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Quand les haricots enrichissent les ménages ougandais    

Sur la pente d’une petite colline du village de Kambugu, à Kiboga, en Ouganda, la ferme de Jennifer Nakaye, qui cultive des haricots verts et feuillus, s’étend sur 1,2 ha. Jennifer Nakaye, 61 ans, conserve ses haricots rouges et épais dans des sacs de 90 kg dans un magasin en bois situé en face de la maison principale; cependant, ce ne sont pas des haricots ordinaires, ils sont enrichis en fer et en zinc. 

Jennifer Nakaye et les autres agriculteurs de son village cultivent la variété NAROBEAN 1 depuis trois ans, depuis qu’elle a été introduite par un projet de haricots précuits dans le cadre du Fonds pour l’avenir de l’Afrique (CultiAF), un partenariat de dix ans et de 35 millions de dollars canadiens entre le CRDI et l’Australian Centre for International Agricultural Research (ACIAR). Le projet sur les haricots, mené par la National Agricultural Research Organisation (NARO) de l’Ouganda, la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization et la Pan-Africa Bean Research Alliance (PABRA), vise à améliorer la nutrition et à remédier aux inégalités entre les sexes dans la chaîne de valeur des haricots et dans les communautés locales au Kenya et en Ouganda.  

« Avant que le projet ne soit introduit ici en 2017, nous cultivions principalement des haricots pour l’alimentation, mais grâce à la formation avec NARO et CEDO [Community Enterprise Development Organisation], nous avons réalisé que ce type de haricot est une culture des plus rentables. Vous pouvez planter les haricots et les récolter deux fois par an avant de vendre du maïs », explique Jennifer Nakaye. « Ces haricots ont changé ma vie. Avant, je ne pouvais pas gagner 10 000 shillings ougandais [environ 3,6 CAD] avec mes cultures, mais avec ces haricots, je peux gagner 1 million de shillings [environ 357 CAD] chaque saison de plantation – voire davantage! Je plante habituellement 0,6-0,8 ha », a déclaré Kaweesa George William, un agriculteur du district de Kiboga. Les haricots sont vendus à des transformateurs locaux qui les transforment en produits à base de haricots à cuisson rapide, en barres de haricots prêtes à consommer, en farine de haricots, en nouilles de haricots et en morceaux de haricots (un ingrédient utilisé pour faire du pain). Ceux-ci fournissent aux petits exploitants agricoles un revenu fiable.   

Miser sur les haricots 

Jennifer Nakaye récolte plus de 4 000 kg de haricots par an, ce qui lui rapporte environ 8 millions de shillings ougandais, soit plus de 2 800 CAD. Les recettes des haricots ont permis à Jennifer Nakaye de scolariser ses enfants jusqu’au collège et de l’université. Elle a pu acheter un terrain commercial dans la ville de Kakiri, près de Kampala, la capitale ougandaise, sur lequel elle prévoit d’installer des magasins de location.   

L’accès à ses revenus a été facilité grâce à une application mobile appelée MasterCard Farmer Network (MFN). L’application, qui a été mise en place en novembre 2018, en partenariat avec Mastercard, NARO et PABRA, a été développée pour aider les agricultrices en particulier à accéder directement à leurs propres revenus, au lieu de passer d’abord par leurs maris. Les femmes sont encouragées à ouvrir des comptes d’argent mobile ou des comptes bancaires à leur nom et, grâce à l’application, elles reçoivent le paiement de leur livraison de grain. 

Jonah Arinaitwe, une productrice de haricots du district d’Isingiro, en Ouganda, est inscrite à la plateforme MFN depuis mars 2021. Non seulement peut-elle accéder directement au revenu de ses haricots, mais l’application lui est également utile dans son rôle d’agent de la coopérative agricole locale, Manyakabi Area Cooperative Enterprises (MACE)? Dans le cadre de ce rôle, Jonah Arinaitwe a mobilisé plus de 150 agriculteurs – dont 120 femmes – pour cultiver la variété NAROBEAN 1, qu’elle collecte auprès des agriculteurs et vend en gros à MACE. Lorsque MACE a intégré MFN dans ses opérations, Jonah Arinaitwe a été l’une des agentes sélectionnées pour utiliser la plateforme numérique. « Le MFN a facilité mon travail et la majeure partie de celui-ci est maintenant effectuée à l’aide de mon téléphone intelligent au lieu de remplir des papiers. Maintenant, je peux inscrire les agriculteurs et indiquer les récoltes attendues en utilisant le MFN sans avoir à me rendre au bureau du MACE dans les collines du district d’Isingiro », a-t-elle déclaré.  

Grâce aux revenus que Jonah Arinaitwe tire de sa culture de haricots et de son travail d’agence, elle a pu se lancer dans différentes entreprises. « J’ai pu démarrer une activité de production porcine; j’ai maintenant cinq truies et un mâle et plus de 20 porcelets, que j’ai vendus sur les marchés. »  

Le projet de haricots précuits aide également avec les agriculteurs en leur apprenant les bonnes pratiques agricoles ainsi que les façons de déterminer les maladies des cultures
Pius Sawa
Le projet de haricots précuits aide également avec les agriculteurs en leur apprenant les bonnes pratiques agricoles ainsi que les façons de déterminer les maladies des cultures

Les défis en matière de COVID-19  

Mais si les haricots améliorés ont fourni une source de revenus complémentaire et rentable pour certains agriculteurs, beaucoup ont eu du mal à produire au cours des deux dernières saisons en raison des difficultés suscitées par la COVID-19. Les mesures de confinement ont empêché de nombreux agriculteurs d’accéder aux intrants agricoles, et ceux qui avaient des parents malades ont été isolés. D’autres ont dû consacrer la majeure partie de leurs revenus à la santé de leur famille. En plus de ces coûts de santé inattendus, le prix des haricots a baissé. Selon Isaac Mugagga, responsable d’un projet sur les haricots précuits, cette situation est due à une surproduction et à un report de stock des années précédentes. « Adapter les contrats pour qu’ils soient basés sur le volume plutôt que sur les prix semble mieux fonctionner que de fixer les prix à l’avance. L’acheteur contractuel offre la valeur marchande plus une petite marge pour fidéliser les producteurs », a déclaré Isaac Mugagga, soulignant une voie potentielle pour l’avenir des agriculteurs. 

Et les agriculteurs restent positifs quant à leur avenir dans le secteur des haricots : « Nous avons mobilisé d’autres agriculteurs pour qu’ils se mettent à cultiver des haricots en leur montrant où ils peuvent se procurer des semences de qualité et en leur montrant comment nous avons bénéficié des revenus que nous obtenons. Nous avons dit que nous ne pouvions pas abandonner la culture des haricots », a déclaré Kaweesa, qui prévoit d’augmenter la taille de son exploitation de haricots de 0,8 à 2 ha. Lorsque les défis autour de la COVID-19 se seront atténués, Jennifer Nakaye souhaite également s’investir davantage dans la culture des haricots. « Avec d’autres agriculteurs, lorsque la situation relative à la COVID-19 s’améliorera, nous voulons construire de meilleures installations de stockage et accroître nos efforts en matière de production », a-t-elle déclaré. 

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Pius Sawa