Un voyage fort instructif pour des pionniers dans le domaine des télécentres

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Prabha Sethuraman
À l'heure où des centaines de citoyens partout au Sri Lanka s'affairent à rendre la technologie moderne accessible aux petites collectivités, un voyage d'étude permet à une vingtaine d'entre eux d’aller puiser de nouvelles idées en Inde.

Une vingtaine de pionniers de télécentres sri lankais sont revenus d’un récent voyage d’étude en Inde inspirés par le rôle clé qu’y jouent les femmes afin de combler le fossé numérique.

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Nenasalas

ICTA

MSSRF

telecentre.org

Les services de santé mobiles dispensés dans les campagnes indiennes et qui reposent sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) les ont également impressionnés, tout comme l’approche communautaire adoptée par le mouvement des télécentres qui accorde la priorité aux besoins de la population locale.

Le premier télécentre instauré dans le cadre du programme du gouvernement du Sri Lanka visant à étendre la révolution numérique aux régions rurales et semi-urbaines a ouvert ses portes dans un temple de Katharagama, au sud de l’île, le 1er janvier 2005. Planifiée longtemps à l’avance, son inauguration a pu avoir lieu malgré le tsunami qui a dévasté le littoral quelques jours auparavant.

Depuis, plus de 500 télécentres ont vu le jour dans le cadre de l’initiative « e-Sri Lanka », grâce à laquelle des villageois dispersés dans tout le pays reçoivent une formation en informatique et ont accès à Internet, à une imprimante, à un télécopieur, à un téléphone et à un photocopieur.

Le Sri Lanka espère avoir mis sur pied 1 000 nenasalas (centres de savoir) partout au pays d’ici la fin de 2008. Cette initiative s’inscrit dans les mesures gouvernementales visant à aider les collectivités à s’attaquer à la pauvreté, à stimuler le développement socioéconomique et à consolider la paix.

Les nenasalas sont gérés par des villageois et des groupes religieux ou communautaires. Les exploitants éventuels, qui doivent être en mesure de fournir un local, reçoivent de la formation, et on leur fournit tout l’équipement nécessaire gratuitement pendant deux ans. La plupart des centres ont de deux à quatre ordinateurs, un photocopieur, une imprimante, un numériseur, une caméra Web et l’accès Internet.

À l’occasion de l’ouverture du 500e centre en janvier 2008, le président Mahinda Rajapakshe a annoncé l’émission d’un timbre-poste commémoratif et un projet de voyage d’étude spécial en Inde. C’est ainsi qu’une vingtaine d’exploitants de nenasalas, accompagnés de quatre responsables de l’initiative e-Sri Lanka, ont eu la chance de visiter des télécentres dans le sud de l’Inde et d’échanger avec des pairs dans ce pays. On a choisi les participants dans tous les coins du Sri Lanka, y compris la zone de conflit dans le nord-est du pays.

Ainsi, pendant une semaine en février, la délégation sri lankaise a été l’invitée de la fondation de recherche M.S. Swaminathan (MSSRF) à Chennai, dans l'État du Tamil Nadu, et de l’Union Territory of Puducherry (autrefois Pondichéry). Depuis quelques années, le professeur Swaminathan, le père de la révolution verte en agriculture, mène une campagne visant à rendre les technologies modernes accessibles à toutes les régions rurales de l’Inde. Un projet pilote qu’il a dirigé dans les années 1970, appuyé par le Centre de recherches pour le développement international, un organisme canadien, s’est transformé en un mouvement national qui a fait voir le jour à des dizaines de milliers de « centres de savoir de village » partout en Inde.

Le voyage d’étude a été organisé par l’agence gouvernementale sri lankaise responsable des technologies de l’information et de la communication (ICTA), la MSSRF et telecentre.org, un réseau international appuyé par le CRDI, la Direction de la coopération et du développement de la Suisse et la société Microsoft, qui s’est donné pour tâche d’accroître l’incidence sociale et économique des télécentres.

Harsha Wijayawardhana, secrétaire adjoint auprès du secrétariat du président du Sri Lanka, était du voyage. Il s’est dit impressionné par l’approche communautaire des centres de savoir de village. Il explique que les centres ne font pas qu’enseigner l’informatique; ils offrent aussi de la formation professionnelle et de l’information sur les marchés, la santé, les pêches et l’agriculture.

Il projette de présenter un compte rendu de son voyage dans lequel il formulera des recommandations applicables au Sri Lanka. Selon lui, la participation des femmes est fondamentale; il se penchera donc sur des moyens originaux d’assurer que les femmes participent aux nenasalas et se prévalent des avantages qu’ils procurent. On fera en sorte que les nenasalas soient axés sur la population et reposent sur une démarche ascendante, ajoute-t-il.

Selon Basheerhamad Shadrach, administrateur de programmes principal à telecentre.org, même si le Sri Lanka a tardé à se joindre au mouvement des télécentres mondial, l’intérêt de la part du bureau du président témoigne de l’engagement de haut niveau envers cette entreprise. Grâce au voyage d’étude, les participants sri lankais ont pu se rendre compte que les télécentres peuvent être également des outils de développement communautaire; il a pu constater à quel point cette découverte les a stimulés.

Ci-après, quatre exploitants de nenasalas nous livrent leurs réflexions, au terme de leur voyage d’étude.

Deepika Gurusinghe Arachchige
Sooriya Wewa, province du Sud

Cette mère de deux jeunes filles gère depuis trois ans une entreprise prospère. Elle a ouvert son nenasala le 15 mai 2005, et pour la première fois, 15 000 habitants répartis dans 22 villages ont eu accès aux services assurés par les TIC. Inspirée par les modèles qu’elle a vus en Inde, elle aimerait maintenant que davantage de femmes participent à son nenasala. De retour chez elle, elle souhaite se pencher sur des moyens de mettre les TIC au service de l’agriculture, des pêches et de l’industrie, et elle aimerait que des services de santé mobiles soient offerts dans sa région. Elle a également hâte de sauter sur sa motocyclette avec son ordinateur portable pour aller expliquer aux autres villageois ce que les TIC ont à offrir.

Révérend T. Nandasiri
Kirthi Sri Raja Maha Vihara, province de Sabaragamuwa

Ce moine bouddhiste a ouvert son nenasala dans un monastère en 2005. Le télécentre dessert près de 5 000 personnes réparties dans 15 villages. Les jours de culte, il attire plus de 150 visiteurs, soit 10 fois plus que d’habitude. Le révérend Nandasiri a formé à l’informatique près de 50 personnes, dont la moitié a obtenu un emploi par la suite. Le voyage en Inde l’a amené à repenser la gestion de son nenasala. À l'heure actuelle, en effet, peu de femmes fréquentent le télécentre en raison de son emplacement; il a donc décidé de le déménager à l’extérieur du monastère.

M. N. M. Rinoos
Jaya Nagar, province de l'Est

Étudiant en génie, M.N.M. Rinoos a ouvert son nenasala en 2005. À 25 ans, il a déjà mené une fructueuse campagne de sensibilisation à l’informatique et implanté un programme d’apprentissage en ligne dans huit écoles. Son télécentre dessert 40 villages et attire de 20 à 25 visiteurs par jour. En plus de fureter sur Internet, les villageois peuvent recevoir une formation en informatique et de l’aide dans la recherche d’emploi. Le voyage d’étude lui a fourni des idées sur la façon dont les TIC pourraient permettre aux villageois sri lankais d’avoir accès aux services gouvernementaux ainsi qu’aux marchés afin de vendre leurs produits. Il pense également qu’ils pourraient bénéficier des CD éducatifs dont il a entendu parler en Inde.

Révérend M. Devasagayam
Bogawantala, province du Centre

Le révérend M. Devasagayam, pasteur à l’église St. Mary’s à Bogawantala, exploite un nenasala qui dessert de 4 000 à 5 000 personnes travaillant pour la plupart dans 10 grandes plantations de thé. Ce qu’il a surtout retiré du voyage d’étude, c’est l’importance de favoriser la création d’activités rémunératrices pour les villageois et de leur fournir une information utile. Par exemple, grâce à l’accès Internet, les agriculteurs peuvent améliorer leurs pratiques agricoles et d’élevage, et les pêcheurs peuvent disposer de prévisions météorologiques fiables. Le révérend Devasagayam a trouvé très intéressants les services de santé mobiles en Inde, et il s’est dit inspiré par la démarche axée sur la population (plutôt que sur la technologie) adoptée par les centres de savoir de village, et par l’incidence réelle que ces derniers ont sur l’autonomisation des femmes.

Cet article s’appuie sur des entrevues réalisées par Prabha Sethuraman, du CRDI, et Vignesh Sornamohan, de telecentre.org, qui est établi au Centre for Science, Development and Media Studies, près de New Delhi.