Une équipe de recherche locale aide à créer le premier régime de protection sociale du Nigeria

June 14, 2017

Image
Des résidents de l’État d’Ekiti au Nigeria reçoivent des prestations au titre d’un régime de protection sociale destiné aux aînés.

IEBDEM

Des résidents de l’État d’Ekiti au Nigeria reçoivent des prestations au titre d’un régime de protection sociale destiné aux aînés.

Felicia Jegede, une veuve de 71 ans, était comblée de joie lorsqu’elle a reçu sa première prestation en espèces sans condition de 32 USD. Elle a dit du régime de prestations qu’il s’agissait de la meilleure chose qui soit arrivée aux aînés de l’État d’Ekiti. Après avoir passé presque toute sa vie dans le secteur non structuré de la vente, elle peut, grâce à cette modeste prestation, suppléer son revenu et réduire le fardeau financier qu’elle imposait à sa famille.

La prestation est offerte dans le cadre du régime de sécurité sociale de l’État d’Ekiti du Nigeria, le premier du genre en Afrique subsaharienne. Mis en oeuvre entre 2012 et 2014, le régime de pension non contributif s’adresse aux aînés des ménages pauvres de l’État d’Ekiti, où la majorité de la population vit en milieu rural et travaille dans le secteur non structuré. Une équipe de chercheurs dirigée par Damilola Olajide, Ph. D., avec la collaboration of du ministère d’État du Travail, de la Productivité et du Développement humain, a réalisé une étude visant à mesurer deux résultats du régime de prestations : la qualité de vie et la vulnérabilité des ménages.

Le Partenariat en politiques économiques

Afin de garantir la qualité de la recherche, M. Olajide et son équipe ont demandé du soutien auprès du Partenariat en politiques économiques (PEP). Fondé par le CRDI en 2002, le PEP a pour mission de renforcer les capacités des chercheurs issus de pays en développement et de leur fournir de la formation afin qu’ils puissent mener des recherches de pointe, diffuser leurs constatations et transformer ces constatations en politiques.

Plus de 800 chercheurs (dont 46 % sont des femmes) ont bénéficié du PEP, dorénavant une organisation mondiale légalement constituée et établie à Nairobi, au Kenya. Le partenariat a permis de financer 256 projets dans 58 pays, surtout en Afrique, en Asie, en Amérique latine, mais aussi en Europe de l’Est et au Moyen-Orient.

« La démarche de financement de la recherche du PEP est singulière et fort efficace, car elle vise plutôt à améliorer l’expertise des chercheurs des pays en développement qu’à établir l’expertise comme un critère de financement, a souligné M. Olajide. Cette approche produit des effets à long terme et potentiellement de large portée, surtout pour les jeunes chercheurs. »

De la conception de la méthodologie à la diffusion des résultats de la recherche, le PEP procure de l’aide et des conseils à toutes les étapes de la recherche. Non seulement les chercheurs soutenus par le PEP publient-ils des articles dans des revues scientifiques d’envergure internationale, mais ils accroissent leur visibilité dans la sphère nationale des politiques. Selon le PEP, environ 34 % des constatations découlant des projets soutenus par le PEP ont une influence directe sur les décisions nationales en matière de politiques dans l’année qui suit la publication d’articles.

De la recherche sur le terrain aux politiques

L’équipe de M. Olajide a constaté que les bénéficiaires de prestations ont déclaré se sentir moins déprimés, plus heureux et en meilleure posture pour répondre à leurs besoins. Ces effets positifs se sont répercutés sur l’ensemble du ménage : les enfants vendaient moins dans la rue et le nombre de fois où des membres du ménage étaient sans nourriture était moindre. Les avantages pour les aînés pauvres et leur famille dans l’État d’Ekiti étaient évidents, mais il restait à convaincre le gouvernement du Nigeria d’appliquer ce régime de prestations à d’autres États voire à l’échelle nationale.

De 2015 à 2016, M. Olajide et son équipe ont participé à plusieurs conférences, ateliers et réunions de parties prenantes au Nigeria et ailleurs dans le monde afin de présenter leurs constatations. Grâce au soutien du PEP, ils ont organisé leur propre conférence nationale sur les politiques afin de présenter leurs constatations aux médias et aux parties prenantes en matière de politiques. C’est dans ce contexte que des représentants du gouvernement du Nigeria ont déclaré qu’ils s’appuieraient sur les conclusions de l’équipe pour encadrer l’élaboration d’un programme de priorités nationales à l’intention des personnes vulnérables.

Quelques mois après, le gouvernement fédéral a annoncé son plan visant à assurer la sécurité sociale de 50 % des populations vulnérables, à commencer par les jeunes n’ayant pas d’emploi. Le régime national est inspiré de celui de l’État d’Ekiti, et l’équipe de recherche a fourni des conseils durant sa mise en oeuvre et a discuté d’éventuelles évaluations du nouveau régime. Le gouvernement du Nigeria a effectué le premier versement de prestations mensuelles (15 USD) en janvier 2017.

« Je suis ravi que, pour la première fois, le gouvernement fédéral ait accepté de prendre des décisions liées au développement en s’appuyant sur des données probantes découlant de rigoureux travaux de recherche, a souligné M. Olajide. J’ose espérer que les politiques et les interventions à venir reposeront également sur des données probantes. La reddition de comptes aux contribuables et l’utilisation efficace de ressources limitées en seront ainsi garanties. Le modèle du PEP fonctionne bien, a-t-il ajouté, et il a une influence fort positive sur l’élaboration éclairée de politiques nationales. »