Jac sm Kee, militante féministe et chercheuse d’avant-garde

Jac sm Kee travaille sur des questions de sexualité, de droits des femmes, de violence sexospécifique, et de cultures de l’Internet, de droits, et de liberté.

Les innovations numériques peuvent offrir de nombreux avantages. Mais sans les compétences et les accès nécessaires, de nombreuses femmes et filles en sont privées à l’échelle planétaire. Et quand une femme réussit à accéder au monde en ligne (qui tend à amplifier les inégalités, les préjudices et le sexisme), elle est souvent victime d’un grave harcèlement.

Selon une étude menée aux États-Unis par le Pew Research Center en 2014, l’une des rares décrivant le harcèlement en ligne, 73 pour cent des utilisateurs adultes d’Internet avaient été témoins de harcèlement en ligne, et 40 pour cent en avaient personnellement été victimes. Bien que cette étude ne nous permet pas de comprendre les conditions en ligne dans les pays du Sud, la réalité est la suivante : les « trolls » en ligne sont actifs au-delà des frontières. Que leur cible soit en Guinée-Bissau ou au Sri Lanka, leur objectif est d’humilier. Leurs efforts pour marginaliser les voix féminines ont un effet dissuasif sur les voix des femmes et des non-conformistes sexuels.

Jac sm Kee est une militante féministe, une écrivaine et une chercheuse de Malaisie qui travaille avec une équipe dynamique de militantes féministes d’Afrique du Sud, de République tchèque, du Mexique, d’Inde, de Bosnie-Herzégovine, d’Argentine, et des États-Unis. Elle dirige le Programme des droits des femmes de l’Association pour le progrès des communications, qui oeuvre à la prévention de la violence contre les femmes en ligne, encourage la recherche sur les questions sexospécifiques et renforce la capacité du mouvement féministe et technologique. Mme Kee a dirigé le groupe de rédaction  des principes féministes d’Internet qui soulignent les principaux enjeux et analysent les dimensions connexes du pouvoir d’un point de vue féministe. Elle a mené des recherches novatrices sur la gouvernance d’Internet, la censure, le respect de la vie privée, les droits des femmes et la sexualité, et est également l’une des fondatrices de la campagne de collaboration à l’échelle mondiale Réapproprie-toi la technologie !, qui vise à lutter contre la violence sexospécifique en ligne en soutenant et en autonomisant les femmes de sorte qu’elles puissent prendre le contrôle de la technologie.

L’équipe de Mme Kee a mené une étude cartographique pour le Centre de recherches pour le développement international au cours de l’année dernière dans le but de cibler les secteurs où des recherches sont nécessaires pour résoudre les problèmes liés aux sexospécificités et à la technologie numérique dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, ou les problèmes concernant ces pays. Parmi les sujets à étudier plus en profondeur se trouve notamment le manque de données  sur un accès numérique important et pertinent pour les femmes, les filles et les non-conformistes sexuels. Il y a également un manque de connaissances sur l’économie et les problèmes liés au travail en ligne; sur les différentes formes et répercussions de la violence sexospécifique et le harcèlement en ligne; ainsi que sur la façon dont les défis liés au respect des renseignements personnels, à la gouvernance des données et à la surveillance nuisent à la liberté d’expression, à la participation et à la prise de décisions.

Pour résoudre certains de ces problèmes, l’équipe de Mme Kee travaille actuellement à l’élaboration d’une proposition pour un réseau de recherche transversale qui explorera les frontières du potentiel transformateur des sexospécificités en ligne. L’objectif est de construire les fondations d’une meilleure recherche en matière de politique sur les différents aspects de la sexospécificité et de l’inclusion dans le développement numérique dans les pays du Sud, et de favoriser un domaine de recherche plus étendu sur ces enjeux.

Puisque les relations entre les sexes sont de plus en plus marquées par la technologie numérique, elles ont des répercussions sur l’action politique (par l’intermédiaire des médias sociaux, des autres forums en ligne ou des usines de fausses nouvelles), les moyens de subsistance (par l’intermédiaire des plateformes de travail en ligne, du microtravail, du travail non rémunéré grâce au libre-service, et du travail de modération en ligne) ainsi que sur les relations sociales (en raison de la violence en ligne et hors ligne, du trollage, du harcèlement et de la transmission d’images intimes sans consentement). Le travail de Mme Kee commence à peine, mais il promet d’avoir de profondes répercussions.