Ken de Souza

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Intervieweur : Aujourd’hui, dans notre nouvel épisode des discussions sur les changements climatiques, nous avons l’occasion de discuter avec Ken de Souza du Department for International Development du Royaume-Uni (aussi appelé DFID). Il est aussi responsable du partenariat entre le DFID et le CRDI visant à établir des partenariats en Afrique et en Asie. Ce programme s’appelle l’Initiative de recherche concertée sur l’adaptation en Afrique et en Asie (IRCAAA). Si vous êtes intéressé et désirez en savoir plus sur l’IRCAAA, vous trouverez le lien CARIAA.net/fr/accueil dans la zone de description.

Intervieweur : Bonjour Ken.

Ken : Bonjour.

Intervieweur : Merci d’avoir pris le temps de nous parler aujourd’hui.

Ken : Je vous en prie.

Intervieweur : Nous sommes vraiment très heureux de vous avoir parmi nous. Pouvez-vous nous dire ce que vous faites dans la vie et décrire votre rôle dans la lutte contre les changements climatiques et le développement (inaudible)  ?

Ken : Je suis un gestionnaire de recherche. C’est le poste que j’occupe au Department for International Development du Royaume-Uni. Je travaille essentiellement au sein de UKAID. Je fais aussi partie d’une équipe qui s’occupe de la recherche et qui ventile les travaux de recherche et les données probantes, comme mon titre de poste le suggère. Nous finançons des projets de recherche axés sur la réalisation d’objectifs en matière de développement. Les domaines de recherche sur lesquels mon équipe se concentre sont les changements climatiques et les incidences sur les changements climatiques, l’énergie, l’accès à l’énergie, l’eau, l’assainissement, la gestion des ressources en eau et l’environnement. En outre, on nous perçoit comme une équipe axée sur le climat, l’énergie et l’eau. Au sein de cette équipe, j’aide à commander des recherches axées sur cette gamme de sujets se rapportant au climat et un large éventail de sujets. Les recherches visent principalement deux objectifs en fait. Il est généralement question de fournir des biens publics mondiaux pour aider à appuyer les données probantes et les connaissances améliorées à l’échelle mondiale essentiellement sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans la pratique du développement. Tout particulièrement, dans le contexte des recherches, nous mettons l’accent sur les recherches à assez court terme, les recherches étant normalement de très longue durée. Nous mettons l’accent sur les recherches qui auront une incidence essentiellement pour les pauvres, ce qui contribue à la cause du développement à l’échelle mondiale. Nous nous concentrons principalement sur l’Afrique, mais aussi sur l’Asie du Sud et d’autres endroits, puisqu’il est important de comparer et d’établir un contraste dans certains cas, et de fournir des biens publics mondiaux. Voici en résumé ce que je fais. Je fais partie d’une équipe qui commande des recherches directement elle-même ou avec des partenaires. Par exemple, nous nous associons au CRDI dans le cadre du projet de l’IRCAAA. Nous collaborons avec les Néerlandais dans d’autres projets. Nous travaillons en partenariat avec les conseils de recherche du Royaume-Uni. Nous avons donc des partenariats avec diverses institutions pour mener des recherches fructueuses de haute qualité. De plus, une partie de mon travail consiste à aider à concevoir ces programmes, à les exécuter, à les surveiller, à les évaluer et à suivre le cycle en entier. Voilà donc ce que je fais en quelques mots.

Intervieweur : Très bien. C’est assez complexe (rire). Non, pas vraiment. Je vais simplement m’appuyer sur ce que vous avez dit concernant vos partenariats. Pour fournir un peu de contexte, participez-vous à l’IRCAAA qui est en cours depuis 2012 et qui se poursuit jusqu’à l’année prochaine  ? Et l’un des points saillants de l’IRCAAA dès le tout début est la démarche axée sur les zones cruciales.

Ken : Oui, oui.

Intervieweur : Essentiellement, j’aimerais simplement savoir comment cette démarche axée sur les points névralgiques des changements climatiques est apparue et d’où elle provient.

Ken : Très bien. Tout d’abord, ces points névralgiques ne sont pas un nouveau concept. Je pense que la démarche provient du domaine de la biodiversité, et que pour examiner pourquoi nous élaborons l’IRCAAA du point de vue des points névralgiques, il faut remonter au programme qui précède l’IRCAAA. Notre relation avec le CRDI existe depuis longtemps et nous avions un programme conjoint appelé Adaptation aux changements climatiques en Afrique (ACCA). Comme son nom l’indique, ce programme était principalement axé sur l’Afrique et si ma mémoire est bonne, il s’agissait d’une quarantaine de projets de recherche individuels. Dans son approche, le programme mettait principalement l’accent sur la recherche communautaire et la recherche-action. Lorsque ce projet, qui a été un grand succès, s’est achevé, nous avons été très heureux de ses résultats. Toutefois, nous avons décidé que nous voulions l’amener à un autre niveau et avoir un programme de recherche mondial. Cependant, le fait de se mettre d’accord sur un seul programme de recherche a énormément compliqué les choses; la portée était trop vaste. Il n’est pas vraiment possible de rendre opérationnel quelque chose de ce genre. Nous avons donc examiné différentes façons de réaliser un programme de recherche mondial, mais dans des types de groupements raisonnablement importants et pratiques. Nous avons effectué des travaux de délimitation de la portée en collaboration avec le CRDI, et nos premières conclusions ou certaines de nos conclusions ont fait jaillir cette idée selon laquelle il y a des points névralgiques, c’est-à-dire des zones de vulnérabilité particulière aux changements climatiques prévus. C’est à partir de ces travaux de délimitation de la portée réalisés qu’est venue cette idée de chercher les régions du monde qui seront confrontées à ce qui est encore appelé le signe du réchauffement climatique, c’est-à-dire les endroits où l’intensité des changements probables sera la plus élevée, et de superposer (inaudible) cette carte sur une carte qui indique les emplacements où l’on trouve les personnes les plus vulnérables et le plus grand nombre de pauvres et de personnes vulnérables. Lorsqu’on fait cela, on obtient ce que nous avons appelé les points névralgiques des changements climatiques. Bien entendu, nous avons eu une gamme de choix assez vaste. Par conséquent, nous avons donc dû restreindre notre choix un peu. Nous avons alors sélectionné les deux régions que nous avons aujourd’hui. En se fondant sur une combinaison de votes dans le cadre de ce processus et des régions dans le monde qui nous (le DFID en particulier) intéressent plus particulièrement, le choix a été porté sur l’Afrique et l’Asie du Sud.

Intervieweur : Très bien.

Ken : C’est donc ainsi que nous sommes arrivés à ces points névralgiques des changements climatiques. Ce n’était pas simplement une accumulation ou un point culminant, plutôt une série de réflexions qui nous a amenés à adopter cette démarche.

Intervieweur : Et pensez-vous que ce processus vous a aidé à achever certaines des réalisations de l’IRCAAA que vous n’auriez pas achevées si vous aviez suivi un autre processus  ?

Ken : C’est difficile à dire. Je pense que le temps nous dira s’il s’agissait finalement d’un modèle utile ou non. Nous le pensons pour l’instant. Il offre des moyens différents de regarder les choses. L’idée, c’était que nous voulions être en mesure de comparer et d’établir un contraste entre les stratégies adoptées dans d’autres contexte, mais avec certaines similarités. C’est-à-dire, si on réfléchit aux régions semi-arides qui sont assez vastes et aux grands nombres de différents contextes, et si on est en mesure de faire des comparaisons et d’établir des contrastes liés à la façon dont certains problèmes sont abordés, par exemple en Afrique australe par rapport à certaines parties du __Sahara__(8:23) ou dans certaines parties d’Asie centrale, on pourrait peut-être comparer et établir des contrastes entre les choses, lorsque certains aspects sont semblables et d’autres sont différents. Cela fait qu’il est plus facile de faire ressortir et de comparer les constatations, et d’identifier des aspects particuliers qui peuvent aider à apporter quelque chose qui fonctionne par rapport à quelque chose qui ne fonctionne pas. C’est en partie le raisonnement. Ceci était en fait une simple conception expérimentale qui venait de nous permettre de comparer et d’établir un contraste entre les choses d’une façon légèrement différente par rapport à la façon dont cela se fait traditionnellement. Je laisserai les autres juger si cela aura véritablement été une réussite. Toutefois, ce processus offre d’autres façons de regarder les choses et une possibilité d’examiner la question au sujet de la façon de développer des initiatives réussies. Nous avons mené beaucoup de projets de recherche et de projets pilotes (ou peu importe comment on les appelle) dans le cadre desquels nous avons rendu visite à une seule communauté quelque part. Il s’est avéré très fructueux, mais nous avons ensuite beaucoup de difficulté à acheminer ce qui a été fait au niveau communautaire à une autre échelle. C’était donc un moyen d’essayer de dire, « on devrait peut-être considérer tout ça sous un autre angle, au moyen d’une autre sorte de structure qui peut nous aider à identifier ces choses ».

Intervieweur : Pensez-vous qu’il y a des leçons tirées de cette démarche axée sur les points névralgiques des changements climatiques qui peuvent être appliquées ailleurs, par exemple aux objectifs de développement durable  ?

Ken : Je pense qu’il y a un peu de cela. Il s’agit simplement d’une mise à l’échelle. Je pense sincèrement que nous voulons essayer d’identifier les choses qui fonctionnent de façon générale. Je sais que les gens disent toujours vouloir des résultats généralisables, et que souvent, ce n’est pas le cas. C’est très difficile à réaliser, car tout est dans le contexte, comme les gens le disent aussi. Mais je pense que nous voulons acheminer nos recherches à une plus grande échelle en ce qui concerne cet aspect où nous essayons de dire « comment allons-nous acheminer les choses qui fonctionnent bien à une plus grande échelle  ?» Si nous n’agissons pas en ce sens, nous sommes vraiment coincés dans les îlots d’excellence où nous étions avant. Je pense que le projet de l’IRCAAA étudie les leçons qui peuvent être tirées des genres d’évaluation, des travaux et des points névralgiques des changements climatiques, et être appliquées aux objectifs de développement durable. Mais je le répète, ces choses prennent du temps et il est difficile de savoir si cela est une réussite ou non à ce stade.

Intervieweur : Très bien. Je voudrais aborder un autre point. Lorsque vous parliez de la mise à l’échelle de certaines initiatives qui ont débuté avec l’IRCAAA et qui continuent avec la recherche sur l’utilisation, qui est une partie importante de l’IRCAAA. Pensez-vous qu’avec la démarche axée sur les points névralgiques des changements climatiques et cette recherche sur l’utilisation et la façon de faire des recherches, nous avons apporté une contribution en ce qui a trait aux résultats du programme lui-même  ?

Ken : J’aimerais le croire. Je le répète, nous en sommes encore à un stade où le programme est toujours en cours et il reste encore moins d’un an avant qu’il ne soit achevé. Comme la plupart des recherches, les choses ont tendance à commencer lentement et à accélérer ensuite vers la fin. Je pense que nous avons conçu et rendu opérationnelle l’IRCAAA avec les répercussions à l’esprit. Les recherches ne sont pas motivées par la curiosité et elles ne sont pas des recherches fondamentales de base; il est plutôt question de recherches dans un but précis. L’objectif est de lutter contre la pauvreté et d’accélérer le développement. Pour cette raison, je suis d’avis qu’il faut indiquer au début du programme dans son ensemble qu’il n’est pas question de donner suite à sa curiosité ni de produire des documents dans des revues à fort impact et qu’il faut insister sur cet aspect dès le départ pour concentrer les lignes des chercheurs. Le programme a un but précis. C’est un financement de l’aide au développement. Ce n’est pas un financement normalisé du conseil de recherche et, par conséquent, les recherches doivent être axées sur les répercussions. Je ne dirais pas que ceci est unique, étant donné qu’il y a d’autres programmes qui font la même chose, mais plutôt que je pense que cette approche a fourni des avantages à mesure que nous avançons. Je pense que la conception de la recherche a également compris des démarches transdisciplinaires et plusieurs partenaires institutionnels au sein d’un seul consortium; un consortium est constitué de chercheurs de haute qualité qui font partie des meilleurs chercheurs universitaires. Certains des meilleurs chercheurs universitaires dans le monde, mais ils sont associés à des ONG de développement international, à des ONG nationales, à des partenaires quasi-gouvernementaux et à des gens qui se concentrent sur la mise en oeuvre. Cette association de partenaires de recherche et les interactions entre eux ont aussi tendance à aider à changer les choses, pour passer du fait d’être simplement axé sur la recherche pour le bien des chercheurs au fait d’essayer d’obtenir des résultats. Je crois que cela a fonctionné. Je pense que nous pouvons faire plus dans ce sens pour être honnête. Je pense aussi que nous avons beaucoup appris sur la façon d’encourager le genre d’aspects des recherches sur l’utilisation, et que nous avons beaucoup appris dans ce domaine du programme de l’IRCAAA. Je pense que cela a donné des résultats relativement satisfaisants qui nous permettent au moins de maintenir ce qui nous rend plus forts. En ce qui concerne les endroits où les résultats doivent être fournis, cela aura une incidence sur la vie des pauvres, et pas nécessairement les documents de recherche de haute qualité, même s’il est très important que nos recherches soient de la meilleure qualité possible. Voyez-vous, les recherches de mauvaise qualité ne rendent service à personne. Nous devons donc nous assurer que nos travaux de recherche sont de la meilleure qualité possible, mais nous devons également nous assurer que la recherche est axée sur l’obtention de résultats pour les pauvres.

Intervieweur : Et quelles sont vos prévisions à ce sujet pour l’avenir  ? Je veux dire, quels seront les défis qui feront qu’il sera difficile de continuer dans cette voie, selon-vous  ?

Ken : Il y a de nombreux défis, même si le processus s’arrêtait réellement. Non, en fait la difficulté est que ce sont des problèmes complexes que nous essayons résoudre. Il n’y a pas de solution miracle. Une bonne compréhension de tous les aspects est nécessaire. Les problèmes sont holistiques et comme je l’ai mentionné plus tôt, il faut la participation d’une équipe transdisciplinaire pour les résoudre. Malgré le fait que nous discutons des approches interdisciplinaires et transdisciplinaires depuis longtemps, la pratique est en retard sur la théorie. C’est donc ardu. C’est en fait un projet relativement difficile à établir. Comme je l’ai dit, ce sont de gros problèmes. Les équipes sont réparties sur plusieurs pays et institutions, et chacun a ses propres cultures et méthodes et normes de travail. Il y a donc beaucoup à faire pour simplement rassembler l’éventail d’acteurs qu’il faut réunir pour résoudre les problèmes difficiles. Rien que pour qu’ils comprennent ce que chacun dit, parlent le même langage et aient un cadre conceptuel semblable de ce qu’ils essaient d’accomplir, cela prend du temps. Je pense vraiment que nous avons fait un bon début. Encore une fois, je dirais qu’il y a beaucoup d’autres initiatives qui fonctionnent de façon similaire. Ceci étant dit, je constate que les chercheurs ont énormément progressé en relativement peu de temps, passant de la concentration à la production de documents dans les revues spécialisées à une tentative réelle de s’attaquer à certains des problèmes les plus difficiles auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, ce qui ne se fera pas rapidement. Je crois toutefois qu’ils font des progrès.

Intervieweur : Comment pensez-vous que vous et moi (inaudible) et si le DFID peut vraiment contribuer au progrès  ?

Ken : Pour commencer, en continuant d’appuyer ce genre de travail. En tirant des leçons de nos expériences jusqu’à présent et en s’assurant que la façon dont nous concevons et exécutons les programmes de recherche aide ces équipes à travailler ensemble de la manière la plus efficace et efficiente. En restant concentrés sur la réalisation de l’objectif de la réduction de la pauvreté. Nous comprenons les divers stimulants des différents acteurs et nous veillons à leur faciliter la collaboration pour atteindre les résultats que nous recherchons. C’est une question de travail d’équipe, n’est-ce pas  ?

Intervieweur : Effectivement.

Ken : Il en va de même dans bien des domaines. Mais dans ce cas, il faut composer avec des équipes établies au Cap pour certaines, d’autres sont basées en Angleterre, aux Pays-Bas, en Inde ou au Pakistan. C’est difficile.

Intervieweur : Effectivement.

Ken : Je suis impressionné par certaines des réalisations que les équipes ont achevées. Je pense que nous pouvons continuer de les encourager, et quant à nous, nous pouvons nous surpasser pour mettre plus d’accent sur l’obtention d’incidences de toutes les manières possibles.

Intervieweur : Très bien. Pour conclure, y a-t-il de sages paroles ou un dernier mot que vous aimeriez partager avec nous  ?

Ken : Je pense que ce sont de gros problèmes. La pauvreté et le développement sont énormes par eux-mêmes. À cela s’ajoutent des couches comme les changements climatiques.

Intervieweur : Oui.

Ken : Il faut composer avec des problèmes potentiellement énormes. Je pense que nous devons travailler fort et essayer de convaincre les autres à se joindre à nos efforts. Je crois que c’est à peu près tout ce que nous pouvons faire.

Intervieweur : C’est déjà un bon début. Je crois que c’est déjà bien. (Rires)

Ken : Oui, je le pense.

Intervieweur : Très bien. Merci beaucoup

Ken : C’est moi qui vous remercie. Merci de m’avoir invité.

Intervieweur : C’est vraiment un plaisir de parler avec vous et d’en savoir plus sur votre travail.

Ken : Bien. Merci.

Intervieweur : Merci.

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