Grace Omollo Misere et Anne Akoth Misere

Deux soeurs exceptionnelles, un même don pour les mathématiques : promesse d’un bel avenir pour l’Afrique

Deux anciennes élèves de l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) font désormais partie de la masse critique de leaders en STIM qui vont transformer le continent.

Grace Omollo Misere et Anne Akoth Misere sont deux soeurs qui partagent plus que les liens du sang. Toutes deux sont des mathématiciennes brillantes diplômées de l’AIMS, institut où elles ont aiguisé leur esprit critique et développé leurs compétences en communication et en leadership afin de concrétiser leurs idées et de définir des solutions d’avenir pour l’Afrique. Leur motivation, leur réussite et leur passion commune pour les sciences font de ces soeurs un exemple à suivre pour les jeunes Africaines.

Grace Omollo MisereGrace Omollo Misere

Candidate au doctorat de l’Université La Trobe (Australie)

À l’instar de sa cadette, Grace a des capacités en mathématiques si remarquables qu’elle considère le calcul comme une forme de relaxation ou de méditation. Malgré une enfance difficile, elle a bénéficié du soutien de bons samaritains et de bienfaiteurs qui lui ont permis de poursuivre ses études. Grace a su exploiter ses propres capacités, mais elle s’est aussi tournée vers ses deux soeurs – Anne et sa soeur aînée, ingénieure civile et structurelle – pour trouver la force de persévérer dans un domaine traditionnellement masculin.

Après l’obtention de son diplôme de premier cycle en mathématiques, Grace a enseigné les mathématiques et la physique dans une école secondaire pour garçons au Kenya avant d’être admise à l’AIMS du Ghana en 2012. Elle a ensuite décroché une bourse réservée aux anciens étudiants de l’AIMS pour effectuer un Master of Philosophy en mathématiques à l’Université du Ghana, puis a enseigné les mathématiques à l’AIMS du Ghana. Grace est aujourd’hui doctorante à l’Université La Trobe de Melbourne, en Australie, où elle travaille sur la théorie des graphes et la combinatoire, une branche des mathématiques pures qui traite des structures discrètes.

La combinatoire a amené Grace à étudier une conjecture avancée par John Conway, l’un des plus grands mathématiciens du monde. Formulée à la fin des années soixante, la conjecture de Conway propose un rapport entre les sommets et les arêtes dans un type particulier de graphe appelé « thrackle » en anglais. Cependant, personne n’a pu apporter la preuve définitive de cette conjecture, ce qui a poussé John Conway à offrir une récompense en espèces à celui ou celle qui trouvera la solution. Plusieurs décennies plus tard, la récompense n’a toujours pas été réclamée.

Selon Grace, en raison des découvertes récentes en combinatoire et en topologie, la preuve formelle de la conjecture de Conway est désormais à portée de main. Elle espère que ses recherches aideront à mieux comprendre cette conjecture, même si elle ne parvient pas à la résoudre entièrement. Grace a co-écrit deux articles sur le sujet : l’un a été publié dans l’Australian Journal of Combinatorics, tandis que l’autre a été accepté pour publication dans le Journal of Discrete Mathematics and Theoretical Computer Science.

Anne Akoth MisereAnne Akoth Misere

Conseillère principale chez Ernst & Young LLP au Kenya

D’une enfance difficile à une brillante carrière en conseil en gestion, Anne est la preuve qu’avec un soutien adéquat la jeunesse africaine est capable d’être un moteur de croissance pour le continent. Tout comme sa soeur Grace, Anne a un parcours marqué par sa persévérance, sa détermination et sa passion pour les mathématiques et les sciences.

Orpheline à l’âge de 12 ans, ce qui lui laissait peu de chances de fréquenter l’école secondaire, Anne était malgré tout déterminée à poursuivre ses études et a obtenu une bourse complète d’études secondaires auprès de la Fondation Jomo Kenyatta. Elle a ensuite été admise à l’Université Moi, au Kenya, où elle a obtenu un baccalauréat en sciences de l’éducation (mention très honorable) avec une spécialisation en physique et en mathématiques. Une fois diplômée, Anne a enseigné dans une école secondaire pour garçons au Kenya pendant un an, et elle a été sélectionnée parmi 60 enseignants pour recevoir le titre de professeur du trimestre.

En 2012, Anne a été admise à l’AIMS d’Afrique du Sud avec une bourse complète. Elle y a rencontré des étudiants qui partageaient sa passion pour les problèmes de physique, d’informatique, d’ingénierie et de mathématiques pures. Avec sa maîtrise ès sciences de l’AIMS et après avoir participé à l’AIMS Industry Initiative, Anne a démarré sa carrière en tant que stagiaire analyste commerciale chez Infinite Potentials Consulting (IPC), une organisation dont le but est de devenir l’un des principaux cabinets de conseil africains dans les domaines de l’éducation, de l’énergie et de la santé.

Durant ses quatre années chez IPC, Anne a participé à l’élaboration de plans de croissance pour des établissements d’enseignement privé au Ghana et en Afrique du Sud, et elle a appuyé les activités d’entreprises de développement logiciel au Ghana et au Rwanda. Anne a également défini des stratégies d’entrée sur le marché pour des entreprises européennes et nord-américaines qui souhaitaient étendre leurs activités aux marchés africains en plein essor. Un aspect fondamental de son travail chez IPC est la précieuse contribution qu’elle a apporté à l’AIMS, notamment en étant l’un des moteurs du Next Einstein Forum de 2016, une plateforme qui relie les sciences, la société et les politiques en Afrique afin d’appuyer le développement humain partout dans le monde.

En octobre 2017, Anne a rejoint l’équipe de conseil d’Ernst & Young LLP à Nairobi en tant que conseillère principale. À ce poste, elle aide les organisations et les autorités du Kenya et des pays voisins à améliorer leur rendement en analysant les problèmes organisationnels existants et en mettant sur pied des plans d’amélioration adaptés.

Anne attribue sa réussite à sa formation en mathématiques et en sciences qui, selon elle, lui ont appris à construire et présenter ses arguments de façon logique, à aborder des concepts abstraits et à résoudre des problèmes. 

Comme tous les anciens étudiants de l’AIMS, Grace et Anne Misere ont une passion commune pour les sciences et savent combien ce domaine est important pour l’avenir de l’Afrique. Leurs compétences, leur travail acharné et leur engagement incarnent le talent scientifique et technique que l’Afrique possède et qui continuera à stimuler le progrès sur le continent. 

À propos de l’AIMS

L’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) est le premier et le plus grand réseau panafricain de centres dédiés à l’enseignement supérieur, à la recherche et à la mobilisation publique dans le domaine des sciences mathématiques.

L’AIMS comprend des centres au Cameroun, au Ghana, au Rwanda, au Sénégal, en Afrique du Sud et en Tanzanie. L’Initiative Next Einstein de l’AIMS (AIMS-NEI) est un plan stratégique dont le but est d’établir 15 centres d’excellence en sciences mathématiques en Afrique d’ici 2023. À ce jour, l’AIMS a diplômé plus de 1 500 mathématiciens – dont un tiers de femmes – qui travaillent actuellement dans le milieu universitaire ou le secteur privé et façonnent les politiques pour la croissance du continent.

L’AIMS bénéficie d’un financement public et privé, dont une subvention initiale de 20 millions de dollars du gouvernement du Canada, administrée par le CRDI, et un engagement du ministère du Développement international du Royaume-Uni pour un montant maximal de 29 millions de dollars canadiens sur cinq ans. Le CRDI a en outre investi 2 millions de dollars supplémentaires en vue de financer des chaires de recherche et d’améliorer les perspectives d’emploi des diplômés de l’AIMS-NEI.

En 2016, le gouvernement du Canada a annoncé un financement supplémentaire de 22,6 millions de dollars canadiens par l’intermédiaire d’Affaires mondiales Canada et du CRDI. Cette nouvelle étape vise à former des mathématiciens africains qui pourront trouver des solutions permettant d’atténuer les changements climatiques et de s’y adapter. Un programme spécialisé en science des changements climatiques sera proposé aux étudiants de l’AIMS du Rwanda, et des bourses seront offertes aux mathématiciennes africaines d’exception travaillant sur les problématiques liées aux changements climatiques. Ce nouveau financement contribuera aussi à l’ouverture de nouveaux centres AIMS en Afrique francophone en 2018.