes pour la consommation et la vente.

Pour relever ces défis, des agriculteurs, des phytogénéticiens et des scientifiques ont collaboré à l’élaboration et à la sélection de trois nouvelles variétés de pommes de terre jaunes présentant une plus grande valeur nutritionnelle, une résistance accrue au mildiou et de meilleurs rendements. Une fois les nouvelles variétés créées, l’étape suivante a consisté à travailler avec des agriculteurs de toute taille afin de les mettre à la disposition de millions de consommateurs colombiens, de réduire la malnutrition et de renforcer la sécurité alimentaire, particulièrement pour les familles des milieux ruraux.

Des variétés de pommes de terre nouvelles et plus nutritives

Les agriculteurs, les phytogénéticiens et les scientifiques ont associé connaissances scientifiques et pratiques traditionnelles afin de créer trois nouvelles variétés de pommes de terre à chair jaune : Criolla Ocarina, Criolla Sua Pa et Criolla Dorada. Ces pommes de terre présentent un rendement supérieur de 15 % à celui des variétés traditionnelles, sont deux fois plus résistantes au mildiou et deux fois plus riches en protéine, et ont une teneur en fer et en zinc 20 % plus élevée.

Les nouvelles variétés sont déjà cultivées sur 16 % des terres de la zone de production de la pomme de terre à chair jaune du pays et se révèlent très populaires auprès des consommateurs. Avec une augmentation du rendement de 40 % par rapport aux variétés traditionnelles, les cultivars améliorés sont à la disposition de plus de 6,5 millions de consommateurs colombiens et l’on s’attend à ce qu’ils atteignent jusqu’à 8,6 millions de Colombiens en 2018. Ils ont augmenté de 18 % le revenu de plus de 4 000 agriculteurs, et ces variétés ont aussi contribué à ce que le nombre de ménages considérés comme ayant atteint la sécurité alimentaire passe de 19 % à 59 %.

Productivité accrue et meilleur accès au marché

Un système durable d’approvisionnement en semences a été établi sans avoir recours à des subventions externes. Le modèle économique a permis à sept groupes d’entrepreneurs ruraux de devenir des spécialistes de la production de semences de grande qualité destinées à être vendues aux producteurs de pommes de terre. Des circuits courts garantissent que les producteurs de semence locaux satisfont aux besoins locaux tout en évitant les déplacements des ravageurs et des maladies d’un endroit à un autre.

Le partenariat conclu dans le cadre du projet avec l’entreprise privée de sélection et de production de semences et de plantes Agroidea a permis d’accélérer la mise à l’échelle en produisant des semences Élite et Super Élite des nouvelles variétés et en les vendant directement à des producteurs de pommes de terre de petite, moyenne et grande taille.

Renforcer les capacités locales

Le renforcement des capacités locales a été essentiel à la pérennité du projet. Cela comprend l’établissement d’un modèle économique durable pour la production locale et la mise à disposition de semences de grande qualité permettant d’augmenter le rendement des agriculteurs, de créer de nouveaux emplois et d’améliorer la santé des consommateurs colombiens, y compris des petits agriculteurs.

Des écoles destinées aux exploitations agricoles familiales ont enseigné aux participants des connaissances pratiques portant sur la culture des nouvelles variétés et des fruits et des légumes, la préparation des aliments, l’hygiène et leur ont donné des conseils sur des questions liées à la sexospécificité. La formation au leadership et l’établissement de plans d’action communautaires ont contribué à l’autonomisation des femmes dans leurs collectivités en leur donnant notamment l’accès à de nouveaux mécanismes d’épargne et de crédit.

Une approche pluridimensionnelle visant à améliorer la santé des mères et des enfants

De nouveaux groupes communautaires appelés Shagras para la Vida (« Jardins potagers pour la vie ») ont retrouvé les connaissances autochtones (p. ex., plus d’agriculture biologique) et ont permis l’augmentation des revenus. Cette approche communautaire intergénérationnelle a abouti à la cultivation d’un plus grand nombre de fruits et de légumes dans de nouveaux jardins communaux et dans des potagers familiaux traditionnels, et a contribué à une diversité alimentaire accrue et au rétablissement de plantes indigènes. Au total, 160 familles ont appris grâce aux Shagras comment cultiver des espèces indigènes et saines. Dans l’ensemble, 70 % des ménages participants ont pu améliorer leur nutrition et leur santé.

Le projet a aidé à la mise en œuvre d’un programme à l’échelle nationale visant à fournir des micronutriments en poudre aux mères et aux écoles. Ces poudres de micronutriments fortifiées (« Sprinkles ») peuvent être saupoudrées tous les deux jours sur les aliments des jeunes enfants, leur apportant ainsi la plupart des micronutriments dont ils ont besoin. Une étude clinique portant sur 2 589 enfants de moins de cinq ans a montré que les enfants souffrant d’anémie légère ou modérée au début de l’étude en 2016 ne présentaient plus de traces de la maladie dans les prélèvements réalisés en 2017.

Et ensuite?

Le projet a conclu un accord avec le fonds national pour la promotion de la culture de la pomme de terre afin de continuer à développer les réseaux d’entrepreneurs ruraux à l’échelle nationale. L’équipe de l’Université nationale de Colombie documente les modèles et assure leur promotion au sein du ministère de l’Agriculture et du Développement rural en vue d’une éventuelle inclusion dans une politique nationale de développement rural.

Le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale est financé conjointement par Affaires mondiales Canada et le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).

Détails sur le projet et ses résultats.