Une nouvelle vision pour AfricaAdapt – Entrevue avec Moussa Na Abou Mamouda

24 février 2011
Aliou Diouf

Réseau panafricain lancé en mai 2009, AfricaAdapt vient de recevoir le feu vert pour l’exécution d’une nouvelle phase d’activités de deux ans, qu’appuie le programme Adaptation aux changements climatiques en Afrique.

Ce réseau est issu d’un projet sur la mise en commun des connaissances en matière d’adaptation qu’a mené l’Institute of Development Studies (IDS) en partenariat avec trois organismes africains, ENDA Tiers Monde (organisation non gouvernementale internationale établie au Sénégal), le Forum africain pour la recherche agricole ou FARA (organisme panafricain établi au Ghana) et le Centre de prédictions climatiques et d’action (ICPAC) de l’IGAD (organisme d’information sur le climat oeuvrant à l’échelle régionale et ayant son siège au Kenya).
 
ENDA est chargée de piloter la deuxième phase d’AfricaAdapt; il s’agit d’un rôle qu’elle a commencé à remplir au cours des dernières étapes de la première phase du projet. La transition s’effectue en vertu du plan convenu, qui prévoit le transfert de la capacité de mise en commun des connaissances et du leadership à des partenaires africains.

Pour en savoir plus sur les réalisations du réseau jusqu’à maintenant et sur ce qui est envisagé pour les deux prochaines années, Aliou Diouf, du bureau de Dakar du CRDI, s’est entretenu avec le coordonnateur d’AfricaAdapt, Moussa Na Abou Mamouda, au bureau d'ENDA Tiers Monde à Dakar.
 
Diouf – Qu’est-ce qui fait la spécificité d’AfricaAdapt, sa valeur ajoutée, comparativement aux autres plateformes ?
 
Mamouda – Trois choses font la spécificité d’AfricaAdapt. Premièrement, c’est un réseau africain qui met l’accent sur l’Afrique, car le continent est très vulnérable aux changements climatiques. Deuxièmement, il travaille à transmettre les connaissances sur l’adaptation à tous les intéressés, en particulier aux groupes marginalisés. Enfin, AfricaAdapt transcende les barrières linguistiques et oeuvre  en anglais, en français et même dans les langues africaines, par le truchement d’Internet et aussi à l’occasion de rencontres face à face.
 
Diouf – Quelles ont été vos principales réalisations au cours de la première phase ?
 
Mamouda – AfricaAdapt a permis aux quatre organismes partenaires d’acquérir une plus grande culture de partage des connaissances. AfricaAdapt a également lancé un bulletin spécial, Joto Afrika, qui informe les décideurs des expériences d’adaptation aux changements climatiques réussies. On a mis à la disposition des chercheurs une plateforme de discussion et de partage des connaissances qui leur permet de créer leur profil et d’apprendre des expériences des autres. Cette plateforme compte aujourd’hui quelque 1 000 membres.
 
Autres réalisations : AfricaAdapt a subventionné, en 2009 et en 2010, 15 projets visant la mise en commun des connaissances avec des personnes de groupes vulnérables et a également financé la participation de journalistes à la 15e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CdP15), afin qu’ils puissent en transmettre les échos dans leurs langues nationales respectives. AfricaAdapt a beaucoup contribué à sensibiliser au fait qu’en Afrique, l’adaptation aux changements climatiques revêt un caractère urgent. Pour faciliter l’adaptation en Afrique, il est primordial de savoir « qui fait quoi » à cet égard sur le continent. Depuis 2009, AfricaAdapt établit un état des lieux des principaux acteurs de l’adaptation en Afrique et élabore une base de données géoréférencées.
 
Diouf – Quelles sont la vision et les priorités associées à cette deuxième phase ?
 
Mamouda  Pour cette nouvelle phase, la vision fixée est de contribuer à accroître la résilience des groupes et des écosystèmes vulnérables grâce à un meilleur accès aux connaissances et à une meilleure utilisation des connaissances. La première priorité est de mettre l’accent sur la valeur ajoutée, sur ce qui fait la spécificité du réseau AfricaAdapt, dans l’exécution des prochaines activités. La deuxième est de réussir à faire en sorte que tous les membres du réseau, et pas seulement les membres en ligne, puissent s’approprier le réseau.
 
Diouf – Comment, en tant qu’organisme gestionnaire de cette plateforme, ENDA compte-t-elle relever les défis de la participation et de l’influence au cours de la deuxième phase ?
 
Mamouda – Pour relever le défi de la participation au cours de la deuxième phase, nous comptons sur le marketing relationnel ou « relationship marketing ». Il s’agit de pousser les membres à ne pas se limiter à ouvrir un profil et à le mettre à jour, de voir à ce que les membres interagissent, échangent sur des sujets de leur choix et informent d’autres personnes de l’existence d’AfricaAdapt afin d’obtenir leur adhésion et, surtout, d’amener les membres à travailler pour que leurs organismes établissent des partenariats avec AfricaAdapt. La stratégie de marketing vise également à présenter, tant aux membres actuels qu’aux membres potentiels, les services et les possibilités que peut offrir AfricaAdapt.
 
Diouf – Comment comptez-vous surmonter les barrières entre, d’une part, les scientifiques et, d’autre part, les décideurs, les collectivités et les praticiens oeuvrant dans le domaine de l’adaptation aux changements climatiques ?
 
Mamouda – En encourageant, au cours de cette deuxième phase, les chercheurs à échanger les résultats de leurs travaux et à associer les collectivités, les décideurs et les praticiens à la conception des projets, afin que la recherche soit impulsée par les demandes de ces différents groupes. Au cours de cette phase, on prévoit appuyer l’organisation de 14 rencontres de type "meet and greet" de ces différents acteurs, dans 14 pays distincts, qui porteront sur des thèmes précis, par exemple l’érosion côtière au Sénégal. Les foires de partage des connaissances seront la nouveauté de cette phase. Elles diffèrent des rencontres "meet and greet", qui se tiennent à l’échelle nationale, car elles rassemblent des acteurs de plusieurs pays dans le but de cerner les synergies possibles et d’échanger les connaissances et, surtout, les résultats des travaux.
 
Diouf – Comment comptez-vous assurer la durabilité d’un tel mécanisme de partage des connaissances ?
 
Mamouda Le premier pilier sur lequel on compte s’appuyer pour assurer la durabilité du réseau est l’ancrage institutionnel. Le deuxième pilier consistera à faire en sorte que les membres du réseau reconnaissent l’utilité des activités d’AfricaAdapt et y participent. Enfin, le troisième pilier concerne l’innovation : c’est sur cette assise que le réseau compte s’édifier et prendre son essor.