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John Poi Namanjelie, un père de six enfants et un petit exploitant agricole âgé de 44 ans du comté de Bungoma, dans l’ouest du Kenya, espérait éviter de perdre des récoltes et augmenter ses revenus en diversifiant ses cultures : des légumes, des fruits, du maïs, des haricots, des bananes et du sorgho. Cependant, il a obtenu de faibles rendements à sa ferme de 1,2 hectare pendant 20 ans en raison de changements dans les régimes climatiques et de la mauvaise qualité des semences.    

Et puis l’assurance fondée sur des photos est arrivée...  

John a eu une révélation en 2020 lorsqu’un ami lui a présenté un système d’assurance mis au point par Agriculture and Climate Risk Enterprise Ltd (ACRE Africa). Le projet baptisé « Picture Based Insurance » (PBI), ou assurance fondée sur des photos, qui s’inscrit dans le cadre du Fonds Cultiver l’avenir de l’Afrique, un partenariat entre l’Australian Centre for International Agricultural Research et le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), s’appuie sur des photos des champs prises avec des téléphones cellulaires pour montrer les dégâts causés aux cultures par des conditions météorologiques extrêmes. Des agronomes examinent ensuite les photos en vue d’indemniser les cultivateurs. « Nous étions si habitués à cultiver à perte en raison des faibles rendements que nous ne cherchions qu’à obtenir ce que nous pouvions nous permettre pour nourrir notre famille et survivre jusqu’à la prochaine saison, explique John. Nous semions les graines de la récolte précédente, et le cycle d’exploitation agricole médiocre s’est poursuivi pendant des années ».   

John a été recruté en 2020 par ACRE Africa pour être un « agent de changement » ou un « champion de son village », et a suivi une formation sur la technologie utilisée pour l’assurance fondée sur des photos. Cette année-là, il a été parmi les 30 champions du comté de Bungoma qui ont reçu une formation sur les pratiques exemplaires en matière d’agronomie et de gestion durable des terres, notamment le paillage (qui évite aux cultivateurs de brûler leurs déchets agricoles après la récolte et de réduire la fertilité du sol), les cultures intercalaires, la rotation des cultures et l’agroforesterie, ainsi que sur les avantages de l’assurance récolte. Les champions villageois transmettent ensuite ces connaissances à d’autres agriculteurs.    

Comme les autres champions, John se sert d’un téléphone intelligent pour photographier les cultures de différentes fermes et envoyer les photos à ACRE. Lui et une quarantaine d’autres agriculteurs prennent des photos de leurs cultures de manière périodique, notamment avant, pendant et après la plantation, ainsi qu’à mi-saison.  

« Nous nous appuyons sur différents critères pour recruter les champions villageois. Nous tenons compte de leur sexe et de leur âge, mais nous recherchons également les agriculteurs qui ont les meilleures connaissances agricoles de leur collectivité, qui peuvent mobiliser efficacement un réseau d’agriculteurs et qui peuvent facilement se déplacer d’une ferme à l’autre pour former d’autres agriculteurs », explique Patyster Lusweti, qui est superviseur d’ACRE Africa pour les comtés de Bungoma et de Busia, dans l’ouest du Kenya. 

  « Le projet PBI vise à pallier les faiblesses des régimes d’assurance traditionnels, dont les coûts élevés de vérification et de suivi pour l’assureur se traduisent par des primes élevées que la plupart des petits agriculteurs ne peuvent pas se permettre. Grâce à l’imagerie par satellite et par téléphone intelligent, et à la présence de personnes qui observent les pratiques de gestion agricole sur le terrain, le système PBI atténue le risque de corrélation (écart entre les indemnités payées par les assureurs et les pertes réelles des agriculteurs) et, en fin de compte, le manque de confiance des agriculteurs envers les assureurs. Le projet PBI encourage également l’adoption de technologies agricoles résilientes et la mobilisation des petits exploitants agricoles, ce qui renforce davantage leur confiance », explique Lilian Waithaka, un chef de projet PBI. 

Media
John Poi Namanjelie montre les dommages causés par le climat à sa ferme. Il utilise l’application d’assurance contre le climat fondée sur des photos à sa ferme près de Bungoma, dans l’ouest du Kenya, pour assurer ses cultures.
Georgina Smith
John Poi Namanjelie montre les dommages causés par le climat à sa ferme. Il utilise l’application d’assurance contre le climat fondée sur des photos à sa ferme près de Bungoma, dans l’ouest du Kenya, pour assurer ses cultures.

Inscription au programme 

Pour s’inscrire et participer au programme, les agriculteurs utilisent un code téléphonique pour avoir accès à des instructions pour souscrire une assurance pour les cultures assurables. Ils reçoivent des cartes à gratter pour l’achat de polices d’assurance dont le prix varie de 50 Ksh (0,56 $ CA/0,61 $ AU) à 1 000 Ksh (11,25 $ CA/12,25 $ AU), qu’ils paient au moyen d’un service d’argent mobile. Outre une protection contre les dommages causés aux cultures, l’assurance donne aux agriculteurs accès à des semences certifiées, à des conseils sur leurs cultures et à de l’information sur les conditions météorologiques régionales fournis par des agronomes qui travaillent pour ACRE Africa. « Les agriculteurs de la région sont de plus en plus favorables à l’assurance, principalement parce qu’ils ont vu des indemnités être versées et parce que les gens qui leur vendent l’assurance sont des agriculteurs comme eux. Au départ, on a eu de la difficulté à leur vendre le produit, car les primes des compagnies d’assurance coûtent cher, et il est toujours difficile d’obtenir un règlement », ajoute John.    

Ce dernier enregistre dans une application mobile des renseignements sur les agriculteurs de son réseau, notamment leur nom, leur adresse, la superficie de leurs terres et de leurs cultures. Il y note aussi s’ils ont souscrit une assurance (et ce qui les a encouragés à le faire ou les y a empêchés). On utilise ces renseignements pour déterminer la portée du régime d’assurance. « Cela nous permet aussi de savoir quels types de cultures les agriculteurs exploitent, afin de déterminer s’il faut élargir la gamme de cultures que nous assurons et ce que nous pouvons faire pour améliorer le produit d’assurance en vue de le mettre à l’échelle. Pour l’instant, les cultures assurées sont le maïs, le haricot velu, les haricots et le sorgho », nous dit M. Patyster. 

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John Poi Namanjelie à sa ferme près de Bungoma, dans l’ouest du Kenya. Les haricots et le maïs qu’il cultive sont assurés.
Georgina Smith
John Poi Namanjelie à sa ferme près de Bungoma, dans l’ouest du Kenya. Les haricots et le maïs qu’il cultive sont assurés.

Les indemnités versées 

Les semences améliorées obtenues dans le cadre du programme d’ACRE se sont traduites par des récoltes exceptionnelles pour John, qui sont passées d’un sac de maïs de 90 kg à quatre sacs de 90 kg. Il vend le maïs aux marchés locaux, à 2 400 Ksh (27,18 $ CA/29,60 $ AU) l’unité. L’argent qu’il tire de son exploitation agricole suffit à éduquer ses enfants, dont deux étudient à l’université et deux autres vont à l’école secondaire.  

Pour une prime d’assurance de 200 Ksh (2,25 $ CA/2,47 $ AU) pour un acre, les agriculteurs touchent jusqu’à 2 000 Ksh (22,51 $ CA/24,70 $ AU) en cas de perte de récolte liée aux conditions météorologiques. Cela leur permet de récupérer l’argent qu’ils ont investi dans les semences utilisées. John explique en outre que le produit d’assurance complet, qui offre aux agriculteurs des semences certifiées, une formation sur les pratiques exemplaires agricoles et la garantie qu’ils seront indemnisés si des intempéries affectent leurs cultures, incite davantage d’agriculteurs à poursuivre leurs activités. « Parmi les agriculteurs de mon réseau, j’ai constaté un regain d’intérêt pour l’agriculture, car ils peuvent voir le fruit de leur labeur. Dans ma région, on constate un intérêt accru chez des agriculteurs qui étaient initialement sceptiques à l’idée d’acheter une assurance, et les agriculteurs obtiennent de meilleurs rendements, comme en témoignent les marchés locaux, où la plupart d’entre eux vendent désormais leurs produits », explique John. 

Le projet est élaboré et mis en œuvre par un consortium de quatre organisations : la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization (KALRO), Agriculture and Climate Risk Enterprise Ltd (ACRE Africa), l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et l’université et centre de recherche de Wageningen (WUR), entre autres intervenants

Image en haut : Georgina Smith