WiFi : Une nouvelle façon de combler le fossé numérique ?

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Scott Foster
Le meilleur moyen de commencer à combler le fossé numérique en Indonésie ? Se brancher à Internet en utilisant une simple antenne faite d’aluminium et une carte de réseau sans fil! Voilà une façon de donner un nouvel élan au développement économique, explique M. Onno Purbo, spécialiste des technologies de l’information et des communications (TIC) basé à Jakarta qui était de passage à Ottawa récemment afin de parler de sa vision.

« Il s’agit de créer en Indonésie une société du savoir », a-t-il poursuivi devant un auditoire réuni au Centre de recherches pour le développement international (CRDI). « Nous devons transformer les Indonésiens en producteurs plutôt qu’en consommateurs de savoir. Or, le moyen le plus rapide d’y arriver, c’est Internet. »

C’est pourquoi M. Purbo, titulaire d’une bourse de recherche Eisenhower à Washington, se fait inlassablement l’avocat du WiFi, diminutif de wireless fidelity, c’est-à-dire des connexions Internet par ondes radioélectriques. En organisant des ateliers partout dans son pays, il a pu toucher des milliers de personnes qui veulent apprendre à monter leurs propres systèmes WiFi.

Améliorer l’accès

M. Purbo met en pratique ce qu’il prêche. Sa propre connexion à haute vitesse est alimentée par un réseau local (RL) sans fil et une antenne d’aluminium. L’antenne, qu’il a fixée à l’arrière de sa maison, capte des ondes radio qui atteignent des points d’accès situés jusqu’à huit kilomètres à la ronde.

À l’exclusion de l’ordinateur, le système WiFi coûte entre 240 et 270 CAD, et ce prix ne cesse de baisser, assure-t-il.

« La largeur de bande est gratuite et peut être revendue dans des cybercafés. Les gens ne paient que pour la connexion, et ils peuvent partager [ces frais] en créant un réseau. M. Purbo estime à 2 500 environ le nombre d’Indonésiens qui ont déjà installé des connexions WiFi dans l’archipel et qui utilisent des ondes radio. Cependant, l’accès généralisé reste problématique. Dans ce pays de 231 millions d’habitants, on dénombre environ quatre millions d’internautes. Même dans les milieux universitaires, seuls 200 des 1 300 établissements que compte l’Indonésie sont branchés à Internet, ajoute-t-il.

Une base de connaissances

Onno Purbo a pour objectif d’augmenter ce nombre et vise les six millions d’utilisateurs au moins au cours des prochaines années. Cependant, la langue constitue un obstacle de taille. L’anglais prédomine sur le Web, mais l’Indonésie accuse un retard sur ses voisins pour ce qui est de la connaissance de cette langue, explique-t-il. M. Purbo publie beaucoup sur le Net en indonésien, et il encourage les autres à en faire autant. Mais il est difficile de toucher « toute la société » parce que le niveau d’instruction reste relativement faible dans le pays.

Pour l’instant, cet expert entend se concentrer sur la qualité et, pour cela, il expliquera à « autant de gens que possible » comment effectuer une connexion WiFi. Il pense aussi ouvrir un cybersalon où les étudiants indonésiens pourront échanger régulièrement avec des étudiants d’autres pays. Il espère que le dialogue — instauré « par des étudiants pour des étudiants » — aidera à transformer l’Indonésie en économie du savoir. Bien alimentée par des listes de diffusion et l’exitence de cybersalons, cette base de connaissances locale servira de fondement à de futures entreprises et créera plus de richesses en Indonésie.

« Les jeunes partiront le bal et entraîneront, espérons-le, un changement important, dit-il encore. Dans ce processus, le facteur humain est le plus important. De plus, tout devrait commencer par la base, et l’essentiel de l’activité devrait être financée par les gens eux-mêmes. »

Pas de droit d’auteur

Des organisations telles que le CRDI contribuent à ce transfert de savoir en dirigeant des projets tels que le Indonesian Digital Library Network (IndonesiaDLN), poursuit Onno Purbo. Ce réseau de 25 bibliothèques indonésiennes offre un accès instantané à une base de données bibliographiques réunissant des travaux de recherche, des thèses et des dissertations les plus récents.

Entre-temps, ce spécialiste d’Internet veille à sa façon à ce que l’information, universitaire ou autre, soit universellement accessible. Il espère, dans les années à venir, augmenter sa collection déjà impressionnante de travaux publiés comprenant plus de 30 livres sur la technologie de l’information pour lesquels d’ailleurs il ne percevra pas de droit d’auteur. Il pense, à l’instar de tout un mouvement anti-droit d’auteur, que l’acquisition de connaissances ne devrait être limitée, et ce, en aucune manière.

« J’offre mes connaissances gratuitement, affirme-t-il. Avec le droit d’auteur, il faut se taper toute la bureaucratie entraînée par les brevets, etc. C’est trop pour moi. »

Il n’est pas le seul à penser ainsi. D’autres « internautes militants » publient gratuitement leur savoir-faire en utilisant des listes de diffusion. Comme il est facile de s’informer, ajoute M. Purbo, les gens réagissent en investissant dans l’infrastructure. Les chefs de PME mettent leur argent dans des entreprises TIC et réinvestissent leurs bénéfices, car leur PME se porte bien. »

À la suite de ses travaux de boursier Eisenhower, Onno Purbo entamera sa troisième année de colloques et d’ateliers itinérants, et il entend en profiter pour expliquer comment intégrer l’utilisation de transmetteurs vocaux, ou la téléphonie, dans les système WiFi.
« Je m’amuse follement », assure-t-il.

Scott Foster est rédacteur pigiste à Ottawa. 

2002-11-22