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L’Asie du Sud peut-elle éliminer les obstacles au travail rémunéré des femmes ?

22 janvier 2018

Arjan de Haan

Directeur(trice), Économies inclusives, CRDI
ONU Femmes / Mohammad Rakibul Hasan [view:perspectives_authors_pics]

Autour du monde, les inégalités entre les sexes dans le domaine de l’éducation diminuent et les taux de fertilité sont en déclin. À mesure que les femmes trouvent des emplois rémunérés, elles réduisent l’écart entre les sexes sur le plan de la participation au marché du travail. Cependant, l’inégalité en Asie du Sud est plus présente que prévu.

Il est donc prioritaire d’élaborer et de mettre en place des politiques efficaces qui favorisent la participation d’un plus grand nombre de femmes à la vie économique et qui reconnaissent et valorisent les soins non rémunérés. La recherche peut jouer un rôle essentiel à cet égard.

L’Asie du Sud : un cas particulier en ce qui concerne la participation des femmes au marché du travail

Lors d’une réunion organisée par le CRDI à Colombo l’automne dernier, le sous-ministre des Politiques nationales et des Affaires économiques du Sri Lanka a souligné que seulement 36 % des femmes du pays participent au marché du travail. En Inde, la participation des femmes au marché du travail a connu un déclin abrupt : en 2012, les femmes ne représentaient que 24 % des travailleurs, soit une diminution de 10 % au cours des deux décennies précédentes.

Bien que les données sur lesquelles se basent ces chiffres ne soient pas nécessairement fiables, notamment en raison du sous-enregistrement et de la modification des définitions et des mesures, peu importe comment on fait le calcul, l’Asie du Sud demeure un cas particulier sur le plan de la participation des femmes au marché du travail.

Loin de rattraper son retard, l’Asie du Sud voit la participation des femmes au marché du travail décliner

Demande limitée de travailleuses

Malgré la croissance économique, en général, la création d’emplois en Asie du Sud demeure limitée et cela peut contribuer à éloigner les femmes du marché du travail. En effet, dans l’Enquête sur les valeurs mondiales, la majorité des personnes interrogées (52 % en Inde et 75 % au Pakistan) était en accord avec l’énoncé suivant : « Lorsque les emplois se font rares, ceux-ci devraient être donnés en priorité aux hommes ». Par comparaison, ce pourcentage n’était que de 2 % en Suède.

Il n’est pas facile d’expliquer pourquoi les employeurs préfèrent embaucher des hommes plutôt que des femmes, mais les femmes ont tendance à être plus présentes dans des secteurs précis du marché du travail et souvent à être moins payées et à bénéficier de moins d’occasions. Ce sont également elles qui effectuent le travail le plus ardu. Les femmes pauvres qui travaillent à l’extérieur de la maison peuvent se faire exploiter à l’extrême. Les recherches du programme Croissance de l’économie et débouchés économiques des femmes en Inde ont révélé des conditions difficiles, même dans les programmes de développement comme le régime d’emploi national de l’Inde. Les recherches effectuées au Népal ont également donné des conclusions similaires.

De lourds fardeaux nuisent à la disponibilité de la main-d’oeuvre féminine

Les femmes peuvent avoir de la difficulté à entrer sur le marché du travail ou être moins prêtes à le faire, et elles le quittent fréquemment pour diverses raisons. Par exemple, le travail physique exigeant en Inde et au Népal peut contribuer au fait que les femmes quittent leur emploi pour des raisons de santé.

Lorsque les femmes sont les principales responsables de « l’économie des soins » (travail ménager et soins des personnes à charge), elles peuvent avoir moins de temps libre. En Inde, les femmes passent en moyenne 40 heures par semaine à fournir des soins non rémunérés et à faire du travail ménager, alors que les hommes ne consacrent que 3,5 heures à ces activités. Les responsabilités qui incombent aux femmes à la maison peuvent créer des obstacles importants en ce qui concerne les types d’emplois auxquels elles peuvent avoir accès et qu’elles peuvent occuper.

Les femmes indiennes sont les principales responsables des travaux d’entretien à la maison

Appuyer la participation des femmes de l’Asie du Sud au marché du travail

Les raisons expliquant les désavantages auxquels font face les femmes et l’absence de progrès à l’égard de leur autonomisation économique varient selon le contexte, et les politiques doivent tenir compte de cette réalité.

Les règlements officiels et volontaires, les réformes juridiques et les initiatives de responsabilité sociale des entreprises peuvent aider à changer les choses. Les interventions particulières visant à égaliser les chances sont également importantes. Il est nécessaire de réformer les domaines de la formation et de l’éducation pour répondre aux demandes changeantes du marché du travail, et il est urgent d’adapter ces domaines aux besoins particuliers des femmes. De même, des transferts monétaires réguliers et des services financiers adaptés peuvent aider les femmes à surmonter les contraintes et à investir dans les occasions économiques. Un projet financé par le CRDI au Bangladesh a révélé qu’une combinaison de formation, de stages et d’allocations peut aider les jeunes femmes des zones rurales à avoir accès à des emplois dans le secteur officiel.

Les possibilités sont limitées pour les femmes si elles passent 40 heures par semaine à effectuer des tâches ménagères. Les politiques visant à améliorer leurs possibilités économiques doivent être axées sur leur double fardeau, y compris sur le soin des enfants. Les investissements publics peuvent aussi jouer un rôle s’ils privilégient l’infrastructure qui réduit la charge de travail des femmes et le temps nécessaire pour effectuer des tâches comme la collecte d’eau.

Les normes sociales sont le moteur principal derrière la division du travail, dont la majorité des responsabilités en matière de soins incombent aux femmes. Ces normes et perceptions semblent également être un facteur important sur le plan de la demande, notamment en ce qui concerne la priorité accordée aux hommes plutôt qu’aux femmes lorsque les emplois se font rares, la segmentation sexospécifique, le salaire inférieur et le manque de protection d’emploi et de protection sociale.

Une étude du programme Croissance de l’économie et débouchés économiques des femmes sur un programme d’autonomisation en Inde montre à quel point les normes sociales comptent et que le changement est possible. La recherche dans les villages pauvres démontre l’efficacité de la mobilisation sociale et des interventions collectives pour atteindre une variété d’objectifs d’égalité entre les sexes, y compris l’autonomisation économique, la participation et l’augmentation du nombre de femmes se faisant entendre. Il s’agit de processus à long terme qui peuvent suivre des chemins non linéaires et qui nécessiteront un soutien continu.

Arjan de Haan est chef du programme Emploi et croissance au CRDI.

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