Une situation bénéfique à tous : davantage de recherches réalisées en partenariat avec les pays en développement

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Naser Faruqui

Les changements climatiques, la crise financière, le sida et le SRAS le démontrent clairement : aujourd’hui, de nombreux problèmes ne connaissent pas de frontières. Ils représentent une menace pour tous et nous avons tous intérêt à les résoudre. En même temps, les idées et les personnes qui permettront de relever les défis mondiaux pourraient venir de n’importe où sur le globe. L’organisme canadien pour lequel je travaille, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), aide les pays en développement à trouver des solutions concrètes à leurs problèmes grâce aux sciences, à la technologie et à l’innovation. Le CRDI aide aussi le Canada et les pays en développement à relever des défis communs, en mettant à profit le talent et l’expérience de gens d’un peu partout sur la planète.

Prenez Yiming Shao, par exemple. Expert scientifique en chef au sein de l’organisme national de lutte contre le sida de la Chine, il est aux premières loges de la lutte contre les maladies dans un pays densément peuplé et en évolution constante. Grâce à un partenariat entre le CRDI et le Programme des chaires de recherche du Canada, M. Shao fera équipe avec Jianhong Wu, de l’Université York de Toronto, un mathématicien de renommée internationale dont les travaux de modélisation des maladies infectieuses sont d’une importance capitale pour permettre de faire face à des menaces comme la grippe pandémique et le virus du Nil occidental. En commençant par le VIH, MM. Shao et Wu analyseront les schémas de transmission des maladies, établiront des prévisions à cet égard et collaboreront avec des organismes de santé afin d’élaborer des stratégies de prévention.

Au Canada et ailleurs, les politiques publiques devraient tirer profit de cette collaboration internationale – et de sept autres. En effet, M. Shao, le titulaire de la nouvelle Chaire de recherche du CRDI en modélisation et en gestion des maladies transmissibles, est l’un des huit éminents scientifiques provenant de pays en développement choisis pour réaliser, pendant cinq ans, un programme de recherche et de formation de concert avec le titulaire d’une chaire de recherche du Canada. Comme chaque équipe ainsi formée recevra une subvention pouvant aller jusqu’à un million de dollars, les titulaires des chaires de recherche du CRDI disposeront des fonds voulus pour embaucher des étudiants diplômés, attirer des chercheurs de niveau postdoctoral et se procurer l’équipement de laboratoire nécessaire pour mener des recherches de pointe.

Depuis près de 40 ans, le CRDI appuie la recherche scientifique dans les pays en développement et contribue ainsi à développer leur capacité d’innovation. L’appui à la recherche signifie parfois créer des mécanismes permettant à des scientifiques de premier plan comme MM. Shao et Wu de travailler ensemble. Parfois encore, cela signifie contribuer à renforcer, à long terme, les capacités des chercheurs de pays en développement désireux de trouver des solutions aux défis du développement qui soient adaptées au contexte local. Dans tous les cas, la coopération scientifique entre le CRDI et les pays en développement a pour but de favoriser l’excellence de la recherche afin d’améliorer les conditions de vie de la population.

Non seulement la contribution au renforcement des capacités de recherche des pays en développement s’impose-t-elle pour des raisons altruistes, mais cela revient également à investir dans notre propre prospérité future. Le Canada a tout intérêt à pouvoir s’associer, à des fins de collaboration, d’échanges commerciaux et d’innovation, à des partenaires dont les capacités sont élevées, et ce, d’une manière qui soit avantageuse tant pour l’économie canadienne que pour l’économie du pays partenaire.

Le vieux cliché veut que les pays développés produisent les connaissances puis les transmettent aux pays en développement. En réalité, le Canada a beaucoup à apprendre de sociétés moins prospères, notamment au chapitre de la résilience, des réseaux de soutien et des facultés d’adaptation. En partenariat avec le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) du Canada, le CRDI finance un projet portant sur les sources officielles et non officielles de soutien en santé mentale offertes aux jeunes qui grandissent dans des milieux difficiles au Canada, en Chine, en Colombie et en Afrique du Sud. Un autre projet permet à des collectivités côtières (généralement rurales et autochtones) du Canada et de plusieurs pays des Caraïbes de tisser des liens leur permettant d’échanger des idées sur la manière dont les organismes locaux peuvent aider leur population à s’adapter aux changements climatiques.

Partout dans le monde, les bonnes idées ne manquent pas et la meilleure expertise n’est pas toujours là où pourrait le croire. Par exemple, les changements climatiques provoqueront des pénuries d’eau dans certaines régions du Canada. Comme la plus grande partie de l’eau douce se trouve dans le nord du pays mais la population, essentiellement dans le sud, il faudra à un moment donné se mettre à recycler les eaux grises, c’est à dire les eaux usées qui ne proviennent pas des toilettes, afin d’utiliser moins d’eau douce. Et où sont les plus grands spécialistes dans ce domaine ? Non pas en Amérique du Nord ou en Europe, mais bien dans des pays comme la Jordanie, qui a été confrontée avant nous à la rareté de l’eau et où le CRDI appuie la recherche sur les eaux grises depuis plus de dix ans.

Les sciences, la technologie et l’innovation sont essentielles à la prospérité et à la résolution des problèmes communs, au Canada comme dans les pays en développement. Innover peut vouloir dire convertir le savoir en un produit ayant une valeur commerciale, mais cela peut aussi vouloir dire apporter une plus-value en adoptant une nouvelle méthode ou en transposant une idée connue dans un nouveau secteur. En matière de développement, apporter une plus-value signifie atténuer la pauvreté, accroître le bien être collectif et améliorer les conditions de vie de la population.

Le domaine de programme que je dirige au CRDI soutient des projets qui aident les entreprises à innover (dans le domaine de la biotechnologie par exemple), afin qu’elles puissent avoir des revenus, commercialiser des produits, créer des emplois et pénétrer les marchés mondiaux. Mais il appuie également l’innovation par et pour les pauvres, en favorisant des innovations d’ordre technologique et social qui contribuent directement à atténuer la pauvreté. Pour assurer une croissance équitable et relever nos défis planétaires communs, nous devons miser sur ces deux types d’innovation, qui puisent dans l’énergie, l’intelligence, les idées et l’expertise de personnes de partout dans le monde.

Naser Faruqui
Est directeur
au Centre de recherches pour le développement international 

Cet article a d’abord été publié, en version originale anglaise,

dans un encart de l'édition du 6 avril 2009 du journal The Hill Times consacré à l'innovation.