Une nouvelle démarche communautaire pour faire face aux traumatismes résultant des conflits violents

Image
Le programme Paix, conflits et développement

Une image vaut mille mots. Le proverbe n’est hélas que trop vrai en temps de guerre. Les images d’enfants blessés par des mines, de maisons criblées de balles et de fosses communes sont frappantes et bouleversantes. Pourtant, elles lèvent à peine le voile sur la réalité de ceux et celles dont le quotidien est dominé par les conflits violents.

Les ravages de la guerre vont bien au-delà des dommages matériels, et ces images ne sont qu’une faible indication des traumatismes profondément ancrés dans la mémoire des victimes et des survivants.

Après la guerre du Vietnam, l’expression syndrome de stress posttraumatique est entrée dans notre vocabulaire. Ce syndrome est axé sur la personne, tant dans sa définition que dans les approches de son traitement.

Toutefois, les conflits violents ne touchent pas seulement les individus, mais l’ensemble des structures sociales – les collectivités, les familles, les villages et les villes, ainsi que leurs institutions culturelles, sociales et économiques.

Les démarches communautaires en vue de composer avec les traumatismes ont peu retenu l’attention jusqu’à présent. Or, un champ de recherche qui gagne en importance remet en cause les approches psychologiques s’intéressant aux traumatismes et aux effets des conflits violents uniquement d’un point de vue individuel.

Le programme Paix, conflits et développement (PCD) du CRDI appuie les efforts en ce sens dans l’espoir de créer une masse critique de travaux de recherche sur les traumatismes et les conséquences des conflits violents, vus sous l’angle communautaire.

Après la guerre du Vietnam, l’expression syndrome de stress posttraumatique est entrée dans notre vocabulaire … les conflits violents ne touchent pas seulement les individus, mais l’ensemble des structures sociales

Les recherches financées par PCD illustrent comment, s’agissant de guérir les traumatismes, les démarches locales sont plus holistiques en ce qu’elles tiennent compte autant des dimensions sociales et communautaires que des préoccupations individuelles; autrement dit, elles reposent sur un cadre psychosocial. Il faut envisager plus que les répercussions individuelles de la violence et englober dans nos réflexions les diverses manières dont les contextes sociaux et politiques influent sur les individus et les collectivités.

Il faut, par conséquent, « traiter » la multitude de réactions individuelles, politiques, sociales et culturelles à une situation traumatisante et à ses séquelles. Cette démarche entre en synergie directe avec les efforts de développement et de consolidation de la paix.

Les jeunes et les conséquences des conflits en Cisjordanie

Le projet multiphase Adolescents palestiniens et stress posttraumatique, mené par l’Université Birzeit, de Cisjordanie, et l’Université Queen’s, du Canada, est un bon exemple des recherches parrainées par le programme PCD. En Cisjordanie, où les adolescents forment 49 % de la population, les conflits qui perdurent, la violence politique, l’insécurité, la perturbation des structures sociales normales et le stress que vivent les familles sont tous des facteurs qui ont des répercussions néfastes sur le développement affectif et social des adolescents.

La première phase du projet, amorcée en 2002, était axée sur la recherche de terrain visant, d’une part, à évaluer l’exposition des jeunes aux traumatismes, leurs symptômes de détresse psychologique, leurs mécanismes d’adaptation, leur situation économique et sociale de même que le soutien social à leur disposition et, d’autre part, à connaître leurs points de vue sur la violence et leurs espoirs pour l’avenir.

Lors de la deuxième phase, les chercheurs ont mis les résultats de la recherche en pratique dans une intervention communautaire axée sur des méthodes non biomédicales et ayant pour objet de remédier aux souffrances sociales.

En amenant les collectivités (les jeunes en particulier) à comprendre leurs problèmes et à y faire face, cette intervention a renforcé les réseaux de soutien social en place et consolidé la cohésion sociale tout en favorisant la mise en commun des ressources et des atouts communautaires.

Ce projet facilitera la création d’un réseau qui favorisera de nouvelles démarches à cet égard fondées sur les points de vue des pays du Sud

L’équipe de recherche du projet a formé un partenariat avec les travailleurs communautaires en réadaptation de la Cisjordanie; ces derniers interviennent aujourd’hui auprès des jeunes et de leur famille dans quatre localités de Cisjordanie afin de résoudre les problèmes d’ordre psychosocial.

Le modèle de soutien psychosocial mis en place dans les collectivités palestiniennes repose sur une double stratégie; il comporte à la fois un modèle de développement, conçu par l’Université Birzeit avec l’aide de l’Université Queen’s et un soutien international, et un modèle d’intervention communautaire, élaboré à partir de la base, qui renforce le soutien que peut accorder la collectivité au sein d’une société sous occupation militaire violente et souffrant d’une grave stagnation économique.

La troisième phase du projet continuera sur cette lancée et transformera ce modèle en des pratiques plus courantes de réadaptation communautaire.

Comprendre les traumatismes des femmes réfugiées en Afrique

Un sous-projet du projet Violence et transition – phase II, mené par le Centre for the Study of Violence and Reconciliation, constitue un autre exemple de recherche visant à influer sur les services à offrir aux personnes ayant subi des traumatismes dans les pays en développement.

Cette fois, le projet était axé sur les femmes adultes réfugiées de la région des Grands Lacs qui se sont établies en Afrique du Sud. La recherche démontre sans équivoque qu’une démarche bien circonscrite ne suffit pas quand il s’agit de traumatismes. Ainsi, les femmes qui ont été victimes de viol, mariées de force ou ont perdu un enfant en raison d’un conflit ne sont pas seulement traumatisées par les événements qu’elles ont vécus; elles doivent en outre faire face aux attentes sociales associées à la virginité et à la maternité.

La recherche a permis de recueillir les témoignages de femmes qui ont été obligées d’épouser des hommes qui les avaient violées et ceux d’autres femmes qui ont été ciblées parce que leur mari appartenait à un groupe ethnique différent. Et puisque souvent les femmes n’ont pas les mêmes droits fonciers que les hommes, les veuves peuvent perdre leur terre et se retrouver plus pauvres encore, leurs difficultés de prendre soin de leurs enfants étant ainsi décuplées.


Il n’est pas étonnant que les chercheurs concluent à la nécessité de mettre en place une intervention holistique

Il est évident que l’expérience des conflits qu’ont ces femmes est grandement façonnée par les exigences sociales, les rôles dévolus à chaque sexe, la discrimination et la pauvreté.

Toutefois, il importe de reconnaître qu’il ne faut pas considérer ces femmes uniquement comme des victimes; non seulement ont-elles montré qu’elles ont du ressort, mais elles se sont aussi prévalues des réseaux de soutien informels au sein de leur collectivité. Il n’est donc pas étonnant que les chercheurs concluent à la nécessité de mettre en place une intervention holistique qui va bien au-delà de l’habituel counselling prévu dans le cas des victimes du syndrome de stress posttraumatique.

Les anciens enfants-soldats de Colombie

Ce projet exécuté en partenariat avec l’Universidad de los Andes est une nouvelle activité de PCD en Colombie. Les politiques publiques adoptées jusqu’à maintenant dans ce pays, ravagé comme on le sait par une interminable guerre civile, ont surtout porté sur la protection physique et économique des victimes – les dommages les plus « visibles » du conflit.

Ce projet sera axé plutôt sur les traumatismes d’ordre psychosocial subis par les jeunes qui ont quitté les groupes armés, ainsi que sur leur famille et leur collectivité. Forts des constatations de cette étude, les chercheurs proposeront et mettront en oeuvre une intervention durable visant à remédier aux traumatismes d’ordre psychosocial à l’échelle communautaire.

Collaboration mondiale des praticiens de l’intervention psychosociale

Le programme PCD s’inspire d’une recherche qu’il a financée pour lancer un nouveau projet mondial, mené en collaboration avec International Conflict Research (INCORE), sur les dimensions psychosociales des traumatismes.

Ce projet consolidera la théorie et les meilleures pratiques de ces nouvelles perspectives d’intervention et remettra en question l’approche médicale dominante et l’industrie qui gravite autour d’elle.

Au printemps 2008, des chercheurs en sciences sociales, des praticiens de la santé mentale, des psychologues et des médecins d’Afrique, d’Europe, d’Amérique latine, d’Amérique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud prendront part à une table ronde à New Delhi afin de préparer un texte de fond sur les approches psychosociales des traumatismes.

À long terme, ce projet facilitera la création d’un réseau qui favorisera de nouvelles démarches à cet égard fondées sur les points de vue des pays du Sud, dans le but de répandre le plus possible ces points de vue sur les traumatismes dans un champ qui demeure dominé par les conceptions des pays du Nord et les approches individualistes.

Le programme Paix, conflits et développement est fier d’appuyer la recherche qui explore toutes les complexités d’une situation donnée, mais surtout qui donne aux collectivités les moyens de faire face aux conflits de manière positive. La recherche appliquée qu’il finance sur les services aux personnes ayant subi des traumatismes donnera lieu à un plus grand nombre d’interventions communautaires conformes au contexte local.

La programmation de PCD met à profit ces projets régionaux pour établir des collaborations mondiales et approfondir les connaissances sur le traitement du stress posttraumatique.

Télécharger le PDF :  Une nouvelle démarche communautaire pour faire face aux traumatismes résultant des conflits violents