Une démarche axée sur les collectivités visant à comprendre les acquisitions de terres en Afrique de l’Ouest

December 24, 2012

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Acquisitions de terres en Afrique de l’Ouest

AMINE BOULHIAN Les acquisitions massives de terres abritant des rizières traditionnelles comme celle-ci, à Bafatá, en Guinée-Bissau, minent les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des collectivités.

L’International Land Coalition estime qu’entre 2000 et 2010, des acteurs étrangers et les élites nationales ont fait des acquisitions massives de terres se chiffrant à 83 millions d’hectares – dont 70 % se trouvent sur le continent africain –, la plupart du temps sans que les collectivités concernées soient consultées. Si les médias blâment généralement les acteurs étrangers, un projet de recherche financé par le CRDI et mené en Afrique de l’Ouest par l’organisme Inter Pares a permis de découvrir que les gouvernements sont en fait souvent complices dans ce type d’acquisition. De plus, la recherche indique que les personnes qui forment l’élite de leur pays sont fortement impliquées dans le processus en qualité d’acheteurs, de vendeurs et d’intermédiaires auprès d’acheteurs étrangers.

Recherche-action participative en Afrique de l’Ouest

Inter Pares s’est joint à la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) et à l’Université de Montréal dans le but de s’attaquer au problème que constituent les acquisitions massives de terres. Privilégiant la recherche-action participative, l’équipe de recherche a examiné les répercussions que les acquisitions de terres ont sur les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des collectivités dans neuf pays d’Afrique de l’Ouest : le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L’équipe s’est surtout concentrée sur la Côte d’Ivoire, la Guinée et la Guinée-Bissau, où elle a réalisé des études de fond sur les répercussions des acquisitions de terres.

Ce projet revêt une importance considérable, puisque les collectivités locales dépendent souvent des terres acquises, où elles font paître leur bétail et pratiquent l’agriculture. Les habitants de certaines collectivités ont même commencé à mettre sur pied des « comités de surveillance des terres » chargés de suivre les transactions foncières et de défendre les droits des collectivités au moyen de la mise en commun de l’information. Les acquisitions massives de terres ont de multiples implications : elles peuvent affecter la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et l’environnement ainsi qu’alimenter les conflits.

Répercussions des acquisitions de terres sur les femmes

Les femmes sont particulièrement vulnérables aux répercussions des acquisitions massives de terres et, pourtant, elles sont rarement consultées au sujet de ces transactions. Souvent, les acquisitions de terres entraînent chez les femmes une réduction de l’accès aux terres agricoles et une augmentation de l’insécurité alimentaire. Les femmes perdent ainsi leur statut au sein de leur famille et se voient forcées de dépendre d’hommes. 

Dans le village de Saré Djaé, en Guinée-Bissau, 2 000 hectares de terres fertiles ont été acquis sans que soient consultées les collectivités locales. Ces terres étaient principalement utilisées par des femmes qui y faisaient pousser du riz et des légumes. Cette acquisition a entraîné dans cette zone une intensification de la déforestation aux fins de la riziculture, ce qui a forcé les hommes travaillant dans la forêt à vivre et à travailler à proximité immédiate des femmes qui exploitaient auparavant la terre. Cette situation a détérioré encore plus les conditions de vie des femmes et entraîné une diminution considérable de la production de riz.

Résultats du projet

Dans ce projet comme dans tous les projets de recherche-action participative, le processus s’avère aussi important que les résultats obtenus. En tant que cochercheurs, les agriculteurs participants étaient pleinement conscients du problème à l’étude, ce qui a permis d’améliorer l’organisation. Un réseau de « comités locaux de surveillance des terres » a été mis sur pied en réaction aux acquisitions massives de terres. En outre, le projet a aidé à la création d’un site Web interactif qui a favorisé les échanges sur la question.

Ce projet a bénéficié du soutien de la New Field Foundation et du Comité catholique contre la faim et pour le développement.

En savoir plus sur le projet

Lire le rapport final (PDF, 218 Ko)

Lire le livre Touche pas à ma terre, c’est ma vie ! (PDF, 8,5 Mo)

Consulter le site Web interactif Info Acquisitions Terres Afrique

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