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Peut-on s’attaquer aux changements climatiques avec l’équité sociale ?

08 mars 2019

Lisa Hiwasaki

Chef de programme, CRDI

Lowine Hill

Agent(e) de gestion de programme

Le genre, l’ethnicité, le statut socioéconomique, l’âge et la capacité physique ont tous une influence sur la manière dont les personnes vivent les changements climatiques et s’adaptent à leurs effets. Pour assurer l’efficacité des actions climatiques, la recherche doit aller au-delà que l’étude des facteurs de risque bio-physiques ou des aspects individuels de la vulnérabilité sociale.

Lors de la Journée internationale de la femme en 2018, le CRDI a lancé une nouvelle opportunité de financement visant à soutenir une plus grande équité sociale pour actions climatiques. Nous pensons que, pour être durables, les actions climatiques doivent se fonder sur des travaux de recherche permettant de mieux comprendre les facteurs interdépendants, qu’ils soient climatiques, environnementaux, sociaux, culturels, économiques, institutionnels ou politiques, et qui exacerbent les incidences différenciées des changements climatiques. Après un processus rigoureux d’examen et de sélection des projets à financer, nous avons beaucoup appris. Nous présentons les leçons retenues ci-après.

Nous croyons plus que jamais que l’équité sociale est essentielle aux  actions climatiques efficaces. Dans notre quête de solutions visant à réduire l’inégalité entre les sexes et à renforcer la résilience, nous avons également organisé, en février 2019, un atelier de discussion sur le genre, les structures de pouvoir et les changements globaux.

Passer de l’égalité de genre à l’équité sociale

Sur les 499 propositions de projet soumises dans le cadre de cet appel de financement, plus de 90 % d’entre elles portaient seulement sur les femmes et le genre (bien que nous ayons également encouragé à cibler la question, plus vaste, de l’équité sociale). Le genre est l’un des nombreux facteurs qui influencent les répercussions des changements climatiques sur les personnes et la façon dont elles s’y adaptent : l’âge, l’ethnicité, la situation familiale, la composition du ménage, le niveau d’instruction et la classe sociale sont aussi d’importants facteurs qui déterminent la vulnérabilité et la capacité d’adapter d’une personne. Il est primordial de comprendre les liens et l’interaction de ces facteurs ainsi que d’autres facteurs externes, tels que les forces du marché, l’urbanisation, la mondialisation et le changement technologique, pour s’attaquer aux causes profondes de la vulnérabilité climatique (IRCAAA 2018).

De la participation à la cocréation de connaissances

Plus de 60 % des propositions soumises ont utilisé des méthodes participatives; la participation de femmes (que ce soit à titre d’informatrices dans le cadre de la recherche ou à titre de bénéficiaires des activités de formation ou du renforcement des capacités) y a constitué un élément important. Cependant, la participation seule n’est souvent pas suffisante; c’est plutôt la recherche-action participative (qui prévoit la participation de la communauté dans la planification, le développement d’une vision et l’identification des besoins et des priorités, la reconnaissance de l’existence de voix multiples et de relations de pouvoir au sein des communautés, ainsi qu’une rétroaction sur les résultats de la recherche aux participants) qui permet de garantir une recherche répondant à une demande spécifique et qui peut mener à une transformation sociale (Apgar et Douthwaite 2013). Nous avons observé plusieurs projets qui proposaient la cocréation des connaissances en tant que composante clé de la recherche, et qui, par exemple,  intégraientdes connaissances locales avec la science et incluaient des discussions entre différents groupes communautaires dans le but de valider les résultats de la recherche. Nous croyons que de tels projets de recherche ont un potentiel supérieur d’amélioration de la capacité d’agir et des capacités adaptatives des groupes les plus vulnérables.

Remettre les structures de pouvoir en question pour provoquer une transformation sociale

La grande majorité des projets de recherche que nous avons examinés sous le thème de la résilience aux changements climatiques et aux catastrophes proposaient une collecte de données séparées pour les hommes et les femmes, et utilisaient des outils d’analyse sexospécifiques pour mieux comprendre en quoi les femmes sont plus vulnérables que les hommes. Au countraire, il est essentiel de s’éloigner d’une description des femmes et des autres groupes vulnérables comme étant simplement des victimes faibles et sans pouvoir de la discrimination et des changements climatiques. Il faudrait plutôt se concentrer sur les relations de genre et les relations sociales qui se négocient au niveau du ménage, ainsi que sur la structure des relations de pouvoir à l’échelle de la communauté et de l’État (panel discussion 2019).

La recherche concernant points névralgiques des changements climatiques en Afrique et en Asie a démontré que la capacité d’une personne à s’adapter aux changements climatiques est influencée par des conditions comme l’accès aux ressources, le capital social existant et les conditions de travail, autant de facteurs qui peuvent contribuer à la limitation ou à l’amélioration de leur capacité d’agir. Lorsqu’une personne a la capacité d’agir, elle peut tirer profit des nouvelles possibilités, et notamment adopter des rôles traditionnellement dits masculins, diversifier ses moyens de subsistance ou développer des compétences en entrepreneuriat. Les changements nécessaires à l’augmentation de la résilience face au climat doivent être soutenus par la création d’environnements favorables à ces changements, la reconnaissance des femmes en tant que leaders avec un pouvoir décisionnel accru, la création d’institutions formelles et informelles visant à codifier ces rôles et la redistribution du travail (CARIAA 2018, CCP 2018). Nous croyons qu’une transformation sociale peut se produire à travers la recherche qui nous aide à mieux comprendre (et à remettre en question) les structures de pouvoir existantes à différents niveaux, et, en parallèle,  à mobiliser les personnes au pouvoir dans le but de changer ces structures. Il existe, à travers le monde, des preuves de telles transformations.

L’équité sociale pour des changements climatiques efficaces

D’ici juin 2019, six projets auront été lancé, et nous prévoyons annoncer officiellement ces projets lors de la conférence Women Deliver à Vancouver. Quatre des projets portent sur la résilience au changement climatique et aux catastrophes, tandis que les deux autres explorent la question de la migration comme stratégie d’adaptation au climat. Parallèlement, nous avons récemment lancé une initiative visant à promouvoir les objectifs d’égalité des sexes et l’équité sociale au sein des six projets. Grâce à ce soutien, notre intention est de répandre l’apprentissage sur la mise en oeuvre de la recherche transformatrice sur les sexospécificités tout en augmentant notre capacité interne à gérer et à soutenir plus efficacement la recherche socialement transformatrice.

Nous croyons que ces efforts amélioreront collectivement l’efficacité de la programmation  de recherche du CRDI sur l’adaptation aux changements climatiques afin de réduire les inégalités sociales, de renforcer la résilience des communautés des plus vulnérables et marginalisées des pays du Sud et d’améliorer leurs moyens de subsistance.Nous croyons la lutte contre les changements climatiques passe par une action climatique socialement équitable qui donne aux femmes, aux hommes, aux filles et aux garçons les moyens d’accroître leur capacité d’action et leur résilience, et leur permet ainsi devenir des agents positifs de transformation. Le CRDI continuera de construite les preuves  nécessaires à cette transformation en favorisant la recherche intersectorielle et transdisciplinaire qui remet en question et transforme les structures de pouvoir existantes à tous les niveaux.

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