Une recherche recommande l’adoption d’une approche de prévention de la violence basée sur le genre au Sénégal

April 17, 2015

Image
Membres de GESTES

Des membres de l’équipe de recherche du Groupe d’Études et de Recherche Genre et Sociétés (GESTES) présentent leurs constatations à l’ambassadeur canadien Phillipe Beaulne.

En dépit des lois et d’une constitution qui garantit l’égalité des sexes, la violence faite aux femmes est encore un problème criant au Sénégal. Les critiques invoquent un système juridique inefficace qui ne privilégie pas la prévention et où la police intervient rarement et peu d’agresseurs sont traduits en justice. Si plusieurs études ont été menées sur la violence basée sur le genre au Sénégal, peu d’entre elles ont porté sur la responsabilité des pouvoirs publics, la légitimité des structures publiques ou l’efficacité des lois.

Subventionnés par le CRDI, les chercheurs du GESTES ont effectué une recherche à l’échelle nationale dans le but de rendre les institutions publiques du Sénégal plus responsables. Ils se sont penchés sur les causes profondes et les effets de la violence faite aux femmes et ont évalué l’efficacité des stratégies actuelles pour prévenir la violence basée sur le genre et la combattre. Leur recherche a permis de définir des stratégies permettant de renforcer la société civile et les organisations publiques engagées dans la prévention de la violence faite aux femmes. Leurs recommandations servent à élaborer et mettre en oeuvre des stratégies, des programmes et des politiques de prévention dans tout le pays. Dans la foulée cette étude, le Sénégal est doté d’éléments probants pour encadrer l’application d’une stratégie nationale de prévention de la violence basée sur le genre. 

Création d’une banque de données fiables

Il est essentiel de recueillir des données fiables sur la violence basée sur le genre afin d’élaborer et d’appliquer des lois, politiques, stratégies et mesures de prévention. Toutefois, la plupart des recherches à ce sujet sont axées sur le type de violence et tiennent peu compte de la géographie et de la situation démographique et socio-économique. La recherche du GESTES visait à combler le manque de données en menant une étude nationale qui examinait aussi des facteurs socio-culturels, religieux, économiques et géographiques précis.

Utilisation des connaissances pour orienter l’intervention

Cette recherche a révélé qu’actuellement le Sénégal n’a pris aucune mesure préventive. 

Grâce à la publication de cette étude, les institutions qui luttent contre la violence basée sur le genre au Sénégal possèdent dorénavant des données fiables pour encadrer leurs stratégies et leurs politiques. Par exemple, les institutions d’enseignement supérieur, sous la direction de l’équipe de projet du GESTES, ont signé une entente avec le GESTES en vue d’élaborer une stratégie globale de prévention pour les universités du pays. Cet effort est axé sur l’élaboration et l’application de la charte « Violences faites aux femmes : Tolérance zéro ».

La société civile, les acteurs locaux et les groupes de femmes, de même que les institutions publiques et les institutions internationales actives au Sénégal ont pris en compte les résultats de l’étude. Par exemple, les résultats de cette recherche ont permis d’ajouter la dimension de la violence basée sur le genre aux dimensions scientifiques subventionnées par le FIRST (Fonds d’impulsion de la Recherche Scientifique et Technique) du Sénégal. 

En outre, selon l’équipe de recherche, les organisations de la société civile, en particulier le Comité national de lutte contre les violences faites aux femmes (CLVF) du Sénégal, possèdent dorénavant de rigoureuses connaissances pour bonifier et promouvoir leurs activités de défense et exiger des stratégies et des programmes politiques visant à prévenir la violence basée sur le genre.

Innovations recommandées

Voici quelques recommandations découlant de la recherche :

  • Il faut renoncer aux stratégies actuelles de lutte contre la violence basée sur le genre, qui sont fondées sur la répression, la réparation et la victimisation. Il faut plutôt promouvoir une approche préventive, qui privilégie le renforcement de la capacité des structures publiques.
  • Il faut combler le manque de données non regroupées, selon plusieurs critères (sexe, âge, emplacement géographique, activité socio-professionnelle, etc.)

L’équipe de recherche a également élaboré et mis à l’essai une plateforme pour téléphone cellulaire « Web-SMS », qui peut servir à signaler des cas de violence faite aux femmes. 

Pour en savoir plus sur le projet Prévention de la violence contre les femmes au Sénégal

Lire les rapports récents du projet (en français) :