Kemo Cham

kemo cham

Éditeur au journal Politico, Freetown, Sierra Leone

Comment le journalisme scientifique est-il arrivé dans votre vie?

Mes parents voulaient que je sois médecin. J'ai donc lu beaucoup de textes scientifiques au secondaire. Mais je me suis rapidement rendu compte que j'étais attiré par l'écriture; je me suis donc joint à tous les clubs scolaires qui étaient impliqués dans des activités littéraires, comme le Writers Club. Puis, durant ma deuxième année à l'Université de Gambie (où j’étudiais la biologie et l’agriculture), j’ai décidé que l’écriture serait ma profession. Le journalisme scientifique était un choix tout naturel étant donné mes antécédents.

Lequel de vos articles a eu le plus grand impact?

C'est en Sierra Leone que j'ai travaillé le plus longtemps comme journaliste. Dans un pays comme celui-là, où les reportages sur la science et la santé sont presque inexistants, il est difficile de mesurer l'impact de son travail. Mais je n'oublierai pas cet appel, en 2016, d'un fonctionnaire local de l’Organisation mondiale de la santé qui voulait savoir si c'était moi qui avais récemment écrit un article sur la tuberculose. Il a continué en disant que le responsable du groupe de la campagne contre la tuberculose avait mentionné mon journal, Politico SL, et tout particulièrement un article sur la maladie bactérienne qui, selon lui, avait remonté le moral du groupe qui militait pour un traitement approprié de la maladie.

Cet article, tout comme d'autres, enquêtait sur l'absence quasi totale de traitement de la maladie dans les établissements de santé, poussant les malades à faire appel à des guérisseurs traditionnels, parfois brutaux, qui les exploitent.

Quel est le principal défi du journalisme scientifique?

Le plus grand défi pour ce type de journalisme réside dans le fait que les articles sur la santé font rarement la une des journaux parce que les rédacteurs ne pensent pas que ce sont des sujets qui feront vendre des exemplaires. Quand on les publie, ils sont généralement relégués dans un coin d'une quelconque page du journal.

Les scientifiques, les représentants du gouvernement et d'autres autorités compétentes considèrent le journalisme scientifique comme une perte de temps parce qu'ils ne s'attendent pas à ce que nous sachions quoi que ce soit sur leur travail, et encore moins comment en parler. Dans une certaine mesure, ils ont malheureusement raison.

Il y a aussi la question du faible taux d’alphabétisation. Cela signifie que nous devons faire un effort supplémentaire pour interpréter des choses qui ne signifient presque rien pour le citoyen ordinaire. Et pour la Sierra Leone, c'est encore plus problématique à cause de la prédominance des reportages politiques. Les gens ont tendance à penser que les reportages sur qui exerce quelle influence politique sont plus importants qu’un article sur la pénurie de médicaments antipaludiques ou sur l'influence néfaste des guérisseurs traditionnels sur les femmes enceintes vulnérables.

Quel est l’avenir du journalisme, et plus particulièrement du journalisme scientifique?

Selon moi, le journalisme scientifique est encore embryonnaire en Afrique, et particulièrement en Sierra Leone. Toutefois, les défis auxquels nous sommes confrontés, qu’il s'agisse de remédier à l'insécurité alimentaire ou de faire face aux menaces d’épidémies comme celle d’Ebola, nous donnent l'occasion d'améliorer notre façon de faire. Et nous avons certainement besoin de plus qu'une simple formation. Plus important encore, nous avons aussi besoin d'un changement de mentalité sur la signification du journalisme, surtout en Sierra Leone.

Que vous réserve l’avenir?

Je crois que je viens d’amorcer une nouvelle étape dans ma carrière: j'encadre la prochaine génération de journalistes scientifiques dans la salle de rédaction. Je veux passer à un autre niveau, et j'espère que WCSJ2017 m'aidera à poursuivre dans cette voie.