Une enquête réalisée en Jamaïque contribue à améliorer la santé des mères et des enfants

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Stephen Dale
Des effets durables
Une augmentation considérable du taux de survie des mères et des nouveau-nés n’a été que la première retombée d’une enquête exhaustive menée auprès des femmes enceintes.

Entreprise en Jamaïque au milieu des années 1980 par des chercheurs de l’University of the West Indies, avec l’appui du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), cette vaste enquête nationale a entraîné de nombreuses réussites. Les réformes qui se sont opérées dans le système de soins de santé et qui ont permis de sauver des vies n’en sont qu’un exemple, et ont pris diverses formes. Notons entre autres un programme de prévention de la violence et des modifications à la politique nationale sur la radiodiffusion.
 
Une génération après le début des travaux, on dispose d’un modèle en vue d’une nouvelle enquête qui promet de déclencher une autre vague d’améliorations en matière de santé.
 
La Jamaica Perinatal Morbidity and Mortality Survey a documenté l’état de santé de 94 % des enfants nés en Jamaïque pendant deux mois en 1986. Elle a aussi enregistré les décès de femmes et d’enfants durant les dix mois suivantes. La professeure Affette Michelle McCaw-Binns explique que l’équipe de recherche, dont elle faisait partie, s’intéressait aux défis que posait la prestation de soins de santé de qualité aux mères et aux nouveau-nés. La recherche avait pour but de transformer les pratiques en matière de santé.
 
De meilleurs soins
 
Les changements ont mis peu de temps à s’opérer. En documentant les principales causes des problèmes qui touchent les femmes enceintes et les nouveau-nés, l’équipe de recherche a fait valoir l’importance d’améliorer les soins de santé qui leur sont offerts. On a procédé au dépistage de l’hypertension et au dépistage – et au traitement rapide – de la syphilis chez les femmes, et l’on a encouragé les femmes enceintes présentant des facteurs de risque ou habitant dans des régions éloignées à accoucher dans un centre hospitalier.
 
Des campagnes de sensibilisation privilégiant une langue claire ont été lancées pour avertir les femmes des facteurs qui pourraient comporter un risque pour une mère ou son enfant. De plus, quand les unités de soins comptant des obstétriciens et des pédiatres sont devenues surpeuplées du fait de leur popularité croissante, les centres hospitaliers ont été repensés afin que le personnel puisse prodiguer des soins de qualité à un plus grand nombre de patients.
 
Toutes ces mesures ont entraîné une diminution de 20 % du taux de mortalité maternelle et une baisse de près de 13 % du taux de mortalité des nouveau-nés.
 
Puisque l’enquête s’est échelonnée sur de nombreuses années, d’autres retombées ont été observées plus tardivement. Lorsqu’ils ont réexaminé un échantillon de la cohorte de naissances, les chercheurs ont documenté l’impact de divers facteurs d’ordre social. Parmi les sujets, qui étaient alors devenus des adolescents, ceux qui avaient fréquenté l’école dès un jeune âge connaissaient plus de succès, et ceux qui avaient passé plus de temps devant le téléviseur connaissaient un sort moins enviable. Les chercheurs ont été choqués de constater que la violence posait une menace pour la vie de tous les jeunes, la perte d’un ami ou d’un parent ayant sur eux des répercussions particulièrement néfastes.
 
De concert avec des organismes de la société civile, le gouvernement de la Jamaïque a entrepris de trouver des solutions à ces problèmes, et ce,
  • en organisant des campagnes de sensibilisation aux répercussions du temps excessif passé devant le téléviseur;
  • en adoptant l’idée d’une forme d’éducation destinée à la petite enfance;
  • en remettant en question le recours aux châtiments corporels, enracinés dans les traditions;
  • en mettant au point une stratégie complète de lutte contre la violence faite aux enfants.
De nouvelles idées
 
Malgré tous ces efforts, des problèmes persistent. Mme McCaw-Binns explique que, depuis la première diminution importante du taux de mortalité des mères et des nouveau-nés, on fait du surplace. Selon elle, le moment est venu d’entreprendre de nouvelles recherches qui donneront lieu à de nouvelles idées. Une nouvelle enquête financée par la BID documentera la progression de tous les enfants nés en Jamaïque entre juillet et septembre 2011.
 
La professeure Maureen Samms-Vaughan affirme que l’équipe de recherche, dont elle est membre elle-même, fera fond sur les enseignements tirés de la première enquête. Elle rappelle d’ailleurs que, depuis 25 ans, les connaissances sur le sujet ont beaucoup se sont grandement approfondies.
 
La nouvelle cohorte sera suivie tout au long de la petite enfance et l’on explorera de nouveaux thèmes, comme le rôle du père au regard du développement de son enfant. Mme Samms-Vaughan admet que le défi est de taille, mais est convaincue que la Jamaïque est en mesure de le relever, compte tenu du succès remporté grâce à l’enquête de 1986 subventionnée par le CRDI.

Stephen Dale est un rédacteur établi à Ottawa.

Écouter les propos d’Affette McCaw-Binns au sujet des débuts de la recherche (en anglais)
 
Cet article récit s’inscrit dans les minisites Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.