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La réhabilitation des terres arides de Baringo au Kenya

9 février 2011

Un taureau appelé Mwalimu a aidé à sauver la vie de centaines de têtes de bétail dans le district de Baringo au Kenya lors d'une récente sécheresse.

Mwalimu, en swahili, signifie « professeur » et ce taureau a enseigné aux autres membres du troupeau à faire quelque chose qui ne leur viendrait pas naturellement : se nourrir de cactus. Après deux années de sécheresse, le fourrage dans le district de Baringo était si rare que le bétail mourait de faim. Lorsque le personnel de la fiducie de bienfaisance Rehabilitation of Arid Environments (RAE) a entendu parler d'un taureau qui mangeait des cactus, il l'a acheté pour l'amener dans le district afin qu'il montre aux bovins affamés comment eux aussi pouvaient se nourrir de ces plantes grasses, une fois que les épines en ont été enlevées par brûlage.

Des bovins mangeurs de cactus

« Les bovins étaient tout disposés à faire l'essai de ce nouveau fourrage, mais ce sont les gens qui parfois étaient réticents », affirme Murray Roberts, directeur général de RAE. Pourtant Mwalimu, le mangeur de cactus, avait fait ses preuves devant plus de 150 bêtes et la pratique semblait devoir s'étendre à de nombreux autres troupeaux.

RAE, organisme appuyé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et d'autres donateurs, est connu pour faire la démonstration de ce qui semble impossible. Ses travaux portent surtout sur les terres semi-arides de la région du lac Baringo, situé à environ 300 km au nord-ouest de Nairobi, la capitale. Il s'intéresse en particulier à la récupération de terres sérieusement dégradées pour en faire des champs productifs, preuve que la désertification est réversible, ce qui ne se confirme toutefois que si la terre est gérée comme il se doit.

Un pâturage débridé

« Par le passé, c'était les anciens des Tugen, Pokot et Njemps, groupes ethniques vivant en partie de l'élevage et originaires de la région de Baringo, qui organisaient le pâturage de leur bétail », affirme Elizabeth Meyerhoff, ethnologue et co-directrice de RAE. Mais les changements sociaux, de même que la croissance démographique et l'augmentation des troupeaux de bestiaux, ont peu à peu érodé le pouvoir des anciens et alourdi les pressions qui s'exercent sur les terres. En outre, le gouvernement qui préside aux destinées du Kenya depuis son indépendance n'a pas encore officialisé les titres de propriété que devraient détenir les habitants de Baringo sur les pacages où leurs bêtes paissent depuis toujours, comme cela s'est fait ailleurs au Kenya en vertu du système collectif d'élevage du bétail selon lequel les terres sont des propriétés communes. La combinaison de ces facteurs a donné lieu à un pâturage « débridé » dans la région si bien que les membres de la collectivité ne sont guère portés à y gérer les terres en fonction de l'avenir.

« Si les gens possédaient des actes-titres sur leurs terres, ils s'en occuperaient sans doute mieux », fait valoir Roberts.

L'approche de RAE

La technique adoptée par RAE pour la remise en état des terres consiste à tenir des réunions avec les villageois afin de dénombrer les parcelles dénudées qu'ils souhaitent voir régénérées, clôturer les propriétés, préparer la terre grâce à un système de récupération de l'eau, planter des arbres et des graminées xérophiles, et travailler en collaboration avec la collectivité pour en arriver à une gestion judicieuse de l'utilisation des terres afin d'assurer la durabilité de l'environnement.

Cette approche participative prévoit aussi la tenue d'élections dans les villages pour former des comités de gestion chargés de réglementer l'utilisation des champs (par exemple, quels sont ceux où le bétail peut pacager sur les propriétés clôturées et pendant combien de temps), le personnel de RAE offrant conseils et avis. Renforcer les capacités de ces comités de gérer les ressources communes de façon durable et équitable est un des principaux objectifs du financement du CRDI.

Une expérience réussie

Michael Lekoipiri préside le comité de gestion du premier champ que RAE ait réhabilité en 1982. « Auparavant, il n'y avait ici qu'une terre stérile », rappelle-t-il. « Mais, au bout de quelques mois, l'herbe s'est mise à pousser. » Avec le temps, les villageois ont pu y mener leurs moutons pendant la saison sèche, pratique qui dans certains cas a permis de doubler le revenu que les propriétaires tiraient de leurs troupeaux.

« Bien des gens en ont bénéficié », poursuit Lekoipiri. « L'argent provenant de la vente des moutons et des graines de graminées sert à payer les frais de scolarité des enfants et la nourriture des familles. »

Les répercussions

RAE a régénéré ainsi environ 1 700 hectares de terres de communage, contribuant à la biodiversité et mettant fin à l'érosion du sol. Les statistiques montrent qu'en moyenne près de 1 000 familles profitent chaque année des terres réhabilitées. Certains comités de gestion ont décidé d'autoriser les femmes à récolter les graines de graminées ce qui leur procure une nouvelle source de revenu. D'autres ont ouvert des comptes bancaires et paient une partie du salaire des villageois embauchés par RAE pour surveiller et enregistrer l'utilisation que l'on fait des champs. Des pasteurs d'autres régions du Kenya sont venus à Baringo pour observer les travaux de RAE et appliquer ses techniques sur leurs propres territoires.

« Je rêve que tous les pâturages semi-arides deviennent productifs et soient gérés convenablement », déclare Roberts. Ces dernières années, RAE a surtout cherché à aider les petits agriculteurs à réhabiliter les terres dont ils assurent l'exploitation. L'idée a été proposée par les villageois eux-mêmes qui, inspirés par le succès des terres collectives remises en état, ont commencé à clôturer de petites parcelles de la terre familiale. La propriété privée — inconnue de la majorité des collectivités qui vivent de l'élevage — peut améliorer la qualité des pâturages pourvu que la gestion des terres soit efficace. À ce jour, 85 hectares de « champs privés » ont été remis en état par 93 propriétaires, dont un groupe de femmes.

La voie de la durabilité

« Depuis que je plante ces graminées, je n'ai pas eu à mener mon troupeau ailleurs en quête de pacage », affirme Wilson Chebungei, un des premiers villageois à ensemencer un champ privé avec l'aide de RAE. « J'ai aussi réussi à nourrir plus de 20 bêtes pendant quatre ans sans avoir à changer de champ. »

Néanmoins, tenter de persuader les pasteurs d'élever un nombre raisonnable de têtes de bétail pour protéger l'environnement relève encore du défi. « Il y a avait ici de très bonnes terres », souligne Paul Parsalaach, gestionnaire des activités sur le terrain du groupe RAE, « mais elles se sont sérieusement dégradées parce que les troupeaux sont trop nombreux et que les terres sont mal gérées. Les collectivités commencent à se rendre compte que le pâturage d'un trop grand nombre de bêtes pose problème. »

La dégradation de l'environnement

Parsalaach se souvient que durant toute son enfance (dans les années 1960 et 1970), jamais la région de Baringo ne s'est autant dégradée. « Partout, les oiseaux chantaient. La faune habitait par ici. On pouvait boire de l'eau à même le lac Baringo; on voyait même au travers. »

Aujourd'hui, protéger le lac Baringo est un des principaux soucis de RAE. Le surpâturage dans les basses terres avoisinantes et l'exploitation forestière dans les hautes terres entraînent une très grave érosion du sol qui, en retour, provoque l'envasement du lac. « Si on ne s'en occupe bientôt, le lac ne survivra pas, en tout cas pas dans sa forme actuelle », conclut Roberts.

Mike Crawley, en reportage à Kampi ya Samaki, au Kenya.

Reconnaissance et respect de la médecine traditionnelle

1 février 2011
Nulle part ailleurs dans le monde, le sida n’a d’effets plus dévastateurs qu’en Afrique. Des dizaines de millions de personnes sur ce continent sont séropositives. Les traitements coûteux mis au point par l’industrie pharmaceutique dans le Nord sont trop dispendieux pour la majorité des Africains et ne sont, du reste, pas disponibles partout. Aussi n’est-il pas étonnant que la plupart des personnes atteintes fassent appel aux guérisseurs pour les aider à combattre cette maladie. Malgré le scepticisme affiché par plusieurs, certaines indications montrent que les remèdes à base de plantes offerts par ces guérisseurs seraient non seulement à la portée de toutes les bourses, mais également d’une grande efficacité, selon le docteur Sekagya Yahaya Hills qui, en Ouganda, pratique à la fois comme dentiste moderne et guérisseur traditionnel.
Le docteur Hills a parlé au Symposium international sur la biodiversité et la santé, tenu à Ottawa en octobre 2003, des travaux de PRO.ME.TRA, organisation internationale pour la préservation et la restauration des médecines traditionnelles. Des études à long terme comparant diverses plantes médicinales africaines ont donné des résultats probants et PRO.ME.TRA a déjà présenté cinq demandes de brevet pour l’utilisation de plantes médicinales dans le traitement du sida. (Voir l'encadré Une nouvelle piste pour le traitement du sida)

Selon le docteur Hills, la Déclaration des guérisseurs traditionnels — qu’il a présentée à la 13e Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique, tenue à Nairobi en septembre 2003 — résume bien le rôle de la médecine traditionnelle en Afrique. « À titre de guérisseurs traditionnels, nous sommes les prestataires des soins de santé les plus accessibles et en qui les membres de nos collectivités ont le plus confiance », peut-on lire dans la déclaration. « Nous avons acquis une vaste et précieuse expérience dans le traitement des maladies apparentées au sida et nous acceptons la lourde responsabilité de continuer à le faire. »

La déclaration recommande également de faire une place aux guérisseurs traditionnels dans la recherche sur le sida, d’accroître la collaboration entre médecine classique et médecine traditionnelle et d’inclure dans le traitement et les soins de santé prodigués aux sidéens des thérapeutiques traditionnelles sûres et efficaces.

Un système accessible et abordable

Le VIH et le sida sont loin d’être les seules maladies pour lesquelles on consulte les guérisseurs traditionnels. La grande majorité des Africains ont régulièrement recours à leurs services pour leurs soins primaires. Selon une étude menée en Afrique subsaharienne, le pourcentage de fréquentation des guérisseurs traditionnels dans cette région atteindrait 85 %. Pour sa part, François Gasengayire, spécialiste en matière de biodiversité et médecine traditionnelle du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), établi à Nairobi, fait valoir qu’en Afrique australe, il y a un guérisseur pour 200 personnes, soit un ratio médecin-patient de beaucoup supérieur à celui qui existe en Amérique du Nord.

Reconnaissant que la médecine traditionnelle est « le système de soins de santé le plus facilement accessible et le plus abordable pour la plupart des Africains ruraux », l’Organisation de l'unité africaine (qui a donné naissance à l’Union africaine) instituait la période 2001-2010 Décennie de la médecine traditionnelle en Afrique. L’initiative a pour objectif de rassembler tous les intervenants afin de « mettre à la disposition de la vaste majorité du peuple africain des pratiques médicales et des plantes médicinales traditionnelles sûres, efficaces, abordables et de grande qualité ». L’Organisation mondiale de la Santé et le CRDI, entre autres organismes, appuient cet objectif. Le CRDI a joué un rôle de premier plan dans le processus menant à l’institution de la Décennie de la médecine traditionnelle en Afrique.

Brian Davy, spécialiste principal de programmes au CRDI, précise : « C’est là une décision essentielle à la santé des populations du continent africain qui sont largement tributaires de la médecine traditionnelle et des plantes médicinales. » Le doteur Philippe Rasoanaivo, chargé du dossier de la médecine traditionnelle au ministère de la Santé de Madagascar, est aussi de cet avis. « L’instauration de cette décennie a incité au développement d’un programme de médecine traditionnelle à Madagascar », affirme-t-il.

Ce programme englobe l’ébauche d’une politique nationale sur la médecine traditionnelle, l’inclusion d’un volet médecine traditionnelle dans le plan d’activités du ministère de la Santé, et la création d’un comité de scientifiques et d’avocats chargés de l’élaboration de lois et de règlements relatifs à la médecine traditionnelle. En outre, un inventaire informatisé des plantes médicinales et aromatiques du pays a été préparé grâce au financement du CRDI. Cet inventaire, qui répertorie environ 6 000 plantes, est disponible sur cédérom sur demande auprès de l’Institut malgache de recherches appliquées (IMRA) et du Bureau régional de l’Afrique orientale et australe du CRDI.

Plusieurs des délégués qui ont assisté au Symposium international sur la Biodiversité et la santé ont souligné, toutefois, qu’un grand nombre de plantes médicinales utilisées en Afrique étaient menacées. Quoique la pression démographique, la déforestation et la désertification en soient en partie responsables, de nombreuses plantes disparaissent inutilement sous l’effet de modes de récolte et de déboisement déficients, explique Gasengayire. Ainsi, l’écorce du prunier d’Afrique renferme des ingrédients utilisés dans le traitement du cancer de la prostate. Bien des gens arrachent au passage des morceaux d’écorce et l’arbre ne résiste pas. Cependant, si l’écorce n’était arrachée que d’un seul côté du prunier, celui-ci survivrait et produirait une nouvelle écorce susceptible d’être adéquatement récoltée par la suite.

Des produits africains pour les consommateurs africains

Myles Mander, de l’Institut des ressources naturelles de l’Afrique du Sud, reconnaît que la déforestation et la désertification ont eu des effets néfastes sur la réserve de bois « et en ont réduit tant la qualité que la quantité ». Comme il l’a indiqué aux participants du Symposium, on peut s’attendre à ce que jusqu’à 80 % des espèces végétales disparaissent sous l’effet des activités d’exploitation. « Déjà, on constate la disparition locale d’espèces », poursuit-il. « On n’offre pas de mesures incitatives à la culture et au développement durable. »

Ces mesures incitatives, estime Mander, ne pourront que provenir du développement d’une industrie moderne fondée sur le recours aux plantes médicinales qui permettra de concevoir « des produits africains pour les consommateurs africains ». Malgré un marché de plus de 500 millions de consommateurs, souligne-t-il, les vendeurs de plantes médicinales n’ont aucune part au développement de l’industrie et ne font pas partie d’une association structurée de sorte qu’ils n’ont guère d’influence sur leurs gouvernements. « Il en résulte une réduction des approvisionnements et une augmentation des coûts, un développement de nouveaux produits limité et des produits de piètre qualité », ajoute-t-il.

Messanvi Gbeassor, de l’Université de Lomé, au Togo, convient qu’il faut de toute urgence non seulement améliorer les méthodes de récolte et de transformation, mais aussi instaurer une industrie africaine efficace afin de produire et de commercialiser les plantes et les herbes médicinales. Il admet sans ambages qu’« il n’y a pas, à proprement parler, d’industrie pharmaceutique en Afrique ni de recherche concertée. Les entrepreneurs dont nous aurions besoin pour bâtir une industrie nous font également défaut. » L’instauration d’une industrie des plantes médicinales permettrait de renforcer les systèmes de soins de santé et d’améliorer les moyens de subsistance des gens, fait-il valoir.

Un début de solution

La reconnaissance accrue de la valeur et de l’importance de la médecine traditionnelle apporte toutefois un début de solution. Le Réseau des plantes médicinales et de la médecine traditionnelle en Afrique de l’Est, parrainé par le CRDI, est une solution qui comporte d’immenses possibilités. Ce réseau met en contact des guérisseurs traditionnels, des chercheurs, des collectivités, des entrepreneurs, des partenaires en développement et des gouvernements. Il a pour objectif d’intégrer l’utilisation durable, sûre et efficace des plantes médicinales et la médecine traditionnelle aux services de santé publique. (Voir l'encadré Un nouveau réseau de préservation des plantes médicinales en Afrique)

« En rassemblant les divers intervenants, le réseau facilite la diffusion des résultats de la recherche et la reconnaissance de la médecine traditionnelle. Nous voulons accroître la sensibilisation aux problèmes et améliorer la gestion des ressources », conclut Gasengayire.   Une nouvelle piste pour le traitement du sida

Le docteur Sekagya Yahaya Hills se spécialise dans deux branches de la médecine : il est à la fois chirurgien-dentiste et guérisseur traditionnel. Cet Ougandais à la voix douce a fait état de son travail à la présidence de PRO.ME.TRA-Ouganda devant les délégués au Symposium international sur la biodiversité et la santé. Cette organisation non gouvernementale fait partie du réseau international PRO.ME.TRA qui permet aux médecins et aux guérisseurs traditionnels africains d’entrer en contact avec leurs collègues européens et américains afin de mieux faire connaître la médecine traditionnelle.

PRO.ME.TRA mène des recherches scientifiques et culturelles, et offre aux guérisseurs traditionnels des cours de formation en médecine traditionnelle fondés sur un programme à la fois rigoureusement scientifiquement et adapté à la culture locale. Ce programme porte sur des sujets aussi divers que la planification familiale, la santé maternelle et infantile et le VIH/sida. Environ 2 500 guérisseurs traditionnels ont suivi le programme offert par PRO.ME.TRA, affirme Hills.

En matière de recherche scientifique, l’organisme a amorcé l’étude de l’efficacité des plantes médicinales dans le traitement de diverses maladies, en se penchant plus particulièrement, toutefois, sur le VIH/sida. Une étude triennale portant sur 62 personnes vivant avec le VIH/sida dont le traitement a consisté en une combinaison de plantes médicinales africaines (METRAFAIDS) a donné des résultats probants chez 85 % des patients séropositifs. Aucun effet indésirable n’a été constaté. PRO.ME.TRA a déjà déposé cinq demandes de brevet relativement à l’utilisation de plantes médicinales dans le traitement du VIH/sida.

En septembre 2003, le docteur Hills, délégué de l’Ouganda et de PRO.ME.TRA à la 13e Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique, à Nairobi, a présenté les recommandations formulées par des guérisseurs traditionnels, indiquant comment la médecine traditionnelle pouvait être le plus efficacement intégrée à la campagne de lutte contre le VIH/sida en Afrique.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur PRO.ME.TRA, ses projets de recherche et autres activités, veuillez visiter le site Web, à www.prometra.org, ou envoyer un message à prometra@prometra.org.   Un nouveau réseau de préservation des plantes médicinales en Afrique L’Afrique subsaharienne regorge de plantes médicinales et aromatiques qui permettent aux plus démunis de gagner leur vie et d’assurer les soins de santé primaires. Ainsi, des 6 400 espèces de plantes utilisées en Afrique tropicale, plus de 4 000 ont un usage thérapeutique. Jusqu’à 80 % de la population comptent sur ces médicaments traditionnels. Toutefois, d’après le Réseau sur les plantes médicinales et la médecine traditionnelle en Afrique de l’Est, la perte de ces ressources génétiques et de leur habitat s’accélère. Celle des connaissances autochtones connexes est encore plus considérable.

Lancé en septembre 2003, ce réseau est parrainé par le CRDI et coordonné par François Gasengayire, du bureau régional du CRDI à Nairobi. Il a pour objectif, explique Gasengayire, d’aider à renverser cette tendance en favorisant la préservation et l’utilisation durable, sûre et efficace des plantes et des herbes médicinales. Le réseau prône également l’intégration de la médecine traditionnelle aux services de santé publics en Afrique par la mise en place de politiques appropriées. Comme Gasengayire le fait remarquer, le réseau offre à tous les intervenants — guérisseurs traditionnels, collectivités, chercheurs et gouvernements, entre autres — l’occasion de partager information et expériences, d’harmoniser les approches et d’élaborer des projets de collaboration.

Le comité directeur du réseau regroupe des représentants des principales institutions de trois pays de l’Afrique de l’Est — les Musées nationaux du Kenya, l’Institut de médecine traditionnelle de la Tanzanie et le Laboratoire national de recherche chimiothérapeutique de l’Ouganda — outre d’autres organismes de premier plan tels que le gouvernement, des associations de guérisseurs traditionnels et des donateurs. Les partenariats constituent un facteur déterminant du succès du réseau. Aussi les organisations de développement intéressées et d’autres organismes internationaux et privés sont-il invités à se joindre au réseau.   Bob Stanley est rédacteur et réviseur-pigiste à Ottawa.

ÉTUDE DE CAS – Kenya : Paludisme et agriculture au Kenya

11 janvier 2011

Une nouvelle perspective sur les liens entre les pratiques culturales et la maladie

L'apparition du paludisme, croit-on, concorde avec les débuts de l'agriculture, il y a environ 7 000 ans. Aujourd'hui, un projet financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) envisage sous une nouvelle perspective les liens qui existent entre les pratiques culturales et cette redoutable maladie dans l'espoir d'en réduire l'incidence.

Justus Mwangi n'ira pas travailler à la rizière aujourd'hui. Dans le miroitement du chaud soleil de midi, il reste plutôt à l'ombre d'un arbre à discuter du plus grave problème de santé qui frappe son village : le paludisme. « C'est une maladie handicapante parce qu'elle nous empêche de marcher. Elle provoque des maux de tête et une grande fatigue », déclare ce chef de village au corps frêle. Dans les 53 familles qui vivent ici, à Mbui-Njeru, au Kenya,  il a y a toujours quelqu'un qui souffre de paludisme.

Juste derrière Mwangi, une vache blanche et noire chasse tranquillement les mouches à coups de queue : elle pourrait être une arme efficace contre le paludisme. Les recherches révèlent que certaines espèces de moustiques vecteurs de paludisme préfèrent le sang des bovins à celui des humains. Dans le cadre d'une recherche d'envergure sur le paludisme menée dans les rizières de Mwea, au Kenya, des chercheurs du Centre international de recherche sur la physiologie des insectes et l'écologie (ICIPE) et de l'Institut international de gestion des ressources en eau (IWMI) explorent la possibilité de se servir du bétail comme « appât » pour éloigner les moustiques des gens. Une autre stratégie possible pour réduire le nombre d'aires de reproduction des moustiques consiste à limiter la quantité d'eau servant à la riziculture dans cette région. Le projet adopte une nouvelle approche pour améliorer la santé humaine : la recherche n'est plus axée sur les interventions directes en santé, mais sur une meilleure gestion de l'écosystème agricole.

« Le lien entre le paludisme et les cultures irriguées dans les régions tropicales est assez probant pour qu'il soit logique de  s'attaquer au problème à la source », affirme Clifford Mutero, l'entomologiste qui dirige l'équipe chargée du projet financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).

À l'origine, des camps de travail

Les premiers programmes d'irrigation des rizières à Mwea, situé à une centaine de kilomètres au nord-est de Nairobi, ont vu le jour sous le régime colonial britannique. Mais le riz n'a pu y être cultivé à grande échelle qu'après l'établissement de camps où étaient gardés prisonniers les Mau-Mau capturés par les Anglais. Les détenus ont été forcés de creuser des canaux, de construire des barrages et de travailler dans les rizières.

Après l'indépendance en 1963, le nouveau gouvernement a pris en mains le projet d'irrigation et établi dans la région des paysans sans terre. Aujourd'hui, plus de 3 000 familles sont installées sur les 13 640 hectares que couvre la région.

Près de la moitié de cette superficie est consacrée à la riziculture, irriguée par l'eau qui descend du mont Kenya. Les rizières, submergées au moins six mois par année, constituent un habitat idéal pour les moustiques. Une espèce en particulier -- Anopheles arabiensis -- est porteuse du parasite responsable du paludisme. L'hématozoaire a, à un moment ou un autre, été présent dans le sang d'environ 20 p. 100 des membres de ces collectivités.

Comme partout au Kenya, où chaque jour de 75 à 100 enfants sont emportés par cette maladie, les programmes classiques de lutte contre le paludisme ont échoué. Tant l'hématozoaire que les moustiques sont de plus en plus résistants aux antipaludiques et aux insecticides conçus pour prévenir la maladie. En outre, ces méthodes de contrôle sont coûteuses pour les agriculteurs de Mwea, qui ont bien de la chance s'ils arrivent à gagner 500 $US par année. Les villageois interviewés dans le cadre de ce projet ont tous affirmé que le paludisme est le principal problème de santé. Voulant trouver de nouvelles lignes d'attaque, Mutero et son équipe se sont tournés vers l'approche écosanté afin de mieux comprendre la complexité des facteurs qui influent sur la transmission du paludisme à Mwea.

On peut comparer cette approche à un appareil photo avec zoom. Le zoom montre de près les détails du problème -- dans  le cas du paludisme, un moustique qui transmet le parasite à quelqu'un. Lorsqu'on éloigne l'objectif, d'autres éléments apparaissent : la pauvreté dans les villages; les pratiques culturales dans les rizières; des hommes qui restent assis à ne rien faire tandis que leur femme travaillent. Bref, cette perspective « grand-angulaire » aide les chercheurs à déterminer les motifs que cachent les statistiques sur le paludisme et à songer à des interventions possibles. « Pour que nos travaux soient pertinents à la réalité des collectivités, il faut considérer les choses dans leur ensemble, voir au-delà de la question de recherche qui nous a amenés sur le terrain », souligne Mutero. La beauté de l'approche écosystémique, c'est qu'elle nous permet d'avoir une vue d'ensemble. »

La participation communautaire

La conformité aux besoins de la collectivité est au cœur de l'approche écosystémique, en commençant par la participation active des membres de la collectivité au processus de recherche.

À Mwea, les villageois ont pris part à toutes les étapes du projet. Un premier atelier tenu en janvier 2001 a réuni des délégués de 17 organisations, dont des représentants d'organismes du gouvernement, d'associations de riziculteurs, de groupes confessionnels et d'organisations communautaires. Les participants ont cherché à comprendre la perception qu'avait la population de la santé et des problèmes de développement. À l'issue de ces consultations, quatre villages ont été choisis pour poursuivre l'étude.

La prochaine étape consistait à dresser un « inventaire » de l'information sur la vie dans ces villages, comme l'avaient décrite les villageois eux-mêmes. Pour aider à l'étude et veiller à ce que la recherche réponde vraiment à la réalité de la région, dix membres de la collectivité ont été formés et embauchés comme assistants à la recherche.

L'équipe du projet a ensuite eu recours à toute une gamme d'outils et de techniques d'évaluation des collectivités afin de recueillir de l'information de base. Les chercheurs se sont aussi penchés sur des questions plus vastes comme les problèmes de santé, la pauvreté, les malaises sociaux et les conflits existant dans la région. Tout au long de la recherche, on a porté une attention particulière à la différence des rôles et responsabilités des femmes et des hommes, à la maison, au sein de la collectivité et dans les rizières.

Les villageois ont fait part de leur savoir par divers moyens : en dessinant des cartes sur le sol battu; en décrivant les principaux événements qui ont marqué la vie du village au cours de la dernière décennie; et en discutant des problèmes lors de rencontres individuelles ou de groupes. Les femmes et les hommes ont souvent été interviewés séparément afin qu'ils se sentent libres d'exprimer leur point de vue.

Un vaste programme de recherche

Les chercheurs n'ont commencé à explorer d'autres axes de recherche qu'une fois terminé ce travail d'envergure au sein de la collectivité. Le projet a permis de documenter et d'évaluer les systèmes de production végétale et animale de même que leur incidence sur la santé des gens. Les chercheurs ont aussi fait l'essai de techniques pour circonscrire l'habitat des moustiques en introduisant une variété de riz qui se prête à la culture sèche. La recherche a aussi comporté des activités plus traditionnelles comme la collecte de moustiques dans les ménages aux petites heures du jour. Ces insectes gorgés de sang sont ensuite conservés afin de déterminer leur source de nourriture -- sang humain ou bovin. Pour évaluer le taux de prévalence du paludisme dans la région, les chercheurs ont aussi examiné des prélèvements sanguins faits chez les enfants des villages.

La nature et la portée de la recherche témoignent d'une autre caractéristique de l'approche écosanté : la transdisciplinarité. Il n'existe aucune discipline scientifique qui, à elle seule, puisseétudier la myriade de facteurs influant sur le paludisme et sa transmission à Mwea. Par exemple, les conflits politiques survenus dans la région ont eu des répercussions sur la santé et le bien-être des habitants. (Voir l'encadré : Les vestiges de l'ère coloniale.) Cette question complexe, comme d'autres abordées dans le cadre du projet, exige que l'on comprenne bien les interventions requises par des spécialistes de divers domaines. L'équipe principale du projet a donc été composée de spécia-listes de huit champs d'activité : un pathoentomologiste, un médecin parasitologiste, un spécialiste de la santé publique, un expert en production végétale et animale; un vétérinaire, un anthropologue, un sociologue et un statisticien. Les membres de l'équipe ont amorcé leur collaboration par la définition des problèmes, puis ils ont décidé comment intégrer leurs connaissances et leur expertise au programme de recherche. La recherche transdisciplinaire suppose habituellement que les membres de l'équipe seront appelés à travailler dans une discipline autre que la leur.

Les solutions possibles

De même, il n'existe pas d'intervention uniforme qui puisse englober toutes les facettes du problème que constitue le paludisme à Mwea. « Ce ne sont pas nécessairement de solutions de haute technologie dont nous avons besoin, mais de solutions qui touchent l'environnement dans lequel les gens vivent -- l'environnement socioéconomique et l'environnement biophysique », poursuit Mutero. Le projet a proposé une série d'interventions intégrées pour faire face à la situation à Mwea, dont les suivantes. 

  • Une meilleure gestion des ressources en eau
    Réduire le temps de submersion des rizières, soit en modifiant le calendrier de l'irrigation par inondation ou en alternant la culture du riz avec celle d'une plante qui se prête à la culture sèche, comme le soja. En plus de restreindre l'habitat des moustiques, la culture du soja pourrait accroître les revenus et améliorer la nutrition des résidants de la région. Les enfants de Mwea souffrent souvent de carences en protéines, affirme Mutero, parce qu'ils mangent du riz troisfois par jour. 
  • Le bétail comme appât
    Garder la même quantité des têtes de bétail en se servant pour leur alimentation des balles de riz, déchets dont on se débarrasse habituellement en les brûlant. Le bétail devrait attirer les moustiques en quête de sang et les éloigner des êtres humains. Les recherches préliminaires révèlent que c'est dans le village où on a dénombré la plus grande quantité de moustiques par ménage que le taux de prévalence du paludisme est le plus bas. C'est  aussi le village où la population bovine est la plus nombreuse. 
  • Le contrôle biologique
    Introduire des bactéries d'origine naturelle dans l'eau stagnante afin de tuer les larves de moustiques pendant le pic de la période de reproduction. Ces pesticides biologiques sont sans danger pour les humainset les animaux. 
  • Des moustiquaires traitées à l'insecticide
    Fournir des moustiquaires traitées à l'insecticide aux groupes à risque élevé de contracter le paludisme, comme les enfants et les femmes enceintes, dans le cadre de partenariats avec des organisations non gouvernementales (ONG). Les moustiquaires sont coûteuses pour les ménages agricoles, mais les ONG pourraient aider à absorber les coûts.
  Bien que le projet n'ait pas encore pris fin, les chercheurs songent déjà à une deuxième phase où certaines de ces interventions pourraient avoir lieu. Un nouveau consortium formé par les Future Harvest Centres (centres de récolte de l'avenir) du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale, nommé System-Wide Initiative on Malaria and Agriculture (SIMA), met en application les enseignements tirés du projet. SIMA a pour objectif de montrer, par la recherche et le renforcement des capacités, que les collectivités peuvent adopter plusieurs pratiques culturales susceptibles d'enrayer et de prévenir le paludisme. L'approche écosanté est essentielle en l'occurrence. Mutero est, à bon droit, chargé de la coordination de SIMA, qui loge au Bureau régional de l'Afrique de l'Institut international de gestion des ressources en eau, à Pretoria (Afrique du Sud).

« Pendant mes premières années d'étude, j'ai beaucoup travaillé sur l'écologie et le comportement des moustiques », dit Mutero. « Après  15 ans de recherche dans ce domaine, je me suis rendu compte que, bien souvent, mes travaux n'avaient presque rien à voir avec la réalité des gens que j'essayais d'aider. Arrivé à cette étape de ma vie, je voulais faire quelque chose de pertinent et concret [...] Il était logique que j'adopte l'approche holistique pour résoudre les problèmes. »
 
Les vestiges de l'ère coloniale

Le projet d'irrigation des rizières de Mwea a commencé dans un camp d'internement pour les combattants Mau-Mau qui s'étaient rebellés contre le régime colonial britannique. Nombre de pratiques restrictives qui ont cours dans cette zone de rizières remontent à l'époque de son établissement. Ainsi, les agriculteurs ne possèdent pas de terres et vivent entassés dans des villages surpeuplés. Jusqu'à tout récemment, l'Office national de l'irrigation (NIB), créé par le gouvernement, a rigoureusement réglementé tous les aspects de la riziculture -- plantation, récolte, mouture et commercialisation. Le NIB fournit tous les facteurs de production agricole, que les paysans paient grâce aux revenus tirés de la vente des récoltes. Bien qu'ils produisent près de 80 p. 100 du riz consommé au Kenya, les riziculteurs vivent dans la pauvreté.

« Ce genre de vie est exempt de dignité », confie Charity Kabutha, sociologue qui a dirigé la recherche participative du projet. Les femmes, en particulier, ont attiré l'attention sur les nombreux problèmes sociaux qui existent dans les collectivités. Le saisonnalité du travail, outre les paiements forfaitaires versés aux riziculteurs, favorisent des périodes d'inactivité lorsque les paysans ont de l'argent. Qui plus est, l'établissement relativement récent des villages explique le peu de cohésion sociale. Kabutha affirme que ces facteurs et la pauvreté généralisée contribuent sans doute au taux élevé d'alcoolisme et à la violence familiale observée dans la région.

À la fin des années 1990, de violents conflits ont éclaté entre les riziculteurs et le NIB. Les paysans, qui dénonçaient le caractère non démocratique de la structure de gouvernance de la zone, ont formé une coopérative pour prendre en mains plusieurs des fonctions de gestion du NIB. Mais comme ce sont les agriculteurs qui ont assumé la mainmise, les changements qui en découlent pourraient donner lieu à une augmentation du paludisme dans la région.

« Lorsque le gouvernement était en charge, le calendrier de production du riz était très bien défini », déclare Mutero. « Il était beaucoup plus facile de connaître le moment exact où il fallait intervenir pour protéger les gens contre les moustiques. » Aujourd'hui, les agriculteurs plantent le riz quand bon leur semble. Cela signifie que les rizières sont submergées à l'année longue, prolongeant ainsi la saison de reproduction des moustiques.

Mutero signale aussi des rizières « non officielles » dans les champs au bord des routes où certains paysans ont détourné l'eau de la zone principale et planté du riz sur des terres qui pourraient servir au pâturage. La transmission du paludisme pourrait s'intensifier si la population bovine venait à diminuer.

Malheureusement, la coopérative d'agriculteurs n'a ni les ressources, ni la capacité d'entreprendre tout le travail requis pour diriger la zone de manière efficace. « Les agriculteurs se rebellent contre un système, mais ils n'en ont pas trouvé de meilleur », fait valoir Charity Kabutha. « C'est un contexte institutionnel où tout est allé de travers.»
  Cette étude de cas a été rédigée par Jennifer Pepall de la Division des communications au CRDI.

Télécharger le PDF : Paludisme et Agriculture au Kenya    
Briser le cercle vicieux de la pauvreté en Éthiopie

ÉTUDE DE CAS — mondiale : Repenser les stratégies de recherche agricole

24 décembre 2010

Repenser les stratégies de recherche agricole

Les agriculteurs qui disposent de peu de ressources -- des femmes, pour une large part -- produisent jusqu'à 20 % des cultures vivrières de la planète et pourraient bien détenir la clé de la croissance de la diversité biologique et culturelle. Car en luttant pour subsister -- et produire -- sur ces sols pauvres et avec des ressources limitées, les petits exploitants agricoles permettent aux variétés végétales d'évoluer. Si bien qu'ils sont devenus les gardiens de la diversité et préservent la variation génétique essentielle à l'évolution et à l'adaptation continue des génotypes végétaux.


La pomme de terre est un aliment de première nécessité dans la région andine de l'Amérique du Sud. C'est là, après tout, qu'est né ce tubercule. C'est aussi là, dans une salle de classe de Puchuni, village des hautes terres de la Bolivie, qu'un petit groupe de paysans -- quatre femmes et quatre hommes -- suivent un cours sur la pomme de terre.

On leur enseigne l'histoire de la pomme de terre et bien d'autres choses encore. En dix séances, ils apprennent à mettre en pratique des techniques comme le mode et le moment de la récolte du pollen, l'hybridation de diverses variétés de pommes de terre, l'obtention des baies, l'extraction des semences, la préparation des planches de pépinière, la transplantation des jeunes plants ainsi que l'évaluation et la sélection des clones de pommes de terre dans les champs. Ils reçoivent aussi de l'information sur une nouvelle approche, appelée phytosélection participative, qui peut les aider à améliorer leurs cultures et leur gagne-pain.

Dans la phytosélection participative, les agriculteurs ne jouent plus un rôle auxiliaire, ce sont des partenaires à part entière. De fait, il arrive fréquemment que les agriculteurs prennent les devants et, parfois, ils combinent les semences qu'ils ont eux-mêmes sélectionnées avec le matériel fourni par les sélectionneurs. Parce que les obtentions végétales des agriculteurs sont adaptées aux conditions locales et qu'elles répondent aux préférences en matière de cuisson et de consommation, les résultats sont souvent plus probants. Et lorsque cela se produit, les paysans n'hésitent pas à procéder à la multiplication des semences et à les distribuer. Ces interventions donnent lieu à un processus dynamique de conservation et d'amélioration.

La phytosélection participative et la conservation in situ de l'agrobiodiversité -- c'est-à-dire la préservation de la diversité des espèces végétales dans les exploitations agricoles, dans les habitats d'où elles viennent et où elles continuent d'évoluer -- sont deux méthodes complémentaires. La phytosélection participative est une approche qui favorise à la fois le développement et la conservation de la diversité.

Elle permet aux agriculteurs plus prospères d'exercer un plus grand contrôle sur leur vie et donne à ceux qui pratiquent une agriculture de subsistance ou qui ne récoltent que le minimum vital l'occasion de briser le cercle vicieux de la pauvreté. Les femmes des régions rurales sont sans doute celles qui bénéficient le plus de la phytosélection participative. Ce sont elles qui exécutent le gros des travaux agricoles, veillent au traitement et à l'entreposage du grain et d'autres plantes cultivées, et préparent les aliments. Et parce que, dans bien des régions, les femmes préservent aussi les meilleures semences pour la plantation, elles jouent un rôle déterminant dans la gestion des ressources phytogénétiques.

Voilà pourquoi il y a autant de femmes que d'hommes dans cette classe en Bolivie. Le projet participatif d'amélioration de la pomme de terre, ou PROINPA pour reprendre le sigle espagnol, a été lancé en 1998 avec l'intention d'élaborer des méthodes de phytosélection participative.

Les chercheurs ont commencé par étudier les connaissances des agriculteurs en matière de sélection végétale, leurs techniques, les variétés cultivées et leurs préférences. Afin de motiver et d'éduquer les agriculteurs, ils ont élaboré un programme de formation fondé sur les connaissances de ces derniers et sur leur compréhension de l'environnement.

Malgré des déboires occasionnels, comme un coup de froid qui a détruit quelques lits de germination, le projet a donné des résultats impressionnants. En travaillant avec l'équipe de recherche, les agriculteurs ont adopté la méthode de la phytosélection participative et ont montré qu'ils avaient la capacité de mettre au point de nouvelles variétés de pommes de terre qui répondent à leurs besoins et donnent des rendements supérieurs. Enfin, et c'est sans doute ce qui compte davantage, certains exploitants agricoles se servent de leurs compétences nouvellement acquises d'agriculteurs­sélectionneurs pour récupérer des génotypes qu'ils croyaient perdus, aidant ainsi au rétablissement de la biodiversité de la pomme de terre dans la région.

À l'échelle mondiale

Le projet PROINPA est un des nombreux projets financés grâce au programme de petites subventions administré par le programme-système Recherche participative et analyse du genre (RPAG) du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR). La RPAG est sans doute le programme le plus important à l'appui de la phytosélection participative qui existe à l'échelle mondiale. Il est coparrainé par quatre des centres du CGIAR; ses activités sont financées par les gouvernements nationaux et divers donateurs, dont le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada. Il a pour objectif de favoriser les innovations institutionnelles, d'évaluer et d'élaborer des méthodes de recherche participative qui tiennent compte des sexospécificités, et de les mettre en application dans la sélection végétale et la gestion des cultures et des ressources naturelles.

Les projets menés dans le cadre du programme mondial RPAG appuient l'élaboration et l'évaluation des méthodes de recherche participative qui prennent en compte les sexospécificités. Des hautes terres de la Bolivie à celles du Népal, les projets de petites subventions aident les femmes à acquérir plus de pouvoir dans les prises de décisions et à avoir une plus grande influence sur l'utilisation des ressources. Les approches participatives mises en application en Ouganda ont donné lieu à une collaboration accrue entre les hommes et les femmes; au Kenya, elles ont permis d'accroître la présence des femmes au sein des comités de gestion locaux.

Après vingt années d'efforts pour faire en sorte que la science réponde davantage aux besoins des paysans pauvres, il est logique de mettre en évidence le rôle et les besoins des femmes. Les femmes jouent des rôles multiples -- culture, récolte, entreposage des plantes cultivées, préparation des aliments. Mais sans doute n'y a-t-il pas de rôle plus important que celui qu'elles jouent dans le domaine de la sélection végétale. Les agricultrices sont non seulement des phytogénéticiennes prolifiques et compétentes, mais aussi les principales gestionnaires des ressources naturelles comme le sol et l'eau. Elles domestiquent les espèces sauvages et jouent un rôle capital dans la sélection et l'entreposage des semences des prochaines plantations.

Des attentes différentes

Partout dans le monde en développement, les femmes ont des connaissances détaillées des caractéristiques particulières des diverses cultures et des préférences marquées à cet égard. Des études révèlent que souvent les attentes et le savoir des hommes et des femmes diffèrent en matière de cultures, différences dont la recherche et les politiques devraient tenir compte, de dire Louise Sperling, ancienne coordonnatrice du groupe de travail sur la sélection des plantes pour le programme RPAG.

Bien qu'en diverses occasions, les chercheurs aient déclaré que les critères des femmes et des hommes n'étaient pas sensiblement différents, sauf en ce qui a trait aux usages culinaires et à la qualité, Sperling affirme que les critères retenus par les femmes sont parfois si différents de ceux des hommes qu'il leur faut mener parallèlement les activités d'amélioration et de sélection végétale. Au Mali, par exemple, les évaluations du maïs révèlent que les hommes ont pour principal critère la production et la précocité des variétés tandis que les femmes privilégient les aspects organoleptiques et la transformation. Dans un projet sur le riz réalisé en Afrique occidentale, les divisions entre hommes et femmes étaient semblables, les hommes s'intéressant davantage au rendement et aux caractères liés au rendement comme la vigueur des plants, alors que la qualité était le principal attribut retenu par les femmes.

Améliorer les sciences

La participation des femmes peut améliorer les sciences, affirme Sperling. « Les femmes sont souvent les phytogénéticiennes des systèmes de production agricole à petite échelle; ce sont elles qui se chargent de la domestication des espèces sauvages, de la sélection du matériel génétique et de la conservation des semailles. Ainsi, les femmes s'occupent de la conservation et de la reproduction d'un grand nombre de cultivars traditionnels, dont le manioc, les haricots, le fonio, le voandzou, le millet et diverses cultures sur surfaces réduites. »

Nous en avons un exemple en Namibie : une agricultrice, Maria Kaharero, a encouragé, pendant quatre saisons, les croisements de sa variété locale avec une variété mise au point par une station, Okashana 1, qui ont donné un millet hors pair. Les chercheurs ont fait main basse sur sa variété et l'ont croisée avec 30 autres variétés. Le composite qui en a résulté -- appelé MKC, pour Maria Kaherero Composite -- a servi de base au programme national de sélection végétale du pays.

Sperling fait une mise en garde : la non-participation des femmes à la sélection végétale pourrait avoir des conséquences néfastes, pas seulement « neutres ». Ainsi, en Gambie, les systèmes de production retenus par les hommes portaient presque exclusivement sur des variétés de riz à haut rendement, alors que ceux des femmes restaient fondés sur l'utilisation d'une variété de riz indigène. L'adoption par les hommes d'un système global marginalisait les produits des femmes et favorisait le transfert des rizières aux mains d'autres hommes qui touchaient tous les profits de la vente du riz. Éventuellement, les femmes ont cessé ce travail, le régime de double culture dépassant leurs possibilités financières.

Une recherche d'avant-garde

Si les petites subventions représentent la principale composante de la Recherche participative et analyse du genre sur le terrain, le personnel du programme entreprend également des recherches de pointe. Ainsi, une étude sur l'épineuse question de l'attribution des droits de propriété intellectuelle est née de la collaboration entre des chercheurs et des collectivités agricoles.

Les avantages de la recherche participative sont bien connus, mais pour convaincre un plus grand nombre de chercheurs et de directeurs de recherche d'intégrer cette approche à leurs activités, il est essentiel de pouvoir comparer l'approche participative à d'autres démarches, plus traditionnelles. Les résultats préliminaires laissent entendre que le fait de permettre aux agriculteurs de participer plus étroitement à la recherche et leur donner une plus grande marge de manœuvre a eu des effets favorables à plusieurs égards, dont l'accroissement de leurs revenus. Les résultats empiriques indiquent aussi que la recherche participative réduit les coûts en évitant la mise au point de techniques que les utilisateurs visés ne sont pas susceptibles d'adopter.

Pour faire valoir et faciliter davantage le recours à l'approche participative, le personnel de la RPAG a créé un réseau de pratiques et de savoirs. Des listes de diffusion sur Internet favorisent les échanges continus de savoir-faire partout dans le monde tandis que des colloques internationaux rassemblent des centaines de spécialistes de tous les pays. Le personnel du programme a aussi créé trois bases de données, accessibles au public, dont un inventaire complet des projets passés et en cours afin que ceux et celles qui s'intéressent à la phytosélection participative puissent examiner comment d'autres intervenants ont conçu les programmes, tirer des enseignements des divers résultats obtenus et même entrer directement en relation les uns avec les autres.

Les grands défis

Louise Sperling estime que la RPAG a grandement contribué au déclenchement de nombreux changements pendant les cinq années qu'a duré le programme. « Les changements survenus, notamment, dans la structure et le processus de la sélection végétale afin que la science tienne davantage compte des exploitants agricoles. Ce sont des changements à long terme, qui vont bien au-delà du cycle d'un projet », affirme-t-elle. « Des changements comme la décentralisation des essais ou la conception d'essais in situ que les agriculteurs seront en mesure d'interpréter eux-mêmes et qui seront effectués sous la surveillance réelle des agriculteurs. Nous commençons à peine à constater une utilisation sérieuse et une intégration véritable des évaluations produites par les agriculteurs dans le système officiel de la recherche », ajoute-t-elle.

Ces considérations soulèvent la question des droits de propriété intellectuelle. Si une agricultrice met au point une variété améliorée en collaboration avec un chercheur du système officiel, qui détient les droits sur cette variété, qui y a accès et est autorisé à la distribuer, et comment seront partagés les divers avantages qui en découlent ? Pour Sperling, cette question et d'autres qui y sont reliées font partie des défis qu'il faudra relever pour mener à bien les projets de phytosélection participative et protéger la diversité agricole.

« Un autre grand défi nous attend », ajoute Sperling. « Il faudra mettre en place des modèles organisationnels pour permettre la cession du pouvoir de décision et la réalisation d'essais in situ à l'échelon local. Cela veut donc dire que des centaines d'unités locales verront le jour. Il faut aussi élaborer de meilleures stratégies à l'appui de la phytosélection participative dirigée par les agriculteurs pour ce qu'on appelle les « cultures sur surfaces réduites » et pour celles qui ne sont pas du ressort du système officiel de la recherche et des centres internationaux de recherche agricole. »

Cette étude de cas fait partie d'une série de six articles sur la phytosélection participative rédigés par Ronnie Vernooy, spécialiste de programme principal au CRDI, et Bob Stanley, rédacteur scientifique.

Télécharger le PDF : Repenser les stratégies de recherche agricole

Microfinance et pauvreté

21 décembre 2010
AIDER LES DÉMUNIS À S’AIDER EUX-MÊMES  
les expressions « recherche participative », « travaux en collaboration », « renforcement des capacités locales », etc. Le CRDI croit fermement, en effet, en l’importance de faire participer les collectivités locales aux recherches, de traiter les populations comme des bénéficiaires mais surtout comme des collaborateurs de la recherche et, enfin, d’assurer la mise à profit des résultats au sein des collectivités concernées.

— Maureen O'Neil, présidente du CRDI

Microcrédit, macro sourires

Grâce au projet Swayamsiddha (swayam signifie soi et siddha une personne ayant des capacités éprouvées ou dont l’autonomie a été renforcée), un projet d’entraide de la BAIF Development Research Foundation de l’Inde appuyé par le CRDI et l’Agence canadienne de développement international (ACDI), des milliers de femmes de l’Inde rurale ont eu accès à un crédit de plus de 14 roupies (400 CAD) — somme colossale pour des ménages dont le revenu est inférieur à un dollar par jour.

UNIS DANS LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ


Le CRDI a collaboré avec les nouveaux lauréats conjoints du prix Nobel de la paix, le professeur Muhammad Yunus et la Grameen Bank, pour mettre les technologies de l’information et de la communication au service du développement rural dans les « villages Grameen » du Bangladesh.

Le CRDI a, en effet, contribué à appuyer :
  • le renforcement des liens de communication entre les quelque 1 000 bureaux — notamment les succursales en zone rurale — de la Grameen Bank;
  • la création du premier point d’accès public à l’Internet et au courrier électronique au profit d’établissements d’enseignement, d’ONG et de chercheurs du Bangladesh;
  • un projet pilote à Madhupur, dans le district de Tangail, qui a abouti à l’ouverture de l’un des premiers télécentres ruraux d’Asie;
  • des essais, menés par la Grameen Bank, sur diverses technologies novatrices.
Renseignements (en anglais seul.) : www.grameen-info.org

UN FILET DE SÉCURITÉ POUR LES PLUS DÉMUNIS

Déjà une profonde tragédie sur le plan humain, un malheur soudain — décès d’un membre de la famille, maladie, perte de revenu ou perte matérielle résultant d’un vol ou d’une catastrophe naturelle — peut également entraîner la vulnérabilité économique et même la pauvreté. Pour ceux qui sont déjà pauvres, dont la vie bascule entre la survie et le dénuement, ces revers sont habituellement catastrophiques.

À l’instar des programmes de microcrédit comme ceux de la Grameen Bank, qui ont permis à des entrepreneurs de pays en développement d’éviter le cycle vicieux des lourdes dettes, divers régimes de microassurance peuvent aider à soutenir les familles appauvries lorsqu’elles sont frappées par un malheur. Ces programmes modestes, éparpillés et souvent informels — sociétés mutuelles d’inhumation par exemple — existent parce que les pauvres sont généralement exclus des marchés financiers traditionnels, et notamment des services d’assurance. L’offre d’une assurance à bas prix à un plus grand nombre de ces personnes défavorisées est une importante mesure de réduction de la pauvreté dans le monde.

Quelles sont les politiques gouvernementales les plus propices à la croissance d’un secteur de la microassurance efficace ?

Pour rendre la microassurance plus accessible, il faut d’abord savoir ce qui fonctionne. Les chercheurs doivent examiner les régimes offerts dans différents pays selon divers cadres réglementaires et institutionnels, et se demander quelles sont les politiques gouvernementales les plus propices à la croissance d’un secteur de la microassurance efficace.

Le groupe de travail sur la microassurance du Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres a chargé le FinMark Trust de se pencher sur cette question. Cette société de fiducie indépendante sudafricaine entreprend donc une analyse, qui se déroule sur deux ans et vise plusieurs pays, sur l’impact des lois et des règlements sur la possibilité pour les ménages pauvres de souscrire une assurance-vie. Ces travaux sont financés par le CRDI et GTZ, l’organisme de coopération internationale de l’Allemagne, et feront fond sur un réseau de recherche qui avait étudié la réglementation et la surveillance des institutions de microcrédit communautaires, avec le concours financier du CRDI.

Par cette étude, on vise à formuler un ensemble de principes qui aideront les responsables des politiques et les organismes de réglementation des pays à élaborer un cadre législatif et réglementaire favorisant l’offre de services d’assurance destinés aux personnes à faible revenu. Ces principes doivent être d’application pratique et convenir aux pays en développement.

FinMark coordonnera le travail d’équipes de chercheurs dans cinq pays en développement, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Leurs études de cas détaillées apporteront une foule de renseignements pratiques sur l’évolution du secteur de la microassurance et la façon dont il est réglementé et surveillé, ainsi que sur les facteurs qui permettent ou empêchent l’accès des pauvres aux marchés financiers dans ces divers contextes nationaux. Cette information facilitera l’établissement de principes directeurs qui viendront régir l’expansion de ce secteur dans les pays en développement en général.

Vu la grande complexité de l’administration de programmes financiers pour les personnes à faible revenu, les chercheurs se méfient des modèles universels. Et comme les femmes et les enfants sont particulièrement exposés à la pauvreté, l’étude prévoira des mesures supplémentaires qui tiendront compte des variables que sont l’âge et le sexe.   Renseignements (en anglais seul.) : www.finmark.org.za   DRUMNET : BOURSE VIRTUELLE DES MARCHANDISES DE L’AFRIQUE DE L’EST   Dans le centre du Kenya, une femme cultive des haricots verts et du maïs miniature. Un jour, deux hommes arrivent du bureau local de DrumNet et l’interroge sur ses progrès, lui offrent des conseils techniques et financiers et — ce qui l’enchante — ils lui disent qu’un acheteur de Nairobi veut lui acheter sa récolte.

C’est nouveau. Dans le passé, les agriculteurs ne savaient pas comment trouver les meilleurs prix pour leurs produits. Ces entrepreneurs qui se démenaient, étaient à la merci d’intermédiaires, de banques mal disposées et de marchés lointains.

À l’instar des « tambours parleurs » qui servaient traditionnellement de télégraphe dans certaines régions d’Afrique, DrumNet est un moyen de communications Web qui permet d’offrir à de petits exploitants agricoles des conseils techniques, des services financiers et des renseignements sur le marché en temps opportun.

L’organisation non gouvernementale Pride Africa a lancé DrumNet en 2002 sous forme de projet pilote, avec le soutien du CRDI. Chacun de ses centres d’assistance rurale — parfois réduits à un simple kiosque — est équipé d’un ordinateur, d’une capacité d’accès par réseau commuté et d’un téléphone cellulaire, le tout raccordant le « courtier en information » local de DrumNet à la base de données du projet, à Nairobi. Grâce à ces technologies à faible coût, un plus grand nombre d’agriculteurs peuvent prendre de meilleures décisions, augmenter leur productivité et réduire la pauvreté.

À présent, DrumNet met au point un nouveau système de crédit pour permettre aux agriculteurs pauvres d’acheter des intrants essentiels, comme des engrais, des pesticides et des clôtures, avant la récolte. À l’heure actuelle, beaucoup d’agriculteurs se débrouillent sans rien de tout cela ou ils recourent à des programmes de crédit injustes en contrepartie desquels ils acceptent de vendre leurs produits à prix cassé. Avec le service de bons d’échange simple de DrumNet, il sera plus difficile d’exploiter ces entrepreneurs vulnérables.
Le CRDI et ses partenaires félicitent chaudement le professeur Muhammad Yunus et la Grameen Bank, lauréats conjoints du prix Nobel de la paix 2006.

Télécharger le PDF : L'action du CRDI — Microfinance et pauvreté

Un regain d'espoir pour la production du manioc en Ouganda

16 décembre 2010

En Ouganda, un virus qui a détruit la presque totalité de la récolte de manioc (principale denrée de base du pays) a été jugulé grâce à une recherche financée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et d'autres bailleurs de fonds comme la Gatsby Charitable Foundation.

Depuis 1990, des scientifiques du Namulonge Agricultural and Animal Production Research Institute ont créé neuf variétés capables de résister à la mosaïque du manioc et de produire de bien meilleurs rendements que les variétés cultivées jusque-là. Le manioc est une plante dont les racines tubéreuses, riches en glucides, croissent comme celles des patates douces et ont une consistance semblable à celle de la carotte. On les fait bouillir jusqu'à ce qu'elles soient assez tendres pour être mangées ou on les fait sécher avant de les râper pour en faire de la farine.

Une souche virulente

Au début des années 1990, une nouvelle souche du virus de la mosaïque — variante ougandaise du géminivirus de la mosaïque africaine du manioc (ACMV) —, particulièrement virulente, a attaqué 80 % des 500 000 hectares de manioc cultivés dans le pays. Avant l'épidémie, l'Ouganda produisait 3,5 millions de tonnes métriques de manioc par année. Après la propagation du virus, le rendement n'était plus que de 0,5 million de tonnes métriques, une baisse représentant pour l'économie ougandaise des pertes annuelles de 60 millions USD.

D'après les estimations, en 1994, 3 000 personnes sont mortes des suites de maladies reliées à la famine qui a découlé directement de l'infestation des champs de manioc. Cela a donné lieu à un énorme problème politique parce que les gens mouraient de faim et qu'aucune solution ne pouvait être apportée dans l'immédiat, se rappelle George W. Otim-Nape, directeur du programme de recherche sur le manioc à l'institut de Namulonge.

L'épidémie

L'épidémie de mosaïque du manioc a été signalée pour la première fois en 1989, à environ 100 km au nord de Kampala. Elle s'est vite propagée, occupant une bande de 600 km de large qui progressait de 25 km par année. Quand M. Otim-Nape a constaté l'ampleur du phénomène, il en a vite mesuré les conséquences. L'épidémie a fini par s'étendre et gagner le pays tout entier, les pires dévastations ayant été enregistrées entre 1993 et 1995. Depuis, la mosaïque du manioc s'est répandue au Kenya, en République démocratique du Congo et en Tanzanie.

La maladie est transmise par un aleurode, la mouche blanche, qui transmet le virus d'un plant infecté à des plants sains en se nourrissant de leurs feuilles. En se propageant, le virus détruit la chlorophylle des plants, les rendant incapables de se nourrir. Les racines se rabougrissent, ne laissant presque rien de comestible.

Les scientifiques de Namulonge devaient agir vite : plus facile à dire qu'à faire étant donné la lente reproduction des plants. D'habitude, il faut de huit à dix ans pour mettre au point une nouvelle variété, mais l'Ouganda ne pouvait attendre aussi longtemps. Les chercheurs, qui ont bénéficié de l'aide de l'initiative de programme Gens, terre et eau du CRDI et d'autres bailleurs de fonds, ont utilisé du matériel végétal obtenu par culture tissulaire et des centaines de milliers de semences véritables de manioc dans des champs infestés par le virus; ils ont ensuite retenu les lignées les plus prometteuses. En 1994, quatre ans seulement après le début de la recherche, ils avaient mis au point trois nouvelles variétés.

La recherche participative

Les agriculteurs ont participé à diverses étapes de la recherche; ils ont planté les variétés mises à l'essai, évalué leurs caractéristiques et fait rapport aux scientifiques. Leur participation a été importante puisqu'elle a permis de déterminer si les nouvelles variétés répondaient à leurs besoins tant pour le goût, la couleur et la texture que pour la résistance aux maladies.

Distribuer les nouvelles variétés à des centaines de milliers de petits producteurs de manioc ougandais a représenté tout un défi. Le service de vulgarisation agricole du gouvernement comportait tellement de lacunes que l'équipe de Namulonge a créé un réseau regroupant les agriculteurs producteurs de manioc. Les chercheurs ont formé des agents de vulgarisation dans chacun des districts, lesquels ont nommé des représentants des agriculteurs dans chaque sous-comté, le niveau administratif inférieur. Ces représentants ont à leur tour été formés et ont transmis leurs connaissances aux agriculteurs par l'intermédiaire de groupes de femmes, puisque ce sont elles surtout qui s'occupent de la culture et de la récolte du manioc. Le réseau, toujours actif, est un bel exemple de transfert de technologie réussi.

De nouvelles variétés

En 1996, on avait déjà distribué d'énormes quantités de matériel végétal, souligne M. Otim-Nape. Cette année-là, les 70 000 hectares ensemencés de nouvelles variétés de manioc ont donné une récolte de 1,1 million de tonnes métriques. Selon les estimations des chercheurs, les nouvelles variétés avaient été plantées sur 150 000 hectares en 1998; l'Ouganda, pensent-ils, devrait enregistrer bientôt un niveau de production supérieur à celui d'avant l'épidémie. Les 2,5 millions de dollars investis dans la recherche de nouvelles variétés ont déjà donné lieu à une production de 40 millions de dollars, affirme Bua Anton, socioéconomiste de Namulonge.

Les habitants du district de Pallisa, au nord-est de Kampala, confirment le succès des nouvelles variétés. Faisant une pause durant les travaux des champs, Mary Magino confie, par l'entremise d'un interprète, que, lorsque la mosaïque du manioc est apparue, elle pouvait arracher une tige, puis une autre et une autre encore sans rien trouver. Depuis qu'elle utilise les nouvelles variétés, ajoute-t-elle, le manioc pousse en abondance.

De meilleurs rendements

Qui plus est, les nouvelles variétés (baptisées Nase 1 à Nase 9 dans les deux principaux centres de recherche sur le manioc de l'Ouganda, à Namulonge et Serere) produisent de trois à quatre fois plus de manioc par hectare que les anciennes variétés. C'est une véritable révolution verte pour le manioc, d'affirmer M. Otim-Nape.

Le changement est spectaculaire si l'on se reporte à la situation qui régnait il y a quelques années à peine alors que bien des endroits en Ouganda étaient aux prises avec la famine. Dans certains districts, où les nouvelles variétés dominent, d'aucuns se plaignent même de la surproduction. C'est d'ailleurs ce qui a incité des agriculteurs et des entrepreneurs ougandais à investir dans la transformation du manioc. On peut en tirer différents produits utiles comme la fécule, le glucose et le fructose. Une entreprise produit une boisson alcoolisée qui ressemble au gin, appelée Waragi.

Le potentiel de production

Le potentiel de production est considérable, selon M. Anton. Il s'agit de l'exploiter à fond, et c'est là le défi.

Aujourd'hui, l'Ouganda partage les variétés de manioc créées à Namulonge avec ses voisins, le Kenya et la Tanzanie, où la mosaïque fait aussi des ravages.

Mike Crawley, journaliste canadien lauréat d'une bourse du CRDI, a séjourné en Ouganda dans le cadre d'un stage au Gemini News Service. (Photo : G.B. Mpango, Université Makerere)

[Projet du CRDI no 055298]

Sécurité alimentaire et VIH/sida

16 décembre 2010
De plus en plus, on est conscient des effets que peuvent exercer les politiques alimentaires sur le VIH/sida et vice versa. On a donc lancé, en 2001, le Regional Network on HIV/AIDS, Rural Livelihoods and Food Security (le réseau RENEWAL), un projet conjoint du Service international pour la recherche agricole nationale et de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires bénéficiant du soutien du CRDI et d’autres bailleurs de fonds.

RENEWAL, sorte de mégaréseau, est présent au Malawi, en Afrique du Sud, en Zambie, en Ouganda, en Éthiopie et au Kenya, et il permet la collaboration de chercheurs africains afin de mieux comprendre les liens entre VIH/sida et sécurité alimentaire et nutritionnelle.   RENEWAL cherche à faire en sorte que les politiques et les programmes agricoles, alimentaires et nutritionnels soient mieux adaptés et à trouver des moyens de prévenir l’infection au VIH et de réduire l’impact du sida. Au Malawi, par exemple, le risque de MTS augmente en période de disette. L’approvisionnement alimentaire diminuant, certains n’ont sans doute pas d’autre choix que de recourir à des comportements sexuels à haut risque pour parvenir à nourrir leur famille.

D’après Renaud De Plaen, du programme ÉCOSANTÉ du CRDI, la recherche au Malawi démontre qu’il faut étudier le VIH/sida sous l’angle non seulement de la santé, mais aussi de l’alimentation et de la nutrition. « De plus en plus de gens se trouvent exposés au VIH/sida en Afrique australe. Or, plus ils sont touchés, plus il leur est difficile de produire assez de nourriture, et plus s’intensifie leur vulnérabilité », explique-t-il. « Comme les plus vulnérables sont souvent les plus exposés, on se retrouve dans un cercle vicieux. »

Les études menées en Afrique du Sud, en Zambie et au Malawi servent actuellement à éclairer les secteurs de l'agriculture, de la santé et de l’éducation, entre autres, et les résultats reposant sur des données probantes permettront d'améliorer bon nombre de politiques.

« Quatre ans après la phase initiale, le milieu scientifique reconnaît qu’on ne peut envisager séparément la production alimentaire et le VIH/sida, ajoute Renaud De Plaen. Il est très clair que, pour faire face à la crise, une meilleure collaboration s’impose entre les secteurs de la santé, de la production alimentaire, de l'agriculture et de l'éducation. »

Le réseau se concentre dorénavant sur la recherche pouvant influer sur les politiques, le renforcement des capacités et les communications. Une prochaine étude examinera les liens entre sécurité alimentaire, mouvements migratoires et VIH/sida tant en milieu rural qu'urbain.

La lutte antitabac

14 décembre 2010

Au Canada, la population est au fait des dangers du tabac pour la santé. Dans de nombreux pays en développement, par contre, la mondialisation de l’industrie du tabac, l’absence de législation antitabac et une population mal renseignée contribuent à un problème de santé aigu qui ne cesse de s’aggraver. Actuellement, 70 % des fumeurs de la planète résident dans ces pays.

Par ailleurs, les responsables des politiques sont inondés de propositions pour sortir de cette crise. Il est certain que certaines d’entre elles sont dictées par un parti pris idéologique ou des intérêts particuliers. Mais, ce qu’il faut aux décideurs, ce sont des données empiriques solides, fondées sur des recherches crédibles et indépendantes.

Dans les pays en développement, le tabagisme a fait grimper en flèche l’incidence des maladies non transmissibles (comme le cancer) et a aggravé l’impact des maladies infectieuses (telle la tuberculose). Le tabac fait 5 millions de victimes chaque année, et ce nombre pourrait doubler d’ici 2030.

Face à cette crise, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élaboré, en 2003, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) – la première convention en matière de santé dans le monde –, que plus de 160 pays ont ratifiée.

Le tabac peut avoir de graves conséquences sur le plan économique, en particulier dans les pays en développement. La dépendance exacerbe la pauvreté; par exemple, en Indonésie, les plus démunis consacrent quelque 15 % de leur revenu aux produits du tabac. Les maladies causées par le tabagisme grèvent des systèmes de santé déjà fragiles et nuisent à la productivité.

Le tabac est cultivé dans plus de 125 pays, et sa culture pose de nombreux problèmes, surtout aux petits exploitants : elle est extrêmement exigeante en main-d’oeuvre, ce qui a une incidence sur la famille, et a des effets néfastes sur l’environnement, entre autres. En outre, les tabaculteurs accumulent souvent une dette perpétuelle envers les compagnies de tabac.

Le CRDI finance des travaux de recherche ayant pour but de trouver des façons de réduire au minimum les dangers associés à la production et à la consommation de tabac.

Une meilleure sensibilisation

Les décideurs (dont les législateurs) de nombreux pays ne connaissent pas la CCLAT. En Inde, le CRDI a soutenu une initiative modeste, mais efficace, pour remédier à la situation. Un organisme établi à New Delhi, Health Related Information Dissemination Amongst Youth (HRIDAY), était chargé de la recherche. HRIDAY a analysé les points forts et les points faibles de la loi antitabac du pays et cerné les modifications qui permettraient de la rendre conforme à la CCLAT.

En outre, la réalisation d’une enquête sur les connaissances et les attitudes des parlementaires a permis d’informer ces derniers au sujet de la CCLAT et de leur rappeler que les jeunes Indiens adhéraient fortement à ses objectifs. Ces activités ont contribué à la mise sur pied du tout premier programme national de lutte antitabac. Les chercheurs ont également évalué la capacité des laboratoires du pays d’analyser les produits du tabac, comme le prévoit la CCLAT. Résultat : le gouvernement a amorcé des pourparlers avec des organisations internationales en vue de s’attaquer à la formation.

Le ministère de la Santé et de la Protection de la famille avait annoncé son intention d’apposer les avertissements conçus par l’équipe du projet sur les paquets de cigarettes. Or, comme cela n’a pas encore été fait, les efforts en ce sens se poursuivent.

Le narguilé vu d'un autre oeil 

La pipe à eau (ou narguilé, chicha) a depuis toujours de nombreux adeptes. Depuis une quinzaine d’années, sa popularité s’est fortement accrue, surtout en Méditerranée orientale, et des bars à chicha font de plus en plus leur apparition dans d’autres régions du monde. Cela est peut-être attribuable à la perception non fondée qu’il s’agit là d’une forme de tabagisme relativement inoffensive, à la nature sociale de l’activité et à l’innovation récente qui consiste à aromatiser le tabac utilisé.

Les partenaires du CRDI à l’Université américaine de Beyrouth sont des sommités mondiales en matière de recherche sur le narguilé. Leurs analyses des taux de toxines que contient la fumée de narguilé ont contribué à persuader l’OMS de publier, en 2005, un avertissement stipulant que l’usage de la pipe à eau présente un grand nombre des mêmes risques pour la santé que la cigarette et peutêtre même d’autres qui lui sont propres.

Les études se poursuivent, sur des sujets comme l’absorption des carcinogènes, la nature de la dépendance au narguilé, les dommages causés par la fumée secondaire et la corrélation entre l’usage du narguilé et l’athérosclérose coronarienne.

De l'air sans fumée pour soi et ses enfants

Lorsque le Guatemala a ratifié la CCLAT en 2005, il s’est engagé à réduire la fumée secondaire sur les lieux de travail et dans les transports en commun et les lieux publics intérieurs. À l’époque, la loi interdisait de fumer dans les écoles et les hôpitaux, mais l’interdiction n’était que partielle dans le cas des lieux de travail privés et des restaurants et ne touchait pas les bars.

Cela était attribuable, en partie, aux efforts de l’industrie du tabac, qui préconisait la désignation de zones fumeurs et non-fumeurs et le recours à la ventilation comme mesures visant à contrer les risques posés par la fumée secondaire.

En 2006, une équipe sous la direction d’un chercheur subventionné par le CRDI a relevé les niveaux de nicotine en certains endroits de la ville de Guatemala. Dans les bars et les restaurants, elle a observé des concentrations jusqu’à 710 plus élevées que dans des aires comparables dans les hôpitaux. Les zones non-fumeurs et les systèmes de ventilation coûteux n’étaient pas d’une grande efficacité.

Armé de cette information, l’année suivante, le chercheur principal a travaillé étroitement avec la Commission de la santé à l’élaboration du projet de loi 3309, lequel prévoyait l’interdiction complète de fumer dans les bars et les restaurants; toutefois, le projet a stagné au Congrès.

Les chercheurs ont alors lancé une campagne de sensibilisation aux dangers de la fumée secondaire. Un article publié dans une revue médicale de renom, Cancer Epidemiology Biomarkers and Prevention, a rehaussé la crédibilité de leurs travaux. Ils ont cultivé leurs relations parmi les journalistes, ce qui a donné lieu à la parution de nombreux articles dans les journaux, et ont donné de fréquentes séances d’information à l’intention de membres du Congrès.

Les constatations des travaux des chercheurs de même que les efforts que ces derniers ont déployés sans relâche pour en assurer la diffusion ont pour beaucoup contribué à l’adoption du projet de loi 3309 en décembre 2008, une victoire importante dans la lutte antitabac au Guatemala. La loi est entrée en vigueur en février 2009 et, depuis, il est absolument interdit de fumer dans tous les endroits publics.

Du tabac au bambou

De nombreux petits tabaculteurs sont intéressés à adopter une autre culture. En appuyant des études dans divers pays, dont le Bangladesh, le Malawi et le Kenya, le CRDI s’emploie à constituer une masse critique de données probantes sur les cultures de rechange.

Au Kenya, des chercheurs de l’Université de Maseno collaborent avec de petits tabaculteurs, sur 120 sites d’expérimentation dans le sud de la province de Nyanza, afin de déterminer s’il est possible que le bambou géant puisse remplacer le tabac comme culture commerciale. Ils évaluent le marché potentiel pour le bambou et les produits du bambou. Les agriculteurs ont reçu une formation afin de fabriquer divers articles à partir du bambou, qui se vendent d’ailleurs très bien.

Ces travaux ont été remarqués, et le ministère de l’Information et des Communications a décidé de filmer des agriculteurs participants. Cette vidéo de sensibilisation rend compte des problèmes associés à la tabaculture (par exemple la fragilisation de la sécurité alimentaire résultant de la pratique de la monoculture) et témoigne de l’enthousiasme des agriculteurs quant aux avantages qu’il y a à adopter la culture du bambou. Diverses revues scientifiques internationales ont aussi permis de diffuser les constatations techniques ayant émané des travaux.

Les chercheurs concluent que la diversification des moyens de subsistance s’impose de toute urgence dans la région et croient que le bambou peut régler bon nombre des problèmes associés au tabac. Ils ont recommandé que l’expérience soit reproduite dans d’autres districts du pays où se cultive le tabac.

www.tobaccotobamboo.org

Le CRDI /RMCT est reconnaissant de l’aide financière reçue du Department for International Development (DFID) du R.-U.

Pour en savoir plus

Télécharger le PDF : L'action du CRDI — La lutte antitabac

AT WHAT COST? : The Economic Impact of Tobacco Use on National Health Systems, Societies, and Individuals

LA GUERRE DU TABAC : L'expérience canadienne

Du flux et du reflux de l'usage du tabac

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