Voix des villes ciblées

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Division des communications, CRDI
Lorsque les artisans de réformes mises en oeuvre dans huit villes se sont réunis pour discuter de stratégie, leur quête de solutions les a amenés à examiner le rôle de la recherche, les pratiques des citoyens ordinaires et l’importance de susciter l’intérêt d'administrations  municipales mieux informées.
 
Ce n’est pas une mince affaire que de démêler l’écheveau des défis environnementaux, économiques et sociaux auxquels font face les collectivités démunies, surtout lorsque cela exige de forger des partenariats entre la population, les politiciens locaux et d’autres acteurs importants du paysage urbain.
 
À LIRE ÉGALEMENT

Rompre le cycle de la pauvreté urbaine
La détérioration de l’environnement engendre à son tour plus de pauvreté. Lorsque des représentants des équipes des huit villes ciblées par le CRDI se sont réunis dans le but d’échanger, ils se sont penchés sur la façon dont de petits résultats concrets peuvent contribuer à rompre ce cycle.  

Le Forum sur l’apprentissage des équipes des villes ciblées organisé par le programme Pauvreté urbaine et environnement avait entre autres objectifs celui de permettre d’échanger des expériences et des observations avec des homologues qui sont aux prises avec des relations complexes de cet ordre dans un contexte différent. Le CRDI s’est entretenu avec des membres des équipes au sujet de l’interaction des questions économiques et environnementales à l’échelle locale, de ce qu’ils ont appris d’autres projets et de ce qu’ils comptent retirer de l'initiative Villes ciblées.

 
Éclairer et influencer l’élaboration des politiques
 
À Kampala, en Ouganda, les espoirs de voir une amélioration des conditions reposent sur deux initiatives, à savoir le recyclage intégré des déchets et l’agriculture urbaine. Ces activités ont pour but d’accroître les possibilités pour les citadins pauvres de se livrer à des activités rémunératrices tout en remédiant à la dégradation de l’environnement, qui constitue une préoccupation urgente et immédiate.
 
Shuaib Lwasa, chargé de projet à Urban Harvest, un partenaire du Centre international de la pomme de terre (le partenaire du CRDI pour le projet de ville ciblée de Kampala), explique qu’une partie importante de la population faisant partie de la tranche de revenu inférieure vit dans des habitations de piètre qualité où les services environnementaux (gestion des déchets, assainissement, accès à de l’eau potable) sont restreints et qui se trouvent dans des vallées sujettes aux inondations.
 
En plus d’amener les administrations municipales et les citoyens pauvres à trouver ensemble une solution à ces problèmes, l’approche inhérente à l'initiative Villes ciblées permet la participation de chercheurs qui, par leur savoir-faire, peut les aider à choisir les mesures les plus susceptibles de produire des améliorations.
 
Pour M. Lwasa, l’objectif principal consiste à voir comment la recherche peut éclairer et influencer pour le mieux les politiques, c’est-à-dire entraîner des réformes ou des changements aux politiques de même que l’intégration systématique des bonnes pratiques et des leçons pouvant s’appliquer à l’échelon des ménages ou des collectivités. Écouter la capsule audio de Shuaib Lwasa (en anglais)


 
Une question de sensibilisation :
Haryanti Koostanto explique le projet mené par Healthy Places, Prosperous People (HP3).

Mettre l’appareil gouvernemental à contribution

À Jakarta, en Indonésie, on entretient aussi l’espoir que les efforts déployés pour améliorer l’environnement auront des retombées économiques favorables sur les collectivités les plus démunies. Bien que la fourniture de services environnementaux, notamment le compostage de déchets solides organiques, les services d’assainissement, l’épuration des eaux et l’approvisionnement en eau, vise essentiellement l’amélioration des conditions de vie dans les bidonvilles du district de Penjaringan, ces services représentent également des emplois pour les gens de la localité qui seront appelés à les fournir.

 
Malgré tout, il y a loin de la coupe aux lèvres et il reste beaucoup de travail à abattre.
 
Haryanti Koostanto, la responsable du programme Healthy Places, Prosperous People (HP3) dont Mercy Corps Indonesia assure la coordination, considère que la sensibilisation d’un grand nombre de responsables gouvernementaux constitue l’un des éléments centraux du projet.
 
Par exemple, en ce qui a trait aux déchets solides, il est nécessaire de s’entretenir avec des responsables non seulement du sous-district mais également du district ainsi qu’avec un certain nombre d’organismes techniques du gouvernement et d’autres intervenants. Ainsi, on est appelé à collaborer avec des organismes gouvernementaux de plusieurs paliers et secteurs. Écouter la capsule audio de Haryanti Koostanto (en anglais) 
 
Mme Kostanto considère que, s’il est parfois source de frustrations, ce réseautage constitue l’une des principales réussites du projet et qu’il donnera probablement des résultats importants au cours des cinq à dix prochaines années. Elle croit que si l’on réussit à susciter l’intérêt de responsables gouvernementaux ou de personnes influentes envers des questions liées à l’environnement urbain, Penjaringan – et tout Jakarta – ne s’en porteront que mieux, car les membres du personnel seront davantage conscients de ce qu’ils ont à offrir et de la manière dont ils doivent servir les plus démunis.
 
L’architecte Gina Chambi, directrice générale des études et des projets à l’Instituto Metropolitano de Planificación de Lima, au Pérou, pense elle aussi que l'initiative Villes ciblées aura des incidences bien au-delà des quartiers visés.
 
Mme Chambi, qui dirige l’équipe de la ville ciblée de Lima, est d’avis que la plus grande contribution de son projet serait de permettre la transformation des structures sous jacentes à la planification et à l’élaboration des politiques qui rendent vulnérables les plus démunis de la ville. Elle explique que le projet va au-delà de la mise en commun des connaissances et vise également l’examen du contexte social afin de déterminer le type d’intervention possible. Il ne s’agit pas seulement d’intervenir à court terme mais plutôt d’améliorer globalement la planification urbaine. Écouter la capsule audio de Gina Chambi (en espagnol)


 
Ensemble pour susciter le changement à Soukra, en Tunisie :
Boubaker Houman, Marwan Owaygen, Moez Bouraoui et Amel Triki Mzah

Rétablir les pratiques traditionnelles

En plus des processus politiques, l'initiative Villes ciblées s’intéresse aux pratiques des gens. Par exemple, le projet de Soukra, en Tunisie, tente de rétablir des pratiques traditionnelles qui pourraient contribuer à la résolution de certains des problèmes liés à l’étalement urbain de la capitale, Tunis, dont les limites ne sont plus qu’à six kilomètres de Soukra.

 
De l’avis de Moez Bouraoui, qui dirige l’équipe de la ville ciblée de Soukra, cette dernière subit à l’heure actuelle une importante transformation sociospatiale, en grande partie en raison du développement urbain. Les terres de Soukra sont de plus en plus convoitées par des promoteurs immobiliers qui souhaitent y construire des logements locatifs et des maisons. Les petits agriculteurs sont soumis à une certaine pression; ils sont dans une situation difficile parce qu’ils sont de plus en plus impuissants, ajoute-t-il. Écouter la capsule audio de Moez Bouraoui 
 
Afin de préserver les activités agricoles de la région, il est crucial de freiner l’épuisement des ressources en eau. Alors que traditionnellement les Tunisiens étaient conscients de l’importance de conserver l’eau, ce qui explique que le pays parvient à l’heure actuelle à récupérer 85 % de son eau souterraine, un grand nombre de personnes perdent de vue cette tradition.
 
Comme l’explique Amel Triki Mzah, médecin et vice-présidente auprès du maire de la municipalité de Soukra, les générations antérieures avaient pour habitude de recueillir l’eau de pluie. Toutefois, en raison de la modernisation du pays et de la construction de nouvelles villes, cette habitude s’est perdue. L’équipe du projet espère la faire renaître. Écouter la capsule audio d'Amel Triki Mzah 
 
Si elles font face à des problèmes particuliers, les équipes des villes ciblées ont en commun un certain nombre de préoccupations, de sorte qu’elles espèrent continuer à apprendre les unes des autres.
 
Selon Rajapakse Pathirage Gamini Chandrasena, qui dirige l’équipe de la ville ciblée de Colombo, au Sri Lanka, les équipes ont des problèmes, des idées et des objectifs semblables. Elles sont toutes aux prises avec des problèmes auxquels elles tentent de trouver des solutions et toutes tentent d’établir la voie à suivre pour parvenir à ces solutions. Écouter la capsule audio de Rajapakse Pathirage Gamini Chandrasena (en anglais)
 
Ce texte repose sur des entrevues réalisées par Patrick Kavanagh, Angela Pereira et Nadine Robitaille, de la Division des communications du CRDI, à l’occasion du Forum sur l’apprentissage des équipes des villes ciblées.