Une multitude d’outils à l’appui des partenariats Nord-Sud

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Mélanie Béchard

Le présent article est d’abord paru, en version originale anglaise, dans le numéro du printemps 2011 d’UniMonde, une publication de la Division des programmes de partenariats de l’Association des universités et collèges du Canada.

Que leur stratégie d’internationalisation ait été dirigée par des administrateurs de haut rang ou par des membres du corps professoral, les universités canadiennes ont fort probablement fait leurs premiers pas sur la voie de l’internationalisation grâce au développement international.

Un rapport de l’AUCC qui paraîtra sous peu examine les différentes contributions des partenariats Nord‑Sud à l’internationalisation des universités canadiennes.

Comme l’affirme Nina Di Stefano, analyste principale des politiques à l’AUCC et auteure du rapport, l’examen rétrospectif des activités d’internationalisation des universités canadiennes a révélé que c’est en participant à des projets de développement international que bon nombre de ces établissements ont réussi à s’engager sur la voie de l’internationalisation. L’objectif du rapport : mettre en évidence cet engagement de longue haleine et évaluer son état actuel.

Le rapport est essentiellement un guide sur les pratiques exemplaires et une synthèse des débats qui ont eu lieu pendant le symposium organisé par l’AUCC à Ottawa en février 2010, qui avait pour thème « Points cardinaux : rôle des partenariats Nord-Sud dans les stratégies d’internationalisation ». Cette rencontre et la préparation du rapport ont été financées par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI). Les participants, parmi lesquels figuraient de hauts représentants d’universités canadiennes et de leurs partenaires internationaux, ont eu l’occasion d’apprendre les uns des autres et de découvrir des façons d’intervenir sur la scène internationale.

L’existence de liens entre les activités de développement international et l’internationalisation a aussi fait l’objet d’une étude subventionnée par le CRDI en 1999. Cette dernière a révélé que les membres d’un corps professoral qui avaient acquis une expérience de première main en développement (que ce soit dans les pays du Sud ou ailleurs dans le monde) en avaient partagé les fruits avec leurs étudiants, en classe comme en laboratoire, ainsi qu’avec les membres de leur département, contribuant ainsi grandement à déclencher le processus d’internationalisation que l’on observe aujourd’hui dans les universités partout au Canada.

En 2009, l’AUCC a cherché à déterminer la façon dont les partenariats Nord-Sud pouvaient favoriser l’internationalisation. Elle a alors répertorié toutes les stratégies d’internationalisation accessibles au public et analysé comment celles-ci faisaient fonds sur les diverses contributions possibles des partenariats Nord-Sud au processus d’internationalisation. L’une des constatations les plus surprenantes de cette étude était que quelques-unes des universités les plus actives à l’échelle internationale n’avaient aucune stratégie d’internationalisation !

Une analyse plus approfondie a fait ressortir l’existence de deux démarches différentes en matière d’internationalisation : la démarche descendante, qui consiste à élaborer une stratégie officielle et à la mettre en œuvre à l’échelle de l’établissement, et la démarche ascendante, selon laquelle le choix des activités d’internationalisation d’une université est laissé à la discrétion des membres du corps professoral. Les mesures adoptées à l’aide de cette dernière démarche s’avèrent particulièrement difficiles à transposer en politique officielle. De nombreuses universités mettent à l’essai de nouveaux modèles de structure organisationnelle en vue de soutenir plus efficacement leurs activités internationales, et revoient régulièrement leur démarche pour s’assurer qu’elle leur permet d’atteindre leurs objectifs.

Par exemple les administrateurs de l’Université de l’Alberta ont simplifié la structure des partenariats internationaux de l’établissement afin qu’elle ne cible que six pays prioritaires. L’objectif : renforcer les partenariats en réduisant leur nombre et, ce faisant, accroître la mobilité des étudiants et des professeurs tout en intensifiant la collaboration en recherche.

Par ailleurs, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les membres de l’administration ont décidé d’axer l’engagement international de l’établissement sur le Brésil, où celui-ci compte depuis 25 ans des partenaires avec lesquels il collabore et mène des projets de recherche. L’UQAM comprend en outre un Centre d’études et de recherches sur le Brésil qui tient notamment des rencontres hebdomadaires et des programmes d’enseignement du portugais.

L’Université de Victoria a adopté un autre modèle : elle offre aux membres de son corps professoral des ateliers qui les aident à remanier leur programme d’études en vue d’intégrer une dimension internationale à leurs cours. Les professeurs jouent un rôle moteur dans la dynamisation du processus d’internationalisation.

Selon James Anglin, directeur du bureau des affaires internationales et conseiller auprès du doyen à l’Université de Victoria, l’engagement international d’une université entraîne toujours une transformation de l’établissement en question, car il repose sur une relation de réciprocité. Il estime que cet engagement donne lieu à des échanges où chaque partie profite des améliorations réalisées, tant sur le plan social qu’en ce qui a trait aux capacités ou au recrutement.

M. Anglin ajoute que les établissements du Sud choisissent de plus en plus souvent des universités canadiennes comme partenaires. La situation n’est plus du tout ce qu’elle était auparavant, et il juge que c’est une excellente chose.

Dans le rapport, des partenaires africains soulignent que, pour être fructueux, les partenariats entre universités africaines et universités canadiennes doivent comprendre des projets de recherche qui tiennent compte de leurs propres besoins et priorités. Ils indiquent en outre que, si l’on veut que les initiatives de renforcement des capacités répondent aux besoins des collectivités locales, les chercheurs du Sud doivent participer à l’élaboration des programmes de coopération. Enfin, les partenaires africains plaident en faveur d’une plus grande réciprocité dans la mobilité des professeurs et des étudiants.

Le symposium a également donné lieu à la création de nouveaux partenariats. Par exemple des représentants de l’Université polytechnique Kwantlen et de l’Université Nipissing se sont rendus au Kenya dans la foulée de leur rencontre, lors du symposium, avec James Jowi, président du Réseau africain pour l’internationalisation de l’éducation.

Dans le cadre du symposium, M. Jowi a déclaré que le chemin que l’on aura parcouru dans 10 ans dépendra en grande partie des mesures que l’on prend aujourd’hui. Il estime que, si l’on adopte des pratiques exemplaires telles qu’être sensible aux priorités de l’Afrique et s’assurer que les partenaires africains participent à l’établissement des programmes de coopération, la situation se sera grandement améliorée dans 10 ans.

Le symposium a en outre permis aux participants d’examiner divers modèles de partenariats qui existent actuellement entre des universités canadiennes et des organismes de la société civile, en vue de faire progresser le développement international. Des représentants d’organismes de la société civile canadienne, dont la Fédération canadienne des municipalités, Entraide universitaire mondiale du Canada, Ingénieurs sans frontières Canada et l’Association des collèges communautaires du Canada, ont parlé des nombreuses occasions qu’ils ont, dans le cadre de leur travail, de compléter celui des universités canadiennes dans les pays du Sud.

Le thème abordé a suscité un intérêt si vif dans le milieu universitaire canadien que l’AUCC, au moment de concevoir sa prochaine subvention de partenariat avec le CRDI, a décidé de se concentrer sur les nouveaux modèles de partenariats, y compris sur un examen approfondi de formes de partenariats efficaces entre des organismes de la société civile et des universités canadiennes.

Photo : Flickr (Engineering at Cambridge)