Une importante enquête dresse le bilan de dix ans d’évolution dans les écoles rurales de l’Inde

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Michelle Hibler

« … s’il étudie, il n’aura pas à travailler à la journée… il pourra trouver un petit boulot ou travailler quelque part… il pourra lire et se renseigner lui-même… »

« … s’il le faut, elle pourra trouver un emploi; une fille instruite ne dépend de personne… »


« … il est essentiel d’être instruit pour gagner sa vie, pour mériter le respect de la société et pour faire partie de ceux qui progressent… »

Ce ne sont là que quelques-uns des commentaires de parents d’enfants d’âge scolaire dans les régions rurales du nord de l’Inde, dont la plupart ne sont pas instruits, mais qui espèrent tous que leurs enfants connaîtront une vie meilleure. Ces parents faisaient partie des quelque 1 600 ménages interrogés en 2006 pour évaluer les changements survenus dans le secteur de l’enseignement primaire dans les villages des États du nord de l’Inde, dix ans après une première enquête. Le rapport, intitulé Public Report on Basic Education (PROBE), a considérablement influencé la politique en matière d’enseignement primaire en Inde. Le CRDI a appuyé les deux enquêtes.

Des chercheurs de l’Institute of Social Studies Trust, à New Delhi, ont constaté de nombreux progrès au cours des dix ans écoulés. Ils ont aussi cerné de nombreux domaines où il y a matière à amélioration.

Le meilleur

Au cours des dernières décennies, le gouvernement de l’Inde a adopté divers programmes et politiques pour améliorer l’enseignement élémentaire et l’accès à cet enseignement. Mentionnons entre autres une politique nationale de l’éducation, en 1986, suivie de l’Opération tableau noir, pour améliorer les installations. Le District Primary Education Programme, créé en 1994 pour assurer l’universalité de l’enseignement primaire dans 42 districts, s’était étendu, en 2000, à 272 districts dans 18 États. Le programme Sarva Shiksha Abhiyan a été lancé à l’échelle du pays en 2002 pour offrir un enseignement primaire universel par l’entremise de la propriété communautaire du réseau scolaire.

Comme l’explique PROBE revisited: A report on elementary education in India, on a accompli beaucoup de progrès : on a construit davantage d’écoles publiques, et un grand nombre d’écoles disposent de meilleures installations — deux salles de classe à l’épreuve des intempéries plutôt qu’une seule, par exemple, ou de l’eau potable et des toilettes. Plus de 85 % des écoles servent des repas chauds le midi; en 1996, seulement 63 % des écoles offraient une aide alimentaire, habituellement sous forme de céréales sèches à rapporter à la maison.

Les repas sont peut-être l’une des raisons du bond de la scolarisation : en 1996, 20 % des enfants de 6 à 12 ans ne fréquentaient pas l’école. En 2006, c’était à peine 5 %. Les chercheurs présument que les encouragements offerts par le gouvernement, tels que les uniformes gratuits (maintenant distribués dans la moitié des écoles), favorisent aussi la fréquentation scolaire, tout comme les manuels maintenant remis gratuitement dans presque toutes les écoles primaires.

La collectivité s’est engagée davantage dans les écoles : environ 75 % des villages ont un comité de l’éducation. Le rapport juge tout aussi important le fait que les disparités sociales marquées en matière de scolarisation aient pratiquement disparu au primaire, qu’il s’agisse de l’écart entre les garçons et les filles ou entre les enfants de milieux différents.

Le pire

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il reste encore autant de choses à améliorer. Malgré un recrutement massif d’enseignants, le ratio élèves-enseignants demeure élevé. Selon le rapport, tout comme en 1996, les services de nombreuses écoles ne sont pas à la hauteur : dans près de la moitié des écoles, personne n’enseignait aux élèves au moment de la visite impromptue de l’équipe. Certains enseignants étaient absents tandis que d’autres prenaient le thé, tricotaient ou passaient leur temps à bavarder. Toujours selon le rapport, même dans les écoles où l’on faisait de l’enseignement, les enfants y perdaient au change puisque le bête apprentissage par cœur demeure la norme en salle de classe.

Autres préoccupations :

  • la moitié des établissements n’avaient pas de directeur;
  • dans 19 % des écoles, un unique enseignant était chargé de toutes les classes;
  • près de 40 % des enseignants étaient des contractuels ne possédant presque aucune formation ou expérience;
  • l’inscription ne garantit pas la fréquentation : seuls 66 % des élèves du primaire ont été déclarés présents. La fréquentation réelle était encore moindre.
 
Les efforts se poursuivent

Les auteurs concluent néanmoins que la colonne des bonnes nouvelles est peut-être plus longue qu’on aurait pu le prédire en 1996, lors de la publication du rapport PROBE. Bien qu’il n’y ait pas de solution miracle aux problèmes qui subsistent, les auteurs soulignent que la Right to Free and Compulsory Education Act de 2009 peut être mise à profit de diverses façons pour engendrer de nouveaux changements.
 
Il existe aussi, ajoutent-ils, un modèle dans l’Himachal Pradesh, où s’est produite une « révolution de l’enseignement ». Les auteurs attribuent l’existence d’un tel modèle à une gestion responsable du réseau scolaire traditionnel fondé sur des écoles publiques et des enseignants réguliers, qui a su tirer parti d’un contexte social relativement égalitaire.


Michelle Hibler est chef de la rédaction, de la traduction et de l’édition à la Division des communications du CRDI.

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PROBE revisited, par Anuradha De, Reetika Khera, Meera Samson et A.K. Shiva Kumar, a été publié par l’Oxford University Press en 2011. Le projet PROBE est le fruit d’une collaboration entre l’Institute of Social Studies Trust, à New Delhi, et Collaborative Research and Dissemination (CORD) jouissant du financement du Centre de recherches pour le développement international (CRDI).