Vue d’ensemble de la sécurité en Afrique

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Patrick Kavanagh

L’Afrique est en transformation. Les populations y sont en croissance, les économies prennent du mieux, et les conflits se résorbent. Y a-t-il un lien entre tous ces éléments ?

L’Afrique continue de faire face à de grands défis. En effet, en ce qui a trait à plusieurs mesures du développement humain, bon nombre des 54 pays qui composent le continent se situent pratiquement au bas de l’échelle.
 
Toutefois, depuis quelque temps, des nouvelles encourageantes nous parviennent, particulièrement au chapitre de la production de connaissances et de l’innovation. Ces dernières années, les Africains ont accompli des progrès considérables dans des secteurs cruciaux, tels que les technologies de la communication, la sécurité alimentaire et la gouvernance.
 
Virage vers la paix
 
Selon le chercheur sud-africain Jakkie Cilliers, l’Afrique a également réalisé des progrès en matière de sécurité humaine. Depuis le début du millénaire, dit-il, on assiste à une réduction spectaculaire des conflits, de l’ordre des deux tiers.
 
Il estime que plusieurs facteurs contribuent à ce soudain changement de cap.
  • Les gouvernements africains ont en général un meilleur bilan, et sont notamment beaucoup mieux en mesure d’assurer la sécurité.

  • Les Africains assument de plus en plus de leadership, tant en ce qui concerne le rétablissement de la paix que d’autres formes d’engagement sur le plan international. Ils tentent de plus en plus de « trouver des solutions africaines à des problèmes africains ».

  • Bien qu’il reste encore beaucoup à faire, il y a eu consolidation de la démocratie et du respect des droits de la personne sur le continent.

  • Et grâce à une amélioration de la gestion macroéconomique, à des prix élevés pour les denrées de base et à une réduction de la dette, la plupart des économies africaines ont connu une croissance constante depuis près d’une décennie.
  • Un groupe de réflexion de premier plan
     
    Jakkie Cilliers a été pendant 14 ans officier d’artillerie dans les forces de défense sud-africaines. Il a démissionné en 1989 pour des raisons politiques. En 1991, il a été l’un des cofondateurs, à Pretoria, de l’Institut d’études de sécurité (ISS), dont il est aujourd’hui le directeur général.
     
    Au début, l’ISS a fait porter ses travaux sur des questions reliées à la défense, comme la suprématie de la société civile sur le pouvoir militaire en Afrique du Sud. Une fois cet objectif atteint, l’Institut a opté pour une définition plus large de la sécurité humaine. Selon son site Web, l’ISS s’emploie à favoriser la stabilité et la paix en Afrique et, partant, à encourager le développement durable, le respect des droits de la personne, la primauté du droit, la démocratie, la collaboration en matière de sécurité et la prise en compte systématique des facteurs sexospécifiques.
     
    Depuis longtemps bénéficiaire de subventions du CRDI, l’ISS est considéré comme l’un des plus importants groupes de réflexion d’Afrique.
     
    En novembre 2010, Jakkie Cilliers était de passage au CRDI pour parler de l’avenir de l’Afrique. Voici quelques-uns des points saillants de sa causerie.
     
    La croissance démographique, synonyme de croissance économique
     
    Jakkie Cilliers affirme que la prospérité économique constitue l’assise sur laquelle pourra s’édifier une sécurité durable en Afrique. Qui plus est, soutient-il, les grandes villes stimulent l’économie. Depuis toujours, et partout dans le monde, la croissance démographique et l’urbanisation ont été les grands éléments moteurs de la croissance économique, et il en sera de même en Afrique.
     
    Il souligne que c’est maintenant 14 % de la population de la planète qui vit en Afrique et que, même en tenant compte de l’incidence du sida, ce pourcentage atteindra 25 % en 2050, c’est‑à‑dire qu’une personne sur quatre vivra sur le continent africain. Même avant 2027, la population de l’Afrique sera supérieure à celle de la Chine et de l’Inde.
     
    Bien que la situation soit extrêmement complexe, on s’attend à ce que la croissance démographique de l’Afrique débouche sur une croissance économique. L’ISS prévoit une augmentation du produit intérieur brut (PIB) du continent et, ultérieurement, une augmentation du PIB par habitant.
     
    Le bien-être économique est de bon augure pour la sécurité de l’Afrique. Une faible croissance économique et des revenus peu élevés et irréguliers, explique M. Cilliers, sont les deux principaux facteurs pouvant laisser présager des troubles de l’ordre public.
     

    Les changements climatiques
     
    Bien que les changements climatiques ne soient pas à proprement parler une cause directe de conflits, ils peuvent contribuer à aggraver des problèmes existants et ainsi constituer une menace sérieuse pour la sécurité de l’Afrique. Par exemple,
    • la raréfaction des sources d’approvisionnement en eau associée à une augmentation de la demande pourrait susciter une forte concurrence pour s’approprier la ressource et donner lieu à de la violence;  

    • la diminution du rendement des cultures et l’imprévisibilité croissante des régimes météorologiques mondiaux pourraient entraîner une hausse du prix des aliments, accroître l’insécurité alimentaire et, à la longue, provoquer des émeutes;

    • les modifications du niveau des océans, les catastrophes naturelles et la réduction de la viabilité des terres agricoles pourraient entraîner des mouvements de population déstabilisants.
    Les répercussions des changements climatiques ne se feront pas sentir uniformément dans toute l’Afrique – elles seront soit accentuées, soit atténuées, par les différents éléments sous-jacents que sont la gouvernance, les niveaux de pauvreté à l’échelle locale et les modes de gestion des ressources.
     
    Et bien d’autres sujets
     
    Jakkie Cilliers a abordé plusieurs autres sujets, dont les relations qu’entretient l’Afrique avec la Chine et l’Inde, les différends transfrontaliers au sujet de l’eau, ainsi que les conflits qui sévissent en Somalie, au Soudan et en République démocratique du Congo. Il a conclu en mentionnant que le principal défi que doit relever l’Afrique sur le plan de la sécurité est celui de la gestion de ses espaces urbains. À cet égard, le très grand nombre de jeunes hommes peu instruits et sans emploi, les gangs en milieu urbain et les services de sécurité privés représentent de véritables poudrières.