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Les politiques doivent englober plus que l’emploi seul pour permettre l’autonomisation économique des femmes

21 août 2018

Arjan de Haan

Directeur(trice), Économies inclusives, CRDI
ICRISAT

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Appuyant une politique internationale féministe, le Canada démontre son leadership durant sa présidence du G7. Le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes, désigné par le premier ministre Justin Trudeau, en est un élément essentiel. La France, prochain président du G7, a indiqué son désir de le maintenir. Les recommandations du Conseil consultatif en faveur de nouveaux engagements, assortis d’investissements sérieux et de cibles mesurables constituent un manifeste important pour « Faire de l’inégalité des sexes une histoire du passé. »

En tant que dirigeants du programme Croissance de l’économie et débouchés économiques des femmes (CEDEF), financés par plusieurs bailleurs de fonds, nous avons suivi les travaux du G7 et écouté le Conseil consultatif. Notre équipe a également fourni des données au Groupe de travail sur la responsabilisation qui étaye et évalue les activités que les gouvernements des États membres du G7 ont entreprises pour atteindre leurs engagements. De toute évidence, le rôle du travail des femmes en contexte de faible revenu est un thème politique crucial pour l’égalité des sexes.

Les recommandations du Conseil consultatif comprennent la réduction de 25 % de l’écart entre les sexes dans la participation au marché du travail d’ici 2025. Certains observateurs ont exprimé des réserves quant à l’accent mis sur la participation économique, mais nous maintenons que le travail des femmes est un domaine essentiel et sous-évalué des politiques de développement, qui bénéficiera d’un engagement ferme et d’innovations.

Moins de progrès dans la proportion des femmes qui travaillent

Les données mondiales montrent que, récemment, il n’y a eu aucune augmentation de la participation des femmes à la population active et aucune réduction de l’écart entre les hommes et les femmes. Les différences sont importantes entre les régions du monde : en Asie du Sud, la participation des femmes à la population active a, en fait, diminué (voir le graphique). Nous devons mieux comprendre l’origine de ces tendances, y compris les conséquences potentielles des changements technologiques futurs et de l’automatisation, susceptibles d’entraîner des pertes d’emploi dans les secteurs industriels qui ont créé, ces dernières décennies, des perspectives d’emploi pour des millions de femmes relativement pauvres.

Le travail des femmes, à quel prix ?

En soi, la participation à la population active est un objectif ambitieux. Partout, la détresse financière oblige de nombreux membres de ménages pauvres à entrer sur le marché du travail dans des emplois mal rémunérés, dans des conditions terribles, dont des risques de violence sexospécifique. En général, les femmes occupent les postes les moins bien rémunérés et offrant la protection sociale la plus faible. La perception des sexes empêche souvent les femmes d’accéder à de meilleurs postes. La qualité du travail importe autant que le travail lui-même. Les recommandations du Conseil consultatif du G7 soulignent, à juste titre, l’importance du droit du travail, des conditions et de l’environnement du travail pour les travailleurs informels, reconnaissant qu’à l’échelle mondiale, la majorité des femmes et des hommes travaillent dans le secteur informel.

La participation des femmes au marché du travail dépend d’un large éventail de facteurs, en général différents des facteurs associés aux hommes. Dans le monde entier, les femmes sont perçues, et se croient souvent, responsables des tâches ménagères et de la famille, des enfants et des aînés. Ce phénomène s’accentue dans des contextes de faible revenu. Les recherches financées par le programme CEDEF en Asie du Sud et en Afrique révèlent que les responsabilités combinées des femmes pour gagner un revenu et s’occuper du foyer influent négativement sur leur bien-être physique et mental. Elles indiquent également que les préférences des femmes pour régler la question du « Pas le temps de se reposer » vont au soutien en matière de garde d’enfant et aux investissements dans les infrastructures publiques qui réduiraient le temps consacré à l’accès à l’eau, à l’assainissement et aux déplacements quotidiens.

Par ailleurs, dans certaines circonstances, les femmes quittent le marché du travail. Des recherches financées par le programme CEDEF montrent que dans les familles où l’homme a un niveau d’éducation plus élevé et celles où le revenu s’améliore, les femmes ont tendance à moins travailler. L’acceptation sociale du travail des femmes en dehors du foyer joue un rôle important et ces normes sociales peuvent devenir plus décisives lorsque la stabilité financière du foyer s’améliore. Là où la qualité du travail des femmes est extrêmement faible et où elles gagnent moins que les hommes, le retrait de la population active est encore plus probable.

Concilier qualité du travail et soin des proches

Ces arguments ne doivent pas nous dissuader d’insister sur la participation des femmes à la population active, bien au contraire. Ces arguments signifient que la qualité des emplois est tout aussi importante que l’emploi en soi et que les réponses politiques doivent s’attaquer à l’intégralité de la question. Il est essentiel d’améliorer les conditions du travail des femmes, y compris dans le secteur informel, et de lutter contre les obstacles sexospécifiques à l’accès aux occasions d’emplois et contre les discriminations sur le marché du travail. Parallèlement, l’autonomisation des femmes ne peut être dissociée de leur double fardeau : les investissements dans l’infrastructure permettant de gagner du temps et de réduire la pénibilité, et le soutien public en matière de garde d’enfant sont des éléments essentiels de l’autonomisation économique, particulièrement pour les femmes les plus pauvres.

Arjan de Haan est le chef du programme Emploi et croissance au CRDI.

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