Améliorer la sécurité alimentaire en Afrique avec de nouveaux vaccins pour les animaux d’élevage

13 novembre 2018
Assistante vétérinaire administrant le vaccin BCPP par la queue au bétail, sous la surveillance du Dr Ramona Ndanyi.
CRDI / Bartay

Les maladies infectieuses tuent jusqu’à 25 % des animaux d’élevage dans toute l’Afrique – et certaines de ces maladies menacent de se propager aux humains. Bien qu’il existe des vaccins contre de nombreuses maladies touchant les animaux d’élevage, leur coût, leur disponibilité et la nécessité de les réfrigérer en empêchent l’utilisation généralisée, en particulier dans les zones rurales isolées. Un sondage auprès des éleveurs a montré que 97 % d’entre eux souhaitaient avoir des vaccins qui protègent leurs animaux contre de multiples maladies.

Une solution peu coûteuse a été élaborée au cours des deux phases de ce projet du Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI) : un vaccin thermostable à injection unique qui a démontré dans des études pilotes qu’il protégeait potentiellement les bovins, les ovins et les caprins contre cinq maladies courantes. Ce vaccin simplifiera la production, la commercialisation et la distribution pour les fournisseurs, ce qui permettra d’atteindre plus facilement les agriculteurs dans les régions rurales.

Accorder la priorité aux besoins des petits agriculteurs

Ce projet a levé certains des obstacles les plus importants en matière de fabrication et de réglementation pour mettre au point le vaccin et répondre aux besoins des agriculteurs. Un vaccin à injection unique a été mis au point et il est thermostable, il peut ne pas devoir être réfrigéré et il pourrait offrir aux animaux d’élevage une protection à long terme contre cinq maladies : la dermatose nodulaire contagieuse, la variole ovine, la variole caprine, la fièvre de la vallée du Rift (FVR) et la peste des petits ruminants (PPR).

Fabriquer des vaccins selon les préférences des agriculteurs devrait permettre d’accroître leur adoption, réduisant ainsi les pertes d’animaux d’élevage, améliorant les soins de santé aux animaux et augmentant l’accès des petits agriculteurs aux marchés, ce qui au bout du compte permettra d’améliorer leurs revenus. Les vaccins sont aussi une excellente nouvelle pour les agricultrices, dont les moyens de subsistance dépendent souvent de l’élevage de petits animaux comme les moutons et les chèvres.

Déployer la fabrication de vaccins pour les animaux d’élevage

Onderstepoort Biological Products (OBP), un fabricant de vaccins vétérinaires d’Afrique du Sud et collaborateur au projet, a aidé à la transition de deux vaccins expérimentaux contre la FVR et la dermatose nodulaire contagieuse à travers les étapes du processus de recherche-développement et de fabrication. La technologie de la plateforme sur la dermatose nodulaire contagieuse a été transférée à OBP et le fabricant a depuis produit des souches mères, un stock de souches et des stocks de vaccins; il a sélectionné et optimisé les lignées cellulaires privilégiées; établi des procédures d’exploitation normalisées; élaboré des contrôles de qualité; et mené des essais de stabilité (toutes les exigences réglementaires). Ces essais sur l’innocuité et l’efficacité ont confirmé que l’un des vaccins expérimentaux était sans danger et efficace, et qu’il pouvait être produit par tout fabricant actuel de vaccins contre la dermatose nodulaire contagieuse.

Le gouvernement sud-africain a levé la restriction sur la fabrication de vaccins contre la PPR au cours du projet, ce qui a dégagé la voie pour qu’OBP et d’autres fabricants produisent le vaccin contre la dermatose nodulaire contagieuse, la FVR et la PPR. Cette plateforme technologique, qui permet l’ajout ou l’élimination de différentes maladies pour l’utilisation du vaccin, a été affinée. Elle peut être adaptée pour répondre aux besoins en vaccins particuliers de diverses régions et peut inclure des combinaisons de dermatose nodulaire contagieuse, de variole ovine, de variole caprine, de FVR et de PPR, ainsi que des maladies pouvant émerger dans le futur. La technologie d’une seconde plateforme a également été adoptée pour des vaccins expérimentaux afin de protéger contre la peste porcine africaine (PPA).

Orienter la politique et l’utilisation

Après l’homologation, le déploiement de l’utilisation de ces vaccins novateurs requiert de former les agriculteurs et de travailler avec les organismes gouvernementaux et les entreprises afin de faciliter l’obtention de permis, la fabrication et la distribution.

Plus de 288 agriculteurs et praticiens en santé animale ont été directement formés en soins aux animaux d’élevage et en utilisation des vaccins, et des milliers d’autres ont été indirectement formés à l’utilisation du vaccin lors de journées agricoles au cours desquelles des documents sur l’utilisation appropriée des vaccins et d’autres sujets pertinents ont été distribués. Un rapport sur la dynamique entre les sexes au sein de systèmes agricoles à petite échelle a été préparé, et une brochure qui communiquait les résultats de l’étude à un public non scientifique a été distribuée.

L’équipe de projet a également produit un rapport sur les exigences réglementaires et les politiques sur les vaccins issus de microorganismes génétiquement modifiés; préparé un examen de l’environnement réglementaire, politique et législatif à l’échelle nationale et régionale dans lequel entrera le vaccin deux en un contre la dermatose nodulaire contagieuse et la FVR; et organisé un atelier de mobilisation des intervenants en Afrique du Sud pour mettre en relation les producteurs avec les marchés et les agriculteurs.

Et ensuite ?

Les avantages de la plateforme de vaccins – en particulier son efficacité et son adoption facile par les fabricants actuels – ont suscité l’intérêt de l’industrie biotechnologique (p. ex. OBP et l’Institut de production de vaccins vétérinaires du Kenya) et de consortiums professionnels en santé animale. L’un des avantages clés de la plateforme est que tout pays produisant actuellement un vaccin contre la dermatose nodulaire contagieuse peut utiliser ses installations et son matériel de production existants pour produire facilement le vaccin contre la dermatose nodulaire contagieuse, la FVR et la PPR ou le vaccin contre la dermatose nodulaire contagieuse et la FVR. Cela pourrait être particulièrement utile pour les régions du Moyen-Orient et d’Europe qui connaissent une augmentation récente des éclosions de dermatose nodulaire contagieuse et de PPR. L’équipe de projet et OBP ont préparé des budgets et des échéances pour les essais sur le terrain proposés et cherchent un financement supplémentaire.

Le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale est financé conjointement par Affaires mondiales Canada et le CRDI.