Accroître les débouchés commerciaux pour les entreprises qui élèvent des insectes pour l’alimentation animale

Une femme et son enfant inspectent l'équipement.
Makerere University

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, il faudra produire 200 millions de tonnes de viande de plus d’ici 2050 pour nourrir une population mondiale qui devrait atteindre 9,1 milliards d’humains. Cette croissance exigera de créer des sources de protéines d’alimentation animale rentables et viables sur le plan social et environnemental. Les défenseurs font la promotion d’insectes tels que les mouches soldat noires (qui sont une source d’alimentation naturelle pour la volaille, le poisson et le porc dans toute l’Afrique subsaharienne) pour remplacer de manière durable les sources coûteuses de protéines que sont la farine de poisson et le soja.

La première étape du projet INSFEED a permis d’établir de solides fondements scientifiques, de démontrer la faisabilité technique et la rentabilité économique et d’établir les normes qui favoriseront et orienteront l’utilisation d’insectes dans l’alimentation animale, au Kenya et en Ouganda. La deuxième étape s’appuie sur ces réalisations pour mettre à l’essai et examiner les modèles de mise à l’échelle de la production et les débouchés commerciaux pour les petits exploitants, élaborer des analyses insectes-nutriments et coûts-bénéfices, et examiner la possibilité de l’élevage d’insectes en masse pour fournir des solutions de gestion des déchets au Kenya et en Ouganda.

Résultats préliminaires

Formation d’incubation en élevage d’insectes

Depuis janvier 2019, 1 294 agriculteurs ont suivi un cours d’incubation pratique de cinq jours sur tous les volets de l’élevage des mouches soldat noires. Parmi les personnes formées, 356 agriculteurs élèvent déjà des mouches soldat noires au Kenya et 37 entreprises reposant sur les insectes ont été créées et produisent jusqu’à trois tonnes de mouches soldat noires par semaine. Les entreprises kenyanes d’élevage d’insectes InsectiPro Ltd et Ecodudu Ltd transforment, emballent et commercialisent les mouches soldat noires séchées des agriculteurs auprès de quatre meuniers d’aliments pour animaux locaux.

Dans les comtés de Bungoma, Kiambu, Nyandarua et Siaya, au Kenya, des groupes de jeunes, comptant environ 60 membres chacun, participent à l’incubation d’entreprises d’élevage d’insectes. En outre, pour évaluer et suivre les avantages économiques de la production de mouches soldat noires, 45 agriculteurs du comté de Kiambu ont été choisis au hasard, formés et ont reçu une trousse de démarrage (comprenant une cage pour mouches adultes, 15 contenants en plastique et de 3 à 5 kg de larves de mouches soldat noires de cinq jours). Chaque agriculteur fera l’objet d’un suivi pendant au moins 12 mois, et les données sur les revenus des ménages seront collectées et analysées pour une prise de décision fondée sur des données probantes afin d’optimiser la production communautaire.

Optimiser la nutrition et le rendement

Le Centre international de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE) au Kenya et l’Université Makerere en Ouganda ont élaboré et mis à l’essai 28 recettes de substrat d’alimentation pour les mouches soldat noires à base de déchets urbains, comme la drêche de brasserie et les déchets de transformation des fruits et de la volaille, pour améliorer les attributs nutritionnels des insectes. Le niveau de protéines brutes des mouches soldat noires élevées au substrat optimisé a augmenté d’environ 16 % par rapport à celui des insectes alimentés au substrat de base. La teneur en graisse des mouches a également augmenté, permettant ainsi d’obtenir un bon équilibre des acides aminés. Ces qualités nutritives sont comparables à celles de la farine de poisson et supérieures à celles des aliments pour animaux à base de plantes. La période de croissance requise pour que les mouches soldat noires atteignent la taille requise pour la production de masse a également été réduite environ de moitié avec le substrat optimisé (passant de trois semaines et plus à 10 à 12 jours).

En collaboration avec l’entreprise kenyane Treasure Feeds Ltd, l’ICIPE a également élaboré et mis à l’essai des formulations d’aliments à base d’insectes pour le poisson, le porc et la volaille. Les régimes alimentaires comprenant 25 % de farine de larves de mouches soldat noires se sont avérés les mieux adaptés sur le plan des poussins et du rendement des éleveurs. Les poules pondeuses nourries selon ce régime ont produit un nombre d’oeufs nettement supérieur, oeufs dont la coquille et le jaune étaient de meilleure qualité, et une marge bénéficiaire plus élevée que celles nourries avec des aliments classiques à base de farine de poisson. Les poulets et les porcs à griller nourris avec des aliments à base d’insectes ont également atteint la taille commerciale plus tôt que ceux nourris avec des aliments à base de farine de poisson. Les poissons-chats nourris avec 50 % et 75 % de farine de larves de mouches soldat noires étaient beaucoup plus lourds et leur teneur en protéines brutes passait de 65 % à 75 % et 72 % respectivement.

Occasion pour les engrais biologiques

Les effets des excréments de mouches soldat noires ou de l’engrais à base de sciure et d’excréments sur la croissance, le rendement et l’efficacité de l’utilisation de l’azote des haricots verts, du chou frisé, du maïs et des tomates ont été établis en abris grillagés et en plein champ, au centre du Kenya. Les parcelles de plein champ traitées avec des engrais à base de sciure et d’excréments de mouches soldat noires ont permis d’accroître le rendement du maïs-grain de 6 % par rapport à celles traitées avec d’autres engrais. L’application d’engrais à base de mouches soldat noires à un taux de 100 kg/ha a également augmenté l’absorption d’azote du maïs de 39 % par rapport à l’application de SAFI (un autre engrais biologique) et de 21 % par rapport aux parcelles traitées à l’urée (engrais chimique). L’augmentation de l’absorption d’azote améliore la santé des sols et favorise la croissance des cultures. Ces résultats encouragent les entreprises kenyanes d’assainissement et de gestion des déchets, comme Sanergy Ltd, à commencer à transformer des engrais biologiques à base de sciure et d’excréments et des briquettes de biocarburant en vue de leur commercialisation.