Une révolution numérique dans les salles de classe de l'Uruguay

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Susan Murray
Les élèves des écoles primaires publiques de l’Uruguay vont bientôt voir leurs salles de classe se colorer de vert.

Grâce à une initiative pilote mondiale, des millions d’ordinateurs portables peu coûteux seront distribués aux enfants les plus pauvres de la planète au cours de l’an prochain.

Les ordinateurs, d’un vert tranchant et de la taille d’un manuel scolaire, ont été conçus dans le cadre d’une initiative de l’organisation sans but lucratif One Laptop per Child (OLPC – un ordinateur portable par enfant).

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Site Web du programme One-Laptop-Per-Child

Visionner une vidéo sur le projet (uniquement disponible en anglais)

Ils sont munis d’une manivelle manuelle ou d’un levier de commande à pied qui recharge la pile, d’un clavier qui bascule d’une langue à une autre, d’une caméra vidéo numérique, d’une connectivité sans fil et d’un logiciel libre conçu pour les régions éloignées.

Surnommé le « XO », cet ordinateur robuste a été présenté au Sommet mondial sur la société de l’information en novembre 2005 par Nicholas Negroponte, fondateur d’OLPC et créateur du Media Lab du Massachusetts Institute of Technology. On a pu réduire le coût de l’ordinateur à environ 100 USD en éliminant des fonctions non essentielles et en réduisant l’espace de stockage et les exigences énergétiques.

L’initiative OLPC a pour objectif de rendre Internet accessible aux enfants vivant dans des régions éloignées. L’organisation entend vendre les portables directement aux gouvernements afin que ces derniers les distribuent dans les écoles. Plusieurs pays en développement ont déjà adhéré à l’initiative, notamment l’Uruguay dont le gouvernement a annoncé son « projet Ceibal » en décembre 2006.

Aux yeux du président de l’Uruguay, Tabaré Vázquez, ce projet est un moyen de favoriser l’équité aussi bien que l’éducation. C’est ce qu’affirme Juan Grompone, de la faculté de génie de la Universidad de la República, et conseiller au projet Ceibal. Il souligne que la moitié des enfants en Uruguay vivent sous le seuil de pauvreté. Il est d’avis que le pays ne peut plus désormais compter sur une économie agricole et qu’il doit préparer ses élèves à la nouvelle économie du savoir.

Pendant la première phase, qui est en cours, on donnera des portables à 150 élèves de Cardal, une ville de la province de Florida située à une centaine de kilomètres de la capitale, Montevideo. La mise en oeuvre de ce projet pilote est assurée par le Laboratorio Tecnológio del Uruguay. Les responsables ambitionnent de fournir des portables à tous les élèves du primaire en Uruguay d’ici 2009.

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, aide au déroulement de l’initiative OLPC en Uruguay. Cinq autres pays d’Amérique latine ont également manifesté leur intérêt. Le CRDI a appuyé une rencontre directe avec des partenaires afin de décider des meilleurs moyens d’analyser et d’évaluer les projets pilotes en cours. Il appuiera également une rencontre ultérieure prévue pour évaluer les progrès de l’initiative.

L’Uruguay, un laboratoire pour le reste du monde

Bien qu’ils aient été nombreux à saluer cet effort destiné à combler le fossé numérique, certains en ont contesté les objectifs ayant trait notamment aux aspects logistiques et sociaux. À cet égard, le CRDI appuie des travaux ayant pour objet d’analyser les enjeux qu’implique la fourniture de portables aux enfants des pays en développement.

Alicia Richero, administratrice de programmes principale au bureau régional du CRDI à Montevideo, explique que les enseignants ne sont pas unanimes quant à savoir si le gouvernement devrait investir de l’argent dans la technologie alors que les besoins nutritionnels de base de beaucoup d’enfants ne sont toujours pas satisfaits.

On a également soulevé des questions concernant le vol, la réparation et l’entretien des ordinateurs.

Cependant, Juan Grompone demeure optimiste. Il croit que l’Uruguay est l’endroit idéal pour tester la faisabilité de l’initiative OLPC, car ce petit pays ne compte que 300 000 élèves au primaire. De plus, le président tient à ce projet et la société de télécommunications nationale s’est engagée à fournir l’accès à Internet à toutes les écoles d’ici 2009.

Selon M. Grompone, l’Uruguay sera le laboratoire du monde en ce qui concerne cette initiative.

Susan Murray est stratège principale en communications au CRDI.